lundi 26 janvier 2026

ROME 2026, SAINT JEAN DE LATRAN, GERBERT D' AURILLAC

 Deuxième journée à Rome, après le petit déjeuner, nous prenons le métro à Termini jusqu'à San Giovanni. Saint-Jean de Latran est la première basilique chrétienne construite  pour rassembler toute la communauté de la ville autour de son évêque, même si les chrétiens avaient déjà commencé à construire des églises avant l'arrivée au pouvoir de Constantin : il existe surtout des témoignages littéraires, indiquant qu'il y en avait déjà quarante à Rome, tandis que le développement artistique est attesté par l'art antérieur des catacombes.Outre son intéret architectural et artistique, la basilique a un rapport particulier avec la France.  Une cérémonie particulière, se déroule chaque année à Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l’évêque de Rome, et par là "mère de toutes les églises"  du monde. On y célébre, le 13 décembre, une messe pour le bonheur et la prospérité de la France – Pro felici ac prospero statu Galliae. La date n’est pas choisie au hasard : il s’agit de l’anniversaire du roi Henri IV (1589-1610). Henri IV entérine l ’octroi des revenus de l’abbaye de Clairac à ST Jean de Latran en 1604.  Les chanoines, reconnaissants, décident alors d’octroyer le titre de premier et unique chanoine d’honneur au chef de l’État français. Une tradition respectée depuis lors, malgré les années, les révolutions et les changements de régime. La basilique s'éléve sur un très large esplanade. La façade actuelle est l’œuvre d’Alessandro Galilei, qui l'a rénovée sous le pape Clément XII dans la première moitié du XVIIIe siècle. L'inscription au sommet “Christo Salvatori”, indique clairement que la basilique est dédiée au “Christ Sauveur”. En effet, juste au-dessus de l'inscription se trouve une mosaïque représentant le visage du Christ.

De travertin et coiffée des statues  monumentales du Christ et de plusieurs saints, la façade est baroque et typique des édifices religieux catholiques de Rome.
La basilique Saint-Jean-de-Latran – dite du Très-Saint-Sauveur – est la plus vénérable église de la chrétienté, la « cathédrale » du pape, réalisée à la demande de l’empereur Constantin après sa conversion, et consacrée en 324 après Jésus-Christ
La basilique Saint-Jean-de-Latran – dite du Très-Saint-Sauveur – est la plus vénérable église de la chrétienté, la « cathédrale » du pape, réalisée à la demande de l’empereur Constantin après sa conversion, et consacrée en 324 après Jésus-Christ

 Elle est ornée de pilastres et de colonnes qui la divisent en 5 espaces. Les portes sont surmontées d'une loggia, elle-même surmontée d'une balustrade portant 15 monumentales statues de 7 mètres de haut, qui représentent des docteurs de l'église, Saint Jean, Saint Jean-Baptiste et le Christ au centre. 

L'intérieur de la basilique Saint Jean de Latran est baroque et date de la restauration de 1650, réalisée par Borromini. Celui-ci réalisa un travail de modernisation pour transformer l'intérieur médiéval en baroque. 

Ainsi, le nombre d'arcades de la nef passa de 14 à 5, les espaces comblés étant remplacés par de larges niches abritant les statues monumentales des 12 apôtres.

Le superbe sol, de style cosmatesque a été conservé et date du XVème siècle. De même, le plafond en bois sculpté et doré du XVIème siècle a été conservé . Giacomo della Porta qui l’a réalisé était un élève de Michel-AngeCe plafond à feuilles d'or porte les armoiries de ses patrons papes de la Renaissance, Pie IV (1559-1565) et Pie V (1566-1572) .Cosmatesque se rapporte à un style de dallage décoratif médiéval italien, caractérisé par l'utilisation de marbres colorés et de motifs géométriques.


Les 12 niches insérées dans les piliers abritent les statues monumentales des apôtres, construites au début du XVIIIe par plusieurs sculpteurs, dont Rusconi, Legros et Monnot. Voici celle de l'apôtre saint Jacques le Majeur de Camillo Rusconi.

Le pape Léon XIII fit reconstruire l’ancienne abside en 1885 par Virginio et Francesco Vespignani, détruisant celle qui datait de Niccolò IV avec son déambulatoire de la fin du XIIIe siècle.
L’espace dégagé accueille le nouveau chœur, richement décoré de fresques, stucs et marbres polychromes.

Dans l’abside la grande mosaïque représente à gauche de la croix du Christ et de la colombe du Saint-Esprit : la Vierge, Nicolas IV, Saint Pierre et Saint Paul ; à droite, Saint Jean le Baptiste, Saint Jean l’Évangéliste et Saint André. En plus petit, les figures de Saint François d’Assise et de Saint Antoine de Padoue ont été ajoutée sous Nicolas IV. Dans la frise au pied des apôtres, figurent aussi les petites figures des artistes Camerino et Torriti. 

A la croisée du transept se trouve l'autel papal et son baldaquin du XIVème siècle.
Cet autel gothique est réservé au Pape, évêque de Rome à Saint Jean de Latran. Le baldaquin est supporté par des colonnes et contient deux bustes reliquaires avec les crânes de Saint Paul et de Saint Pierre. 

Le transept, avec son foisonnement d’œuvres, est particulièrement représentatif du maniérisme romain de la fin du XVIe siècle. Dans le transept nord, l’immense orgue de Luca Biagi date du XVIe siècle. Dans le transept sud, l’autel du Saint-Sacrement a un ciboire baroque orné de pierres précieuses. Le reliquaire de la table de la dernière Cène où mangea Jésus, est une œuvre d’Ambrogio Buonvicino et Orazio Censor. Il est encadré de quatre colonnes corinthiennes antiques, en bronze, du IIe siècle de notre ère.
La fresque au dessus représentant l’Ascension, est l’œuvre du Cavalier d’Arpino. Ci-dessous la fresque de Paris Nogari, fondation de la basilique de St Jean de Latran.



Ci-contre, Giovan Battista Ricci, la consécration della basilique St Jean de Latran autour de 1600.


Le cénotaphe de Sylvestre II avec ce long épitaphe en latin : "Lorsque, au son de la trompette, le Seigneur viendra, cet endroit du monde produira les restes de Silvestre qui y est enseveli, lui que la très savante Vierge avait rendu célèbre au monde et dont les hauteurs de Rome avaient fait la tête du monde. Originaire de France, Gerbert mérita d’abord le siège du peuple de Reims, métropole de son pays, puis il mérita de gouverner la noble Église de Ravenne et il devint puissant. Au bout d’un an il obtint Rome, et il changea son nom pour devenir le nouveau pasteur du monde entier. Le César Otton III, auquel il fut toujours dévoué et fidèle, l’aimait beaucoup, et lui offrit ce siège. L’un et l’autre illustrent leur temps par leur brillante vertu de sagesse, et tout le siècle se réjouit, et tout mal est brisé. Il occupait ce siège
à l’instar du Portier des cieux, c’était la troisième fois que lui était confiée une charge de pasteur. Un lustre après avoir reçu le siège de Pierre, il quitta les siècles par sa mort. Le monde fut glacé d’effroi, la paix disparut, l’Église triomphante chancela et oublia le repos. Dans un doux sentiment de respect, le prêtre Serge, son successeur, disposa ce tombeau par amour pour lui. Qui que tu sois qui tournes et abaisses ton regard vers ce tombeau, dis : « Seigneur tout-puissant, aie pitié de lui ». Il mourut l’an de l’Incarnation 1003, en l’indiction première, le douzième jour du mois de mai. " 
Pourquoi s'attarder devant cette tombe ? Le Pape Sylvestre II, né Gerbert d’Aurillac vers 945, occupe une place unique dans l’histoire de la papauté. Sa vie, marquée par un éclat intellectuel, une pensée novatrice et un sens politique aiguisé, l’a mené de ses humbles débuts à devenir le premier pape français. 
Ci-contre, le pape Gerbert sur le "Gravier" à Aurillac.

 Issu d'une famille modeste, il fut confié très jeune à l'abbaye de Saint-Géraud d'Aurillac, où il reçut une formation monastique de haut niveau. Son intelligence hors du commun attira rapidement l'attention de Borel II, comte de Barcelone, qui l'envoya à l'abbaye de Ripoll en Catalogne. Là, il eut accès aux connaissances scientifiques et philosophiques transmises par les savants andalous, lui permettant d'approfondir ses compétences en mathématiques, en astronomie et en logique. Cette formation exceptionnelle fit de lui l'un des esprits les plus brillants de son époque

En 999, Gerbert fut élu pape sous le nom de Sylvestre II, un choix symbolique rappelant Sylvestre Ier, pape sous l'empereur Constantin, signifiant ainsi une alliance spirituelle avec le pouvoir politique chrétien. Son pontificat fut marqué par une volonté de restaurer l'autorité de l'Église face aux abus féodaux et aux ingérences politiques. Il s'opposa fermement à la simonie et défendit l'idée d'une Chrétienté unie sous la direction spirituelle du pape. Il encouragea également la réforme clunisienne, qui visait à renforcer la discipline monastique et à restaurer la pureté de la vie religieuse. En tant que pape, il soutint Othon III dans son projet de "Renaissance ottonienne", qui visait à restaurer un Empire chrétien à l'image de l'Empire carolingien. Son rôle fut essentiel dans la consolidation des liens entre l'Empire et la Papauté, préfigurant les conflits et collaborations entre les deux puissances au cours des siècles suivants. L'intelligence exceptionnelle de Sylvestre II et son intérêt pour les sciences lui valurent des accusations de pacte avec le diable. Ces calomnies, propagées après sa mort, témoignent de la méfiance envers un pape qui osait utiliser la raison pour servir la foi. Cependant, loin d'être un alchimiste obscur, il fut un ardent défenseur de l'harmonie entre science et religion, préfigurant la scolastique médiévale.

La basilique Saint-Jean-de-Latran a une grande importance historique. Elle fut siège de la papauté jusqu’au XIVe siècle, avant l’exil des papes à Avignon et leur installation à Saint Pierre de Rome. C'est ici que, jusqu'en 1870, les papes étaient sacrés. Les accords du Latran, qui assurent la souveraineté du Saint-Siège sur le Vatican, y furent également signés. Elle est aussi la cathédrale de Rome où le pape,  évêque de Rome,  y célèbre la messe du Jeudi Saint.

Signés par le pape Pie XI (1922-1939) et Mussolini, les accords du Latran règlent la « question romaine », qui envenimait les relations entre la papauté (et, par suite, les catholiques) et l'État unitaire italien, depuis que ce dernier avait annexé Rome le 2 octobre 1870, mettant fin à l'existence millénaire des États du pape. La papauté, qui disposait déjà d'une souveraineté internationale reconnue, conforte alors celle-ci par l'obtention d'une assise territoriale : c'est la création de l'État du Vatican, réduit à un quartier enclavé de Rome. Les relations entre Saint-Siège et État italien sont en outre normalisées par un concordat, qui confère au catholicisme un statut de religion d'État en Italie, autorise l'enseignement religieux dans les écoles et interdit le divorce. En contrepartie, Mussolini, qui entend se placer dans une certaine continuité idéologique du Risorgimento, obtient la reconnaissance par la papauté de l'État unitaire italien et, plus largement, le soutien des catholiques italiens ainsi qu'un indéniable prestige international. Cet accord constitue un des succès majeurs du régime fasciste à son apogée. 

Nous allons maintenant visiter le cloitre... 

 




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