dimanche 9 juin 2024

JAPON, KYOTO, ARASHIYAMA, LE TEMPLE OTAGI NENBUTSU-JI, HORS DES SENTIERS BATTUS AVEC YOICHI MACHINO


  « La mousse caresse la pierre amante »). Muriel Barbery, Une Rose Seule

Les 2 taxis nous déposent sur les collines qui dominent Arashiyama, nous sommes devant un temple que nous n'aurions jamais connu l'existence si Yoichi nous nous avait pas guidé. Fondé en 766 par l’impératrice Shotoku pendant la période Nara, Otagi-Nenbutsu-ji se trouvait à l'origine plus près du centre-ville de Kyoto, dans le quartier est de Higashiyama. Endommagé lors d’une inondation causée par la rivière Kamogawa, le temple est ensuite reconstruit à l’initiative du prêtre Senkan Naigu de la secte Tendai au Xe siècle. En 1922, il est déplacé sur son lieu actuel afin de préserver des éléments naturels son pavillon central dédié à la divinité Senju-Kannon la déesse aux mille bras. Les fidèles adoraient la statue principale, appelé yaku-yoke senju kannon (les milles bodhisattva Kannon armés qui protègent contre le mauvais sort), sculpté par le Senkan Naigu lui-même.
La statue principale du temple  a été sculptée au milieu de la période du Kamakura (1192 – 1333), à l'époque où la salle principale fut reconstruite. Les yeux de cette statue ne sont pas symétriques, exprimant la dualité de la miséricorde de Bouddha est un spectacle unique: la rigueur d’un côté et la tendresse de l’autre.



 En 1981, lors des travaux de rénovation, Kocho Nishimura (1915-2013), moine responsable du site, lance un appel aux fidèles et à la population pour la réalisation de centaines de statues en pierre. Il souhaite remplir l’enceinte du temple de sculptures de Rakan, les plus grands disciples de Bouddha. 

Cet appel n’est pas fortuit. Si Nishimura est moine depuis 1952, il est également un grand maître-sculpteur et restaurateur d’œuvres d’art. Restaurateur des sculptures du temple Sanjusan Gendo à Kyoto, il était aussi professeur à l’Université des Beaux-Arts de Tokyo. À la tête du temple Otagi Nenbutsu depuis 1955, il entreprend la rénovation complète des lieux pour lui rendre sa gloire d’antan.

Sur une période allant de 1981 à 1991, les travaux de reconstruction se sont poursuivis à tous les niveaux du temple.  Le temple a une magnifique exposition de 1200 figures de pierre sculptées de Rakan, les disciples de Bouddha. Elles ont été sculptées par des fidèles qui ont apporté leur soutien financier et leurs prières pour aider à la restauration. Les deux premières rangées de Rakan rieurs se dévoilent peu après avoir traversé le premier bâtiment. La mousse et le lichen qui recouvrent les statues donnent l'impression de contempler des œuvres d'un autre âge. Cependant, on se rend vite compte en apercevant un moine guitariste ou un autre avec des lunettes de soleil aviator que ces dernières sont finalement bien ancrées dans notre époque. Certains rakan sont plongés dans une prière sérieuse, tandis que d'autres sourient, rient ou tiennent des objets qui font allusion aux passe-temps et aux passions des sculpteurs.



Nishimura se charge d’enseigner les rudiments de la sculpture aux volontaires ; et le résultat ne se fait pas attendre. Rapidement, 500 rakan sont installés. À terme, en 1991, les fidèles en réalisent 1 200, tous différents les uns des autres, disposés en rangées sur des murets et sur les pentes herbeuses du temple. Selon le souhait de Nishimura, chacun y transpose sa vision du Bouddha à travers son plus dévoué disciple, le rakan. Il est amusant de regarder avec attention la multitude d’expressions et d’attitudes de ces statues de pierre. Certains rient, s’enlacent, trinquent, vous saluent. On peut découvrir un tennisman, un saxophoniste,un boxeur....




 

 

 

 

 

 

Une statue en or attire l'attention : Akasagarbha Bodhisattva (Kokuzo Bosatsu) est un bodhisattva qui est associé au grand élément (mahabhuta) de l'espace (akasa). Akasagarbha est considéré comme l'un des huit grands bodhisattvas. Son nom peut être traduit par " trésor de l'espace sans limite"


Ennfuretant à l'intérieur du temple, je trouve un autel fleuri dédié à la mémoire des pilotes kamikase de la seconde guerre mondiale.








Ce temple a une atmosphère très particulière. Très peu de visiteurs, c'est à la fois mystique et rigolard. Au dos chaque statue est signée par son auteur. Merci Yoichi de nous avoir fait découvrir cette merveille d'art naïf. Nous redescendons vers Arashiyama en passant par le quartier de Sagano.

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