mardi 13 janvier 2026

NOEL 2025, LE CHATEAU D' AZAY LE RIDEAU

 Nous revenons à Azay le Rideau vers 14h pour découvrir le château et ses décors de Noël. Ce château a été souvent chanté par Balzac dont le collège local porte le nom.

"Je ne suis certes pas intolérant, mais je donne cordialement au diable ceux qui n'ont pas vu AZAY !... ce merveilleux château, dont les fondations sont merveilleusement plantées dans l'Indre!... – Et ces prairies  Et ces beaux bois, ces chênes séculaires..." Balzac.

Nous sommes déjà venu au château à la même période, il y a 3 ans. cf

https://www.lemounard.com/2023/01/chateaux-de-la-loire-azay-le-rideau.html.

Le château d’Azay-le-Rideau, niché entre Tours et Chinon en Touraine, est un véritable joyau architectural. Balzac, dans Le Lys dans la vallée (1835), le décrit comme "un diamant taillé à facettes, serti par l’Indre" . Chef d’oeuvre de la Renaissance française au coeur du Val de Loire, le château d’Azay-le-Rideau est un monument emblématique du XVIe siècle dont le commanditaire est Gilles Berthelot, trésorier de François Ier. Dans un raffinement rarement égalé et confirmé au fil des siècles, cet homme influent et son épouse, Philippe Lesbahy, font bâtir un édifice d’une grande modernité pour l’époque sur les bases d’une vieille construction médiévale. Curieusement, le château présente un plan en L mais selon F. et Y. Pauwels-Lemerle dans 
L'architecture à la Renaissance "Azay avait sans doute été prévu avec un plan en U, si l'on restitue l'aile gauche, qui ne fut jamais réalisée, la régularité du parti devient évidente, et la majestueuse travée qui abrite l'escalier est alors parfaitement centrée ".

Contraint de fuir en 152", Gilles Berthelot n'a visiblement pas pu concrétiser le projet...En juin 1523, le roi confisque le château inachevé et l’offre à l’un de ses compagnons d’armes, Antoine Raffin, capitaine des gardes qui l’a accompagné à Pavie.La petite-fille d’Antoine Raffin, Antoinette, ancienne dame d’honneur de Marguerite de Valois, s’y installe en 1583 et entreprend d’actualiser les décors de l’édifice avec l’aide de son époux, Guy de Saint-Gelais. Leurs descendants en seront propriétaires jusqu’à la Révolution. 

"Lors des guerres d’Italie, l’aristocratie française découvre une civilisation brillante et
ramène en France de nombreux artistes qui mettront le pays à l’heure italienne. Dès lors,
libérés de leur rôle protecteur rendu illusoire par les très rapides progrès réalisés en
matière d'armement, les châteaux reflètent cette influence, ainsi qu'en témoigne la
floraison rapide de demeures prestigieuses telles que Fontainebleau, Chantilly, Ecouen,
Blois, Amboise, Chambord, Chenonceau, Azay-le-Rideau ; ces résidences royales ou
princières sont achevées en trois ou quatre décennies. Leur nouveauté réside dans
l’adaptation du modèle antique au climat, au paysage, aux besoins et au bien-être des rois
et des nobles qui les occupent."


Le château est construit avec le pierre de tuffeau, extraite dans les carrières  proches. La façade nord du château est l’un des plus beaux morceaux d’architecture et de sculpture de la « Première Renaissance ». Si le corps de logis a été construit au XVIème siècle, les deux tours qui encadrent ce bâtiment en L ont été édifiées au xixe siècle selon les caractéristiques de la Renaissance afin de retrouver une certaine unité de style (mâchicoulis, chemin de ronde, fenêtres similaires…). La façade nord avec son grand escalier est véritablement le chef d’œuvre du château d’Azay-le-Rideau. Elle se situe dans l’axe d’entrée de la grille et domine véritablement le corps de logis principal. Elle est là pour marquer les esprits, pour impressionner les visiteurs dès leur arrivée au château. Cette façade est divisée en trois parties avec en son centre l’escalier monumental. On note exactement la même surface de chaque côté de l’escalier : 156 m2. Comme les autres façades du château, celle-ci est quadrillée par des pilastres et des corps de moulures. Les travées de fenêtres les plus proches du grand escalier sont symétriques. La dernière travée la plus à gauche de la façade est datée du XVIIème siècle et non  de la Renaissance. Ce changement d’époque dans la construction est soulignée par la différence de couleur de la pierre, par une petite ligne sombre, des traces de boulin et une porte condamnée.




On y trouve sculptée à plusieurs reprises, comme à Chambord et à Blois, la salamandre, emblème du roi François Ier. Il s'agit là d'un hommage direct de Gilles Berthelot à son souverain. En bon courtisan, le trésorier a également pris le soin de faire graver l'hermine, emblème de Claude de France, épouse de François Ier. C'est une forme d'allégeance que l'on retrouve couramment dans les constructions non royales dès le XVe siècle

Nous pénétrons dans le château par l'escalier d'honneur. Le majestueux escalier d’honneur, intégré au bâtiment tout en étant ouvert sur l’extérieur, est un véritable chef-d’œuvre dont la sophistication et la finesse fascinent encore aujourd’hui. Ses façades ornées et ses plafonds à caissons en font l’un des plus beaux escaliers de France. À l’époque de sa construction, au XVIe siècle, son tracé rectiligne en "rampe sur rampe" constituait un modèle unique dont le trésorier de François Ier pouvait légitimement être fier. Cet escalier est l'élément le plus innovant du château d'Azay-le-Rideau et témoigne de l'importance des influences italiennes dans les nouvelles constructions de la vallée de la Loire. 

Paradoxalement, le château se visite depuis les combles jusqu'au rez de chaussée. Le Grand Comble est dit "à surcroit"aussi appelé comble à accroissement ou à exhaussement : on dispose la ferme sur une structure trapézoïdale, un mur de surcroît ou encuvement rehausse d'autant la façade d'un large bandeau. 

 Pour cette célébration de Noel, c'est le pain d'épices qui est à l'honneur à Azay le Rideau. 

"Biscuits finement décorés, maisons féeriques ou personnages grandeur nature viennent animer les salles du château. De nouveaux décors de fêtes, composé de tables garnies de compositions insolites, de sapins délicieusement décorés ou de compositions végétales susciteront votre émerveillement tout au long de votre visite."

La table de fête est dressée dans le grand Comble.

Nous descendons au premier étage. La chambre Renaissance présente face au lit, une huile sur bois du Primatice  représentant Andromaque s’évanouissant en apprenant la mort d’Hector. Cette œuvre de l’Ecole de Fontainebleau, datée vers 1560, est une copie d’une toile perdue du Primatice (1504-1570) dont l’auteur semble etre Cornelius van Haarlem. A la Renaissance, la chambre est un espace multifonctionnel : on y dort, on y mange, on y travaille, on s’y lave, on
y reçoit ses proches. Autre œuvre intéressante, une peinture à l’huile sur toile du XVII e siècle. Cette femme porte un vêtement typique de cette période : une robe à vertugadin aux
manches à crevées. La richesse du vêtement (les manches à crevées se composent d’une superposition de tissus) supposent subtilement celle du personnage. Sur le fond du tableau, on aperçoit des vitraux et une tenture.

Dans la chambre du château d’Azay-le-Rideau, on trouve le lit à quenouilles, richement décoré d’étoffes. Il est l’élément central de la pièce. Posé sur une estrade, le lit est ainsi surélevé et mis en valeur. Ce n’est d’ailleurs pas la seule fonction de l’estrade : elle permet d’isoler le lit du sol froid, constitué de tommettes en terre cuite, présentes dans toutes les chambres de l’époque. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le parquet fait son apparition dans les chambres des châteaux.
Peinture à l’huile sur toile du XVI e siècle (1590). Marguerite de Valois est l’une des filles de Catherine de Medicis et d’Henri II. Mariée à son cousin protestant Henri de Navarre le 18 août 1572, cette union fut une des causes de la Saint Barthélémy. Les deux époux se séparèrent
très vite et le mariage est annulé en 1599. Antoinette Raffin, petite fille du capitaine de la garde qui hérite du château par François Ier, était une demoiselle d’honneur de la « Reine Margot ». A noter la tenue renaissance par excellence : la fraise (col de lingerie ou de dentelle
empesée très en vogue à la fin de la Renaissance.
 
Le meuble ou cabinet en feuille d’or, d’os et de noyer évoque une autre fonction de la chambre : le seigneur y travaille, elle lui sert de bureau. Meuble de rangement, le cabinet est formé de nombreux tiroirs auquel est ajouté un petit battant central amovible servant de table pour écrire. Ce meuble aux multiples fonctionnalités (meuble d’écriture, de rangement d’archives et d’objets précieux) acquiert une place privilégiée dans les intérieurs les plus riches des XVIe
et XVII e siècles. Il concentre à la fois les techniques d’ébénisterie, de marqueterie, d’incrustations et d’ornementation de l’époque. Le décor de ce cabinet, composé d’arcatures torses et de motifs géométriques avec incrustations ainsi que de coquilles Saint-Jacques sur les coulisses, est très travaillé. Il correspond au style particulier de cabinet appelé le bargueño.
La chambre suivante est la chambre de Psyché avec 5 grandes tapisseries qui relatent l'histoire de Psyché.
Psyché découvre l'Amour endormi... 
Tapisseries en laine et soie issues d’une tenture illustrant l’histoire de Psyché, composée de 17 pièces et tissée à Bruxelles pour la famille génoise Pallavicino d’après des cartons de Giovanni Battista Castello, 1562-1567. Psyché, poussée par ses sœurs, veut découvrir qui est ce personnage endormi, elle s'éclaire d'une lampe à huile et une goutte d'huile brûlante tombe sur le Dieu, qui s'enfuit


Nous entrons dans la grande sale où le festin est dressé. C'est aussi une salle de bal chauffée par une cheminée monumentale aux armes de François 1er.
Les coffres à bas reliefs et à panneaux sculptés permettent, alors de transporter facilement vaisselle et vêtements lors de l'itinérance de la cour de château en château. 

L'antichambre qui suit est la pièce où, les visiteurs que le propriétaire des lieux souhaite recevoir, patientent en attendant l'entrevue. C'est une véritable galerie de portraits de souverains français qui va de Louis XII à Louis XIV. Louis XII est discret, près de la cheminée. François 1er peint dans la manière de François Clouet, Henri II par François Clouet et Henri III roi de France et de Pologne par François Quesnel, en buste.

Face à la cheminée, les portrait en pied de Henri IV peint par un artiste anonyme, de Louis XIII par Philippe de Champaigne et de Louis XIV par Pierre Mignard.

Le roi Louis XIII, justement, passa 2 nuits à Azay dans la chambre du Roi. On remarque un superbe cabinet en poirier noirci pour imiter l'ébène avec ses tiroirs décorés de plaques d'ivoire et d'os représentant les épisodes de la guerre de Trente Ans qui déchira l'Europe de 1618 à 1648 sous le règne de Louis XIII. Ces conflits ont opposé le camp des Habsbourg d’Espagne  et du Saint Empire, soutenus par la papauté, aux États allemands protestants du Saint Empire, auxquels étaient alliées les puissances européennes voisines à majorité protestante, Provinces Unies et pays scandinaves, ainsi que la France qui, bien que catholique et luttant chez elle contre les protestants, entendait réduire la puissance de la maison de Habsbourg sur le continent européen. 





 

Au mur, de remarquables tapisseries illustrant Jerusalem délivrée d'après du épopée de Le Tasse. A noter les coffres dit d'Azay le Rideau dont des exemplaires se trouvent au Louvres. Composition fondée sur la symétrie qui place de part et d'autre d'un balustre deux personnages en buste et de profil, à gauche un homme, à droite une femme, au centre d'un chapeau de triomphe. Encadrant celui-celui, des variations de la forme de l'esse : masque feuillu, bête fantastique, patte à sabot à moitié végétalisée. Des animaux fantastiques sont situés dans les angles inférieurs intérieurs, sortes de chevaux au cou démesuré. Sur les côtés, des bustes en profil dans un chapeau de triomphe simplifié. Au niveau du soubassement, des anges au visage joufflu. Le panneau de façade est organisé autour d'une petite figure mi-humaine mi-végétale ailée de laquelle émergent des rinceaux terminés par des bustes humains et des créatures fantastiques.
Nous passons au rez de chaussée, Le salon Biencourt, comme les autres salles du rez-de-chaussée du château, présente une restitution des pièces à vivre et de réception au XIXe siècle. Alors propriété des marquis de Biencourt, grands collectionneurs d’art, ces salles du château illustrent parfaitement le goût et l’art de vivre de leur temps.Le salon a partiellement conservé son décor intérieur néo-Renaissance, conçu autour d'une imposante cheminée, orné de lambris, garni d'un papier peint aux motifs de cuir et couverte d'un plafond à solives   peintes.  

On peut imaginer que Balzac, proche ami des Biencourt a passé de nombreuses soirées dans ce salon.

On y remarque une statue équestre de Louis XIII en bronze doré. Derrière le bronze, un portrait de Louis II de Lorraine, cardinal de Guise, chef de la Ligue et assassiné sur ordre de Henri III à Blois. Le cardinal avait la cuisse légère bien que catholique intégriste et eu un fils illégitime.  Un très beau portrait du roi Charles IX par François Clouet .

 Ce tableau représente l'accueil fait au roi Louis XIII par le doge Alvise Ier Mocenigo à Venise.  Le roi est en habit noir car il porte encore le deuil de son frère. La médaille de l’ordre de Saint Michel qui orne sa poitrine est le seul bijou de son habit. La foule se presse autour du cortège ; les Vénitiens se sont déplacés en grand nombre pour apercevoir le roi. La ville s'est donnée les moyens pour recevoir le roi Très Chrétien avec faste. Son entrée à bord du Bucentaure est saluée par des salves d'artillerie et parmi les innombrables décorations, un arc de triomphe éphémère a été dressé sur son passage.

La salle de billard constituait un espace commun avec le salon Biencourt.


Le billard est traditionnel des intérieurs bourgeois du XIXème siècle, il y a aussi une superbe cheminée aux armes de François 1er, un buste remarquable de Henri IV en marbre blanc et bronze. Quelques tableaux ayant appartenu au Biencourt : l'empereur Maximilien d'Autriche que je suis surpris de trouver parmi tous ces grands rois de France, Cinq Mars dont le château existe encore au nord de Langeais, favori de LouisXIII et exécuté sur ordre de Richelieu, Erasme d’après Hans Holbein, peint au XVI e siècle ...

Il ya ce tableau que j'adore de François Clouet en 157O, Gabrielle d'Estrée au bain. Il s’agit bien là de Gabrielle d’Estrées, duchesse de Beaufort, « au bain ». En effet sous la Renaissance, peu de personnes se lavent car on pense que l’eau véhicule des maladies. Si Diane de Poitiers eut très longtemps un corps de jeune femme, c’est principalement parce que la duchesse de Valentinois se baignait régulièrement. La belle Gabrielle, grand amour de Henri IV, a également recours à l’eau pour conserver un superbe corps. Joli contraste avec son amant ! En effet, au XVIe siècle, se baigner nécessite une journée de repos, dans une robe de chambre chaude, avec des précautions : si on consent à plonger le corps dans l’eau, c’est toujours couvert d’un vêtement (cet usage perdure encore au siècle suivant). Ce tableau m'en rappelle un autre, le pince-téton de la même belle dame par sa sœur
La visite se termine par la Dépense, autrement dit le garde-manger puis les cuisines. La salle à manger où la table est dressée avec de superbes fruits confits et de la vaisselle luxueuse avec des verres en cristal de Saint Louis et de la belle porcelaine.

Le passage présente une belle arcade de plein cintre.

Pour finir, le salon bibliothèque avec des tables à jeu, des canapés, des fauteuils Empire ou Louis Philippe, des bergères où les Biencourt et les hotes de qualité, Balzac, Rodin, Camille Claudel devaient avoir de longues discussions sur lart et la littérature. De 1825 à 1848, Balzac fait une dizaine de séjours au chateau de Saché à 7km chez Jean Margonne, propriétaire des lieux pendant qu'Auguste Rodin et Camille Claudel habitaient au chateau de l'Islette à Azay.

Je vais maintenant parcourir le parc romantique en faisant le tour du chateau qui se mire dans les eaux calmes dans le parc romantique.

On voit bien qu'Azay est une subtile combinaison de l’art de bâtir français et d’ornements venus d’Italie. La façade sud du château est bordée par l'un des deux miroirs d'eau qui contribue à la notoriété du château. 

"La construction architecturale de la façade dévoile la silhouette souhaitée par Gilles Berthelot : à la fois demeure moderne, avec ses grandes baies et ses hautes lucarnes, et imposante, avec ses mâchicoulis, réminiscence des chemins de ronde des forteresses médiévales. Le château doit cependant sa belle unité stylistique aux travaux des marquis de Biencourt qui ont achevé l'aile au XIXe siècle en lui adjoignant une tour en encorbellement. "

La visite se termine, revoir ce château a été un plaisir renouvelé. Comme Villandry, j'aimerais y revenir au printemps et profiter du parc et des jardins. 

Un coup de gueule pour finir, l’Épine, un restaurant honoré par un BIB à Azay. La cuisine mérite le BIB mais le service est déplorable, une sommelière qui ne propose que des flacons trop chers, et une patronne au service, qui lève les yeux au ciel dès que quelqu'un demande du sel ou du sucre comme si le chef salait si parfaitement que tout ajout de sel ou de sucre était une hérésie. On reviendra à Azay mais certainement pas à l’Épine.

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