jeudi 12 février 2026

ROME 2026, LA VILLA FARNESINA, LE TRASTEVERE, L'EXTASE


 Nous descendons du bus sur les quais du Tibre avant de nous enfoncer dans le Trastevere. Au hasard, nous entrons dans un bar à vin qui ne paie pas de mine et dont j'ai oublié le nom et c'est dommage car nous allons faire une excellente collation arrosée d'un beau vin italien. En sortant, nous nous dirigeons vers Santa Maria in Trastevere qui nous fera une étape vers la Farnesina. 

En chemin, nous passons devant un magasin où 2 des symboles du luxe et de la dolce vita occupent le vitrine, la Ferrari de Niki Lauda et la vespa puis la via Lungaretta nous conduit jusqu'à la piazza di Santa Maria in Trastevere. Le quartier est très animé, des trattorie, des bars sympathiques, une rue trop touristique aussi où les restaurants se succèdent avec des mecs qui, carte à la main, font la retape.  La belle église de Sainte-Marie du Trastevere est depuis plus de mille ans le cœur du quartier. L’édifice actuel qui remonte au XIIe siècle a gardé le charme de son caractère roman médiéval, embelli par de superbes mosaïques.
Ses fondations reposent sur les ruines d’un bâtiment chrétien du IIIe siècle, qui fut une des plus anciennes églises officiellement ouverte au public de Rome, connue comme le Titulus Callisti.
La basilique actuelle a été construite sous la papauté de Innocent II. Elle possède un élégant campanile en briques, possède 3 nefs. Au dessus du portique, une petite mosaïque du XIIème représente, le Christ, la Vierge et Innocent II.
Quand on pénètre dans la nef centrale, on est surpris par la pénombre qui y règne mais on distingue l'abside byzantine et le plafond à caissons. La nef actuelle de l'église est romane. Les 22 colonnes de granite aux chapiteaux ioniques et corinthiens qui séparent la nef des bas-côtés proviennent des ruines des thermes de Caracalla, de même que le linteau de la porte d'entrée.

Le plafond à caissons en bois est l'œuvre du Dominiquin.

Les mosaïques qui illuminent l'abside de Santa Maria in Trastevere remontent à l'époque du pape Innocent II (1130-1143), né de la famille romaine des Papareschi dei Guidoni. Les mosaïques du chœur, au style d’influence byzantine, sont considérées comme le chef-d’œuvre de l’église. Elles illustrent des scènes de l’Évangile. Au centre de l’abside, le Christ et la Vierge sont installés sur un trône, encadrés à gauche par les saints Calixte, Laurent et par Innocent II qui porte une maquette de l’église. À droite, sont représentés saint Pierre, le Pape Corneille, le Pape Jules Ier et saint Calépode. Marie est embrassée par Jésus (en signe de son amour et de sa protection, rôle dévolu à son église). Au-dessus, la main de Dieu bénit et couronne le Fils (comme vainqueur de la mort et du péché). Dessous, deux files d’agneaux sortent de Bethléem et de Jérusalem pour rejoindre le Christ.
Les mosaïques du registre inférieur furent réalisées par Pietro Cavallini en 1291. Elles racontent dans un style très fin des scènes de la vie de la Vierge. Leur style diffère des mosaïques précédentes en introduisant des effets de perspectives, une nouveauté à l’époque. Sont représentés autour du Couronnement de la Vierge, l’Annonciation, la Nativité de Jésus, l’Adoration des Mages, et la Présentation de Jésus au temple.
Sur l’arc triomphal, les mosaïques du XIIe siècle évoquent l’Apocalypse. Elles représentent les prophètes Isaïe et Jérémie, les symboles des quatre Évangélistes et les chandeliers des sept églises dont parle l’Apocalypse. Au centre on y voit la croix avec l’Alpha et l’Oméga (Jésus étant la première et la dernière lettre de notre vie).



Pour se rendre à la villa Farnesina, on emprunte la via della Scala, on passe devant une extraordinaire pharmacie, l'Antica Farmacia Santa Maria della Scala. 

Fondée au XVIe siècle pour l'usage interne du couvent attenant à l'église du même nom et ouverte au public à la fin du siècle suivant, la Spezieria di Santa Maria della Scala est la plus ancienne pharmacie de Rome et d'Europe. Elle était gérée par l'ordre des Carmes déchaux, qui y cultivaient, préparaient et vendaient leurs médicaments jusqu'en 1954, date de la fermeture de la pharmacie. En raison de son emplacement stratégique et de sa proximité avec le Vatican, la pharmacie devint si importante au fil du temps qu'elle fut fréquentée par des cardinaux, des princes et même des papes, à tel point qu'elle reçut le surnom de "pharmacie des papes".

Grâce à l'initiative de Fra Basilio, la pharmacie devint également, au XVIIIe siècle, un lieu d'enseignement, où on enseignait les propriétés des plantes, on constituait des herbiers et on répertoriait scientifiquement les médicaments. Sous la République romaine, elle servit ensuite d'hôpital pour soigner les soldats blessés lors des combats entre les armées républicaines et françaises : c'est ici que Luciano Manara mourut le 30 juin 1849, d'un coup de carabine reçu lors de la défense de Villa Spada.

En franchissant l'entrée, on entre dans un monde de moulins à huile, de mortiers et d'alambics, de vases, de majoliques et d'anciens instruments de pesage des médicaments. Le salon a conservé ses vitrines et ses meubles en bois du XVIIIe siècle, tandis que le plafond est entièrement décoré de fresques avec, au centre, les armoiries des Carmes. Sur les portes des armoires figurent des visites mémorables comme celle de Victor-Emmanuel Iᵉʳ du 27 octobre 1802. Parmi les nombreux « médicaments » conservés ici, on trouve la thériaque, utilisée depuis l'époque romaine comme antidote contre les poisons, composée de 57 substances différentes, dont de la viande de vipère.

Quand on arrive à la villa Farnesina, on nous annonce qu'il n'est pas possible de visiter si on n'a pas pris les billets sur internet car le guichet est fermé. Un des membres de la sécurité me dit de tenter ma chance sur internet. Le site buggue. Un touriste espagnol qui a vécu 6 mois à Rome essaye de m'aider. Il fait des tas de copier-coller. Impossible. Je téléphone à l'administration qui me répond que ce n'est pas possible. L'espagnol et le gardien m'aident et on finit par obtenir le précieux sésame. 

Nous arrivons enfin à rentrer. 

L’histoire de la Villa Farnesina commence au début du XVIe siècle, au plus fort de la Renaissance italienne, une période marquée par un épanouissement de l’art, de la culture et des idéaux humanistes. La villa a été commandée par Agostino Chigi (1466-1520), un riche banquier siennois dont l'influence étendait au-delà de la finance aux sphères culturelle et politique de son temps. Chigi, souvent appelé « il Magnifico », était l’un des plus importants mécènes des arts, soutenant des artistes comme Raphaël et d’autres artistes qui laisseraient une marque indélébile à la Renaissance.

L’ascension de Chigi à l’importance a commencé lorsqu’il est devenu le banquier personnel du pape Jules II (1443-1513), l’un des pontifes les plus puissants et les plus influents de l’époque de la Renaissance. Cette relation a amené Chigi de Sienne à Rome en 1500, où il s'est rapidement imposé comme l'homme le plus riche de la ville, gérant les finances papales, monopolisant le lucratif commerce d'aluns et finançant de grands projets commandés par le Vatican. Ses liens étroits avec Jules II, connu sous le nom de"Pape guerrier" pour ses campagnes politiques et militaires, ont permis à Chigi d’accumuler d’immenses richesses et puissances, qu’il a canalisées dans sa passion pour l’art et la culture.

La construction de la Villa Farnesina a commencé en 1506 et a été achevée vers 1510. Conçue par Baldassare Peruzzi (1481–1536), architecte et peintre de renom de Sienne, la villa représente un changement de style architectural des structures fortifiées du passé à un design plus ouvert et élégant. La Villa Farnesina a été conçue comme un palais de plaisir, une retraite de la ville animée, où Chigi pouvait divertir l'élite de Rome avec de somptueux banquets, des rassemblements culturels et des commandes artistiques.

Après la mort de Chigi en 1520, la villa changea plusieurs fois de mains avant d’être acquise par le cardinal Alessandro Farnese (1520-1589) en 1577. C'est de cette famille romaine de premier plan que la villa prend son nom actuel. 

La Loggia, située au rez-de-chaussée et composée de cinq arches désormais entourées de verre de protection, tire son nom de la décoration en fresque peinte en 1518 sur la voûte de l’atelier de Raphaël à partir des dessins du maître. Les scènes représentent des épisodes inspirés de l'Ane d'Or d’Apuleius, en particulier le conte de Cupidon et Psyché, un thème déjà utilisé au XVe siècle pour des œuvres d’art avec des sujets nuptiaux.La Loggia a servi de scène pour les célébrations et les représentations théâtrales organisées par le propriétaire de la villa.

Pour donner à l’espace un caractère festif et théâtral, Raphaël a transformé la voûte de l’entrée Loggia en pergola, comme si les pavillons et les treillis du jardin s’étendaient dans la Villa sous forme de guirlandes riches. Au centre se trouvent deux tapisseries peintes: le somptueux banquet des dieux, dans lequel la jeune fille, injustement persécutée, est finalement accueillie parmi l'assemblée divine, et Le mariage de Cupidon et de Psyché, l'aboutissement symbolique de tout le cycle. Les vicissitudes de Psyché retracent une ascension sociale troublée, similaire à celle de la courtisane Francesca Ordeaschi, maîtresse puis épouse d'Agostino Chigi. Les cartons furent dessinés par Raphael mais la peinture fut confiée totalement peut-etre par Giulio Romano, Francesco Penni, Raffaelin del Colle et Giovanni da Udine qui terminèrent la fresque en 1517. Ci-dessus, le banquet nuptial de Cupidon et Psyché et Junon, Cérés et Vénus peint par Giovanni de Udine.


On accède au premier étage par le somptueux escalier d'honneur.

La Loggia tire son nom de la fresque de la nymphe Galatea de Raphaël Sanzio, qui l'a représentée avec des traits du visage délicats en contraste avec son corps luxuriant, porté sur l'eau dans un char formé par une coquille dessinée par des dauphins, et entouré d'une procession festive de tritons, putti et nereides.s.
La Loggia a été fresquée par plusieurs artistes. Le premier était Baldassarre Peruzzi, qui en 1511 a peint l’horoscope d’Agostino Chigi sur la voûte. Au cours de l’hiver 1511-1512, Sebastiano del Piombo, l’un des principaux peintres vénitiens de l’époque, a exécuté les scènes mythologiques dans les neuf lunettes, avec des épisodes tirés des métamorphoses d’Ovide, ainsi que la tête monumentale d’une jeunesse.

En 1579, à la suite de l'annulation du fideicommissum grevant la propriété de Chigi, la Villa Farnesina est transférée au cardinal Alessandro Farnese. Les premières interventions d’entretien dans la Loggia, cependant, ont très probablement été parrainées vers le milieu du XVIIe siècle par un autre membre de la famille, le cardinal Girolamo Farnese, auquel peut être attribuée la restauration des grotesques sur les pilastres attenants au mur de Galatea (dont l’un porte la signature du peintre modène Giovanni Paolo Marescotti et – bien que repeint – la date 1650).

La Saletta Pompeiana  correspond à la partie située sous la première rampe de l’escalier. Les décorations sont directement inspirées d’exemples anciens de Pompei et datent des rénovations de 1861-1863 par le duc de Ripalta, Salvador Bermúdez de Castro. De là, après de récentes rénovations, on peut accéder à la zone sud-ouest du rez-de-chaussée de la Villa, qui faisait partie de l’espace privé du banquier Agostino Chigi. Au XVIe siècle, la Saletta pompeiana servait de palier à la rampe reliant les cuisines du sous-sol, tandis qu’au XIXe siècle, Salvador Bermúdez de Castro a fait supprimer l’escalier pour ériger l’actuel mur est, transformant la pièce en couloir.





En arrivant au second étage, une belle naïade nous accueille, ces gens de la Renaissance avait du savoir-vivre.
Le salon des Perspectives est une des réussites les plus saisissantes de l’œuvre de Peruzzi Les fresques sur les murs ont été pièces par Baldassarre Perruzi pour donneur l'illusion de l'ouverture du salon sur l'extérieur. Elles représentent des paysages urbains et champêtres entre les colonnes elles aussi peintes. Baldassare Peruzzi, le peintre des perspectives, est également l'auteur des portraits de dieux et des scènes mythologiques.  Ces pièces sont un vibrant hommage  à la culture d' Agostino Chigi. Le choix des scènes était toujours défini dans le contrat, parfois avec beaucoup de précision quant à l'exécution, et il ne se limite pas ici aux mythes les plus réputés. On distingue dans cette pièce Mercure, Neptune, Jupiter, Apollon, Minerve, Cupidon et Vénus. Les murs latéraux sont peints de fausses loggias, colonnes et arches, et des vues sur la ville de Rome. Au-dessus de la cheminée, est peinte la Forge de Vulcain. Des graffitis sont remarquables qui datent du sac de Rome de 1527 pendant lequel mercenaires ont occupé la villa.
Depuis cette superbe salle, on a une belle vue sur les toits et les jardins.


Au fond, à droite, la porte d'entrée de la salle des Noces d'Alexandre le Grand et Roxane. 

Le Salon des Noces fut la chambre de Chigi. Le peintre Giovanni Antonio Bazzi dit Le Sodoma (1477-1549) y a représenté des scènes de la vie d’Alexandre le Grand. La plus belle fresque de la pièce représente le mariage d’Alexandre et de Roxane dans une chambre à coucher dont les colonnes débouchent sur un paysage. Au centre de la fresque, le roi de Macédoine se tourne vers son épouse Roxane, assise sur le lit nuptial, dans une attitude d’abandon. Le mariage avec Roxane est le plus tardif des épisodes contés dans cette salle. En 327, les troupes d'Alexandre ont capturé en Asie centrale cette jeune noble ; lors d'un banquet, elle a dû danser pour le roi qui en est tombé amoureux. Elle l'épouse peu après en suivant le rite perse ; leur fils naîtra en Inde, peu après la mort d'AlexandreUn jeune homme, cnémides sur les mollets, tient une torche enflammée. C'est Hephestion, fidèle compagnon d'Alexandre, qui pose la main sur l'épaule d'un beau jeune homme, Hyménée, le paranymphe (celui qui accompagnait le futur marié aux noces). Les deux personnages semblent calqués sur l'image d'Aetion. Hyménée (Hymenaios) était directement lié aux rites nuptiaux depuis l'Antiquité grecque et désignait d'abord les chants de la cérémonie ; ultérieurement le nom prit chair et se transforma en personnage. On peut remarquer le gout de Sodoma pour les jeunes éphèbes ce à quoi il doit ce surnom sans équivoque. Au centre de la composition, la modeste Roxane baisse les yeux avec modestie. Elle n'est pas nue mais porte des voiles couleur chair. Cependant un putto mutin lance un regard espiègle à Alexandre pendant qu'il découvre son sein. Ces angelots sont une belle réussite de la composition. 

Sodoma n'a pas lésiné sur les qualités du couple : Roxane est représentée comme une Vénus et Alexandre devient un héros plein de noblesse. Il a déposé son casque au sol mais conservé ses chaussures lacées de guerrier. Cependant la cape dorée, assortie à celle sur les genoux de Roxane, lui apporte élégance et raffinement.

La fresque suivante montre Alexandre domptant son cheval Bucéphale. Bucéphale était la monture d'Alexandre. Ce cheval indomptable aurait été maté par Alexandre qui l'aurait placé face au soleil, ce qui aurait immédiatement discipliné l'animal, devenu ensuite son fidèle destrier. Lorsque le quadrupède sera blessé à la bataille de l'Hydaspe en 326 avant Jésus Christ, Alexandre fondera une ville, Alexandria Boukephalous, l'actuelle Phalia au Pakistan.

La fresque représente la mère de Darius se jetant aux pieds du roi de Macédoine, le vainqueur de son fils à la bataille d’Issos (– 333), afin d’implorer la clémence pour sa famille prisonnière. La scène s’inspire d’une séquence des Vies des hommes illustres de Plutarque. Bien que l'armée perse soit positionnée en premier et que Darius dispose de sa cavalerie royale, les grecs les poussent à la déroute. Darius s'enfuit en laissant derrière lui sa mère, sa femme et sa fille. Alexandre se montre magnanime et s'engage même à apporter des dots aux jeunes filles. Sisygambis, la mère de Darius reconnaissante se serait trompée en s'agenouillant devant Héphestion qui "lui aussi est Alexandre" », épisode rapporté par Plutarque. Alexandre aurait rétabli la vérité et l'aurait redressée en l'appelant "Mère". L'entourage féminin de Darius est complété avec un groupe à gauche ; les filles Stateira II et Drypétis  sont sans doute les demoiselles plus ou moins légèrement vêtues, représentées en femmes idéales de la Renaissance européenne. La femme plus âgée est peut-être leur mère Stateira.

Le plafond de bois doré offre une composition complexe où les caissons ressortent sur une décoration de grotesques.

Le blason, avec les caractères Ave Maria (en haut à droite) n'est ni celui de Chigi ni celui des Farnese ni celui des papes dont Chigi fut le banquier, Alexandre VI, Jules II et Léon X. Ce blason est celui du duc de Ripalta, le diplomate espagnol qui vécut ici et restaura la villa.
Il est étonnant de constater que dans un meme établissement public, le comportement du personnel peut etre différent. Les gens de l'entrée, ceux qui répondent au téléphone font en sorte de mettre des batons dans les roues des visiteurs. Il en résulte que la fréquentation de la villa est très modérée, 5 ou 6 personnes au total alors que cette villa est sublime. Le gardien chargé de la sécurité, par contre, a été adorable et a tout fait pour nous aider. Depuis un moment, un guide tourne autour de nous, souriant et affable. Il finit par nous aborder en nous déclarant qu'il adore la France. Il nous accompagne dans diverses salles et nous parle de Raphael, de Plombino et de Perruzi.
Il nous conduit dans la seconde loggia, 

L'histoire de la nymphe Galatée est relatée dans Les Métamorphoses d'Ovide. Dès la fin du XVe siècle, ce récit est la principale source d'inspiration des artistes en quête de sujets mythologiques. Galatée, amoureuse d'Acis, suscite la passion du cyclope Polyphème. Celui-ci, jaloux de l'amour que la nymphe porte à Acis, tente de tuer le jeune homme qui se transforme en fleuve pour échapper à la colère de Polyphème.

La fresque de Raphaël se situe à côté d'une œuvre de Sebastiano del Piombo représentant le cyclope. Bien qu'ayant conçu les deux images séparément, les artistes évoquent l'esprit de l'histoire racontée par Ovide sans vraiment l'illustrer : Polyphème se tourne vers le rivage, comme s'il cherchait Galatée, tandis que celle-ci, indifférente au cyclope et entourée d'un cortège marin, regarde vers le ciel . À la demande de Chigi, l'ensemble de l'ornementation des deux loggias évoque la passion et la sensualité amoureuse, donnant à la villa Farnésina l'un des premiers grands décors profanes à sujet sensuel.

Je suis tombé en arrêt devant, cette tête d’un jeune homme dessinée au charbon de bois. C'est une image finie et parfaite dans sa forme, bien qu'elle soit à peine esquissée. 

"La légende raconte que Raphaël, déjà célèbre et travaillant dans les Loggias du Vatican, avait l’habitude de couvrir ses peintures au cours du travail, afin de ne révéler son œuvre à personne.

Une bizarrerie d’artiste, qui éveillait la curiosité de Michel-Ange. Il avait entendu parler d'un nouveau chef-d'œuvre peint par Raphaelà la Villa  Chigi . Le génie a réussi à échapper à la surveillance en s'habillant en marchand. Distrayant les gardes, il semble que pendant quelques secondes, il a réussi à jeter un coup d’œil derrière les draps couvrant les fresques de Raphaël.

Impressionné par l'habileté du jeune maître d'Urbino, il a pris du charbon de bois et, grimpant sur quelques supports, il a simplement tiré à main levée cette tête. Quelque chose d'unique et d'exceptionnel, qui a laissé tout le monde étonné. Tous ont été choqués sauf Raphaël. Il s'est immédiatement rendu compte que seul un génie comme son rival aurait pu faire quelque chose comme ça. C’est pourquoi il a décidé, en signe de respect avec son rival, de le laisser exactement où il était et il a ordonné qu’il ne soit pas effacé."

Retour dans la loggia de Psyché.





Nous quittons la villa par le jardin et avant de renter à l'hotel, nous voulons admirer ce chef d'oeuvre de sensualité l'extase de sainte Thérèse par le Bernin dans l'église Santa Maria della Victoria. Cette église baroque se trouve via XX Settembre dans un angle de la Piazza san Bernardo. Auparavant dédiée à Saint-Paul, elle fut reconstruite au début du XVIIe siècle par Carlo Maderno pour les carmélites. Après la victoire des troupes catholiques sur les protestants à la bataille de la Montagne Blanche (près de Prague), elle fut rebaptisée Santa Maria della Vittoria, et une Madone venue de Bohème a été placée sur l’autel. La Transverbération de sainte Thérèse, encore appelée Extase de sainte Thérèse, orne depuis 1652 l’église Santa Maria Vittoria de Rome. Réalisé à partir d’un texte laissé par la sainte, cette sculpture manifeste la réversibilité toute baroque de l’âme et du corps, où se confondent et s’échangent plaisir et déplaisir.

"On reconnaît dans la sculpture centrale les deux personnages du texte de la sainte : elle-même, dans sa tenue de religieuse cloîtrée, et le bel ange resplendissant de sa vision. A travers cette sculpture, Le Bernin met la pierre en mouvement et lui insuffle une dynamique : l’ange aux ailes étendues ne tient qu’à peine au sol, tandis que la sainte est suspendue sur une improbable nuée. L’artiste s’emploie à déployer, dans sa mise en scène, toutes les virtualités d’un texte en lui-même spectaculaire : l’extase est décrite tout ensemble comme un martyre, la jouissance sensuelle est en même temps une pénible crucifixion où l’âme s’abandonne, se défait et souffre. Le sculpteur, en donnant chair aux protagonistes de ce récit qui ressemble tant à un fantasme, a souligné le contraste expressif entre les deux visages : celui de l’ange au sourire, bourreau armé d’un « dard enflammé », s’oppose à celui de Thérèse, victime abandonnée, où l’on lit à la fois l’alanguissement érotique et l’intensité de la douleur.



La représentation souligne ainsi la jouissance morbide de cette scène où se mêlent Éros et Thanatos, où le ravissement de l’âme est décrit comme une conjonction des corps : l’archer angélique apparaît comme un avatar du dieu Amour, et le symbolisme sexuel du dard et des « faibles soupirs » de la sainte est trop évident pour qu’on le commente. La possession divine ne peut être montrée que comme une brisure intérieure : Thérèse est écartelée, vidée de ses entrailles, disloquée. Mais la souffrance qu’entraîne cette dépossession de soi conduit moins à la mort qu’à la petite mort, comme en témoigne le mélange de jouissance et d’hébétude qu’on lit sur le corps de la sainte. Le pouvoir de séduction d’une telle œuvre, en même temps spirituelle et charnelle, mystique et érotique, est liée au jeu pervers qu’elle entretient avec la voluptas dolendi pétrarquiste qui devient ici, pour reprendre l’expression de Gisèle Venet, un "plaisir du déplaisir"." Certains auteurs ont tenté de donner une interprétation de l'extase de sainte Thérèse dans une tonalité érotique: une interprétation certes suggestive et confortée par la subtile sensualité que l'œuvre peut certainement inspirer, mais qui s'accorde mal avec les sources qui parlent du Bernin comme d'un artiste très religieux et que l'on peut donc imaginer peu enclin à donner des représentations de la sainte qu'il aurait pu considérer comme blasphématoires. Un commentateur anonyme (et plutôt venimeux), contemporain du Bernin, a écrit, à propos de Sainte Thérèse, que l'artiste "a fait descendre cette Vierge très pure sur terre, et non pas au troisième ciel, pour en faire une Vénus non seulement prostrée, mais prostituée". Il semblerait que le Bernin a pris sa maîtresse pour modèle, ce qui laisse à penser que c'était un bon amant étant donné l'extase de la sainte.



Près de l'église, la Fontaine de l’Acqua Felice, connue également sous le nom de Fontaine du Moïse, fut construite en 1587 sur un projet de Domenico Fontana, sous le pontificat de Sixte V Peretti. À la fin du XVIe siècle, ce dernier entreprit de nombreux travaux à Rome, notamment dans le domaine des infrastructures hydrauliques, dont plusieurs furent confiés à Fontana. 

Cette fontaine constitue le point terminus de l’aqueduc de l’Acqua Felice, construit par Sixte V en réutilisant en partie l’ancien aqueduc Aqua Alexandrina (qui remonte à Alexandre-Sévère, 22-235 après J.-C.) afin d’alimenter en eau les collines du Quirinal et de l’Esquilin.

Au centre de la fontaine, la niche principale abrite une imposante statue de Moïse, réalisée par Leonardo Sormani et Prospero Antichi. Moïse y est représenté désignant du doigt les eaux miraculeuses surgissant de la roche. Toutefois, cette statue fut mal accueillie par la critique dès son installation. Une légende populaire prétend même que Prospero Antichi se serait donné la mort à cause de la laideur de son œuvre. Cette anecdote semble n’être que pure invention, bien que la statue ait en effet été moquée pour ses proportions jugées maladroites, avec son allure massive, étant longtemps surnommée par les Romains « Moïse ridicule ».

Dernier soirée à Rome au Ditirambo là où avait débuté notre première soirée. Rome a été un fête et le temps a été très clément puisque la pluie n' est tombée qu' au moment du départ.











 

















































































































































































































































































































































L'oeuvre est celle d'une tonnelle de jardin (alors la Loggia était ouverte sur le parc. Raphaël a donc couvert la peinture de guirlande de fleurs qui sépare les panaches décorés de l'histoire de Psyché et les calottes peintes d'amours portant les attributs des Dieux.





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