"Avec ses vieux cailloux chauffés à blanc comme les calculs d’un cyclope…" Antoine Blondin "Un homme à l'amer..."
Nous quittons Moustiers vers 10h direction le Ventoux par Valensole, Manosque et montée du Mont Chauve à partir de Sault. Les lavandes sont récoltées et le paysage perd une partie de son attrait. On traverse un très beau village, Simiane. Du château-fort des Agoult, il reste son donjon (XIIème siècle) : la
rotonde, la cour castrale réaménagée en jardin de plantes aromatiques et
l'aile sud médiévale au rez-de-chaussée et Renaissance à l’étage. Simiane me rappelle le marquis de Sade qui vivait au chateau de Lacoste dans la région mais qui était l'époux de Diane Simiane. Au IXe siècle, le fief de Lacoste est la propriété des Varac-Farald
passant, dès le XIIIe siècle, à la puissante seigneurie d'Agoult qui
devint ensuite la seigneurie de Simiane.
Resté aux Simiane
jusqu'au XVIIIe siècle, le château est légué en 1716 par Isabelle
Simiane à son cousin Gaspard François de Sade, seigneur de Saumane et de
Mazan, également grand-père du divin marquis, Louis-Alphonse Donatien. En 1766, Sade entreprend la restauration et l'embellissement de l'édifice mais ne fait que de brèves visites à Lacoste. On contourne Sault et on passe devant une imposante caserne de la Légion. Les légionnaires ont organisé une montée et descente du Ventoux pour les troupes qui descendent en ordre dispersé, pour retourner à la caserne. Sault est un petit village entouré de champs de lavande et d'un paysage
sans fin. C'est là que commence la plus douce des trois routes de
montée, qui présente moins de dénivelé et des pentes douces sur la
majeure partie des 26 km. Malgré tout, c'est sur cette route que s'est joué la tragédie Simpson. Monter depuis Sault c’est commencer à une altitude plus élevée (760 m) et donc disposer d’un dénivelé moins important à effectuer. En empruntant cet itinéraire, on rejoint le Chalet Reynard
et on termine l’ascension sur la même route que celle empruntée
depuis Bédoin. On profite pleinement du paysage lunaire et
minéral du sommet en s' épargnant la longue et difficile portion de forêt à 9 % de moyenne.
Le plateau de Sault regorge de champs de lavande et le mieux est de venir autour du mois de juin pour savourer pleinement les subtiles odeurs et les magnifiques couleurs des lavandes en fleurs. On pénètre ensuite dans la foret. La montée commence par des pourcentages faibles à modérés compris entre 4 et 6 %. A partir du 12 ème kilomètre la pente faiblira encore pour ressembler d’avantage à un faux plat qu’à une véritable ascension. Cette caractéristique rend la montée par Sault longue mais peu difficile jusqu’au km 19. Enfin, peu difficile ce sont les géants de la route qui le disent car la foule des grimpeurs plus ou moins aguerris montrent des profils très différents. Il y les grimpeurs ailés, secs comme les sarments de syrah qui bordent la montée, il y a les électriques qui font les fiers et les sans-grades, les ventripotents, ceux qui en bavent, ceux qui en chient, de toutes façons, ceux qui ne sont pas aidés par la fée électricité, la pédale ou la pédale laborieuse mérite nos applaudissements et notre admiration. On pense à Laurence qui a montée par la voie la plus exigeante, depuis Baudoin. Chapeau bas.
Passé le chalet Reynard, on prend le vent de face, les courageux se dressent sur les pédales, les autres éructent et s'époumonent. C'est un désert de pierre, on marche sur la lune quand on s’arrête devant le stèle à Simpson. "Depuis la fameuse lettre rédigée au XIVème siècle par Pétrarque relatant son ascension au sommet de la montagne jusqu’aux magnifiques évocations de René Char ou de Sylvain Tesson, le Mont Ventoux a été et reste un authentique site d’inspiration littéraire. Nombreux sont les écrivains-voyageurs ayant porté leur regard vers sa belle silhouette, notamment Madame de Sévigné, Alexandre Dumas, Stendhal, Paul Claudel, Jean Giono, ainsi que les grands poètes, René Char, Philippe Jaccottet ou Albert Jourdan ; de nombreux conteurs et romanciers, tels Albert Camus, Alphonse Daudet, René Barjavel et Jean Proal y ont campé des héros aux aventures parfois cocasses, souvent tragiques."
Le 26 avril 1336 , François Pétrarque quitte Malaucène aux
premières heures du jour, accompagné de son frère Gérard et de deux
serviteurs, pour entreprendre l’ascension du Ventoux, cette montagne qui avait séduit son regard d’enfant à Carpentras quand son père était au service du pape Clément V en Avignon."après avoir beaucoup traîné, il te faudra choisir : accéder au bonheur éternel au prix d’énormes efforts sottement différés ou t’abandonner dans le bas fond de tes péchés et, - je frémis à le penser - si les noires ténèbres de la mort te surprennent en ces lieux, tu vivras l’éternité dans des tourments sans fin ».
Stimulé par ces pensées, il rejoint ses amis, et ils atteignent ensemble
le sommet : "Tout d’abord, vivement surpris par la légèreté de l’air
et par le spectacle grandiose du paysage, je fus comme étourdi. Je me
retourne : des nuages flottent à mes pieds".
Il tourne son regard
vers l’Italie, où le porte son cœur, et se rappelle ses dix années de
vie imparfaite depuis son départ de Bologne et sa lutte pour devenir
plus vertueux "Je me réjouissais de mes progrès, je déplorais mes
imperfections… "
Le sommet est nimbé de nuages, il évoque un volcan. Devant la stèle du "major Tom", je me rappelle cet hallucinante retransmission télévisée en 1967. L'espagnol Jimenez fait une échappée, tandis qu'un cycliste zigzague à l'arrière du peloton. Blondin parlait très bien de Simpson. Lorsque Tom Simpson a pris le maillot jaune en 1962, la chronique de Blondin de ce jour-là écrase « Roule, Britannia » et poivre la pièce avec « Simpson Orient Express », c’est un « maillot John » qui boit du thé tandis que l’équipe de son rival Jacques Anquetil est sous le « Union Jacques "Blondin qui se définissait non comme un écrivain qui buvait mais comme un buveur qui écrivait de temps à autre, détestait l’idéologie et lui préférait ceux qui souffraient sur les routes de France, à l’instar de Tom Simpson, effondré, mort, au Mont Ventoux : "il est vraisemblablement mort pour avoir voulu trop bien faire, ce qui me semble l’une des issues les plus naturelles d’un champion, étant entendu qu’il n’y a pas de belle mort aux yeux des survivants, même celle du coureur de Marathon."

Tom Simpson, 7e du classement général au départ de l'étape, demande à un de ses coéquipiers de lui remonter une bouteille. Pensant qu'il s'agissait d'une bouteille d'eau, Tom Simpson boira... du cognac. Sous la chaleur accablante, Tom Simpson accompagne les leaders de la course. Mais à trois kilomètres de l'arrivée, le coureur britannique est lâché. Il n'avance plus. Quelques mètres plus tard, il trébuche et tombe une première fois. Remis sur le vélo grâce à des spectateurs, il ne pédale plus. Et s'écroule une deuxième fois, victime d'un malaise. Une équipe de télévision qui filme l'étape, filmera aussi sans le savoir, les derniers instants de Tom Simpson. L'autopsie réalisée à l'époque conclut que la mort a été provoquée par le mélange d'alcool et de médicaments. Une boîte d'amphétamines a été retrouvée dans le maillot du coureur britannique. La mort de Tom Simpson sonne une prise de conscience générale au sein du peloton. À partir de l'année suivante, les contrôles anti-dopage sont obligatoires.
" La stèle Tom Simpson se situe exactement à 1,5 km du sommet, là-même où le forçat de la route, victime de la pente et des amphétamines, a senti qu'il basculait vers l'ailleurs. Comme l'endroit doit ressembler au vestibule de l'enfer, les curieux s'arrêtent. Les cyclistes mettent pied à terre. Et chacun dépose ce qu'il a sous la main. Au Père Lachaise, la tombe de Jim Morisson est un peu comme ça. Mais Simpson n'était pas chanteur et les objets déposés disent que dans l'éternité, on a toujours besoin d'une roue de secours ou d'un bidon.
On trouve ainsi au pied de la stèle posée sur un socle de béton maigre, une roue de vélo qui serait passée dans les forges de Vulcain. Elle est toute tordue et la gomme à fondu. Et mille choses extraordinaires. L'été la tendance est à la casquette. Six en ce moment et aujourd'hui le nombre risque de monter considérablement. Les gens posent une pierre dessus pour qu'elles ne s'envolent pas." Libération
Il gèle, le brouillard tarde à dégager le sommet. Le nombre de gens qui font l'ascension impressionne. Face à la stèle, il y a ceux qui montent au ralenti et ceux qui descendent à fond. Le nom "Ventoux" tire probablement son origine du mot latin "ventosus" , venteux». Ce choix n’est pas anodin : le sommet est
l’un des endroits les plus ventés de France, avec des rafales qui
peuvent dépasser les 150 km/h. Il est couvert d' éboulis calcaires. Ces pierres claires lui donnent un aspect lunaire et désertique.Ce sommet « chauve » est le résultat de plusieurs facteurs : le vent, les températures extrêmes, l’aridité et un sol très pauvre en nutriments. Au fil des siècles, la végétation a reculé, laissant place à ce paysage minéral unique dans la région. Ce contraste avec la végétation provençale en contrebas accentue encore la singularité du mont Ventoux.
La descente se fait par Malaucène. L'ascension depuis Malaucène est longue de 21,2 kilomètres et présente une pente à 7,23% de moyenne.
A la sortie de Malaucène, on entre rapidement dans la forêt où de
longues courbes s'enchaînent. La pente est assez fluctuante jusqu'à la
station de ski du Mont Serein : il y a plusieurs portions de route à
plus de 13%, entrecoupées par des replats entre 3 et 5%. La pente est
irrégulière et il n'est pas facile de prendre un rythme de croisière.
Après avoir passé la station du Mont Serein, l'ascension se poursuit de
manière plus régulière jusqu'au sommet, que l'on aperçoit au dessus de
nous et que l'on atteint après quelques longues lignes droites séparées
par des lacets.
Nous déjeunons frugalement à Malaucène et nous passerons la nuit à l’hôtel le Pradet à Vacqueyras. Repas très correct sur la place de Baumes de Venise à la Table de Balmes.
C'était bien le Ventoux, je n'y étais jamais monté mais il me fascine : je le vois depuis toujours quand je descend la cote de Saint Cirgues à Montpezat. Quand il fait froid et que le ciel est bleu, il se détache couvert de neige ou simplement de calcaire et en été, on distingue à peine sa silhouette massive dans les brumes de chaleur.






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