lundi 12 janvier 2026

2026, NOEL AU CHATEAU DE VILLANDRY



 Après le petit déjeuner à Azay, nous ne roulons qu'une dizaine de kilomètres jusqu'au château de Villandry. Son histoire  commence en 1532, quand Jean Le Breton, alors ministre des finances de François Ier, prend possession des terres de Villandry. Il fait raser l’ancienne forteresse à l’exception du donjon (que nous redécouvriront en fin de visite) pour édifier un château et des jardins, avec toute l’élégance de la Renaissance.
Ses descendants conservent Villandry jusqu’en 1754 où il devint la propriété du Marquis de Castellane qui le donne à la fois du confort et du style néoclassique en vogue au XVIIIe siècle.

J'aime beaucoup Villandry, comme Chenonceau, que nous avons visité la veille, car il est symbolique du mécénat que pratique encore quelques riches propriétaires privés, les Menier à Chenonceau, les Carvalho à Villandry. Il pourrait paraître inopportun de visiter Villandry en hiver, car le château posséde des jardins extraordinaires. Reconstitués dès 1906 à partir de documents anciens évoquant un jardin de la Renaissance du XVIe siècle, ils s’inscrivent au sein d’un domaine de plus de 6 hectares. Chacun des 6 jardins de Villandry se présente comme un tableau de verdure encadré par des terrasses successives. Ils se distinguent tous par un thème et une architecture singulière. L'achat de Villandry par Joachim Carvallo et Ann Coleman en 1906 ouvre un renouveau pour l'histoire du site. Villandry est acheté sur un coup de foudre par Joachim Carvallo, jeune médecin espagnol, et son épouse Ann Coleman, héritière de grands sidérurgistes américains. Joachim mène alors des recherches avancées sur la physiologie de la digestion. 

"Le couple a ressenti dès sa première visite à Villandry la présence d’un chef-d’œuvre défiguré par ses transformations du XVIIIème siècle. Abandonnant leur projet de laboratoire scientifique, les époux vont consacrer leur énergie mais aussi leur fortune à rendre au château son aspect Renaissance."


C'est notre seconde visite à Villandry pour Noël, nous y étions il y a 3 ans et nous avions beaucoup aimé ce château, très différent de Chenonceau car plus lié à l'histoire des familles qui l'ont habité qu'à l'histoire de France.cf le premier article qui lui fut consacré :  https://www.lemounard.com/2022/12/le-chateau-de-villandry-noel-la-nature.html

Le château est caractéristique de la seconde Renaissance avec une architecture plus classique et plus dépouillé que celle de Chambord, Chenonceau et Azay le Rideau qui ont été construits antérieurement. Ici, le style est purement français, l'influence italienne a disparu. En1754,le marquis de Castellane, ancien ambassadeur de France à Constantinople en devient propriétaire, qui aménage les communs dans le style Louis XV et rénove l'intérieur du château. Le parcours débute dans la cour d'honneur. Le château actuel présente un agencement moderne par la régularité de son plan quadrangulaire où les tours médiévales sont remplacées par de simples pavillons carrés.  Les deux ailes latérales surmontées par de hautes toitures traditionnelles en ardoise reposent sur des galeries d'arcades en anse de panier. On a utilisé la pierre de tuffeau. Dans un soucis d’ordre, d’harmonie et de régularité, les fenêtres des constructions Renaissance sont alignées tant horizontalement que verticalement. Pour souligner cet alignement parfait, des pilastres sculptés et des corniches sont présents sur la façade. Les fenêtres ou baies sont  divisées en quatre par des traverses (horizontales) et des meneaux sculptés (verticaux). L’ensemble forme une fenêtre à croisée.  Au niveau du toit, on admire t les lucarnes Renaissance ouvragées. Hautes et lumineuses,  elles sont également divisées en quatre par des meneaux sculptés et des traverses. Un fronton triangulaire surmonté d’un élément décoratif , l’édicule, termine la parure. Sur chaque fronton figure un haut-relief. On peut y voir les armoiries de Jean Le Breton, premier propriétaire de Villandry ; mais également celles de Florimond de Robertet, secrétaire de François I et trésorier de France,  dont la fille épousa le fils de Jean Le Breton.  Un grand escalier extérieur  était situé dans l'angle droit de la cour d'honneur qui fut détruit par le comte de Castellane au XVIIIéme siècle.

Curieusement, cette année, comme en 2022, le thème de la décoration du château est " La Nature reprend ses droits". Ce qui frappe en visitant ce château, c'est que plus que ses voisins, c'est un château familial plutôt qu'un lieu d'apparat. On éprouve partout la sensation qu'il est habité. Partout sur les meubles somptueux, des bouquets de fleurs fraîches et des décorations de Noël. Le salon est meublé dans le style LouisXV,  un feu crépite dans la cheminée dont le manteau se pare d'une guirlande, un sapin richement décoré trône au milieu des fauteuils. La pièce est prête à accueillir les hôtes autour d'un thé et des petits fours. Près de la cheminé, un tableau montre un fier torero qui nous rappelle l'origine espagnole de la famille Carvalho et remplit de joie le cœur de notre groupe d’aficionados.



Sur le piano, des photos de famille...
Nous découvrons ensuite la salle à manger où se dresse une table de fête. Pour l’occasion, le château  accueille l’artiste Véronique Chauvet , spécialiste du papier mâché, qui a imaginé une décoration autour du thème "À Noël, la nature s’invite au château". Le centre de table est inspiré par les jardins de Villandry .

A noter le somptueux alignement des verres et la crèche.
Le cabinet de travail se trouve au rez de chaussée du donjon médiéval. C'est ici que Philippe Auguste et Henri II Plantagenet, roi d'Angleterre signèrent la "Paix de Colombiers"en 1119. 
Un traité entre Henri II Plantagenêt roi d'Angleterre, son fils Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste. Philippe et Henri, deux ennemis de toujours...Henri, vieux, malade, se morfond au château de Chinon. Philippe, grand vainqueur, vient de conquérir la ville de Tours. Henri se met en route vers Colombiers. Dur, pénible périple...Plusieurs fois, il doit s'arrêter. Il arrive exsangue au château. Philippe voit bien l'état d'Henri. Roi ou pas, ennemi ou pas, il reste humain...Alors, il lui propose un manteau pour s'asseoir. Mais le vieux roi refuse, digne, à peine soutenu par ses hommes de confiance. Il dit seulement qu'il veut « entendre et voir ce qu'on requérait de lui, et pourquoi on lui enlevait sa terre. »Il meurt à son retour à Chinon, . trahi et abandonné. 

Le mobilier est composé d’un ensemble de meubles : fauteuils, banquette, bureau de style Empire couverts de soie rouge. Joachim Carvallo aimait à travailler dans cette pièce qui donne sur le jardin d'amour avec ses 4 carrés qui symbolisent les 4 états de l'amour.
Le sol de la cuisine est recouvert de tomettes en terre cuite, une belle table en chêne, des casseroles en cuivre, un tournebroche dans la monumentale cheminée et de la verdure partout.
L'escalier d'honneur en tuffeau a remplacé l'escalier extérieur au temps du marquis de Castellane. Les initiales du marquis Michel-Ange de Castellane sont entrelacées sur la rampe en fer forgé de style Louis XV au niveau du palier et l'escalier dessert les 2 étages.
Nous accédons au premier étage et je commence par parcourir la galerie de peintures qui conduit au salon oriental. Joachim Carvallo était espagnol et son épouse, Ann Coleman, américaine. Tous les deux vinrent en France pour étudier puis devenir chercheurs en médecine auprès du professeur Richet (qui obtint le prix Nobel de médecine en 1913). Ils tombèrent passionnément amoureux de la France. Ils nourrissaient une grande passion pour l’art en constituant une collection de peintures espagnoles, avec une prédilection particulière pour le XVIIème siècle. Ils choisirent  Villandry. Ils cherchaient en effet une maison "à la campagne" assez grande pour présenter la collection, l’appartement parisien ne suffisant plus.  À partir de ce moment, le projet artistique mené à Villandry, tant sur le plan de la restauration du château, de la restitution des jardins Renaissance que de la mise en valeur de la collection, combla entièrement leur vie. "La collection devint pour Ann, Joachim et leurs enfants plus qu’un musée. Elle s’intégra dans leur vie et agit sur eux d’une façon telle qu’ils devinrent profondément chrétiens, alors que leur parcours initial les avait portés principalement vers la science et un certain agnosticisme."
Il y a 3 ans, j'avais passé un long moment dans la galerie, aujourd'hui, je m'attarde surtout devant cette sublime vanité d'un anonyme, je crois. Les Vanités sont un genre pictural particulier dans l'histoire de l'art, principalement développé à partir du XVIIe siècle en Europe. Ce genre est appliqué aux natures mortes, mettant en contraste des éléments symbolisant d'un côté la vie, l'activité, la nature et de l'autre côté la mort, la vanité, la finitude. 
La galerie débouche sur le fabuleux salon oriental. 

"Le plafond du salon oriental provient du palais des ducs de Maqueda, construit au XVème siècle à Tolède.  Le palais fut démantelé en 1905 et Joachim Carvallo rapporta l’un des quatre plafonds, celui du salon de « la Martina » à Villandry, tandis que les trois autres sont actuellement conservés au Musée archéologique national de Madrid, au Victoria and Albert Museum de Londres et au de Young – Legion of Honor Fine Arts Museum de San Francisco.
La reconstitution de ce plafond, fait de 3600 pièces de bois polychrome, demanda un an de travail. De style mudejar, réalisé par des artisans maures pour le compte de commanditaires espagnols, il mêle les éléments décoratifs représentatifs des arts chrétien et mauresque. Les cordes franciscaines, les coquilles de Saint-Jacques de Compostelle, les décors floraux et les écus héraldiques des souverains s’unissent avec les entrelacs, les dorures et inscriptions arabisantes, dans un harmonieux syncrétisme."
Le plafond du palier qui mène aux appartements du premier étage est une splendeur.

Nous sommes dans la chambre du prince Jérôme. A la fin de septembre 1813, Jérôme Bonaparte, jeune frère de Napoléon Ier, entreprend l’acquisition du château de Villandry et du château de Stains. Il semble motivé par une volonté de s’éloigner de son impérial aîné qui s’apprête à connaître des instants sombres. Il doit quitter la France à l’abdication de Napoléon 1er pour s'établir près de Lucques en Toscane. Les meubles sont... Napoléon, acajou, soierie rouge et moirée dont les tons s'accordent parfaitement aux bouquets d'orchidées.

 

La chambre de joaquim Carvallo est austère mais jouit d'une vue sur les jardins . Elle se situe dans le donjon. A coté de la chambre , la bibliothèque où je découvre la thèse de médecine de Joaquim Carvallo présentée à Paris en 1911. (Méthode radiochronophotographique. Applications de cette méthode à l’étude des mouvements de l’appareil digestif).

Chambre suivante, la chambre du Potager.
Elle s'appelle ainsi car la vue sur le potager décoratif permet d'en apprécier pleinement les carrés à motifs géométriques. Le parquet est sublime qui mêle diverses essences de bois.
Dans une petite alcôve à côté du lit se trouve la salle de bain. Apparemment, la couverture de bain est utilisée pour la décence afin de recevoir d'éventuels visiteurs tout en se prélassant dans un agréable bain chaud. 
La chambre suivante est celle d'Ann Coleman , c'est la chambre des douves

Ann Coleman, épouse de Joachim Carvallo, avait choisi comme chambre cette pièce aménagée au XVIIIème siècle. Les boiseries d’un tendre vert, la soie blanche rehaussée de fleurs colorées et d’oiseaux évoquant les jardins et la musique, les portraits d’Ann Coleman et de deux des six enfants du couple par leur ami, le peintre Milcendeau, la douceur de l’alcôve, tout ici évoque la féminité et la maternité.On remarque aussi 3 sièges américains tapissés de velours vert et une malle Louis Vuitton, fabriquée à Philadelphie avec des étiquettes de nombreux voyages. Les sapins de la déco de Noël sont enneigés, les cerfs et les biches sont blancs comme ceux qui vivent dans les douves du château de Breteuil. On quitte la chambre par un petit passage extérieur aux pièces, avec ses décorations hivernales et pleins de hiboux blancs.



De là, on a une belle vision des lucarnes ornementées, avec leurs frontons sculptés. L’utilisation de la pierre de tuffeau, caractéristique de la région, confère au château sa teinte claire et lumineuse, qui contraste magnifiquement avec les ardoises bleues des toitures. 
Nous montons au deuxième étage, a droite sur le palier, on entre dans une foret mystérieuse dont je réserve la visite à plus tard.

Au deuxième étage, se trouvent 2 chambres destinées aux enfants avec des poupées, un cheval à bascule,peluches, livres et dînette. De là, la vue sur les jardins est extraordinaire.



On accède à la salle François 1er par un escalier qui conduit au sommet du donjon. 
François 1er visita Villendry en 1543. La salle François 1er, située dans le donjon médiéval,  fut inaugurée en 2015, lors de la commémoration du cinquième centenaire du couronnement du roi François 1er. Elle donne un aperçu de l'aménagement et des normes de confort du château, à la Renaissance. On remarque sur ce mur, ce tableau école espagnole, l'homme au rébus.  (Le rébus est en haut à gauche et indiquerait soit le nom du personnage , soit celui du peintre )

Il y a aussi un bronze de François 1er en armure et une tapisserie qui représente la rencontre de François avec Henri VIII au camp du Drap D'Or. 
Et aussi, une peinture d'Elisabeth de France. Symbole d'une alliance avec l'Espagne non souhaitée par son père mais désirée par sa mère Marie de Medicis, princesse italienne dont la mère était une Habsbourg, par les Concini, favoris de sa mère, et par le parti dévot français, elle est "échangée" contre l'infante espagnole Anne d'Autriche qui quitte son Espagne natale pour épouser Louis XIII, frère d’Élisabeth.Élisabeth et son frère rencontrent pour la première fois leurs conjoints respectifs le 25 novembre 1615 sur l' Ile des Faisans sur la rivière Bidassoa qui sépare la France et l'Espagne.  En Espagne, le nom français d'Élisabeth a pris la forme espagnole d'Isabel. 

Le froid me saisit au moment de passer sur la terrasse du donjon qui offre une vue plongeante sur les jardins de Villandry et au loin sur la Loire et le Cher qui coulent parallèlement sur 15 kilomètres avant de trouver un confluent.

"Ses 6 jardins, répartis sur quatre niveaux, ont été créés au début du XXème siècle dans un style Renaissance ; ils allient esthétisme, diversité et harmonie. On y découvre le potager décoratif, les jardins d’ornement, le jardin d’eau, le jardin des simples, le labyrinthe et enfin le jardin du soleil."Noël n'est pas le meilleur moment pour les admirer, il faudra programmer un ou 2 jours au printemps pour les apprécier pleinement.
La salle d'exposition a laissé place à une foret magique et enchantée avec une boite rouge ou les petits enfants sages peuvent déposer leur lettre au père Noël avant de l'accompagner à travers clairières et futaies dans le traîneau que tire un grand renne.





Thé et vins chauds dans le cellier du château avant que le groupe se retrouve au complet pour une légère collation dans un resto sympa à quelques mètres du château. Après midi, on enchaîne sur la visite d'Azay le Rideau.



 













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