jeudi 9 juillet 2026

MADÈRE, FUNCHAL, LA CATHÈDRALE SÈ

 

Classée monument national depuis 1910, la Cathédrale de Funchal occupe une place centrale dans l'Histoire, la géographie et la vie de la ville. C'est le principal édifice religieux de l'archipel de Madère, largement admiré pour son incomparable valeur historique, architecturale et artistique. 

 
Ce monument a été construit à partir de 1493, sous le règne du roi João II. Achevé dès le début du XVIe siècle, il présente des traits stylistiques caractéristiques des époques manuéline et gothique. Sa façade, par exemple, présente une porte gothique très imposante, réalisée en pierre de Cabo Girão, avec huit archivoltes en arc brisé taillées dans la roche volcanique extraite des falaises du cap Girão, à une quinzaine de kilomètres de Funchal.. La sobriété de sa façade, comme on l'a déjà vu dans toutes les églises que nous avons visité à Madère, tranche avec la richesse de l'intérieur. La façade est composée de basalte noir, de tuf rouge et d'un crépi blanc. La rosace en pierre surmonte l'entrée, tandis que le clocher est partiellement recouvert de carreaux de faïence.  Construite sur ordre du Roi Manuel Ier pour remplacer l’Église de Notre-Dame de Calhau  la grande Église comme elle était alors désignée a occupé une surface du centre historique alors connu sous le nom de "Largo do Duque" (parvis du duc).

Inaugurée en 1514, cette église fut élevée en Cathédrale par le Pape Léon X qui institua l’évêché de Funchal, à l’époque le plus grand diocèse du monde, comprenant tous les territoires découverts par les Portugais, du Brésil au Japon. La Cathédrale était la plus emblématique œuvre de la période manuéline construite sur l’Île de Madère et est signé par le talentueux architecte Pêro Anes, maître d’œuvres royales. 
À l’intérieur, l'église présente une structure de style gothique mendiant et un plan en croix latine. On observe le remarquable plafond en "alfarge" (décoration en stuc moulé et polychrome), l’un des plus beaux du Portugal, en bois de cèdre de l’île et travaillé au goût mudéjar avec des dorures et des incrustations en ivoire C' est un plafond artesoado, à caissons et marqueterie, entièrement réalisé en bois de cèdre de Madère. Ce travail, d'inspiration mudéjare, résulte de l'influence des artisans musulmans sur l'art chrétien portugais de l'époque. Le plafond se compose de formes géométriques, de rosaces et d'ornements dorés sculptés ; des incrustations de coquillages, de corde et de stuc blanc y complètent le décor.

Le retable du maître-autel, réalisé entre 1512 et 1517 et restauré en 2014, a été offert par le roi Manuel Ier (1469-1521). Il se présente sous la forme d'un grand polyptyque en bois sculpté et doré, composé de douze panneaux illustrant la vie de la Vierge et la Passion du Christ. À droite du maître-autel, un tabernacle en argent a également été offert par Manuel Ier. Le retable, surmonté d'un dais gothique, se présente sous la forme d'un grand polyptyque, composé de bois doré, agrémenté de petites sculptures et de peintures à l'huile sur bois. La grande valeur de ce retable découle de la haute qualité technique de son exécution et du fait qu'il constitue le seul retable de la période manuéline qui reste entièrement à son lieu d'origine.Le tabernacle, d'une élégance rare, fut offert par le roi D. Manuel I. Sculpté en argent, il se situe dans la chapelle du Saint-Sacrement. On peut y admirer des sculptures incarnant la Foi, la Charité et l'Espérance ; œuvres sculptées dans le mât d'un bateau échoué, soulignant une fois encore la fusion de la foi et de l'esprit aventureux.

La chapelle du Saint-Sacrement, à droite du chœur, est un extraordinaire exemple de style baroquet baroque avec ses colonnes torses et sa talha dourada..

Les stalles du chœur, du XVIe siècle, et les azulejos qui ornent certaines chapelles complètent l'ensemble. 
Sur la partie haute de la nef, les statues dorées des apôtres, de docteurs de l’Église et de saints de facture assez primitive ressortent sur fond bleu.

La chaire et le bénitier massif, en marbre d'Arrabida ont été offerts par le roi Manuel1er.  

L’utilisation de la tuile au Portugal est un héritage de la culture islamique empruntée à l’Espagne après le retour des Maures en Afrique du Nord. En d’autres termes, ces carreaux sont connus au Portugal sous le nom d ‘«Azulejos». C’est-à-dire que les azulejos viennent de l’arabe. Deux versions existent. Premièrement, «az-zulayi» qui signifie pierre polie. Deuxièmement, «al zulecha» qui signifie argile brûlée. De plus, le roi Manuel I est responsable de l’importation 
d’Espagne de ces carreaux peints à la main  après les avoir admirés à Grenade.

j'aime particulièrement la photo ci-dessus qui marrie la talha dourada au plafond mudéjar. 

"Talha dourada se traduit littéralement par « taille dorée ». Il s’agit de sculptures de bois recouvertes de feuilles d’or. Utilisées de manière individuelle (statues) ou sous la forme d’ensemble (baldaquin, autel, retable, etc.), elles sont la plupart du temps l’œuvre de plusieurs artisans, réunissant sculpteurs, peintres et même architectes. Les ateliers de talhas douradas, particulièrement florissants dans les villes de Porto, Braga et Lisbonne, étaient régis de manière corporatiste et très hiérarchisée. Cette forme d’art, largement promue par l’Église catholique dans la péninsule ibérique, servait surtout à impressionner et à éblouir les fidèles, renforçant ainsi l’aspect exceptionnel des cérémonies. Grandement encouragée au Portugal entre 1670 et 1770, elle connaît une période particulièrement intense durant le règne de João V (1706-1750). À ce jour, les historiens d’art distinguent trois périodes différentes : la période maniériste, la période baroque, elle-même divisée en deux tendances (nationale et joanine), et la période rococo."

La deuxième chapelle sur la droite avec l'autel Saint Antoine, accueille, depuis 2022, un portrait et une relique de Charles Ier d'Autriche, béatifié en 2004. . L’image de saint Antoine avec l’Enfant Jésus sur ses genoux est le centre de ce grand retable maniériste. Santo António est né à Lisbonne et est mort près de la ville italienne de Padoue. Il est connu comme le saint entremetteur, l'un des trois saints populaires célébrés au mois de juin. Il est devenu franciscain grâce au témoignage des martyrs. Cette chapelle abrite, depuis 2022, le portrait et une relique de Charles I er d’Autriche béatifié en 2004. 

Après la chute de l’Empire austro-hongrois à la fin de la Première Guerre mondiale, Charles Ier de Habsbourg-Lorraine est contraint à l’exil. Refusant d’abdiquer, il tente à deux reprises de restaurer son pouvoir en Hongrie, mais ces tentatives échouent. Il est alors déporté sur l’île de Madère, où il vivra ses derniers mois loin de son ancien empire. À son arrivée en 1921, Charles Ier s’installe avec son épouse Zita de Bourbon-Parme à Funchal. Hébergé dans un premier temps à la Villa des Jardins de l’Empereur, il doit rapidement s’adapter à des conditions de vie modestes. Malgré son passé impérial, il mène une existence simple, partageant son temps entre la prière et des échanges avec la population locale.  Le climat humide et les conditions précaires affectent rapidement sa santé. En mars 1922, il contracte une pneumonie qui s’aggrave en l’absence de soins adaptés. Il décède le 1er avril 1922, à l’âge de 34 ans. Charles Ier a été béatifié à Rome le 3 octobre 2004 par le pape Jean-Paul II , tant pour ses tentatives de paix en 1917 que pour son soutien apporté à la médiation du pape Benoît XV .

 Je reviens  admirer le plafond de la chapelle principale, oeuvre de Gil Enes, maître maçon de la cathédrale Sé.




 

Nos regards se posent  sur les pierres tombales qui  composent le dallage. Pour la plupart, ce sont des sépultures d’évêques et de marchands de l’époque. 


Nous quittons la cathédrale par la chapelle absidiale. Une chapelle absidiale est une chapelle qui, dans l'architecture traditionnelle des églises chrétiennes, rayonne tangentiellement depuis l'une des travées ou divisions de l'abside. On y accède généralement par un passage semi-circulaire, ou déambulatoire, situé à l'extérieur des murs ou des piliers de l'abside.

 
Derrière la chapelle, dans une courette, on découvre une fresque naturaliste qui montre Adam et Eve au paradis. Cette peinture murale à fresque qui se trouve dans la Cathédrale de Funchal représente Adão et Eva dans le paradis, réalisée à l'origine pour décorer les murs d'une avant-salon qui avait accès à la Sacristie qui a été démolie dans les années 80. Cette peinture a été exécutée au XVIIIe siècle, comme confirmée par la documentation existante qui fait référence à la construction du bâtiment et à l'œuvre commandée par D. João V . 
Nous continuons la visite de la vieille ville en nous dirigeant vers l’hôtel de ville. 

 



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