samedi 3 janvier 2026

RETOUR À CHENONCEAU POUR LES DECORATIONS FLORALES, PREMIÈRE PARTIE

 Nous avions déjà visité les châteaux de la Loire à cette même période, il y a 3ans et nous avions commencé le tour par Chenonceau. La décoration avait pour thème les "Tables de fetes, tables de rêve".

cf  Première partie : https://www.lemounard.com/2022/12/le-chateau-de-chenonceau-tables-de-reve.html

Deuxième partie : https://www.lemounard.com/2022/12/le-chateau-de-chenonceaux-tables-de.html  

 Ce choix peut se discuter car le château de Chenonceau est le plus abouti du périple, symbole du luxe et du raffinement de la Renaissance. Je l'aime particulièrement car il est le château des Dames et celui où le duel entre la reine de France, Catherine de Médicis et la favorite de son époux, le roi Henri II, Diane de Poitiers, a connu son point d'orgue et son épilogue. Pour visiter Chenonceau puis les 4 châteaux qui vont suivre, nous avons pris le pass 5 châteaux qui nous évite de faire la queue et nous permet de visiter à l'heure qui nous convient. Ce dimanche, l'affluence est importante. Nous avons prévu la visite du chateau à partir de 14H et en attendant, nous nous baladons dans la ferme. Proche de l’entrée du Potager des Fleurs se trouve une "Ménine"  en bronze, œuvre de Manolo Valdès. Les bâtiments de la ferme datent du XVI éme siècle. 

Nous nous arrêtons un long moment dans l'Apothicairerie qui présente une collection de près de 300 pots, objets d’apothicaire, meubles et tableaux. On se plonge dans le mystère des plantes médicinales, des formules diverses et de la passion de la Reine Catherine pour l’astrologiePour tous les actes de sa vie, des plus innocents aux plus importants, la dauphine puis reine de France consulte les astrologues. Mais celui qui la rassure pleinement est le célèbre mage de Saint Rémy-de-Provence : Michel Nostradamus. 

 Depuis la publication de ses premières prophéties en 1555, Nostradamus acquiert une certaine notoriété qui attire Catherine de Médicis, qui le nomme astrologue et médecin royal. Nostradamus a droit à une chambre mitoyenne de celle de la Reine au château de Chaumont-sur-Loire, un couloir en pierre reliant même les deux pièces au premier étage de l'édifice. Lors d'une séance occulte relatée dans l'émission, la reine veut connaître le futur de ses quatre fils et Nostradamus lui révèle que seuls trois d'entre eux monteront sur le trône (François II, Charles IX et Henri III), le quatrième mourant avant d'y parvenir. Dans les pots-canons, les piluliers ou les chevrettes, on découvre les plantes qui ont fait nos cauchemars en fac de Pharma mais aussi des préparations de sorcières, la corne de cerf, les limaces, les crapauds dont la bave n'atteint pas la blanche colombe, la bave, encore, de l'escargot...Les armoires à poisons de Catherine de Médicis ont été jusqu’aux années 1970 un des grands moments des visites du château de Blois. La reine Catherine qui mourut à Blois jouissait en effet d’une très mauvaise réputation. Elle était italienne et s’y connaissait en poisons, elle avait usurpé le pouvoir et l’exerçait tyranniquement. Rappelons-nous également du roman La Reine Margot, dans lequel Alexandre Dumas raconte que Catherine, cherchant à se débarrasser de son gendre, commande la confection d’un poison qui sera déposé sur les pages d’un livre qu’elle compte offrir à sa victime, mais qui finit malencontreusement entre les mains de son propre fils, le roi Charles IX.


Depuis les allées du jardin Médicis, on jouit une magnifique vue sur la façade ouest du château. Le dessin du jardin repose sur cinq panneaux engazonnés, regroupés autour d’un élégant bassin de forme circulaire et ponctués de boules de buis. A l’Est, le jardin est bordé d’une côtière surplombant la douve où sont palissés des rosiers.  La perspective qui ouvre au Nord sur le Jardin Vert et l’Orangerie est due à Bernard Palissy.

Quand on arrive sur l'esplanade du château, sur la droite s'élève la Tour des Marques. La Tour des Marques est ce qui subsiste du château féodal, résidence fortifiée de la famille Marques. Reconstruite à partir de 1432 par Jean II Marques, celle-ci formait un carré d’une cinquantaine de mètres de côté, ceinturé par des fossés communiquant directement avec le Cher et dont des tours assuraient la défense. 

Lorsque, en 1513, Thomas Bohier, général des finances de Normandie et nouveau seigneur du lieu, prit la décision de reporter le logis seigneurial dans le cours de la rivière, il fit raser l’essentiel du château existant et n’en conserva que la plus grosse des tours. Mise en valeur sur le cliché par sa position centrale, cette haute construction fut alors remaniée et dotée de nouvelles fenêtres ainsi que d’un nouveau couronnement. Il est néanmoins révélateur que Thomas Bohier, issu de la bourgeoisie de Tours, ait souhaité qu’elle reste en place à l’angle de ce qui n’était désormais que l’avant-cour de son château : cette grosse tour manifestait l’ancienneté et le statut féodal du lieu. Nous entrons par la porte monumentale.

 

 

D’époque François Ier, en bois sculpté et peint, elle porte :à gauche, les armes de Thomas Bohier, à droite, celles de son épouse Katherine Briçonnet ,l'architecte féminine de Chenonceau - surmontées de la salamandre de François Ier. En construisant le Château de Chenonceau
sur le Cher au XVIe (16e) siècle, Thomas Bohier et son épouse Katherine Briçonnet rasent le château fort et le moulin fortifié de la famille des Marques et n’en gardent que le donjon : la Tour des Marques, qu’ils transforment dans le style Renaissance.
La première pièce où on accède est la Salle des Gardes.

Aux murs, des tapisserie des Flandres du XVIème qui représentent la vie de Château ("pourvu que ça dure"). On pénètre ensuite dans la chapelle. Les décorations de Noël sont constituées de fleurs blanches, orchidées, rose de Noel (Héllebore) surtout car le thème c’est l’hiver, le froid, la neige…qui s’invitent à l’intérieur du château. Cette chapelle a été sauvegardée à la révolution car la propriétaire y avait fait une réserve de bois pour en masquer le caractère religieux. Les vitraux du XXe siècle (1954) dont les originaux ont été détruits par un bombardement en 1944, sont du maître verrier Max Ingrand.



Paradoxalement, quand on entre dans la chambre de Diane de Poitiers, ont est accueilli par le portrait de Catherine de Médicis par Sauvage qui date du XIXème. Dès la mort d'Henri II, le 10 juillet 1559, le vent tourne brutalement pour Diane de Poitiers. Catherine de Médicis, désormais régente du royaume pour son jeune fils François II, détient enfin le pouvoir qu'elle a si longtemps attendu. Sa première action est de régler ses comptes avec sa rivale. Catherine n'a jamais accepté que Chenonceau, un joyau de la couronne, ait été offert à Diane. Pour elle, ce château représente le symbole de l'amour illégitime entre Henri et sa favorite, une humiliation  qu'elle endure depuis plus de vingt ans. 
La cheminée de Jean Goujon et le plafond portent les initiales de Henri II et de Catherine de Médicis entrelacées. Le « H » et le « C » forment par ailleurs malicieusement le « D » de Diane de Poitiers, la favorite de Roi. Le mobilier est composé d'un lit à baldaquin du 17e siècle, ainsi que de fauteuils en cuir de Cordoue. 
Une petite pièce attenante constitue le Cabinet Vert. C'est de là que le Reine Mère dirige les affaires du pays. Au plafond, les 2 C entrelacés qui constituent sa marque et sur les murs quelques peintures remarquables avec en bonne place les grands maîtres italiens avec la Reine de Saba du Tintoret et dessous une Étude de tête de Femme de Véronese. A coté, la Librairie, avec la vue sublime sur le Cher et l’île et le parterre de Diane. 
Diane pouvait rejoindre la galerie par un petit passage. La grande galerie se transforme en forêt de bouleaux enneigés avec de grands sapins blancs  ici et là. Henri II offre le château à sa maîtresse qui en 1552  va engager de grands travaux d’aménagements. Parmi eux, la construction d’un pont sur le Cher, avec pour objectif de créer de nouveaux jardins sur la rive opposée et d’accéder, pour ses chasses, aux vastes espaces de forêts.



Lors du conflit mondial de 14-18, la galerie du château est transformée en hôpital militaire. Près de 2500 personnes seront soignées ici durant les 4 années de guerre. 120 lits sont installés dans les deux étages de la galerie et une salle d’opération trouve place au rez-de-chaussée. A noter qu’il ne s’agit pas d’une réquisition de l’armée : c’est le propriétaire de l’époque (les chocolats Menier) qui spontanément et à ses frais aménage la galerie en centre de soin et sa femme, Simonne Menier, infirmière major qui administre l’hôpital qui occupe les 2 galeries du château .
 Lors de la Seconde Guerre Mondiale, le Cher matérialisait la ligne de démarcation.L’entrée du Château se trouvait ainsi en zone occupée (rive droite). La galerie, dont la porte Sud donnait accès à la rive gauche permit à la Résistance de faire passer de nombreuses personnes en zone libre. A noter que le château est privé et appartient toujours à la famille Menier.


Parmi les anecdotes qui accompagnent le destin de la galerie de Chenonceau, il y a celle du « bain de Diane ». On raconte que la favorite, soucieuse de préserver la beauté de son corps, se baignait chaque matin dans de l’eau fraîche. Lors de ses séjours à Chenonceau, on dit qu’elle empruntait un escalier dérobé de l’un des piliers du point, servant aux livraisons des bateliers, pour rejoindre discrètement l’eau du Cher. 

"Dans l’eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue."


Les cuisines sont installées  dans les énormes soubassements formés par les deux premières piles assises dans le lit du Cher. 


Elles se composent de plusieurs pièces dont une salle à manger réservée au personnel du Château , une boucherie où était suspendu le gibier, un garde manger où étaient stockées les denrées...

 

Clin d’œil à la raison sociale du propriétaire, cette table couverte de pièces en chocolat blanc et en chocolat brun qui représente des manchots sur la banquise...

Nous remontons au rez de chaussée où se trouve le salon François 1er.
On y remarque une sublime cheminée Renaissance avec sur le manteau la devise de Thomas Bohier, le premier propriétaire : "Sil vient à point, me souviendra". Sur le mur, un portrait de Diane de Poitiers en Diane Chasseresse peint à Chenonceau  par le Primatice avec dans le cadre les armes de Diane de Poitiers. 

"Diane, duchesse de Valentinois, née en 1580, était fille de Jean de Poitiers, comte de Saint-Vallier. Elle fut d'abord fille d’honneur de la reine Claude, et se servit de son crédit utilement pour sa famille. Son père, convaincu d'avoir favorisé la fuite du connétable de Bourbon, fut condamné d’avoir la tête tranchée. L’arrêt allait être exécuté, lorsque sa fille alla se jeter aux genoux de François Ier, et obtint par ses larmes, et surtout par ses attraits,la grâce du coupable. La peur fit sur l’esprit de Saint-Vallier une telle révolution, qu’en une nuit les cheveux lui blanchirent. Il tomba même dans une fièvre si violente, qu’il ne put jamais guérir, même après que le roi lui eut accordé son pardon. 

Diane sa fille fut mariée en 1514 à Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie, à qui elle donna deux filles : l’une mariée au duc de Bouillon, l’autre au duc d’Aumale. Veuve à 32 ans, c'est une femme d'une grande culture et à la beauté épanouie. Elle s'occupe avec tendresse des fils du roiFrançois1er. François et Henri ont connu la captivité à Madrid.  Henri en a gardé une grande mélancolie. Il trouve du réconfort auprès de cette femme supérieure et de vingt-et-un ans plus âgée que lui. Diane va jusqu'à arranger son mariage avec Catherine de Médicis en 1533. Mais les choses ne s'arrêtent pas là et Diane devient vers 1536 la maîtresse d'Henri. Après la mort de François 1er, le 31 mars 1547, Diane prend sa revanche sur la dernière maîtresse du défunt roi, Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes. Le nouveau roi la fait duchesse de Valentinois et lui offre le château de Chenonceau, sur le Cher. Elle a au moins 40 ans, lorsque le roi Henri II qui n’en a que 18, en devient éperdument amoureux ; et quoique âgée de près de 60 à la mort de ce prince, elle a toujours conservé le même empire sur son cœur.Après la mort du roi, elle se retire en 1559 dans sa belle maison d’Anet, où elle meurt en 1566, à 66 ans. Elle est à ce que l'on croit, la seule maîtresse pour qui l’on ait frappé des médailles. On en voit encore une aujourd’hui où elle est représentée foulant aux pieds l’Amour avec ces mots : « J’ai vaincu le vainqueur de tous, Omnium victorem vici. »

Les calvinistes, qui ne l’aimaient pas, lui ont reproché s’être enrichie aux dépens du peuple. Brantôme la peint d'une manière plus favorable : « Elle était, dit-il, fort débonnaire, charitable et aumônière. Il faut que le peuple de France prie Dieu qu’il ne vienne jamais favorite de roi plus mauvaise que celle-là, ni plus malfaisante. »

Francesco Primaticcio, dit le Primatice, est à la fois peintre, architecte et sculpteur, formé à l’atelier de Giulio Romano. Créateur aux multiples talents, appelé très jeune par François Ier pour concevoir aux côtés de Rosso Fiorentino la décoration de son palais, le Primatice passe l’essentiel de sa carrière au service des rois de France, de François Ier à Charles IX. Son œuvre, comme celle des autres maîtres de l’École de Fontainebleau s’inspire du maniérisme italien, de la manière française et des influences nordiques. Le Primatice passe quarante ans au service des rois de France, en particulier de François Ier qui lui confie
en grande partie les décors majestueux du château de Fontainebleau. 

Il y a aussi une autre Diane Chasseresse, Laure Victoire Mancini, nièce de Mazarin, épouse du duc de Vendôme qui fut propriétaire de Chenonceau au XVIIème siècle. Autre tableau, "Les trois Grâces"peint par Van Loo et dont l'histoire est croustillante.

Les Trois Grâces est une peinture à l'huile se style rococo, réalisée en 1765 du peintre français C-A Van LooVan Loo avait réalisé une première version des Trois Grâces qu'il exposa au Salon de 1763; Malgré un accueil chaleureux dans la presse, la Pompadour exprima son aversion pour cette œuvre. Van Loo entreprit alors la réalisation d'un autre tableau pour le Salon suivant , mais celui-ci fut finalement exposé après la mort de l'artiste et de Madame de Pompadour.  Les trois femmes étaient apparemment inspirées des demoiselles de Nesle. Les 3 sœurs auraient successivement partagé la couche du roi Louis XV.

 Autre tableau, un Archimède par Zurbaran.

 Il y a dans cette chambre, un meuble absolument extraordinaire, un cabinet italien du XVIème siècle avec des incrustations de nacre et d'ivoire gravées à la plume. Ce meuble est un cadeau offert à l'occasion du mariage de François II avec Marie Stuart.

Dernière pièce de cet étage, le salon XIV avec un portrait de Louis XIV par Rigaud. Le roi est venu à Chenonceau en 1650 et a offert ce tableau à son oncle le duc de Vendome pour le remercier de son accueil. Le cadre de Lepautre est extraordinaire, constitué de 4 énormes pièces de bois richement sculptées. Le tableau est de taille considérable 277 cm x 194 cm.La cheminée est remarquable avec la Salamandre de François 1er et l'Hermine de Claude de France.
Une peinture de Ranc nous montre le roi Philippe V en armure. Petit-fils de Louis XIV, il fut le premier souverain de la dynastie des Bourbons d’Espagne, dont l’actuel roi Felipe VI est le descendant direct. Il régna sur l'un des plus grands empires au monde mais ses obsessions l'amenèrent au bord de la folie.Le pauvre Charles II (dit « l’Ensorcelé ») incarne la décrépitude de la dynastie Habsbourg d’Espagne, minée par la consanguinité : il est contrefait, débile et sans postérité. En 1700, coup de théâtre : après avoir pris conseil auprès du pape – qui lui suggère, dit-on, le recours au spiritisme pour interroger les esprits de ses ancêtres ! –, Charles décide de faire de son petit-neveu Philippe d’Anjou son légataire, puis meurt.
L’adolescent timide devient à 16 ans roi d’Espagne et des Indes, de Sicile, de Naples, de Sardaigne, souverain des Pays-Bas et duc de Milan, et quitte les jardins paisibles de Versailles pour un pays dont il ignore la langue et les coutumes, après une formation accélérée au métier de monarque délivrée par Louis XIV en personne". 





 

   

 

 


















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