lundi 30 mars 2026

PARIS, LA CONCIERGERIE, LA TERREUR ET LE BOOMERANG


Jamais depuis que nous venons à Paris, nous n'avions visité la Conciergerie. La croisière en bateau-mouche nous en a donné envie. 
https://www.lemounard.com/2026/03/les-ponts-de-paris-depuis-la-seine.html

En traversant au niveau du Pont Neuf, nous essayons de visiter le square du Vert Galant, un des lieux les plus romantiques de Paris, ouvert 24/24 mais fermé aujourd'hui pour cause d'intempéries. La visite de la Conciergerie est couplée à celle de la Sainte Chapelle mais l'affluence à la Sainte Chapelle est telle que nous n'avons aucune chance de la visiter aujourd'hui. La Conciergerie est donc située sur l’île de la Cité.

La Conciergerie a été construite au Xe siècle en pour servir de palais et de résidence royale des rois capétiens. Elle était à l’époque connue sous le nom de « Palais de la Cité » et servait de résidence principale jusqu’à ce que le roi Charles V déménage au Louvre. Son architecture en gothique flamboyant en impose, avec ses tours imposantes et son grand hall d’entrée.  Hugues Capet fait de Paris la capitale du royaume des Francs et fait  construire ici une nouvelle grande demeure fortifiée, le Palais de la Cité. Du XIe au XIVe siècle, le palais fut agrandi et embelli, et gagna en importance dans l'administration du Royaume. Avant son départ pour les croisades, Philippe II a délégué son autorité légale à la Curia Regis, qui avait des assemblées régulières, appelées Parlements, dans la salle du roi, pour rendre la justice.Après avoir déplacé les archives royales dans le bâtiment, ce qui lui a donné encore plus d'importance, il a nommé un concierge, ou gardien, pour superviser l'administration du palais, qui a donné son nom au bâtiment. Philippe II réalise la façade à tourelle côté Seine et la grande salle. La grande salle, avec ses deux nefs côte à côte, servait aux cérémonies royales et aux séances judiciaires. 


La Salle des Gens d’armes. Cette immense salle de 1785 m ², sert au Moyen Âge de réfectoire. La salle des Gens d’Armes reste aujourd'hui la plus vaste salle civile gothique en Europe. 

Construite par Philippe IV le Bel entre 1300 et 1314, son plan à 4 nefs, séparées par des piliers, couvrait au départ la même superficie que la Grand'Salle (salle d'apparat), située au premier étage et disparue suite à un grave incendie en 1618. Sur le mur de gauche, vous remarquerez un fragment de la table de marbre noir, utilisée lors des fastueuses réceptions que la monarchie capétienne donnait dans la Grand’Salle. Les deux étages étaient reliés par des escaliers à vis aménagés aux angles, dont l’un est encore visible. 1 000 à 2 000 serviteurs et soldats royaux se restaurent chaque jour dans la salle des Gens d’armes. La pièce est chauffée au Moyen Âge par 4 grandes cheminées. Gens d’armes et personnels des services de l’Hôtel du Roi se croisent toute la journée dans cette salle. Nous visitons ensuite les cuisines. Édifié vers 1353 sous le règne de Jean le Bon et destiné principalement au "commun" de l’Hôtel du Roi – aux gens de service – le pavillon de cuisines comprenait deux salles superposées : les cuisines du roi à l’étage et les cuisines du commun au rez-de-chaussée.  Pour des festins exceptionnels, cuisines du commun et de bouche collaboraient. Les plats étaient acheminés à l’étage par une rampe extérieure reliant les services de l’hôtel royal à la Grand’Salle, salle d’apparat qui était située au-dessus de l’actuelle salle des Gens d’Armes. Denrées et boissons étaient livrées directement par bateau sur le port d’embarquement qui jouxte la Seine toute proche. Seule subsiste aujourd’hui la salle du rez-de-chaussée. Bâtie sur un plan carré de 280 m2 et voûtée d’ogives, la cuisine  est divisée en quatre travées. Elle abrite 4 vastes cheminées d’angle. Le sol est pavé de pierres, et 2 grandes fenêtres éclairent la pièce. À l’origine, il y en avait 8.  

Maintenant nous visitons la partie prison. Première cellule, celle de Marie Antoinette. Le Temple, nuit du 1er au 2 août 1793. Marie-Antoinette est réveillée en sursaut à 2 heures du matin par 4 commissaires de la Commune. Ils lui lisent l’arrêté ordonnant son transfert immédiat à la Conciergerie dans le cadre de son renvoi devant le tribunal extraordinaire. Elle arrive sur les lieux une heure plus tard. On la conduit immédiatement dans sa cellule, au rez-de-chaussée de la prison. Elle y restera enfermée 76 jours, sans pouvoir sortir se promener ni respirer l’air frais, contrairement aux autres détenues. Son cachot est humide et sombre. Elle le partage avec 2 gendarmes chargés de la veiller jour et nuit.

Cette citation effrayante de Robespierre semble toujours d'actualité. "La Révolution est loin d’être anecdotique, ou de ne constituer qu’une période ancienne de notre histoire qui n’aurait plus qu’un intérêt lointain. Il y a une forme de continuité avec la Révolution russe, puis avec tous les idéalismes en apparence généreux mais en réalité totalitaire, qui ont suivi. Visant, de manière exaltée, à "purifier", régénérer l’espèce humaine, ou à éradiquer le passé. Toujours dans l’illusion de pouvoir parvenir à un monde meilleur et pacifié (en passant par l’instrument de la violence et de la terreur, et son massif tribut de morts à payer). On aurait ainsi tort de sous-estimer la persistance de ces idéologies perverses, qui font encore recette" chez les Staline, Mao, Pol Pot, Castro, Chaves, Maduro, Mélenchon et chez les mollahs. Robespierre c'est la Terreur au service de la Vertu. "Malgré la façon dont sa carrière politique se termine, Robespierre demeure une figure emblématique de la lutte pour la vertu et l'égalité. Surnommé " l'Incorruptible, il a toujours plaidé pour des idéaux tels que l'abolition de l'esclavage, la peine de mort et le suffrage universel. Ces valeurs continuent d’influencer les débats et les réflexions sur la justice et l’égalité dans le monde moderne, rappelant que les luttes pour les droits de l'homme et la dignité sont souvent pavées de tensions et de contradictions."

En 1792, Louis XVI est renversé pour laisser place à la Convention. Cette nouvelle assemblée est constituée de trois partis politiques majeurs : le Marais, les Girondins, et les Montagnards (révolutionnaires radicaux dont font partie les Jacobins). Ces derniers, menés par Robespierre, sont prêts à tout pour satisfaire le peuple, y compris à se radicaliser. Robespierre et ses acolytes passent à l'action dès le 31 mai 1793. A cette date, les Montagnards renversent les Girondins dont les principaux représentants sont guillotinés.

Un tableau relate le dernier banquet des Girondins à la Conciergerie, la veille de leur exécution.  "Le fameux repas suprême des Girondins condamnés à mort n’a pas le moindre fondement historique.""Ces députés, arrêtés le 2 juin 1793 précédent, n’avaient pas réussi ou n’avaient pas voulu fuir. Certains s’étaient réfugiés dans leur département ou se cachaient à l’instar de Roland, de Condorcet ou de Barbaroux, pour échapper à un procès dont le verdict était rédigé à l’avance. Tous avaient le sentiment à ce jour que l’on voulait les amalgamer dans une liste infernale et destructrice, composée d’aristocrates, de voleurs et d’escrocs, . pour mieux les faire taire et salir leur mémoire avant qu’ils fussent tués. Quinze jours auparavant, Marie-Antoinette, la veuve Capet, ancienne reine de France, avait quitté ces murs pour gagner en charrette la place de la Révolution où la guillotine, nouvel instrument du bourreau Charles Henry Sanson, l’attendait. La veille encore, on avait jugé le députe Perrin. anciennement maire de Troyes, richissime négociant de toiles qui s’était enrichi sur l’Etat en fournissant pour plus de cinq millions de toiles de coton. II avait été condamné à douze ans de fers et à être exposé sur la plateforme de la guillotine durant six heures_ En mêlant à ces députés la reine, l’ancien maire de Paris, Bailly, madame Roland et la « du Barry », les Comités ne souhaitaient-ils pas voir les uns s’entremêler aux autres et se confondre dans l’esprit de ceux qui auraient pu réagir au procès des pères de la République ?"

Autre tableau, L'appel des dernières victimes de la Terreur dans la prison Saint Lazare peint vers 1850 par Charles Louis Muller.

La Terreur cible les ci-devant, bien sur, le clergé réfractaire. Expression désignant le clergé catholique ayant refusé de prêter le serment constitutionnel au début de la Révolution. Le serment est ambigu en ce qu’il associe la Constitution civile à la constitution de l’État. Un prêtre se doit de prêter, au début de 1791, le serment suivant : « Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi."

Elle va ensuite concerner toutes personnes suspecte d'etre contre-révolutionaire. 

La loi des suspects du 17 septembre 1793
« Art. 1er – Immédiatement après la publication du présent décret, tous les gens suspects qui se trouveront dans le territoire public et qui sont encore en liberté seront mis en état d'arrestation.
Art. 2 – Sont réputés gens suspects : 1° ceux qui qui soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits se sont montrés partisans de la tyrannie¹ ou du fédéralisme² et ennemis de la liberté ; [...]
5° ceux des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, frères ou sœurs, et agents d'émigrés qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la révolution
6° ceux qui ont émigré³ du 1er juillet 1789 au 8 Avril 1792, bien qu'ils soient rentrées en France [...]
Art 5 – Les individus arrêtés comme suspects […] seront conduits dans les maisons d'arrêt […]. »
Décret du 17 septembre 1793, voté par l'Assemblée Nationale relatif aux gens suspects
¹qui défendent la royauté
² qui défendent les girondins (républicains modérés)
³ opposants à la révolution qui ont quitté la France

La Terreur s'en prend aux Girondins, mais aussi au Dantoniens et meme aux hébertistes qui étaient des révolutionnaires anarchistes enragés et plus sanguinaires que Robespierre et sa clique. 

 "Devant les périls intérieurs et extérieurs qui menaçaient la Révolution au printemps de 1794, le Comité de salut public était déterminé à maintenir le cap du gouvernement sur la voie étroite qu’il s’était tracé, sans devenir l’otage des sans-culottes ni des modérés. Il frappa d’abord sur sa gauche. Depuis septembre 1793, le substitut du procureur de la Commune de Paris, Jacques Hébert, tentait de faire pression sur le gouvernement par l’intermédiaire de son journal "Le père Duchesne". Il reprenait une partie des arguments des "enragés", dont les dirigeants Varlet, Jacques Roux ou Claire Lacombe étaient poursuivis ou emprisonnés. Mieux organisés que ces derniers autour du Ministère de la guerre et de la municipalité parisienne, les appels des hébertistes et leurs appels à une Terreur renforcée trouvèrent de plus en plus d’écho auprès des sans-culottes au cours de l’hiver 1793-1794, au fur et à mesure que la rareté et le prix des denrées alimentaires augmentait. Mais si l’approvisionnement restait désorganisé, le pouvoir se concentrait de plus en plus autour du Comité de salut public.  

Début mars, Ronsin et Hébert se prononcèrent bruyamment aux Cordeliers en faveur d’une nouvelle insurrection populaire, tout en n’attaquant nommément que le parti des indulgents de Danton et Camille Desmoulins. Le gouvernement passa à l’action dans la nuit du 13 au 14 mars (23 au 24 ventôse an II). Tous les chefs du club des Cordeliers furent arrêtés et rapidement jugés comme ennemis de la Révolution et agents de l’étranger. Selon une technique éprouvée, on leur adjoignit, outre les hébertistes déchristianisateurs comme Chaumette, de véritables corrompus comme Proli ou le banquier Kock. Tous furent guillotinés le 24 mars. Les sans-culottes ne réagirent pas: les événements de Ventôse avaient contribué à démobiliser une partie des forces vives de la Révolution."

 Danton, c'est un autre arroseur arrosé. "Son don d’orateur (il était avocat avant la Révolution), sa laideur, et pourtant sa puissance de séduction et sa faculté à électriser les foules, son impétuosité et sa nature de jouisseur rappellent Mirabeau. En avril 1793, comme les forces coalisées ennemies reviennent à la charge, il fait lever 300.000 hommes puis créé le Tribunal criminel extraordinaire, qui deviendra sous Robespierre le Tribunal révolutionnaire et l’outil principal de la Terreur ; il est également à l’initiative de la création du Comité de salut public; qu’il préside. Ces deux outils se retourneront rapidement contre lui. Comme Danton est le “sauveur de la Révolution”, Desmoulins est “l’homme du 14 juillet”. Après le succès de ses pamphlets (notamment La France Libre), il se lance dans le journalisme, prêchant partout l’égalité entre tous les membres du corps social, la liberté de conscience, de religion et d’expression. Sa notoriété et sa popularité sont immenses, et ne décroissent pas ; elles sont en partie dues à sa femme Lucile, avec laquelle il forme un couple soudé, aimant et aimable, de révolutionnaires exaltés. Au début fidèle de Robespierre, il s’attaque en mai 1793 à Brissot, le chef de file des Girondins, avec un pamphlet intitulé Histoire des Brissotins  dans lequel il l’accuse de corruption. Mais ce pamphlet est si apprécié qu’il accélère la chute  brutale de Brissot, et mène à sa condamnation à mort ainsi qu’à celle de tout son entourage : Desmoulins, consterné, jette un regard nouveau sur la Terreur naissante à laquelle il décidera dorénavant de s’opposer en s’attaquant au Comité de salut public, c’est-à-dire à Robespierre. 

En effet, Robespierre a évincé Danton en juillet 1793 pour prendre la tête du Comité. Aussi austère que Danton est jouisseur, aussi élégant que Danton est échevelé, aussi “incorruptible” que Danton est corrompu, et jusqu’au-boutiste là où Danton tente de se modérer, Robespierre est son principal rival et son adversaire idéologique : en février 1794, il en appelle à la Grande Terreur pour sauver la Révolution, alors que depuis la fin de l’année précédente, Danton et Desmoulins, considérant les plus grands périls écartés, défendent un adoucissement du processus révolutionnaire ainsi que la clôture définitive de la Terreur. Danton déclare notamment à la tribune de la Convention, en novembre 1793 : « Rappelons que si c’est avec la pique que l’on renverse, c’est avec le compas de la raison et du génie qu’on peut élever et consolider l’édifice de la Société ».

La vendetta entre ces figures révolutionnaires, autrefois amis, s’achève dans le sang : Robespierre, soutenu par les Jacobins qui tiennent le Comité d’une main de fer, fait arrêter les dantonistes, que l’on surnomme avec raillerie les “indulgents”, le 30 mars 1794. Danton refuse de fuir sur ces célèbres paroles : “On n’emporte pas sa patrie à la semelle de ses souliers”, et au tribunal, lorsqu’on lui demande son âge, Desmoulins rétorque :  “J’ai trente-trois ans, âge du sans-culotte Jésus, âge critique pour les patriotes”. Ils se défendent tous les deux avec panache, mais un complot pour les délivrer, mené par Lucile Desmoulins, échoue et précipite leur condamnation."Leurs exécutions ont lieu le même jour, le 9 thermidor an II, ou le 5 avril 1794. Ils sont tous les deux guillotinés par le fameux bourreau Sanson.


En 1815, les Bourbons reviennent d’exil. Frère cadet de Louis XVI, le nouveau roi Louis XVIII tente de faire oublier la Révolution pour légitimer la restauration de la monarchie (1815-1830). Au même moment, on décide d’édifier une chapelle expiatoire en l’honneur de Marie-Antoinette (1816), en partie sur l’emplacement de sa cellule mais aussi sur celui d’une autre pièce où Robespierre aurait été incarcéré. Niché au fond de la chapelle, le sanctuaire aux murs noirs, tapissé de larmes d’argent, invite au recueillement. Situé à la place supposée du lit de la Reine, un autel en faux marbre est gravé d’un extrait de la dernière lettre adressée par Marie-Antoinette à sa belle-sœur, Madame Élisabeth, avant de partir à l’échafaud. Le vitrail aux initiales de Marie-Antoinette et les trois tableaux qui ornent les murs remontent également à l’époque de la Restauration.

On remarque 2 tableaux : Celui d'Alexandre Kucharski (1741-1819) 
Portrait de Marie-Antoinette, reine de France, en habit de deuil. La Reine est représentée au temple, en deuil après la mort de son époux, le Roi Louis XVI.
Plusieurs répliques sont connues dont une à Versailles et une autre au Musée Carnavalet. 
Le peintre Kucharski avait réussi à pénétrer dans la prison du Temple entre l’exécution de Louis XVI et le départ de la Reine à la Conciergerie. Il en sort le portrait de Marie-Antoinette représentée en costume de veuve. Disparu lors du sac du palais des Tuileries, il est difficile de savoir si le portrait conservé à Versailles et celui conservé au Musée Carnavalet sont les premiers jets. D’autres sources nous disent que l’original a été réalisé au pastel, fut ensuite offert à la princesse de Tarente, puis recueilli par succession par les héritiers de sa sœur la marquise de Crussol mais a été probablement détruit pendant la seconde guerre mondiale.

Ce portrait de Marie-Antoinette en grand deuil a été répliqué à l’huile et au pastel, tant par Kucharski lui-même que par d’autres peintres de cette époque. En effet, les amies proches de Marie-Antoinette réclamaient la dernière représentation de la Reine, image si importante et émouvante.
Le second tableau montre Marie-Antoinette assise dans une charrette à coté de Girard, curé constitutionnel de St Landry par  Henri Fradelle. Marie-Antoinette a connu deux cachots, à la Conciergerie. Le premier, dans une pièce voisine de la chapelle actuelle.Ensuite, on la transfère dans la pharmacie, transformée à l'occasion en cellule, où l’on fait en sorte qu’aucune communication, aucun contact ne soient possibles.La reine est ainsi tenue au secret, isolée des autres détenus. Deux gendarmes sont chargés de ne jamais la quitter des yeux, jour et nuit. Un paravent divise la cellule, avec un côté pour la reine, l'autre pour ses gardes. L'histoire va rendre hommage a posteriori à la reine la faisant évoluer de monstre à martyre. Marie Antoinette est certainement la personnalité qui a suscité le plus de fantasmes. Elle est caricaturée en méduse, en « Rousse royale ». L’opinion qui pense qu’elle a manipulé le roi en le dressant contre les mesures révolutionnaires, la surnomme "Madame Véto".
Parmi les fantasmes véhiculés durant son procès, on la rendit coupable de dépravation et d’inceste sur son fils.
Cependant sa mort modifie son image. Estampes et tableaux hagiographiques mettant en avant
sa jeunesse et son innocence, envahissent le marché européen. Le cimetière de la Madeleine, site de son inhumation transformé en chapelle expiatoire, devient un lieu de pèlerinage sous la Restauration. Objet de fascination, sa figure est sacralisée, confirmant les propos de Germaine de Staël qui prévoyait les conséquences de son exécution : "En l’immolant, vous la
consacrez à jamais." 
Une ironie de l'histoire est que Robespierre a été incarcéré dans une cellule proche de celle où Marie-Antoinette vécut ses derniers instants. La dictature de Robespierre prend brutalement fin le 27 juillet 1794, le 9 thermidor An II de la République française. Le président du Comité de Salut public et ses proches sont arrêtés après un an de pouvoir sans partage. Tous ceux qui ont quelque motif de craindre Robespierre prennent peur et se dévoilent. Parmi eux Collot d'Herbois, qui proteste contre la "dictature de la vertu", Billaud-Varenne, Barras et Fréron qui se sont impunément enrichis à Marseille, Fouché qui a aussi profité de son autorité pour s'enrichir...Quand il s'approche de la tribune pour parler à nouveau, Robespierre est houspillé. On le montre du doigt aux cris de : "À bas le tyran !" Dans un sursaut de courage, un député, Cambon, lance à la tribune sa mise en accusation. Il est arrêté ainsi que son frère, Saint-Just, Lebas et Couthon, tous membres du Comité de Salut public. Les prisonniers sont transférés à l'Hôtel de ville de Paris et se retrouvent sous la protection des sans-culottes, fervents partisans de la Révolution. Tandis que sonne le tocsin, le député Barras se dépêche d'intervenir. Il rassemble des troupes et entre dans l'Hôtel de ville. C'est la fin. Dans la confusion, Robespierre est blessé à la mâchoire par un coup de pistolet. En piteux état, il est guillotiné le lendemain, le 10 thermidor An II (28 juillet 1794) avec Saint-Just, Couthon et Robespierre jeune, son frère, ainsi qu'une vingtaine d'autres partisans. Le jour suivant, quelque 80 autres robespierristes montent à l'échafaud.
Autre personnage qui hante les salles de la Conciergerie, Antoine Fouquier-Tinville qui est tristement passé à la postérité pour sa fonction d'accusateur public du Tribunal révolutionnaire sous la Terreur. Surnommé le pourvoyeur de la guillotine, il a fait condamner à l'échafaud plus de 2 000 personnes avant d'être lui-même guillotiné. 
Nous sortons un moment sous la pluie pour marcher dans la cour des femmes. Une cour où Marie-Antoinette n'a jamais fait la promenade. "Célèbres ou anonymes, les femmes ont participé à tous les grands moments d’une Révolution qui a proclamé les droits de l’Homme, en oubliant ceux des femmes. Entre 1789 et 1794, elles sont là où se fait la Révolution : de la Bastille aux prisons de la Terreur, de l’Assemblée au Tribunal révolutionnaire jusque dans l’armée ou le bocage vendéen. Les femmes sont des actrices de la Révolution, rôle que les révolutionnaires leur ont confisqué. Femmes de « salons » ouvertes aux idées réformatrices, femmes du peuple manifestant contre la cherté des prix, elles étaient déjà visibles dans la période pré-révolutionnaire. Ainsi, dès 1789, elles sont présentes et participent activement aux bouleversements qui touchent la Monarchie. Cependant, les législateurs vont peu à peu les mettre à l’écart, en interdisant la tenue des clubs de femmes, en interdisant leur présence dans les armées. Interdire les femmes dans la sphère publique, en les cloisonnant dans la sphère privée, c’est leur enlever toute identité politique. Pourtant, elles seront comme tant d’autres hommes, des victimes désignées. De mars 1793 à juillet 1794, la prison de la Conciergerie
compte 579 femmes (soit près de 13% de la population carcérale) dont 387 sont condamnées à mort : 30% pour intelligence avec l’ennemi, 23% pour contre-révolution et 15% pour conspiration.
Dans cette cour sont exposées les biographie des femmes qui ont compté sous la Terreur. Marie Anne Charlotte de Corday d’Armont naît dans une famille de la petite noblesse normande descendant de Pierre Corneille. Son père la place a l’abbaye royale de La Trinité a Caen, qu’elle quitte en 1790 suite a la suppression des ordres religieux. Elle s’intéresse alors aux idées nouvelles portées par les députés Girondins en exil à Caen, qui appellent à l’insurrection contre la Convention. Suite à l’arrestation des députés girondins en mai/juin
1793, Marat apparaît comme l’incarnation des excès de la Révolution populaire. Charlotte décide de l’assassiner pour déstabiliser le pouvoir en place et assurer le retour des girondins au pouvoir. Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday pénètre chez Marat, le poignarde dans son bain, lui évitant ainsi de finir guillotiné et en fait un martyr de la Révolution., Arrêtée immédiatement, elle est transférée le 15 juillet à la Conciergerie, jugée le 16 et guillotinée le 17. Les lenteurs de la justice n'étaient point au goût du jour.
Olympe de Gouges. "Née d’un père boulanger, Marie Gouze est mariée à l’âge de seize ans.
Se revendiquant fille illégitime d’un marquis, elle se fait appeler « de Gouges » à la mort de son époux et s’installe à Paris. Autodidacte, elle se lance dans l’écriture de nombreux romans et pièces de théâtre dans lesquels elle expose ses positions progressistes. En 1784, sa pièce Zamore et Mirza dénonce les préjugés racistes et réclame l’abolition de l’esclavage.
Militante féministe Sensible aux idées des Lumières, elle s’engage en politique
au nom de la justice et de la liberté. Droit de vote pour tous, impôt sur le revenu, réglementation de la prostitution, égalité en matière d’héritage sont les concepts précurseurs qu’elle défend. En 1791, dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dédiée à la reine, elle revendique l’égalité des sexes devant la loi et le droit des femmes à la représentation politique. Prônant la liberté d’opinion et la liberté sexuelle, elle réclame la suppression du mariage et l’instauration du divorce. Opposante de Robespierre Partisane d’une monarchie constitutionnelle et soutenant les Girondins, elle accuse Robespierre de vouloir instaurer une dictature. Elle est arrêtée en 1793 et incarcérée à la Conciergerie pour avoir publié une affiche proposant le droit au référendum des Français sur leur gouvernement.
À la suite d’un procès, elle est jugée coupable d’intentions "perfides et criminelles" et conduite à l’échafaud.
Manon Roland : "Jeanne Marie Philipon surnommée Manon est issue du milieu de l’artisanat d’art par son père, maître graveur sur l’île de la Cité . Elle se passionne dès son plus jeune âge pour la lecture des philosophes des Lumières, surtout Rousseau. Très vite, elle adhère aux idéaux républicains. Indépendante, Manon refuse les prétendants et choisit son mari, en dépit des conventions. Ce sera Jean Marie Roland, son aîné de vingt ans. Toute acquise aux idéaux de 1789, elle s’engage politiquement. A Paris, elle tient un salon qui devient un lieu mondain à la mode et l’un des creusets de l’élaboration de la politique girondine. Le 23 mars 1792, son mari est nommé ministre de l’Intérieur,mais Manon Roland, témoin de son époque, refuse de
revendiquer une place dans l’espace politique. La chose publique, du moins dans son affichage, est du ressort des hommes. Néanmoins, elle a indiscutablement animé un courant de
pensée et incarné des orientations politiques, subissant en conséquence des réactions violentes, autant liées à ses idées qu’à son état de femme.  Lors de la chute des Girondins, le 2 juin 1793, elle est arrêtée. Dans l’attente de son jugement à la Conciergerie, elle rédige ses Mémoires et parvient, ainsi, grâce à sa plume, à influencer son image post mortem. Jugée le 8 novembre 1793 pour avoir participé à la conspiration contre la République, Manon Rolland monte
le soir même a l’échafaud."

"Ô liberté, que de crimes commis en ton nom" 
J'ai déjà évoqué la figure de Lucile Desmoulins. Lucile Duplessis Laridon, fille d’un bourgeois aisé , est née le 18 janvier 1770. Elle tient un carnet intime dans lequel elle apparait comme une jeune fille espiègle mais solitaire. Elle rencontre Camille Desmoulins lors de ses promenades avec sa mère au jardin du Luxembourg. Après un premier refus, son père finit par accepter leur mariage qui a lieu à l’église Saint Sulpice le 29 décembre 1790
devant leur témoin Maximilien Robespierre. Le 6 juillet 1792 naît leur fils Horace Camille. Le couple est uni, partageant les mêmes idées révolutionnaires. Leurs amis sont tous des républicains convaincus : Robespierre, Danton, Piéton. Lucile assiste aux séances de la Convention. Elle soutient tous les combats de son mari, et l’aide à rédiger ses articles. Camille prend part avec son ami Danton à l’attaque du palais des Tuileries le 10 Août 1792. En 1793, il fonde le journal Le vieux cordelier dans lequel il commence à émettre des doutes sur l’utilité de la politique menée par Robespierre. Camille finit par être arrété avec Danton le 30 Mars 1794. Malgré ses démarches auprès de Robespierre, Lucile n’obtient pas la grâce de son mari. Elle est arrêtée à son tour le 4 avril. Transférée à la Conciergerie, pour y être jugée le 13 avril
1794, elle est guillotinée le soir même. Lucile fait partie des femmes de Révolutionnaires qui,
comme Madame Hébert, vont payer de leur vie une proximité intellectuelle avec leur mari.
Catherine Théot  est née en Normandie de parents journaliers. Nourrie dès sa jeunesse de lectures mystiques, elle est persuadée d’être « inspirée de Dieu », choisie pour sauver le monde. Venue travailler à Paris comme domestique, elle réunit autour d’elle un public populaire et largement féminin à qui elle prophétise la fin de la monarchie et l’accession au pouvoir du peuple. Son prosélytisme lui vaut d’être emprisonnée plusieurs années. Durant la Révolution, dans un climat de peur et d’incertitude, nombre de personnes se tournent vers les prophéties de mystiques. Ainsi, Catherine Théot devient un véritable phénomène et attire à elle nombre d’adeptes et curieux à la recherche d’une protection.
Elle reçoit notamment des proches de Robespierre. Comme elle encourage la conduite patriotique et assure que la France va gagner la guerre, beaucoup y voient le
triomphe imminent de la Révolution. Les ennemis de Robespierre y trouvent l’occasion de le
compromettre en le faisant passer pour le protecteur et le complice de Catherine Théot.
Ce complot contribue à le discréditer et précipite sa chute en juillet 1794. Quant à Catherine Théot, incarcérée à la Conciergerie, elle meurt quelques semaines après l’Incorruptible.
Avant de mourir, elle aurait donné une ultime prophétie : « Je ne périrai pas sur l’échafaud. Un évènement, qui jettera l’épouvante dans Paris, annoncera ma mort », allusion, pour certains, à l’explosion de la poudrerie de Grenelle, le 31 août 1794. 
 Avant de quitter la Conciergerie, on passe dans une salle, où tous les prisonniers passés par là pendant la Terreur sont recensés.
C’est une société très diversifiée qui passe par les cellules de la Conciergerie, composée pour l’immense majorité de gens ordinaires, venant surtout du "tiers état": ils n'appartiennent ni au clergé, ni à la noblesse. Un détenu sur cinq vient de ces deux derniers ordres mais ne composent qu’une très faible proportion de la population du pays. En effet, les anciens nobles et prêtres réfractaires (refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé) sont particulièrement ciblés par la justice révolutionnaire. Cette salle a été aménagée et enrichie d’une maquette numérique pour mieux apprécier la grande diversité des profils des plus de 4000 détenus qui sont passés par la Conciergerie avant d’être jugés par le Tribunal révolutionnaire. Outre les condamnés, elle mentionne les acquittés, qui représentent près de la moitié des détenus entre les printemps 1793 et 1795, un chiffre descendu à un sur cinq dans les semaines qui précèdent la chute de Robespierre et son exécution, le 9 et 10 thermidor an II (27 et 28 juillet 1794).
Je me prend à imaginer la France sous la Présidence Mélanchon en Robespierre, Bompard en Fouquet-Tinville, Pannot n'a pas d'équivalent, Arnaud en Saint Just. Leur première mesure rétablir la peine de mort, sortir Badinter du Panthéon et remettre en état la guillotine. Ce qui me rassure c'est de penser qu'ils en seraient les dernières victimes. Auparavant j'imagine Vals ou Hollande en Girondins, Besancenot ou Roussel en Hébertistes, Corbières et Ruffin en Dantoniens. On aurait pu imaginer un épilogue différent à la Terreur. Robespierre fait exécuter tout le peuple jusqu"au dernier, les considérant tous "suspects" puis finit le travail en guillotinant Sanson.
Autre prisonnier célèbre, François Ravaillac (1577-1610). C'était un homme du peuple, qui, pris de visions mystiques, décide de tuer le roi Henri IV, qu’il pense être l’ennemi du pape, et donc de Dieu. Le 14 mai 1610, armé d’un couteau, Ravaillac frappe de trois coups le souverain, alors que son carrosse est à l’arrêt dans la rue de la Ferronnerie à Paris. Arrêté et enfermé à la Conciergerie, il est considéré comme un fanatique catholique par les juges et condamné à mort. 

En quittant la Conciergerie on admire Cette horloge qui est aujourd’hui la plus ancienne horloge de Paris,  sur la tour nord-est de la Conciergerie, alors palais des rois de France. Son superbe cadran, qui fonctionne toujours, continue d’émerveiller les passants. L’horloge de la Conciergerie a été commandée par le roi Charles V à l’horloger lorrain Henri de Vic en 1371. Au fil des siècles, elle a dû être restaurée et remaniée plusieurs fois . 

Cette magnifique horloge "porte ainsi les traces de plusieurs souverains français. Sous le petit toit qui l’abrite, remarquez les initiales entrelacées “H” et “C” pour Henri II et Catherine de Médicis. Mais également “H” et “M” pour Henri IV et Marguerite de Valois, la fameuse reine Margot. Elles sont autant de signatures indiquant les travaux menés par ces rois et reines sur l’emblématique horloge de l’île de la Cité”. 

Une petite particularité qu’il est intéressant de noter : le chiffre 4 n’est pas écrit "IV" mais bien "IIII". L’explication est la suivante : c’est la version utilisée sur les horloges avant le XVe siècle. Pour deux raisons, l’une pratique, parce que la notation IIII évite de confondre le IV et le VI, du fait que ces chiffres sont écrits à l’envers sur les cadrans. Et l’autre esthétique, car cette écriture permet un équilibre graphique entre les parties droite et gauche du cadran de l’horloge.

Une visite qui fait réfléchir et qui donne des frissons, y a t-il un Robespierre dans la salle ou est-ce un fantasme ou un cauchemar  ?  Dans ceux qui ont condamné Robespierre, il y avait Fouché dont il fut proche? "Le boucher de Lyon" va nous donner une recette de natation politique et traversant tous les régimes avec un égal succés. Joseph Fouché est un homme politique français, né le 21 mai 1759 et mort le 26 décembre 1820. Il est particulièrement connu pour la férocité avec laquelle, durant la Révolution, il réprima l'insurrection lyonnaise en 1793 et pour avoir été ministre de la Police sous le Directoire, le Consulat et l'Empire. Napoléon le fit Comte d'Empire en 1808 et Duc d'Otrente en 1809. Ministre de la police, il est l'homme-clé du gouvernement lors des Cent-jours, en 1815, l'Empereur étant au combat. Prévoyant la défaite il manœuvre en effet pour préparer la transition.

Après la défaite de Waterloo, il devient président du gouvernement provisoire et négocie avec les puissances alliées, dont l'Angleterre. Il manipule les républicains et les monarchistes, négocie avec les forces diverses qui déchirent le pays, pour maintenir l'ordre et la continuité de l'État. Jugeant que la monarchie est le régime qui permettra au mieux à la France de retrouver sa souveraineté, il remet sur le trône Louis XVIII, et, le 9 juillet 1815, il devient son ministre.

 

 



 



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