La visite de la cité Royale se termine par le donjon de Foulques Nerra. Le donjon de Loches incarne à lui seul toute la puissance militaire et stratégique de la cité médiévale. Il a été construit à partir de l'an 1013 par Foulques Nerra, comte d'Anjou, pour s'assurer un point d'appui solide dans ses luttes incessantes contre les comtes de Blois. Il est ensuite devenu un enjeu entre les rois Plantagenêts d'Angleterre et les rois Capétiens de France. Au XIIe siècle, Henri II Plantagenêt décide la construction d'un puissant rempart de près de deux kilomètres de long - rempart qui entoure la superbe cité médiévale actuelle. Le donjon passe de main en main. En 1193, Jean sans Terre le livre à Philippe Auguste. L'année suivante, Richard Cœur de Lion y met le siège et reprend son bien. En 1205, Philippe Auguste s'en empare après un siège d'un an. Dès lors, le donjon de Loches ne quittera plus la couronne de France. Au milieu du XVe siècle, Louis XI décide de transformer cette citadelle militaire en prison d'État. L'entrée du donjon est aménagée pour en rendre l'accès très difficile : elle est placée très haut, et il faut passer par une petite tour rectangulaire adjacente au donjon. Il est composé d'une " tour maîtresse" habitable et d'un "petit donjon".
Le grand donjon, haut de 36 mètres, a une emprise au sol d'environ 25,2 ×
13,7 mètres et ses murs, en moyen appareil de tuffeau, varient de 3,40
mètres d'épaisseur à la base à 2,60 mètres au sommet ; ils sont raidis
par des contreforts semi‑cylindriques posés sur des dosserets. Au
rez-de-chaussée se trouvaient des celliers et, sur quatre étages, des
salles chauffées par des cheminées superposées à hotte conique et
éclairées par des fenêtres cintrées aux larges ébrasements intérieurs.
L'entrée du donjon, placée en hauteur et accessible depuis une petite
tour contiguë, vise à en rendre l'accès difficile. Progressivement, vers la fin du XIIe siècle, on cherche à garder l’assaillant à distance. Les meurtrières apparaissent et se développent sur les remparts et dans les tours. Ces dernières innovent également par leurs formes très diversifiées : rondes (tour Philippe
Auguste), en forme de bec (tours en amande) ou ovales. Les défenses sont échelonnées : plus on s’approche du donjon, plus les remparts s’élèvent afin de dominer le rempart précédent.
Le mot italien graffito (graffiti au pluriel) signifie inscription calligraphiée ou dessin tracé, peint ou gravé sur un support qui n’est normalement pas prévu à cet effet (mur, ardoise, tuile, rocher). L’importance archéologique de certains graffiti est incontestable. Ils nous apportent des témoignages populaires, souvent très vivants sur des aspects précis : société,
religion, politique, peines, joies, souffrances... Un mur de cachot, une muraille, un couloir, des ouvertures (portes, fenêtres, meurtrières) sont les lieux utilisés par les auteurs de graffiti. Longtemps considéré comme un sujet négligeable, le graffito est aujourd’hui reconnu par certains comme un moyen d’expression, un art visuel et, pour d’autres, comme une nuisance
urbaine. Parmi les principaux graffiti du donjon, on recense des noms, des phrases, des poèmes. Ils expriment des revendications, des accusations, des suppliques, des pensées philosophiques. Au donjon, en fonction des époques et des résidents, les inscriptions sont écrites en latin, allemand, catalan, anglais, français (ancien ou moderne). L’usure du temps et l’effaçage manuel rendent souvent ces écritures difficiles à déchiffrer, voire illisibles. Certains mots ou ensembles de mot font l’objet de multiples interprétations à l’exemple du
célèbre carré magique appelé carré sator. Ce mystérieux cryptogramme sacré que l’on retrouve jusqu’à Pompéi aurait servi de signe de ralliement aux premiers chrétiens persécutés par Néron. Les prisonniers restent enfermés plusieurs mois, voire plusieurs années
sous la garde d’un capitaine et d’un lieutenant nommés par le roi et
placés sous l’autorité du gouverneur de la Touraine. Au moment des
guerres de Religion, des protestants y sont envoyés en attendant le
paiement d’une rançon.
D’autres huguenots, après la révocation de l’édit de Nantes, ainsi que
des prisonniers de droit commun y sont ensuite enfermés. Ces détenus
auraient joui d’une relative liberté de mouvement à l’intérieur de la
forteresse comme le laissent penser certains graffiti. La présence du tuffeau tendre à graver et le peu de rénovations
expliquent la richesse des graffiti de Loches, exceptionnel
par sa conservation et représentatif par sa diversité.
S’y trouvent des graffiti dévotionnels (croix, crucifixions, calvaires,
saints), des soldats (chevaliers, cavaliers, scènes militaires), divers
personnages, des objets (navires, outils), des animaux (chevaux,
oiseaux, cervidés), des paysages et des bâtiments, mais aussi des textes
(poèmes, signatures, noms, dates). Dans la salle des gardes, "la salle du duel", on voit très nettement et en grand format, 2 chevaliers qui se battent.
Parmi les célébrités détenues dans le donjon, Grand mécène de Leonardo da Vinci, commanditaire du célébrissime tableau de La Cène, Ludovico Sforza, "il Moro", (le surnom lui vient moins de son teint basané que de sa prudence que symbolisait chez les Anciens la mûre, en grec to moron). Personnage majeur de la Renaissance italienne, voit son ascension brisée et termine sa vie comme prisonnier en France, dans les cachots du donjon de Loches en 1508. Patient, calculateur, cruel et rusé, protégeant les artistes et les savants, ayant plus de goût pour les intrigues que pour les armes, Ludovic Sforza, s'il fait de Milan l'une des plus brillantes cours d'Europe, livre l'Italie aux armées étrangères.
L’Histoire retient principalement sa responsabilité dans le déclenchement des guerres d’Italie.
Accusé d’avoir entraîné le roi de France Charles VIII dans la conquête
du royaume de Naples, Ludovico Sforza favorise finalement l’invasion de
son duché par les Français.
À la mort de Charles VIII, Louis XII reprit les guerres d’Italie avec la
volonté de s’imposer à Milan comme unique héritier légitime par sa
grand-mère Valentine Visconti. Ludovic Sforza est fait prisonnier par
les Français à Novare le 10 avril 1500. Lors de sa captivité, Ludovico Sforza réalisa des fresques sur les murs et les voûtes de sa cellule. Ses dessins ont été restaurés et l’on distingue encore un de ses écrits « celui qui n’est pas content". Bien que le duc déchu se plaigne de son infortune, il est traité avec de
nombreux égards. Son cachot à Loches est non seulement pourvu de
latrines et meublé, mais aussi chauffé. Par ailleurs, son favori lui
tient compagnie. Sforza a même l’autorisation de recevoir des visites et
de se promener dans la cour intérieure. Passionné par les arts, les peintures remarquables qui décorent son cachot lui sont attribuées. On retrouve d’autres empreintes de sa présence dans la partie effondrée de la Tour Neuve du Donjon. "Il se vantait de n’avoir jamais eu à forcer une femme à se livrer à lui,
et même de les avoir toutes aimées. La renommée de séducteur est venue à
un point tel qu’on a même parlé d'une relation (probablement inventée)
avec sa nièce Isabelle d’Aragon, relation qui aurait été la raison pour
laquelle Gian Galeazzo, indignée, avait refusé de consommer le mariage.
L’ambassadeur d’Este Giacomo Trotti attribue alors au « trop de coith »
avec Cecilia Gallerani la cause d’un certain malaise qui frappe Ludovico
en 1489". Les conditions de détention semblaient libérales pour Ludovico, la dame à l'entrée du donjon, nous dit qu'il pouvait sortir en ville.
Les armoiries primitives des Sforza sont parlantes. La maison porte « un lion d'or, armé et lampassé de gueules, tenant un coing d'or tigé et feuillé de sinople sur champ d'azur ». Le coing (cotogno en dialecte de Romagne) rappelait la ville d'origine de la famille (Cotignola). Le lion serait une concession de l'empereur en 1401. L'écu était complété par un cimier rappelant un épisode de la vie de Francesco Sforza au cours duquel le condottiere s'était vu offrir par le marquis de Ferrare, une de ses bagues, ornée d'un gros diamant. Le cimier représentait donc un buste de dragon à tête de vieillard tendant de ses mains une bague ornée d'un diamant, les ailes chargées d'anneaux d'or. A l'origine, cette famille s'appelait Attendolo. Giacomo était un condottiere au service des rois angevins de Naples. On le surnomait Sforza, "Le fort"en français. À sa mort, Jeanne II de Naplessouhaite que son surnom se perpétue. Il est le plus connu de cette dynastie de condottieri, avant que Ludovico ne devienne duc de Milan. Contrairement aux mercenaires conventionnels, le condottiere (au pluriel condottieri) est un soldat engagé grâce à un contrat écrit, la condotta, où sont spécifiés le temps d’engagement et la rétribution, auprès d’un seigneur ou d’une commune. La durée du contrat s’est petit à petit accrue pour passer d’un engagement pour une bataille, soit quelques jours, à plusieurs années. Les contrats, à partir du moment où les employeurs pouvaient payer, étaient reconductibles.
Le donjon a connu d'autres prisonniers marquants comme Jean II de Valois, duc d'Alençon (1409 - 1476), compagnon de Jeanne d'Arc, accusé à plusieurs reprises de conspiration contre Charles VII, puis Louis XI, finit par être exécuté en 1476. le cardinal Jean Balue enfermé à peu près 11 ans dans les cachots de Louis XI : du 23 avril 1469 à 1480. Le pape Sixte IV demanda sa libération. Philippe de Commynes , enfermé plus de 5 mois à Loches avant d'être transféré à Paris. Pendant la régence d'Anne de Beaujeu, il participa activement avec le Duc d'Orléans à l'enlèvement de Charles VIII en 1484. Il tenta par la suite une coalition des princes de sang. Il fut arrêté en 1487 et transféré 5 mois plus tard à Paris. Son procès se fini en mars 1489 et il décéde en 1511 après avoir perdu une grande partie de ses biens sans être totalement ruiné cependant. Commynes, après avoir été au service de Charles le Téméraire, devint le chambellan de Louis XI et un grand chroniqueur de l'époque.
Autre célèbrité, le père de Diane de Poitiers, Jean de Poitiers Saint-Vallier qui complota contre François 1erpour le compte de Charles Quint. Louis de Brézé (le mari de Diane de Poitiers) découvre le pot au rose et le dénonçe au roi de France en 1523. Condamné à mort mais sauvé par Diane qui supplie le roi de commuer sa peine de mort en prison. Il décéda rapidement après une terrible fièvre qui prendra son nom : fièvre de Saint-Vallier.
Nous montons jusqu'au sommet de l'escalier couvert de graffitis, qui débouche sur une grande terrasse avec une vue à 180° sur Loches. C'est la terrasse à feu. D'une hauteur
assez importante pour l'époque, elle permettait une vision complète du
plateau sud et un excellent positionnement militaire pour la partie
ouest de la citadelle. Elle permettait en outre de protéger l'entrée et
aussi de croiser les feux avec la porte Royale, doublant ainsi son
efficacité. La poudre découverte par les Byzantins et les Chinois
apparait en France vers le XIIIe siècle. Très vite elle change totalement le cours des guerres. La poudre est une
composition assez simple : salpêtre à 70%, de charbon de bois pour 20%
et de soufre pour 10%.Les premiers projectiles utilisés sont les carreaux d'arbalètes et les flèches, puis plus tard les boulets en pierre. Vers le XVe apparurent les boulets de fontes qui permettent d'accentuer les dégâts avec en plus une portée multipliée par 3. Ces boulets peuvent varier de 1.5 kg à plus de 400 kg ! pouvant au maximum atteindre 2500 mètres de portée.




Le premier espace est le jardin seigneurial dont la banquette, préau surmonté d'une pergola est tapissée de verdures tout comme l'espace ombragé sous le mûrier.
Le second espace possède huit carrés bordés de plessis de gaulettes de châtaigniers.
Dans les deux premiers sont présentées de belles collections de plantes tinctoriales, telles la garance, le pastel, la gaude. On y trouve aussi des plantes médicinales comme l'angélique ou l'armoise. Céréales, sarrasin ainsi que des variétés anciennes de plantes potagères occupent le centre. Dans les derniers carrés de nombreuses plantes médicinales précèdent le fond du jardin. Celui-ci est composé d'une banquette fleurie de roses, ancolies pivoines et iris.
Les murs palissés d'arbres fruitiers et d'arbustes longent ce jardin.
À son avènement (1460), Louis XI achève la transformation, déjà engagée sous Charles VII , du donjon de Loches en prison royale. Le site à vocation militaire devient lieu de réclusion. La réputation (controversée) de cruauté du souverain à l’égard de ses ennemis est associée au symbole des
« cages de fer ». L’une d’entre elles a été reconstituée en grandeur nature.


On y retrouve de beaux graffiti carcéraux. Il y a là, le cachot des évêques avec un confort beaucoup plus rudimentaire que celui de Ludovico.

















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