Inaugurée en 1514, cette église fut élevée en Cathédrale par le Pape Léon X qui institua l’évêché de Funchal, à l’époque le plus grand diocèse du monde, comprenant tous les territoires découverts par les Portugais, du Brésil au Japon. La Cathédrale était la plus emblématique œuvre de la période manuéline construite sur l’Île de Madère et est signé par le talentueux architecte Pêro Anes, maître d’œuvres royales.

À l’intérieur, l'église présente une structure de style gothique
mendiant et un plan en croix latine. On observe le remarquable plafond
en "alfarge" (décoration en stuc moulé et polychrome), l’un des plus
beaux du Portugal, en bois de cèdre de l’île et travaillé au goût
mudéjar avec des dorures et des incrustations en ivoire. C' est un plafond artesoado,
à caissons et marqueterie, entièrement réalisé en bois de cèdre de
Madère. Ce travail, d'inspiration mudéjare, résulte de l'influence des
artisans musulmans sur l'art chrétien portugais de l'époque. Le plafond
se compose de formes géométriques, de rosaces et d'ornements dorés
sculptés ; des incrustations de coquillages, de corde et de stuc blanc y
complètent le décor.


Les stalles du chœur, du XVIe siècle, et les azulejos qui ornent certaines chapelles complètent l'ensemble.



L’utilisation de la tuile au Portugal est un héritage de la culture islamique empruntée à l’Espagne après le retour des Maures en Afrique du Nord. En d’autres termes, ces carreaux sont connus au Portugal sous le nom d ‘«Azulejos». C’est-à-dire que les azulejos viennent de l’arabe. Deux versions existent. Premièrement, «az-zulayi» qui signifie pierre polie. Deuxièmement, «al zulecha» qui signifie argile brûlée. De plus, le roi Manuel I est responsable de l’importation d’Espagne de ces carreaux peints à la main après les avoir admirés à Grenade.

"Talha dourada se traduit littéralement par « taille dorée ». Il s’agit de sculptures de bois recouvertes de feuilles d’or. Utilisées de manière individuelle (statues) ou sous la forme d’ensemble (baldaquin, autel, retable, etc.), elles sont la plupart du temps l’œuvre de plusieurs artisans, réunissant sculpteurs, peintres et même architectes. Les ateliers de talhas douradas, particulièrement florissants dans les villes de Porto, Braga et Lisbonne, étaient régis de manière corporatiste et très hiérarchisée. Cette forme d’art, largement promue par l’Église catholique dans la péninsule ibérique, servait surtout à impressionner et à éblouir les fidèles, renforçant ainsi l’aspect exceptionnel des cérémonies. Grandement encouragée au Portugal entre 1670 et 1770, elle connaît une période particulièrement intense durant le règne de João V (1706-1750). À ce jour, les historiens d’art distinguent trois périodes différentes : la période maniériste, la période baroque, elle-même divisée en deux tendances (nationale et joanine), et la période rococo."
La deuxième chapelle sur la droite avec l'autel Saint Antoine, accueille, depuis 2022, un portrait et une relique de Charles Ier d'Autriche, béatifié en 2004. . L’image de saint Antoine avec l’Enfant Jésus sur ses genoux est le centre de ce grand retable maniériste. Santo António est né à Lisbonne et est mort près de la ville italienne de Padoue. Il est connu comme le saint entremetteur, l'un des trois saints populaires célébrés au mois de juin. Il est devenu franciscain grâce au témoignage des martyrs. Cette chapelle abrite, depuis 2022, le portrait et une relique de Charles I er d’Autriche béatifié en 2004.
Après la chute de l’Empire austro-hongrois à la fin de la Première Guerre mondiale, Charles Ier de Habsbourg-Lorraine est contraint à l’exil. Refusant d’abdiquer, il tente à deux reprises de restaurer son pouvoir en Hongrie, mais ces tentatives échouent. Il est alors déporté sur l’île de Madère, où il vivra ses derniers mois loin de son ancien empire. À son arrivée en 1921, Charles Ier s’installe avec son épouse Zita de Bourbon-Parme à Funchal. Hébergé dans un premier temps à la Villa des Jardins de l’Empereur, il doit rapidement s’adapter à des conditions de vie modestes. Malgré son passé impérial, il mène une existence simple, partageant son temps entre la prière et des échanges avec la population locale. Le climat humide et les conditions précaires affectent rapidement sa santé. En mars 1922, il contracte une pneumonie qui s’aggrave en l’absence de soins adaptés. Il décède le 1er avril 1922, à l’âge de 34 ans. Charles Ier a été béatifié à Rome le 3 octobre 2004 par le pape Jean-Paul II , tant pour ses tentatives de paix en 1917 que pour son soutien apporté à la médiation du pape Benoît XV .

Je reviens admirer le plafond de la chapelle principale, oeuvre de Gil Enes, maître maçon de la cathédrale Sé.



Nos regards se posent sur les pierres tombales qui composent le dallage. Pour la plupart, ce sont des sépultures d’évêques et de marchands de l’époque.



















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