jeudi 29 janvier 2026

ROME 2026, LA VILLA MÈDICIS, JARDINS, STUDIOLO ET GYPSOTHÈQUE.

Troisième journée à Rome,nous prenons le métro jusqu'à la place d'Espagne. Cette place doit son nom parce qu'au 16e siècle, l’état espagnol avait acquis ici un territoire pour y établir son ambassadeur auprès du pape. La place et les environs étaient donc propriété de l’état espagnol. La place  doit son nom à la première ambassade installée à Rome, le Palazzo di Spagna. Elle occupe une position stratégique. De là partent les rues commerçantes les plus célèbres, telles que via Condotti, via del Babuino et via Borgognona. La Fontaine de la Barcaccia, située au pied des emblématiques marches de la Place d’Espagne  est une œuvre qui attire des visiteurs du monde entier. Conçue par Pietro Bernini et son fils Gian Lorenzo Bernini entre 1627 et 1629, cette fontaine baroque se distingue par sa forme unique de barque semi-immergée, inspirée par une inondation historique du Tibre en 1598. La fontaine a la forme d'un bateau avec une proue et une poupe identiques flottant dans un bassin ovale. Les bords des flancs sont très bas et donnent l’impression que le bateau est sur le point de couler. Deux énormes manteaux de bras d'Urban VIII et trois abeilles décorent l'extérieur de la proue et de la poupe. L'eau s'écoule des flancs des blasons de faux pistolets.

À l'intérieur, il y a deux soleils à visage humain, un autre emblème de la famille Barberini, avec de l'eau qui coule de la bouche avec des volutes qui la canalisent à l'extérieur. Les symboles sur la fontaine avec les abeilles et les soleils font référence à Urbain VIII, le fondateur du monument. Un escalier monumental relie la Barcaccia à 
 l’église de la Trinité des Monts. L'escalier date de 1725 et a été construit par les français. Il comporte  137 marches est de style baroque. En marbre blanc, il est construit sur trois niveaux faisant référence à la Sainte Trinité. À l’époque, il relie le mont Pincio où se situe l’église de la Trinité des Monts à la place d’Espagne en contrebas.


À l’origine, les français souhaitaient installer une statue de Louis XIV au sommet de l’escalier, mais le pape s’y opposa. L’escalier fut donc construit sans la statue. Nous visitons la Trinité des Monts où les photos sont interdites. C'est une église chère à la France : reconnaissable à ses deux campaniles, l’église de la Trinité-des-Monts a été consacrée en 1594. Comme le couvent qui lui est associé, elle doit son origine à la générosité des rois de France, et en particulier Charles VIII. Ce dernier, pour remercier saint François de Paule du secours spirituel qu’il avait apporté à son père Louis XI, permit financièrement, en 1494, que l’ordre religieux fondé par le saint, la congrégation des Frères minimes, s’installe à Rome, sur la colline du Pincio. C'est "l’église romaine des Rois de France".
L’église, qui revendique sa nationalité française, fut construite en style gothique, utilisant des pierres de la région de Narbonne. Cette structure gothique est à peine visible aujourd’hui, la maîtresse-voûte de la nef ayant été remaniée vers 1774, sur des plans de Giuseppe Pannini. Elle comporte une seule nef bordée de chaque côté par une succession de six chapelles, auxquelles s’ajoutent les deux chapelles du transept. Les architectes présumés de cet ouvrage sont Annibale Lippi et Gregorio Caronica. 
L’intérieur consiste en une seule grande nef avec des chapelles latérales, décorées d’œuvres d’art de grande valeur du maniérisme romain et nommées d’après les familles qui avaient obtenu le patronage au XVIe siècle.  On peut y admirer la célèbre Descente de la Croix de Daniele Volterra réalisée d’après des esquisses de Michel-Ange, dont Volterra était l’élève et l'Assomption de la Vierge également de Volterra. Le cloitre est apparemment fermée aujourd'hui. Nous nous rendons à la villa Médicis toute proche autre lieu important de la présence française à Rome.

Nous prenons une visite guidée en anglais car la visite en français a déjà commencé depuis longtemps. Nous découvrons d'abord cette statue de Louis XV. Le roi de France, vêtu d'un costume à l'Antique, pose le pied le monde. 

Le prince de Vaini commanda, à la fin du XVIIe siècle, à Domenico Guidi, une statue en pied de Louis XIV.
Il offrit ensuite cette statue à Louis XV, en 1741, pour être installée au Palais Mancini, alors siège de l'Académie de France à Rome. 

Un influent prélat toscan, le cardinal Ricci, décida d’élever une villa de plaisance sur les friches du Pincio. À sa mort, le domaine passa au cardinal Ferdinand de Médicis, dont il prit le nom. L’architecte Ammannati agrandit considérablement l’édifice, pour en faire l’écrin d’une étonnante collection de sculptures et de peintures aujourd’hui conservée dans les musées de Florence. Quant au jardin, ordonné selon un plan rigoureux et peuplé d’antiques, il devint, lui aussi, l’une des merveilles de Rome.

Les descendants de Ferdinand de Médicis, devenu Grand duc de Toscane, dépouillèrent peu à peu la Villa Médicis de ses trésors avant de la mettre en vente à la veille de la Révolution.

L’histoire de la Villa Médicis pouvait alors rejoindre celle de l’Académie de France à Rome.

Fondée par Louis XIV et Colbert en 1666, cette institution avait pour but d’accueillir les meilleurs artistes et architectes français, pour se perfectionner au contact des chefs-d’œuvre antiques ou modernes. Installée au XVIIIe siècle dans le palais Mancini, l’Académie, sous l’impulsion de grands directeurs tels que Natoire et Jean-François de Troy, vit passer entre autres Houdon, Fragonard et David. Mais la Révolution mit un terme à cette période brillante et le palais Mancini fut saccagé lors d’émeutes anti-françaises. Dans son entreprise de réorganisation du pays, Bonaparte décida de rétablir l’Académie de France à Rome et de lui donner un nouveau siège. Son choix se porta sur la Villa Médicis, toujours en vente, qui fut échangée contre le palais Mancini en 1803 à l’issue de laborieuses tractations avec le gouvernement florentin et...on découvre cette inscription : "A Napoléon le Grand, les Arts reconnaissants".

Notre guide, so british, nous conduit sur la terrasse. Une statue aérienne, le Mercure de Jean de Bologne nous accueille. Mercure est la statue la plus célèbre de Jean de Bologne. À l’origine, il s’agit d’une commande du pape Pie IV pour décorer le cortile de l’université de Bologne : le dieu Mercure montre du doigt le ciel pour indiquer l’origine divine du savoir. Cette figure en bronze est particulièrement convaincante par son élan dynamique. Jean de Bologne est un sculpteur français. Originaire de Douai, Jean de Boulogne installe très tôt
son atelier à Florence. Rapidement adopté par les
maîtres florentins, il poursuit toute sa carrière à la
cour des Médicis. C’est semble-t-il, vers 1574, que
Jean de Boulogne exécute sa fameuse statue de
Mercure volant. Au cours d’un voyage à Rome,
Georgio Vasari le présente au Pape et écrit qu’il le
considère comme "le prince des sculpteurs de
Florence". Je me souviens l'avoir découvert en 1968 au Bargello à Florence. 
En 1587, le cardinal Ferdinand de Médicis a fait  placer la fontaine, qu'on retrouvera comme sujet d'un tableau de Corot.



La villa Médicis est un exemple parfait du style maniériste. Sa façade de jardin richement décorée reflète la tendance de l'époque à concevoir chaque surface dans les moindres détails. Les murs extérieurs décorés de stucs et de festons contiennent des fragments de l'Ara Pacis Augustae ( L'Ara Pacis Augustae est un monument romain construit par Auguste en 13 avant JC pour célébrer sa victoire et sa paix..). On y remarque aussi le blason des Médicis. Au début, il y avait jusqu'à 11 boules, la fleur de lys fut ajouté pour les services rendus à la France. Lorenzo le Magnifique continua le travail de simplification en réduisant le nombre de boules à six, plaçant la fleur-de-lysée au sommet de l’écu. Cosimo Ier finalement fixa définitivement les armoiries en optant pour un écu ovale. Selon, les sources, les boules sont qualifiées de besants (pièces de monnaie qui feraient référence à l’origine de la fortune familiale des Médicis qui furent avant tout des banquiers), de tourteaux (désignation héraldique)… ou même de pilules (rumeur qui circula en France afin de diffamer la reine Catherine de Médicis), ce dernier terme faisant également référence au sens latin du mot "medicus", médecin.



Les Lions des Médicis sont placés de chaque côté de l'entrée de la villa. Chaque lion tient sous sa patte une sphère, en référence aux six boules constituant les armes des Médicis.C'est un symbole de puissance et de richesse. Ci dessous, quelques bas-reliefs antiques,  des guirlandes,  des masques et des statues sur la façade de la villa.


      Notre guide nous conduit devant une balustrade sur la terrasse avec la plus belle vue qu'on puisse imaginer sur la "ville éternelle". Saint Pierre, la "Machine à écrire" de Victor Emmanuel, les églises, les collines...







Puis on part dans les jardins. Face à la splendide façade couverte d’antiquités, le jardin des parterres, dans lequel ont été installés 20 pots toscans contenant des agrumes rares, installés par la céramiste japonaise Natsuko Uchino et la française Laura Vazquez.



C'est un jardin à l'italienne parfaitement ordonné sur 7 hectares. Nous suivons de longues allées avec parfois une statue antique qu'on aperçoit au fond. Il y a des carrés de vignes et de citronniers. La vigne comporte quelques cépages typiquement italiens comme le Sangiovese et provient de la vigne de Giulio Bosco au sud du jardin acquise en 1580.
Nous sommes devant la loge de Cleopatre peinte par Velasquez. La Vue du jardin de la Villa Médicis à Rome, est une huile sur toile de Diego Velasquez peinte à Rome entre 1629 et 1631. Elle est également nommée Le pavillon de Ariane-Loggia de Cléopâtre ou Midi pour la différencier d'une autre toile peinte dans les jardins de la villa Médicis par le maître espagnol.
Posée discrètement à l'entrée d'un appentis, je découvre un bronze de Carpeau.

Ce buste représente le sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) malade, quelques mois avant sa mort.


Modèle exécuté en 1875.
Victor Bernard (1818-ap. 1892) fut l'un des principaux praticiens de Carpeaux qu'il accompagna à Nice, chez le Prince Stirbey en 1875. Le modèle fut modelé à Nice sur la plage. Bien que signé par Bernard, on s'accorde généralement à voir dans ce portrait une œuvre de Carpeaux lui-même exécutée avec la collaboration du praticien.
Fonte en 1932. Nous allons maintenant découvrir une petite merveille, le studiolo,
 un des secrets de nos jardins, la chambre des oiseaux située dans le Pavillon de Ferdinand. Le Pavillon de Ferdinand de Médicis est un petit édifice construit au 16ème siècle dont les décors ont été réalisés par Jacopo Zucchi et ses collaborateurs entre 1576 et 1577. Il est constitué de deux salles construites séparément. La plus grande, la Stanza degli uccelli dévoile une pergola végétale peuplée d’une multitude d’oiseaux et d’animaux, véritable encyclopédie de la faune et de la flore de cette époque, Hérons et pélicans, aigles, dindons et hiboux mais aussi serpents ou petits lapins s’y côtoient dans des décors ocres, roses et verts peuplés de fruits et de feuillages automnaux.



Sur les murs, Bosquet, suite Tromper l’œil, 2024, une œuvre en soie de Eva Jospin, fille de...
Pensionnaire de la Villa Médicis entre 2016 et 2017, l’artiste est, jusqu’au 19 janvier 2026, l’invitée d’Art Club, une série de manifestations faisant dialoguer des œuvres d’artistes contemporains internationaux et le patrimoine de l’Académie de France à Rome, sous l’impulsion de l’historien d’art Pier Paolo Pancotto. 

Ce pavillon privé, orné de fresques d’oiseaux, de nymphes et de grotesques, accueillit les amours secrètes de Clélia Farnèse.

Fille illégitime du cardinal Alessandro Farnese, épouse du baron Cesarini, maîtresse du cardinal Ferdinand de Médicis, Clélia Farnèse, beauté enviée et esprit libre dans un monde d’hommes, incarne la grandeur et la décadence de son époque. Portée aux nues avant d’être jetée en pâture, elle paiera de sa vie son désir de liberté et d’indépendance, sa soif d’art et de culture.





La plus petite des chambres, la Stanza dell’Aurora, est décorée d’un plafond allégorique et de grotesques historiées, ponctuées notamment par des vues de la Villa Médicis et de ses environs.

La belle coquine se faisait déposer en carrosse au pied du studiolo bâti sur les anciennes murailles romaines.

Notre guide nous conduit ensuite à la gypsothèque. C'est un lieu crée par Frédéric Mitterand, Directeur de la villa en 2008-2009, qui accueille les moulages de plâtre de sculptures dans un des anciens ateliers de pensionnaire. 

 Eva Jospin a aussi investi la gypsothèque avec cette œuvre en carton.



Disposés sur un fond bleu, les moulages sont exposés selon une scénographie classique, permettant de voir ces pièces de la plus pure tradition académique. Il y a un pan de mur occupés par les rois de France. Une statue prévue initialementStudiolo pour Napoléon 1er et dont on a remplacé, à la Restauration, la tête par celle de Louis XVIII.

 



2 œuvres d'Eva Jospin au milieu d'un ensemble de bas-reliefs antiques, le torse de l'Apollon du Belvédère, Castor puis Pollux ou inversement. 

Statue romaine en marbre du jeune Hércule, vers le IIe siècle ap. J.-C.  Représenté comme un enfant joufflu, debout, le poids du corps sur sa jambe droite, la jambe gauche avancée, appuyé sur sa massue, aujourd'hui disparue, vêtu d'une peau de lion de Némée relevée sur la tête, la gueule béante aux crocs apparents, la crinière touffue dessinée à l'arrière de sa tête et retombant en profonds plis en V dans son dos, ses cheveux ondulés tombant sur son front, son visage aux yeux en amande, aux joues rondes et au menton arrondi, les lèvres entrouvertes, tenant un carquois dans son bras gauche, les restes de sa main droite sur sa hanche droite et une partie d'un arc en bandoulière sur son bras gauche.
Nous quittons la gypsothèque pour tomber sur un endroit magique, les Niobides. 
Niobé, reine de Thèbes, s’était vantée d’être l’heureuse mère de nombreux enfants, contrairement à Léto qui n’avait mis au monde que deux jumeaux. Ces derniers, Artémis et Apollon, vengèrent l’outrage fait à leur mère en transperçant de flèches les enfants de Niobé, sous les yeux de celle-ci.
Cette histoire tragique servit d’inspiration pour un ensemble de statues antiques datant du Ier et IIe siècle après J.-C. Ces statues furent découvertes en 1583 et Ferdinand de Médicis s’en porta immédiatement acquéreur. Elles ont orné le jardin de la villa jusqu’en 1770, date à laquelle elles ont été transférées à Florence.
Balthus, directeur de la Villa Médicis de 1961 à 1977, décida de redonner au parc son caractère de jardin de la Renaissance qui avait été perdu avec les années. Le pensionnaire restaurateur Michel Bourbon réalisa des moulages d’après les originaux conservés au musée des Offices à Florence. Ces copies furent installées dans les jardins où il est possible de les admirer aujourd’hui.

Nous revenons vers la villa dont nous allons visiter les pièces d'exposition. Initialement, l’ obélisque de Boboli , qui ornait le temple d’Isis où il fut découvert au XVIe siècle se trouvait ici. Les Médicis le réclamèrent pour la Villa Médicis , mais en 1790, ils le ramenèrent dans les jardins de Boboli , attenants au Palazzo Pitti à Florence, et en laissèrent une réplique à son emplacement.

La fontaine se compose d'un grand bassin octogonal au niveau du sol, au centre duquel se dresse un pilier soutenant une coupe circulaire en granit gris, avec à l'intérieur une sphère en marbre d'où jaillit l'eau. Selon la tradition, la sphère est un boulet de canon qui a remplacé un lys médicéen.

Deux légendes particulières circulent sur l'histoire de cette fontaine. Toutes deux concernent la reine Christine de Suède et son arrivée à Rome après son abdication pour embrasser la foi catholique.

On raconte qu'un matin de 1656, Christine se trouvait sur la terrasse du Chateau Saint Ange et qu'elle était en retard pour un rendez-vous à la Villa Médicis avec le peintre Charles Errand. Elle n'arrivera jamais à temps. Alors, elle décide de frapper à la porte d'une manière très particulière : trois boulets de canon sont dirigés vers la Villa Médicis. Deux boulets se sont égarés, mais le troisième a réussi à franchir l'énorme distance qui sépare le château de l'Academia et a atteint la porte de bronze. Aujourd'hui encore, l'empreinte du boulet est visible sur l'une des battants du portail.

Dans une autre version de la légende, Christine, qui s'ennuyait, décida de convoquer une partie de chasse. Ne voulant pas envoyer d'invitations car elle ne voulait pas attendre la réponse qui nécessitait le passage d'un émissaire, elle tira un boulet de canon en direction de la Villa Médicis pour réveiller son propriétaire. Le boulet fut conservé et placé au sommet de la fontaine de la Trinité des Monts qui aujourd'hui, suite à ces curieux événements, est connue par les Romains et les touristes comme la fontaine du Boulet de Canon.

Nous parlerons dans le prochain article de l'intérieur de la villa et des appartements privés du cardinal. 







 

 



 


 




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