Après l'exposition au musée de Montmartre de l' École de Paris, nous cherchons un visite guidée pour occuper la matinée du jeudi. Sur internet, je découvre cette visite du quartier du Bas- Belleville par Interkultur qui présente son programme : "S’il se transforme profondément aujourd’hui, l’Est parisien fut longtemps un quartier populaire, ou se mélangeait commerce, artisanat et petites industries. C’est là que sont nées à la fin du 19e siècle de nouvelles pratiques sociales et ce fut aussi le creuset de luttes ouvrières, qui marquent encore notre époque.
Pour qui veut les chercher un peu, il reste encore des traces de ce passé, même si leur usage a bien changé : de la simple façade qui conserve affichée et bien visible toute son histoire jusqu’à l’usine entière cachée au fond d’une impasse, en fonction jusque dans les années 1980." Nous avons rendez-vous à 10h au métro République, sortie 4. Ce matin, le groupe est pléthorique, 27 personnes et Yves, le guide se présente. Ancien ingénieur de l'industrie automobile, il s'est reconverti en guide conférencier.
Première étape, 18 rue du faubourg du Temple, une enseigne à l'entrée, le Gibus.
Avant d'etre le siège d'une boite de nuit, ce lieu a eu une riche histoire. C'est ici que fut créé le premier cirque moderne. On va partir à Newcastle en l’an de grâce 1742 où naît Philip Astley.
Fils d’un ébéniste, on ne sait pas si c’est parce que son papa lui a
fabriqué un cheval de bois mais en tout cas très jeune, il est pris d’une folle passion équestre. À 16 ans, il entre dans un régiment de cavalerie de l’armée anglaise dont il va devenir un des héros, s’illustrant notamment contre les Français du roi Louis XV lors de la Guerre de Sept Ans. Astley est un spécialiste du dressage, il apprend aux montures de son régiment à ne pas ruer ou
paniquer quand ils entendent un tir de canon. À 24 ans,
devenu sergent-major, il quitte l’armée, conservant en cadeau deux
chevaux des écuries royales, dont son préféré baptisé Gibraltar. En 1769, il ouvre une école d’équitation, non loin du pont de
Westminster où il s’initie à la voltige à cheval et
perfectionne ses techniques de dressage, apprenant à son Gibraltar à
faire semblant de mourir en entendant un coup de feu ou à faire des
additions ! Il décide alors de faire des exhibitions dans un manège cerné de gradins.
En tenue de soldat avec tricorne et spencer, il multiplie les prouesses
au son d’un orchestre militaire. Le succès est au rendez-vous, Philip Astley vient de jeter les bases du cirque moderne qu’il ne cesse d’enrichir. Entre deux numéros équestres, pour avoir le temps de reposer les chevaux
et de se changer, il envoie en piste des comiques qui se tournent en
ridicule, comme Billy Sanders et ses chiens ou Fortinelli, un gugusse en
tenue de Polichinelle qui exécute des numéros burlesques sur un
canasson. Astley invente ainsi les clowns de cirque. Il
ajoute ensuite au fil des mois des jongleurs, des acrobates, fixant une
des règles de base d’un spectacle de cirque : la variété des numéros !
Son triomphe est tel que sa troupe et lui commencent à se produire dans
des amphithéâtres en bois dans toute l’Angleterre. Mieux, ils s’exportent en France où le roi Louis XV le convie à Versailles. En 1782, Philip Astley s’installe à Paris à l’entrée du Faubourg du Temple où il fait bâtir une salle ronde avec des rangées de loges éclairées par 2.000 bougies,
là il émerveille toute la Capitale avec son cheval qui danse le menuet
ou ses équilibristes sur un fil. La Révolution Française arrive,
l’obligeant à repartir en Angleterre. Mais il y revient à la
Restauration, prêt à reprendre du service, à l’âge de 72 ans. L'arène en bois est la proie d'un incendie, sur la friche, on va construire cet ensemble industriel. A Belleville, du fait de la proximité des abattoirs de la Villette, se
développe une petite industrie liée aux produits dérivés, traitement de
la corne, du cuir, manufactures de chaussures, ceintures, boutons,
peignes. C'est ainsi qu'au 18 rue du faubourg du Temple, va naitre la première pépinière d'entreprises sous l'impulsion de la famille Gutmann dont l'indivision a toujours son siège ici. Les entreprises et les petites usines ont peu à peu disparues mais, désormais, une nouvelle pépinière d'entreprises est repartie avec 45 entreprises présentes au 18. Philippe Stack a été installé à cette adresse. Il ne nous est pas possible d'avancer au delà de quelques mètres, le gardien psychorigide a déjà eu des mots avec notre guide et se montre peu coopérant. Le bâtiment industriel est constitué d’une longue verrière qui couvre 2 étages de bureaux répartis de part et d'autre d'une longue allée centrale.
Une curiosité, les deux atlantes encadrant le passage
"Premier cirque de la capitale à l’heure de la Révolution française, fabrique de biscuits au XIXe siècle, pépinière commerciale et industrielle au XXe, puis haut lieu des nuits parisiennes : le site du 18-20 du Faubourg-du-Temple a connu bien des vocations au cours de sa longue histoire. Caractérisé par ses grands étages en retrait de la rue accessibles via un passage éclairé par une verrière, le bâtiment actuel a été bâti entre 1908 et 1910 d’après les plans de l’architecte visionnaire Henri-Paul Nénot, qui a su laisser sa marque dans le paysage parisien avec près d’une vingtaine de réalisations à son actif dans la capitale.
Après avoir longtemps accueilli des ateliers et autres espaces à usage industriel, les salles bordant le passage couvert abritent aujourd’hui l’Apollo Théâtre, un lieu notamment dédié au stand-up, ainsi que le Gibus, un club prisé des amateurs de soirées LGBTQ+. Si cette cour fermée se laisse entrevoir depuis la rue faubourienne très passante, il est conseillé de s’avancer un peu afin de découvrir au mieux les deux atlantes – équivalents masculins des cariatides, statues de femmes qui soutiennent bien des façades d’immeubles parisiens – dont il est ici question".
Comme l’explique le site Cariatides, atlantes, sculptures en façade à Paris, ces œuvres étonnantes restent marquées du sceau de la société Glaenzer et Perreaud, qui fit l’acquisition du site en 1932. Les évocations industrielles de la roue dentée qui porte les initiales du commanditaire sont renforcées par la présence de plusieurs outils au bas du socle, sous le délicat drapé recouvrant les deux atlantes. « La gaine dont ils semblent s’extraire est ornée d’emblèmes liés au labeur et qui sont fort joliment sculptés : le marteau, la scie et la lime », explique le site spécialisé sur l’architecture parisienne, jugeant ces détails peu surprenants dans un lieu qui fut longtemps « consacré au travail et à la force humaine ».
Chefs d’œuvres de détails urbains, les sculptures des atlantes elles-mêmes justifient un détour par cet ancien passage industriel. Soutenant la voûte des ateliers tel le Titan Atlas porte la sphère céleste, les statues jumelles rappellent par leurs mouvements et leurs musculatures deux célèbres créations de Michel-Ange visibles au musée du Louvre, L’Esclave rebelle et L’Esclave mourant, réalisées entre 1513 et 1516, de même que son Atlas esclave, conservé à la Galleria dell’Accademia de Florence. Elles se distinguent par ailleurs des atlantes visibles dans le reste de la capitale par leur étonnant positionnement : au lieu de faire face au passant ou à la rue, leurs visages demeurent mystérieusement invisibles, comme encastrés dans la roche qu’ils soutiennent.
A noter que donnant sur la rue et cachant les bâtiments industriels, un bel immeuble se dresse avec les 2 premiers étages éclairés par de grande baies vitrées, un 3éme étage beaucoup moins haut de plafond avec un long balcon et au 4ème, les chambres de bonnes.
La Grisette de 1830, figure anonyme du vieux Paris populaire, sourit aux passants au croisement du boulevard Jules Ferry et de la rue du Faubourg du Temple, là où le canal Saint Martin, souterrain depuis 1906 entre la Bastille et cet embranchement, réapparaît à la surface. Au bout du square Jules Ferry qui ferme la promenade plantée le long du boulevard, cette statue est l’œuvre de Jean-Bernard Descomps (1872-1948), élève d’Alexandre Falguière (1831-1900), qui s’est illustré dans les styles Art nouveau et Art déco. L’installation de la Grisette en son square n’a pas été sans souci. En 1910, le terre-plein est réaménagé à la suite des travaux de recouvrement. Dans le square Jules Ferry tout neuf, un kiosque à musique est ajouté. La statue de la grisette, dont le modèle a été présenté par Jean-Bernard Descomps en 1909 au Salon, est réalisée en 1911 afin d’en orner l’extrémité. Placée exactement sur le tracé du désormais souterrain canal Saint Martin, son poids est tel qu’il risque d’entamer la solidité de la voûte. Il est alors nécessaire de renforcer les assises de la construction récente. On les appelle grisettes, à cause du fichu gris qu'elle porte sur les épaules pour se protéger de la poussière.
"le bâtiment renaît en tant que Grand Cinéma du Palais des Glaces, reconnaissable à sa façade couverte de miroirs."
En 1988, le producteur Jimmy Lévy rachète alors les lieux et les transforme en temple de l’humour. Il commence en janvier 1988 avec La Madeleine Proust… Un autre style ! Suit, en septembre, une comédie créée au Zaïre avec le Centre culturel français de Kinshasa, intitulée L’Éléphant est tombé. Le seul souvenir que laisse aujourd’hui ce spectacle est la façade décorée pour l’occasion d’un haut relief représentant un éléphant. Réalisé à la demande de Lévy par une étudiante des Arts déco, cet éléphant fut surtout « chipé » dans le livre de l’illustrateur et peintre Benoît Déchelle (Ça coince, éditions Le Mascaret, 1986). Malgré une petite déconvenue juridique, l’éléphant est toujours là, étroitement lié à l’image du Palais des Glaces. La façade et le pachyderme sont même restaurés en 2014.


Au coin de la rue, un bâtiment de logements sociaux à la belle architecture écologique et végétalisé.
Ancien siège de la Lithographie Parisienne, entreprise gérée en coopérative ouvrière depuis la fin du XIXème siècle jusqu'en 1992, l'immeuble du 27 bis rue Jacques Louvel-Tessier date de 1923. Cette imprimerie à la longévité remarquable, dont l'activité n'a cessé officiellement qu'en 1992, était spécialiste de la lithographie technique d'impression à plat d'un dessin sculpté sur une pierre, un calcaire à grain fin. La belle façade, structure métallique et briques, conservée intacte avec ses plaques, témoigne du passé industriel de l'arrondissement. Acquis en 1996 par un collectif de réalisateurs et d'architectes, l'édifice a été reconverti en bureaux et logements. Une galerie d'art établie dans l'un loft propose ponctuellement des expositions éphémères. La création de la Lithographie Parisienne s'inscrit dans le cadre de l'utopie marxiste du XIXème siècle, l'idée de la réussite professionnelle et sociale des ouvriers. La Première Internationale, est fondée le 28 septembre 1864, à Londres, à l'initiative de travailleurs et militants d'origines diverses, qui diffusent les idées socialistes à travers l'Europe. Le succès rapide entraîne dès l'année suivante la constitution de sections nationales notamment en Suisse, en Belgique, en France, en Allemagne. Le mouvement ouvrier en quête de justice sociale prend de l'ampleur avec l'essor de l'industrialisation et la mécanisation du travail.

Nous nous arrêtons devant cet immeuble remarquable de vitres et d'acier : Sous-station Temple, ancien bâtiment
de la Compagnie parisienne de distribution électrique, oeuvre de
l'architecte Paul Friesé, reconverti en logements d'urgence - Xème. La sous-station Temple, au 36 rue Jacques Louvel Tessier dans le Xème
arrondissement, se distingue par l'ampleur de
ses baies vitrées dont la charpente métallique a été repeinte de
turquoise. Elle est édifiée en 1908 par Paul Friesé (1851-1917),
architecte reconnu pour ses bâtiments industriels et commerciaux.
Salarié, depuis 1898, de la CMP, la Compagnie du chemin de fer
métropolitain de Paris, l'homme se consacre, à partir de 1903, aux
projets du groupe Empain-Schneider dans le cadre de ses deux filiales la
CMP et la Compagnie parisienne de distribution d’électricité (CPDE).
Puis cet immeuble remarquable: Situé sur les hauteurs de Belleville, cet immeuble bâti en 1929 joue de
sa verticalité pour offrir aux habitants des vues spectaculaire sur la
ville. L’architecte Lucien Lambion imagine trois façades sur rue entièrement percées d’ouvertures aux typologies multiples, autant d’yeux qui semblent regarder Paris : multitude de bow-windows plissés à pans coupés ou arrondis, oculi. En pleine période Art déco, où l’architecture navale inspire les architectes, ce navire avec
sa façade d’angle traitée en proue affirme joyeusement sa modernité. La
sophistication de l’édifice reste assez inattendue dans ce quartier
populaire.








"L'ancienne usine Spring Court, au 5 impasse Piver dans le XIème
arrondissement, ne produit plus la célèbre petite tennis blanche, créée
en 1936 par Georges Grimmeisen. Elle demeure néanmoins le siège social
de la société Th. Grimmeisen. Reprise en main par la famille des
fondateurs depuis 2015, la marque trouve une nouvelle jeunesse sous la
houlette des héritières, Théodora, Laura et Florence Grimmeisen,
également nues-propriétaires de l'ensemble immobilier. Au fond de
l'impasse, une porte monumentale ouvre sur un espace sous verrière où se
trouve encore les éléments de l'ancienne plateforme de pesage des
marchandises.

Nous sommes accueillis chaleureusement par Florence Grimeisen qui nous explique les portes coupe-feux d'un type très particulier. Elle est coulissante et en légére pente. Une poulie permet de coulisser à l'aide d'une corde qui va se consumer en cas d'incendie permettant ainsi à la porte de faire office de coupe-feux. "En 1870, Théodore Grimmeisen, tonnelier alsacien, quitte sa région natale annexée par la Prusse et s'exile à Paris. Il fait l'acquisition de terrains à Belleville afin d'y construire une fabrique de tonneaux. La famille Grimmeisen exploite le potentiel du caoutchouc, un nouveau matériau en provenance des colonies françaises, notamment pour l'étanchéité des tonneaux. L'entreprise diversifie rapidement sa production autour de cette matière innovante : bouchons en caoutchouc, lanternes pour l'éclairage public, pièces détachées pour les automobiles capots, radiateurs et réservoirs. Dès 1912, l'usine conçoit ses premières chaussures et rencontre le succès grâce à cette nouvelle orientation. La famille fonde officiellement la société Th. Grimmeisen en 1917.
































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