mardi 11 novembre 2025

VISITE GUIDÈE DU BAS BELLEVILLE, TRÈSORS INDUSTRIELS ET SECRETS OUBLIÈS



 Après l'exposition au musée de Montmartre de l' École de Paris, nous cherchons un visite guidée pour occuper la matinée du jeudi. Sur internet, je découvre cette visite du quartier du Bas- Belleville par Interkultur qui présente son programme : "S’il se transforme profondément aujourd’hui, l’Est parisien fut longtemps un quartier populaire, ou se mélangeait commerce, artisanat et petites industries. C’est là que sont nées à la fin du 19e siècle de nouvelles pratiques sociales et ce fut aussi le creuset de luttes ouvrières, qui marquent encore notre époque.

Pour qui veut les chercher un peu, il reste encore des traces de ce passé, même si leur usage a bien changé : de la simple façade qui conserve affichée et bien visible toute son histoire jusqu’à l’usine entière cachée au fond d’une impasse, en fonction jusque dans les années 1980." Nous avons rendez-vous à 10h au métro République, sortie 4. Ce matin, le groupe est pléthorique, 27 personnes et Yves, le guide se présente. Ancien ingénieur de l'industrie automobile, il s'est reconverti en guide conférencier.

Première étape,  18 rue du faubourg du Temple, une enseigne à l'entrée, le Gibus.

Avant d'etre le siège d'une boite de nuit, ce lieu a eu une riche histoire.  C'est ici que fut créé le premier cirque moderne. On va partir à Newcastle  en l’an de grâce 1742 où naît Philip Astley. Fils d’un ébéniste, on ne sait pas si c’est parce que son papa lui a fabriqué un cheval de bois mais en tout cas très jeune, il est pris dune folle passion équestre. À 16 ans, il entre dans un régiment de cavalerie de l’armée anglaise dont il va devenir un des héros, s’illustrant notamment contre les Français du roi Louis XV lors de la Guerre de Sept Ans. Astley est un spécialiste du dressage, il apprend aux montures de son régiment à ne pas ruer ou paniquer quand ils entendent un tir de canon. À 24 ans, devenu sergent-major, il quitte l’armée, conservant en cadeau deux chevaux des écuries royales, dont son préféré baptisé Gibraltar. En 1769, il ouvre une école d’équitation, non loin du pont de Westminster où il s’initie à la voltige à cheval et perfectionne ses techniques de dressage, apprenant à son Gibraltar à faire semblant de mourir en entendant un coup de feu ou à faire des additions ! Il décide alors de faire des exhibitions dans un manège cerné de gradins. En tenue de soldat avec tricorne et spencer, il multiplie les prouesses au son d’un orchestre militaire. Le succès est  au rendez-vous, Philip Astley vient de jeter les bases du cirque moderne qu’il ne cesse d’enrichir. Entre deux numéros équestres, pour avoir le temps de reposer les chevaux et de se changer, il envoie en piste des comiques qui se tournent en ridicule, comme Billy Sanders et ses chiens ou Fortinelli, un gugusse en tenue de Polichinelle qui exécute des numéros burlesques sur un canasson. Astley invente ainsi les clowns de cirque. Il ajoute ensuite au fil des mois des jongleurs, des acrobates, fixant une des règles de base d’un spectacle de cirque : la variété des numéros ! Son triomphe est tel que sa troupe et lui commencent à se produire dans des amphithéâtres en bois dans toute l’Angleterre. Mieux, ils s’exportent en France où le roi Louis XV le convie à Versailles. En 1782, Philip Astley s’installe à Paris à l’entrée du Faubourg du Temple où il fait bâtir une salle ronde avec des rangées de loges éclairées par 2.000 bougies, là il émerveille toute la Capitale avec son cheval qui danse le menuet ou ses équilibristes sur un fil. La Révolution Française arrive, l’obligeant à repartir en Angleterre. Mais il y revient à la Restauration, prêt à reprendre du service, à l’âge de 72 ans. L'arène en bois est la proie d'un incendie, sur la friche, on va construire cet ensemble industriel. A Belleville, du fait de la proximité des abattoirs de la Villette, se développe une petite industrie liée aux produits dérivés, traitement de la corne, du cuir, manufactures de chaussures, ceintures, boutons, peignes. C'est ainsi qu'au 18 rue du faubourg du Temple, va naitre la première pépinière d'entreprises sous l'impulsion de la famille Gutmann dont l'indivision a toujours son siège ici. Les entreprises et les petites usines ont peu à peu disparues mais, désormais, une nouvelle pépinière d'entreprises est repartie avec 45 entreprises présentes au 18. Philippe Stack a été installé à cette adresse. Il ne  nous est pas possible d'avancer au delà de quelques mètres, le gardien psychorigide a déjà eu des mots avec notre guide et se montre peu coopérant. Le bâtiment industriel est constitué d’une longue verrière qui couvre 2 étages de bureaux répartis de part et d'autre d'une longue allée centrale.


Une curiosité, les deux atlantes encadrant le passage 

"Premier cirque de la capitale à l’heure de la Révolution française, fabrique de biscuits au XIXe siècle, pépinière commerciale et industrielle au XXe, puis haut lieu des nuits parisiennes : le site du 18-20 du Faubourg-du-Temple a connu bien des vocations au cours de sa longue histoire. Caractérisé par ses grands étages en retrait de la rue accessibles via un passage éclairé par une verrière, le bâtiment actuel a été bâti entre 1908 et 1910 d’après les plans de l’architecte visionnaire Henri-Paul Nénot, qui a su laisser sa marque dans le paysage parisien avec près d’une vingtaine de réalisations à son actif dans la capitale.

Après avoir longtemps accueilli des ateliers et autres espaces à usage industriel, les salles bordant le passage couvert abritent aujourd’hui l’Apollo Théâtre, un lieu notamment dédié au stand-up, ainsi que le Gibus, un club prisé des amateurs de soirées LGBTQ+. Si cette cour fermée se laisse entrevoir depuis la rue faubourienne très passante, il est conseillé de s’avancer un peu afin de découvrir au mieux les deux atlantes – équivalents masculins des cariatides, statues de femmes qui soutiennent bien des façades d’immeubles parisiens – dont il est ici question".  

Comme l’explique le site Cariatides, atlantes, sculptures en façade à Paris, ces œuvres étonnantes restent marquées du sceau de la société Glaenzer et Perreaud, qui fit l’acquisition du site en 1932. Les évocations industrielles de la roue dentée qui porte les initiales du commanditaire sont renforcées par la présence de plusieurs outils au bas du socle, sous le délicat drapé recouvrant les deux atlantes. « La gaine dont ils semblent s’extraire est ornée d’emblèmes liés au labeur et qui sont fort joliment sculptés : le marteau, la scie et la lime », explique le site spécialisé sur l’architecture parisienne, jugeant ces détails peu surprenants dans un lieu qui fut longtemps « consacré au travail et à la force humaine ».

Chefs d’œuvres de détails urbains, les sculptures des atlantes elles-mêmes justifient un détour par cet ancien passage industriel. Soutenant la voûte des ateliers tel le Titan Atlas porte la sphère céleste, les statues jumelles rappellent par leurs mouvements et leurs musculatures deux célèbres créations de Michel-Ange visibles au musée du Louvre, L’Esclave rebelle et L’Esclave mourant, réalisées entre 1513 et 1516, de même que son Atlas esclave, conservé à la Galleria dell’Accademia de Florence. Elles se distinguent par ailleurs des atlantes visibles dans le reste de la capitale par leur étonnant positionnement : au lieu de faire face au passant ou à la rue, leurs visages demeurent mystérieusement invisibles, comme encastrés dans la roche qu’ils soutiennent.

A noter que donnant sur la rue et cachant les bâtiments industriels, un bel immeuble se dresse avec les 2 premiers étages éclairés par de grande baies vitrées, un 3éme étage beaucoup moins haut de plafond avec un long balcon et au 4ème, les chambres de bonnes.
Il fallut attendre la fin du XIXe siècle, lorsque le travail devient une valeur fondatrice de la société, pour que le monde ouvrier commence à être représenté dans l’espace parisien. Le vocabulaire mythologique et antique traditionnel de la statuaire publique se prêtait en effet peu à la représentation du quotidien souvent difficile du prolétariat. Dans le square Jules Ferry qui couvre à cet endroit le canal Saint Martin, cette statue de la Grisette illustre une activité symbolique de Paris. 


 La Grisette de 1830, figure anonyme du vieux Paris populaire, sourit aux passants au croisement du boulevard Jules Ferry et de la rue du Faubourg du Temple, là où le canal Saint Martin, souterrain depuis 1906 entre la Bastille et cet embranchement, réapparaît à la surface. Au bout du square Jules Ferry qui ferme la promenade plantée le long du boulevard, cette statue est l’œuvre de Jean-Bernard Descomps (1872-1948), élève d’Alexandre Falguière (1831-1900), qui s’est illustré dans les styles Art nouveau et Art déco. L’installation de la Grisette en son square n’a pas été sans souci. En 1910, le terre-plein est réaménagé à la suite des travaux de recouvrement. Dans le square Jules Ferry tout neuf, un kiosque à musique est ajouté. La statue de la grisette, dont le modèle a été présenté par Jean-Bernard Descomps en 1909 au Salon, est réalisée en 1911 afin d’en orner l’extrémité. Placée exactement sur le tracé du désormais souterrain canal Saint Martin, son poids est tel qu’il risque d’entamer la solidité de la voûte. Il est alors nécessaire de renforcer les assises de la construction récente. On les appelle grisettes, à cause du fichu gris qu'elle porte sur les épaules pour se protéger de la poussière.
Le Palais des Glaces, né Boléro Star en 1876, est le palais de l’humour et l’une des plus anciennes salles de spectacle de Paris et du 10e. Au XIXe siècle, à quelques encablures du boulevard du Temple et de ses nombreux théâtres, le faubourg du Temple s’industrialise avec l’arrivée du canal Saint-Martin. Des logements ouvriers se construisent, des lieux de spectacle se créent. Aujourd’hui, trois salles peuvent encore en témoigner : l’Apollo Théâtre au n° 18, qui a pour ancêtre l’Amphithéâtre anglais (premier cirque permanent, fondé en 1782 par un ancien sous-officier britannique) ; le Tambour royal au n° 94, ancien Concert du Commerce (créé en 1850 et où débuta Maurice Chevalier en 1902) ; et enfin le Palais des Glaces, à l’origine appelé Boléro Star et sorti de terre en 1876 au n° 37. La salle végète – avec dix directions successives en cinq ans – jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle attraction : le Cinématographe ! Ce procédé que Louis Lumière jugeait alors lui-même sans avenir (« Cela peut durer six mois, un an, peut-être plus, peut-être moins » avait-il estimé) va tout changer…

"le bâtiment renaît en tant que Grand Cinéma du Palais des Glaces, reconnaissable à sa façade couverte de miroirs."

En 1988, le producteur Jimmy Lévy rachète alors les lieux et les transforme en temple de l’humour. Il commence en janvier 1988 avec La Madeleine Proust… Un autre style ! Suit, en septembre, une comédie créée au Zaïre avec le Centre culturel français de Kinshasa, intitulée L’Éléphant est tombé. Le seul souvenir que laisse aujourd’hui ce spectacle est la façade décorée pour l’occasion d’un haut relief représentant un éléphant. Réalisé à la demande de Lévy par une étudiante des Arts déco, cet éléphant fut surtout « chipé » dans le livre de l’illustrateur et peintre Benoît Déchelle (Ça coince, éditions Le Mascaret, 1986). Malgré une petite déconvenue juridique, l’éléphant est toujours là, étroitement lié à l’image du Palais des Glaces. La façade et le pachyderme sont même restaurés en 2014.  


Au coin de la rue, un bâtiment de logements sociaux à la belle architecture écologique et végétalisé.

Ancien siège de la Lithographie Parisienne, entreprise gérée en coopérative ouvrière depuis la fin du XIXème siècle jusqu'en 1992, l'immeuble du 27 bis rue Jacques Louvel-Tessier date de 1923. Cette imprimerie à la longévité remarquable, dont l'activité n'a cessé officiellement qu'en 1992, était spécialiste de la lithographie technique d'impression à plat d'un dessin sculpté sur une pierre, un calcaire à grain fin. La belle façade, structure métallique et briques, conservée intacte avec ses plaques, témoigne du passé industriel de l'arrondissement. Acquis en 1996 par un collectif de réalisateurs et d'architectes, l'édifice a été reconverti en bureaux et logements. Une galerie d'art établie dans l'un loft propose ponctuellement des expositions éphémères. La création de la Lithographie Parisienne s'inscrit dans le cadre de l'utopie marxiste du XIXème siècle, l'idée de la réussite professionnelle et sociale des ouvriers. La Première Internationale, est fondée le 28 septembre 1864, à Londres, à l'initiative de travailleurs et militants d'origines diverses, qui diffusent les idées socialistes à travers l'Europe. Le succès rapide entraîne dès l'année suivante la constitution de sections nationales notamment en Suisse, en Belgique, en France, en Allemagne. Le mouvement ouvrier en quête de justice sociale prend de l'ampleur avec l'essor de l'industrialisation et la mécanisation du travail. 
En 1865, une centaine d'ouvriers imprimeurs parisiens mène une grève durant sept semaines. Le conflit a pour origine des revendications relatives à la Société de résistance et de solidarité. Ces prémices de syndicat qui prévoit un secours mutuel, une caisse de solidarité, un soutien financier des ouvriers lors des grèves et des périodes de chômage technique, sont remis en question par le patronat. 

En mars 1866, trente-deux lithographes, anciens grévistes, choisissent de quitter leurs patrons pour créer une association ouvrière, première forme d'émancipation du système capitaliste. Ils réunissent les fonds nécessaires pour acheter un brevet d'imprimerie au nom d'André Guillemin, (né en 1824) qui était contremaître aux imprimeries Bergery lors de la grève de 1865-66. Ensemble, ils font l'acquisition de l'ancienne imprimerie Chevillard, située au 149 quai de Valmy qui comporte alors deux presses à bras. En 1869, l'entreprise coopérative "Guillemin Schmit & Cie", comptabilise quarante-cinq presses, quarante-cinq sociétaires. La production se diversifie entre les illustrations de faible qualité, affiches de spectacles, cartes publicitaires et les impressions haut de gamme. En collaboration avec l'entreprise Firmin Didot, qui imprime les textes et les nombreuses gravures sur bois, l'Association ouvrière Lithographie Schmit et Cie Paris réalise les chromolithographies dessinées par Kellerhoven pour des éditions de prestige. Parmi les plus belles, se trouvent deux recueils de Paul Lacroix, "Les arts au Moyen-Âge et à l'époque de la Renaissance" (1869), "Moeurs, usages et costume au Moyen-Âge et à l'époque de la Renaissance" (1871), ainsi que "Les chefs-d’œuvre de la peinture italienne" (1870) de Paul Mantz. 

Nous nous arrêtons devant cet immeuble remarquable de vitres et d'acier : Sous-station Temple, ancien bâtiment de la Compagnie parisienne de distribution électrique, oeuvre de l'architecte Paul Friesé, reconverti en logements d'urgence - Xème. La sous-station Temple, au 36 rue Jacques Louvel Tessier dans le Xème arrondissement, se distingue par l'ampleur de ses baies vitrées dont la charpente métallique a été repeinte de turquoise. Elle est édifiée en 1908 par Paul Friesé (1851-1917), architecte reconnu pour ses bâtiments industriels et commerciaux. Salarié, depuis 1898, de la CMP, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, l'homme se consacre, à partir de 1903, aux projets du groupe Empain-Schneider dans le cadre de ses deux filiales la CMP et la Compagnie parisienne de distribution d’électricité (CPDE). 
À travers Paris, Paul Friesé réplique le même modèle de sous-stations électriques, nécessaires à l'alimentation du métro, dont la première ligne est inaugurée le 19 juillet 1900, et de certains immeubles résidentiels. L'architecte réalise onze bâtiments, parmi lesquels les sous-stations Bastille La Cerisaie, Opéra, Sèvres, Auteuil, Voltaire, toutes caractérisées par une typologie de façade similaire, structure métallique, maçonnerie de briques et pierre, vastes surfaces vitrées, trois hautes baies. 
Au rez-de-chaussée de ce modèle de sous-stations, est établie la salle des machines. Quatre commutatrices y convertissent le courant alternatif à haute tension - courant triphasé à 5000 volts produit par la centrale thermique de Saint-Denis - en courant continu basse tension. A l'étage, se trouvent les accumulateurs. Les larges baies vitrées ont pour fonction de favoriser l'aération du matériel. La sous-station Temple demeure en activité jusqu'à la moitié du XXème siècle. Désaffectée, et réaffectée, elle accueille un temps les services EDF. En 2008, la Municipalité s'en porte acquéreur et mène une réhabilitation sous la houlette de la RIVP, la régie immobilière de la Ville de Paris. L'édifice se transforme en centre d'hébergement, composé de trente-cinq logements d'urgence, géré par l'association Emmaüs Solidarité.
Curiosité, un cadran solaire en plein Paris rue de St Maur. Un moyen pour notre guide de nous parler du système des horloges publiques à Paris. 
Au cours des années 1870, la ville de Paris s’est inquiétée d’un problème d’unification de l’heure : les nombreuses horloges publiques n’affichaient pas la même heure. En 1878, un ingénieur d’origine autrichienne, Victor Popp (1846-1912) proposa un système d’horlogerie pneumatique, autorisé de manière expérimentale par la ville. Popp créa une usine centrale de compression d’air en bas de la rue Sainte-Anne, dans le premier arrondissement, utilisant les égouts pour faire passer des canalisations depuis une horloge directrice vers des horloges réceptrices installées sur la chaussée publique ; un service privé proposait des pendules d’appartement pour un abonnement de cinq centimes par jour.
Inauguré en mars 1880, ce réseau d’horlogerie pneumatique fut un succès, à l’origine d’un réseau de distribution d’énergie par l’air comprimé unique au monde et qui, à sa plus grande extension, comptait mille kilomètres de canalisations et dix mille clients. Ce réseau ne fut abandonné qu’en 1995, mais la conférence s’attachera surtout à ses origines dans l’horlogerie.
 
Puis cet immeuble remarquable: Situé sur les hauteurs de Belleville, cet immeuble bâti en 1929 joue de sa verticalité pour offrir aux habitants des vues spectaculaire sur la ville. L’architecte Lucien Lambion imagine trois façades sur rue entièrement percées d’ouvertures aux typologies multiples, autant d’yeux qui semblent regarder Paris : multitude de bow-windows plissés à pans coupés ou arrondis, oculi. En pleine période Art déco, où l’architecture navale inspire les architectes, ce navire avec sa façade d’angle traitée en proue affirme joyeusement sa modernité. La sophistication de l’édifice reste assez inattendue dans ce quartier populaire.
Nous franchissons un porche pour entrer dans la Cour de Bretagne: Datant du XIXe siècle, la cour de Bretagne a connu plusieurs noms successifs : cour des Etats-Réunis, cour de Bretagne, cour des bretons puis à nouveau cour de Bretagne. Située dans le faubourg du Temple, cette cour est liée à l’industrialisation du quartier après le percement du canal Saint Martin. Ce sont en majorité les artisans travaillant les métaux qui investissent cette  cour.
Le gardien nous reçoit très gentiment qui semble bien connaître Yves. Autour de la cour, la typologie des bâtiments est caractéristique : activité artisanale au rez-de-chaussée et 1er étage, logements des artisans dans les étages supérieurs. Au fond de la cour, des résidents cultivent leurs tomates, c'est charmant et un oasis de tranquillité au centre d'un quartier populaire et animé.
Au 105 de la rue du Faubourg du Temple, on découvre le Palais du Commerce. Construite par l'architecte Ferdinand Bauguil pour le compte de Théo Cremnitz, cette galerie marchande de style Art déco abritait à l'origine une cinquantaine de commerces et ateliers, pour beaucoup inoccupés aujourd'hui. C'est l’ancêtre des galeries marchandes.
La galerie qui a conservé intacts ses vitraux, balustrades en fer forgé et pavés de verre.

Le bâtiment est constitué de deux niveaux de galeries ouvertes sur des coursives. Le bâtiment a été construit en béton armé. Les sols pavés de verre et une verrière en fond de galerie permettent d'éclairer l'ensemble. Des vitraux élégants scandent la cage d'escalier. Les étages desservis par des coursives sont surmontés d'une verrière traversante. La lumière zénithale se diffuse dans toute la galerie. 
Son sous-sol accueille par ailleurs la discothèque « La Java ». Cette salle a notamment vu passer des artistes tels que Jean Gabin, Maurice Chevalier et Édith Piaf à leurs débuts. Django Reinhardt aussi fréquente La Java , on dit même que c’est là qu’il rencontra le jazz et l’accordéon et que le manouche musette fit son apparition . Mais, comme bon nombre de lieux , ce dancing réputé des faubourgs, haut lieu des canailles et des bourgeois de la capitale , qui viennent y trouver ensemble l’amour et la joie , ce temple d’un Musette trop léger pour la saison, doit fermer le 19 mai 1940 et Mme Gondal (Léontine-Charlotte) , l’antique gérante , cède son fond de commerce en 1943 . La salle ré-ouvre alors et son histoire jusqu’en 1968 est plutôt méconnue , toujours salle de danse , de jeux, de rencontres… On dit même que Jacques Mesrine fréquentait assidûment La Java .Sa programmation semble toujours et encore axée sur une musique populaire, bon enfant, dédiée en particulier aux fanatiques de la valse en mineur et de la java . 
"L'ancienne usine Spring Court, au 5 impasse Piver dans le XIème arrondissement, ne produit plus la célèbre petite tennis blanche, créée en 1936 par Georges Grimmeisen. Elle demeure néanmoins le siège social de la société Th. Grimmeisen. Reprise en main par la famille des fondateurs depuis 2015, la marque trouve une nouvelle jeunesse sous la houlette des héritières, Théodora, Laura et Florence Grimmeisen, également nues-propriétaires de l'ensemble immobilier. Au fond de l'impasse, une porte monumentale ouvre sur un espace sous verrière où se trouve encore les éléments de l'ancienne plateforme de pesage des marchandises.
Les bâtiments de bois et métal sur les côtés, élevés à la fin du XIXème siècle, mènent à une grande cour. En fond de parcelle, les édifices de brique blanche, reconstruits à la suite d'un incendie dévastateur, datent des années 1930. Au fronton de l'entrée principale, un linteau annonce "Société Th. Grimmeisen". "

Nous sommes accueillis chaleureusement par Florence Grimeisen qui nous explique les portes coupe-feux d'un type très particulier. Elle est coulissante et en légére pente. Une poulie permet de coulisser à l'aide d'une corde qui va se consumer en cas d'incendie permettant ainsi à la porte de faire office de coupe-feux. "En 1870, Théodore Grimmeisen, tonnelier alsacien, quitte sa région natale annexée par la Prusse et s'exile à Paris. Il fait l'acquisition de terrains à Belleville afin d'y construire une fabrique de tonneaux. La famille Grimmeisen exploite le potentiel du caoutchouc, un nouveau matériau en provenance des colonies françaises, notamment pour l'étanchéité des tonneaux. L'entreprise diversifie rapidement sa production autour de cette matière innovante : bouchons en caoutchouc, lanternes pour l'éclairage public, pièces détachées pour les automobiles capots, radiateurs et réservoirs. Dès 1912, l'usine conçoit ses premières chaussures et rencontre le succès grâce à cette nouvelle orientation. La famille fonde officiellement la société Th. Grimmeisen en 1917.  
Georges Grimmensein, petit-fils de Théodore, invente la botte Colibri en 1930. Cette botte en caoutchouc moulée d'un seul tenant grâce au démoulage à air comprimé concurrence les productions de la marque Aigle. 
Amateur de tennis, Georges créé, en 1936, la G2 Spring Court, chaussure de sport en toile de coton tissée serrée mais respirante, sur une semelle de caoutchouc vulcanisé. Révolution technique, idéale sur terre battue, elle est adoptée par les joueurs de tennis star de Roland Garros, Ilie Nastase, Françoise Dürr, Rod Laver. Georges disparaît en 1956. Son frère Théodore Louis demeure seul à la tête de l'entreprise familiale jusque dans les années 1980.

Dans les années 1960, les stars de la musique s'emparent de la petite basket blanche. John Lennon porte une paire de Spring Court sur la pochette de l'album "Abbey road" et lors de son mariage avec Yoko Ono. Elton John l'adopte. Serge Gainsbourg, en 1984, devient égérie de la marque à l'occasion d'une campagne de publicité. Mais Spring Court connait un déclin progressif dès la fin des années 1970. La marque qui revendique une identité française, un patrimoine, une authenticité ne séduit plus. La G2 est supplantée au pied des branchés par la Stan Smith d'Adidas et la Chuck Taylor de Converse. En 1984, l'usine bellevilloise cesse sa production qui est délocalisée en Thaïlande. Spring Court passe sous licence. La marque est exploitée par des franchisés tout au long des années 1990, puis passe aux mains de Jean-Baptiste Ratureau, propriétaire de la marque Free Lance jusqu'en 2011 et enfin le groupe Royer.
L'ancienne usine Spring Court de l'impasse Piver s'engage dans une nouvelle voie et trouve une vocation alternative. Au cours de la réhabilitation des édifices, certains étages sont supprimés afin d'augmenter les volumes, les espaces sont décloisonnés. La famille Grimmeisen, toujours propriétaire, impulse une nouvelle vie à ces bâtiments industriels. Ce pôle créatif alternatif réunit des agences photographiques, des médias, des studios de design ou architecture, des labels de musique. L'agence Magnum y réside durant neuf ans. S'y trouvent aussi un temps les bureaux parisiens de la marque suédoise d'appareils photographiques Hasselblad utilisés entre 1969 et 1972 par les astronautes de la Nasa, une société de production audiovisuelle, de production cinématographique, une maison d'édition de bande-dessinée, une agence d'architecte, un label de musique, l’Espace Nikon et la Nikon School. Aujourd'hui, la tradition photographie perdure avec les Studios de l'usine, espace à louer pour des shootings. 
En 2015, la famille Grimmeisen reprend les rênes de la marque Spring Court. Théodore le fils de Georges, et ses trois filles, Théodora, Laura et Florence envisagent une relève plus engagée, la modernisation de la philosophie, une production plus écologique mais aussi plus responsable sur le plan social. "Caroline Hauer. 
Le Mur d’Oberkampf, situé à l’angle de la rue Saint-Maur et de la rue Oberkampf, a été initialement conçu pour promouvoir l’art urbain et offrir une visibilité aux street artistes. Chaque œuvre qui y est exposée est temporaire, remplaçant la précédente, ce qui crée une dynamique constante et une anticipation parmi les amateurs de Street Art.  Tous les 15 jours environ, un nouvel artiste est invité à recouvrir le mur, offrant ainsi une fresque nouvelle et unique à la ville.

 
Les fontaines Wallace portent le nom de leur donateur, Sir Richard Wallace (1818-1890). Inspirées des « drinking fountains » de Londres, elles sont à l'origine équipées de gobelets en étain retenus par une chaînette, supprimés pour des raisons d’hygiène en 1952. La première fontaine Wallace est implantée en 1872 sur le boulevard de la Villette. Le grand modèle à cariatides est le plus répandu, mais il existe également un modèle en applique et un modèle à colonnettes. Conçues comme de véritables œuvres d’art, les fontaines Wallace sont ornées de quatre cariatides, chacune d'entre elles représentant une allégorie : la Simplicité, la Bonté, la Sobriété et la Charité. On peut en admirer aujourd'hui 107 dans les rues de la capitale. Les fontaines fonctionnent comme au premier jour et fournissent de l’eau potable aux touristes et Parisiens. 
Nous sommes devant le siège de l'ancienne entreprise Couesnon, 94 rue Jean Pierre Timbaud. Dans le milieu des instruments à vent, Couesnon est une marque mythique. Créée en 1827, l'entreprise emploie plus de 1 000 personnes au début du 20e siècle dans six usines spécialisées différentes, dont 600 personnes à Château-Thierry pour la fabrication de cuivres et de percussions. S'y ajoutent une lutherie industrielle à Mirecourt, une fabrique d'instruments à anche à Garennes et une de saxophones à Mantes. C'est de ses ateliers de Château-Thierry qu'est sorti le clairon sonné par Pierre Sellier pour ouvrir les négociations de l'armistice de 1918. Dans l'entre-deux-guerres, âge d'or de l'entreprise, celle-ci exporte ses instruments à des jazzmen américains. Entre 1880 et 1950, Couesnon était l'un des plus grands facteurs d'instruments à vent du monde. En 1936, la CGT fait son beurre et veut se payer un siège digne de sa prospérité. Le syndicalisme ne fait plus recette en France, et le syndicat doit se rabattre vers des locaux plus modestes en 2001; La Maison des Métallos, au 94 rue Jean-Pierre Timbaud, témoigne des riches heures ouvrières du Bas Belleville. Cet ancien hôtel industriel typique de la fin du XIXème siècle, propriété de la Ville de Paris depuis 2001, est devenu aujourd'hui un centre culturel dédié au spectacle vivant. À l'origine manufacture d'instruments de musique dont le portail d'entrée orné d'une lyre conserve la trace, haut lieu du syndicalisme à partir de 1936, l'ensemble des pavillons entretiennent la mémoire d'une ville aujourd'hui disparue sous les bulldozers des promoteurs et autres spéculateurs immobiliers. 
Le répit du travailleur (1907)
Sculpteur : Jules Pendariès (1862-1933). Des esprits chagrins l'ont appelé le Dépit du travailleur, d'autre le repos du travailleur. Donc, juste en face de la maison des métallurgistes se trouve la statue intitulée, comme dit la plaque, « Le Répit du travailleur », par  Jules Pendariès (Carmaux, 1862 – 1933), présenté sous le titre « Le répit », , acheté par l’État, exposé au Petit Palais puis installé à cet emplacement en 1925 ou en 1926 . 
Nous passons devant le joli passage de la Fonderie avant d'arriver à la dernière étape de la visite. Sur un mur, une baleine. C'est l'impasse de la Baleine. Cette voie privée, qui s’appelait originellement "cité Lugand", prend son nom actuel en 1948 car son propriétaire fabriquaient  les baleines de corsets.
Non loin de la Maison des Métallos , rue Pierre Timbaud , on peut découvrir au 4 la rue de la Pierre Levée  ( lors de son percement en 1782 on  y découvrit un menhir )  une jolie façade ornée de trois grands panneaux de faïence . Ils ont été dessinés par Émile Lévy , ils représentent : l'architecture , la sculpture et la peinture . La quatrième est dédié à la céramique . Ils proviennent de l'exposition Universelle de 1878 qui de tenait au Champs de Mars .  Dans ce bel immeuble situé 4, de la rue de la  Pierre Levée se trouvait autrefois la Manufacture de Faiences Loebnitz.
En 1857 , Jules-Paul Loebnitz reprends la manufacture de faïence fondée en 1833 par Jean-Baptiste Pichenot . Elle sera rendue célèbre par la mise au point en 1840 d'un procédé de fabrication de faïence ingerçable  permettant de reproduire des carreaux et des plaques de faïence de grandes dimensions sans risques de les voir se déformer sous l'action du gel . La Faïencerie Loebnitz produit essentiellement des articles de chauffage tes que des poêles et des plaques pour cheminées . Dans les années 1860 , Jules-Paul Loebnitz décide de diversifier la production et de donner à la fabrique de nouvelles orientations . Il se lance alors dans la céramique architecturale et très vite il collabore avec des architectes prestigieux . Il travaille avec l'architecte Félix Duban au Château de Blois où il réalise sur des dessins de Viollet le Duc des carreaux pour les sols , les cheminées et les salles de bain du château . L'exposition Universelle de 1878 est pour la maison Loebnitz l'occasion d'exprimer tout son talent . Il remporte une médaille d'or pour une spectaculaire façade de 12 mètres de haut entièrement en terre cuite et faïence " La Porte des Beaux-arts ( dont les trois panneaux sont encore visible de nos jours sur la façade de l'ancienne manufacture ). Les commandes vont alors se multiplier assisté Jules-Alphonse depuis 1880 il livre des décors des gares du Champs de Mars à Paris , de celle du Havre , du théâtre de Monte-Carlo et les carreaux de la coupole du monument de Jeanne d'Arc à Rouen . On décide de construire de nouveux ateliers en 1880 . On confie cette réalisation à Paul Sédille l'architecte du Printemps . La manufacture ferme ses portes en 1935 .


Nous avons beaucoup aimé cette visite. Yves le guide est très documenté, il est moins flamboyant et original que Philippe Brinas Caudie mais nous avons passé un moment très riche de l'histoire de Paris industriel. 

 

 




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