En quittant Loches, ce n'est que le début d'après-midi et nous poussons jusqu'au château de Langeais, pas prévu au programme et que nous avons atteint trop tardivement hier soir pour avoir le temps de visiter. Nous nous sommes contentés de monter au sommet d'une colline proche pour avoir une vue sur la ville, la Loire et le château. Le temps était brumeux et maussade mais permettait de voir la nouvelle forteresse et les ruines de l'ancienne à l'arrière qui datent de Foulques Nerra.
Vers l’an Mil, deux grands seigneurs, le comte d’Anjou Foulques Nerra et le comte de Blois Eudes Ier, se disputent la Touraine. A la fin du Xe siècle, Foulques Nerra conquiert la place de Langeais, entre Tours et Saumur, puis fonde une forteresse sur le promontoire surplombant la Loire. Langeais connaît ensuite une histoire mouvementée, tour à tour occupée par les comtes de Blois et d’Anjou. Avec toute la Touraine, Langeais reste finalement entre les mains de la maison d’Anjou puis de l’Empire Plantagenêt jusqu’à la fin du XIIe siècle. C’est en 1206 que Langeais entre dans le domaine royal suite aux victoires du roi de France Philippe Auguste. Pendant la guerre de Cent Ans, des bandes armées occupent la forteresse. Charles VII la rachète en 1428, puis ordonne qu’elle soit abattue, excepté le donjon. Celui-ci est d’ailleurs l’un des plus anciens donjons en pierre qui subsistent aujourd’hui.
"Foulques Nerra est renommé pour son
extrême férocité au combat, lors de batailles sur le champ, de sièges,
d’invasions de territoires ennemis ou d’incursions dans des villes ou
abbayes qu’il peut saccager impunément. Redoutable et impitoyable
guerrier, seigneur de haut rang, Foulque Nerra règne sur son comté en
maître absolu et ne tolère aucune incartade ou rébellion de la part de
ses vassaux qu’il met en poste à des places fortes aux frontières d’une
vaste région qu’il aspire sans cesse à étendre au détriment de ses
voisines…
Cette facette du personnage est celle parvenue jusqu’à nous, créant sa réputation de conquérant insatiable et meurtrier… il en est une autre, moins connue et qui pourtant caractérise aussi ce comte dont la vie et l’œuvre ne sont pas que ravages et guerres interminables mais qui nous le présente comme un grand politique, un fin stratège, un homme loyal, bon et juste pour ses serfs et tous ceux qui, sous sa férule, œuvrent à son service et assurent une bonne tenue de ses domaines.
On pourrait parler d’une troisième facette de ce puissant personnage, laquelle viendrait en contre-point de la première où l’être tumultueux, bouillonnant, capable de cruauté, est aussi un fervent catholique, croyant en Notre Seigneur Rédempteur et qui pour expier et racheter ses fautes n’hésitera pas à prendre le long et périlleux chemin des pèlerins le conduisant, par quatre fois, à Jérusalem. Ce terrifiant Comte d’Anjou en dépit de son immense courage, a surtout peur d’aller en enfer, au terme de son existence…"

Le coffre est le plus ancien meuble, au Moyen Age, il sert à la fois de chaise, de table et de malle de voyage pour accompagner l’itinérance fréquente des cours de château en château. Les coffres, à la fois meuble et bagage, font partie du mobilier
essentiel au stockage et au transport des objets de la vie quotidienne.
Ils répondent au mode de vie de la société médiévale qui se déplaçait
d’un lieu d’habitation à un autre.
Ce mariage est un modèle d'intelligence politique. On oublie le mariage entre la duchesse Anne de Bretagne et Maximilien, le futur empereur d’Allemagne. Par cette union, les Bretons veulent préserver l’indépendance de leur duché et les Habsbourg prendre la France à revers pour protéger leurs domaines bourguignons. Mais la faiblesse militaire de l’Empire et la puissance du roi de France font échouer cette alliance qui aurait pu changer l’équilibre politique de l’Europe et modifier profondément l’histoire de France. Célébré par procuration le 19 décembre 1490, à Saint-Pierre de Rennes, le mariage de la duchesse Anne et de Maximilien Ier a été annulé de fait un an plus tard, en scellant définitivement le destin de la Bretagne et en provoquant une onde de choc dont les effets ont perduré pendant des décennies. Il convient d’aller au-delà du thème (apparemment anecdotique) du rapt de la fiancée , abondamment développé par là propagande impériale, et de la remise en cause d’un traité de paix qui prévoyait de faire de Charles VIII le gendre de son compétiteur. Les enjeux de ce vaudeville se jouent à l’échelle de l’Europe : ils s’inscrivent dans le cadre d’une lutte séculaire entre les rois de France et la maison d’Autriche.
"Abandonnée à elle-même, Anne renonce à son trop lointain fiancé et se résigne à épouser Charles VIII. Celui-ci a déjà une promise, Marguerite d'Autriche, mais il n'a pas de scrupule à la renvoyer chez son père qui n'est autre que Maximilien."Un truc marrant dans le mariage par procuration : Maximilien délègue à Rennes l'un de ses compagnons. Il glisse sa jambe nue dans le lit d'Anne pour, selon la coutume, valider l'union par procuration.
La cheminée de la salle du banquet date de la période de construction du château. Son décor de château fort est exceptionnel, on le retrouve uniquement au Palais Jacques Cœur à Bourges.
Une verdure (ou tapisserie de verdure) est, dans le langage de la tapisserie, une tenture dont le décor est principalement végétal (arbres, feuillages). Des animaux, courants, exotiques ou fantastiques, peuvent peupler ce décor : oiseaux et animaux des forêts, mais les personnages et les constructions en sont absents ou occupent une place marginale. Les scènes de chasse, malgré le décor végétal important, n'entrent pas dans la catégorie des verdures. Ce type de tapisserie était très prisé à la fin du Moyen Âge et encore au XVIe siècle. Les verdures ont été tissées dans de nombreux ateliers dans les Flandres comme à la ville d'Audenarde en Belgique ou à Aubusson.

On arrive dans la grande salle où c'est déroulé le mariage secret mais éminemment stratégique et politique de Charles VIII avec Anne de Bretagne. La scène est reconstituée avec des statues de cire. La reconstitution de la scène du mariage de Charles VIII et d'Anne de
Bretagne, mariage qui permit de rattacher le duché breton à la couronne
de France, est l'un des grands moments de la visite. On y rencontre les
principaux personnages de l'époque, dont Anne de France, la sœur du roi
et son époux Pierre de Beaujeu, revêtu du collier de l'Ordre de
Saint-Michel fondé par Louis XI, le père de Charles VIII. Les costumes
d'une grande qualité permettent de revivre la scène avec un réalisme
impressionnant. Le mariage se passe à l'aube, furtivement et en secret avec un nombre limité de témoins. Charles VIII, 21 ans, roi de France, rencontre pour la première fois une
jeune fille de 14 ans, Anne, duchesse de Bretagne. Elle est arrivée montée sur une haquenée blanche (un petit cheval qui servait de monture
aux dames), suivie de six fourgons, de ses témoins et de ceux
qui doivent, pendant la nuit de noces, constater sa défloraison par le
roi, à savoir cinq notables rennais et Yves Brullon, procureur des
bourgeois de Rennes. 
Les tapisseries flamandes du type millefleurs
datant de la fin du Moyen Age sont des véritables plaisirs esthétiques
mais parfois, ces œuvres tissées cachent aussi des histoires d’hommes
et de femmes. Celle-ci raconte l’histoire d’une princesse de la fin du quinzième siècle. On
y voit sur un fond végétalisé un écu en forme de losange, signalant
qu’il appartient à une descendante de famille noble. Des branchages
tressées qui l’entourent font penser à une couronne d’épines. Sur cette
même tapisserie se trouvent également des « lacs d’amour » qui sont,
avec la cordelière, les emblèmes de l’ordre des Dames chevalières de la
Cordelière, crée en 1498 par la reine de France Anne de Bretagne.
La chambre des enfants est décorée pour Noël. On remarque le superbe carrelage, l'imposante cheminée, le lit et un tableau. Charles Orlant , dauphin de France par le maître de Moulins en 1494.
Dans une salle consacrée au objets religieux, je remarque ce châsse-reliquaire du XIIIe siècle et ce tableau avec saint Bernardin de Sienne,sainte Catherine d'Alexandrie et saint Louis d'Anjou.
Encore une sublime tapisserie où le personnage central est Melchisédech.


qui le fier Pompée ay vaincu et occis
et en mes jours empereur de Romme fus
six cents ans devant que fut né Jesus.
Cette autre tapisserie de la suite des Preux est consacrée à Hector, le plus courageux et noble des héros troyens d’après Homère. Elle fait preuve d’une belle indifférence aux anachronismes puisque le personnage le plus à gauche porte une arme à feu. En haut et à gauche on peut lire (difficilement)
qui de ma main dix-huit rois ai occis
lorsque les Grecs vindrent aceiger Troie
(par) mon frère Paris me combatoie.






























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