« Gaudí a fait quelque chose de très perturbateur, c'est qu'il a apporté à l'extérieur ce que les églises ont normalement à l'intérieur. Tous les retables, images et plus qui seraient normalement à l'intérieur d'une basilique ; Gaudí les a déplacés sur les façades et a créé une Bible sculptée dans la pierre."
Nous revenons régulièrement visiter la Sagrada Familia depuis 1991 et nous avons plaisir de voir à chaque fois que la construction évolue.
Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin du terme. Autour de la place Gaudi, la foule des touristes se presse et les marchands clandestins étalent leur drap qu'ils couvrent de souvenirs bons marché et remballent à la hâte quand la police montre le bout de son képi. Nous avons, avant de prendre le métro fait un superbe déjeuner de tapas, fromage, charcuterie espagnole avec un chorizo divin, mini seiches grillées et anneaux de calamar avec un verre de sauvignon.
L'histoire de la Sagrada Familia commence en 1866, époque à laquelle, Josep Maria Bocabella i Verdaguer crée l’Association Spirituelle des Dévôts de San José. Cette association fait émerger l’idée en 1874 de créer un temple expiatoire dédié à la Sainte Famille (Marie, Joseph et Jésus sculptés sur la façade de la Nativité) qui serait financé par les aumônes des fidèles. En 1881, entre les rues Marina, Provença, Sardenya et Mallorca un terrain de 12800 mètres est acheté au coeur de l’Eixample. La pause des premières pierres débute sous la direction de l’architecte Francisco de Paula de Villar en 1881. Suite à un différent avec les promoteurs du projet, il cède sa place à un jeune architecte de 31 ans, Antoni Gaudí. Les donations permettent au chantier d’avancer sans encombre. L’engouement pour la construction de cette basilique est telle qu’Antoni Gaudí reçoit autour de l’année 1893 une généreuse donation anonyme. Il décide alors de changer les plans initiaux pour partir sur un projet monumental qui depuis des décennies s’élève sous les yeux du monde entier. Antoni Gaudí consacre toute son énergie à la construction de la Sagrada Família, à tel point qu’il finit par s’installer dans l’atelier des maquettes où ils réalisent ses dessins, étudie ses sculptures…
Il meurt le 10 juin 1926, des suites d’un accident de tramway.
Il n’aura vu achevé que la première tour de 100 mètres de haut de la
façade de la Nativité dédiée à Saint Bernabé, le 30 novembre 1925. De 1926 à 1936, l’assistant de Gaudí, Domènec Sugrañes acheva les travaux des trois tours qui restaient à construire pour terminer l’ensemble de la façade de la Nativité.
Sur la façade de la Nativité, Gaudí a étalé toute sa fantaisie. Il y a inséré une profusion de formes de la nature, que ce soient des rochers arrondis qui rappellent la colline de Montserrat ou des figures humaines et des thèmes végétaux, le tout formant un inqualifiable ensemble. Le portail est doté de quatre tours et de trois portes. On admirera particulièrement sa décoration, très soignée et garnie de symboles chrétiens. Des sculptures couvrent toute la surface allant de la partie inférieure à la base des clochers. À travers celles-ci, la façade raconte la naissance de Jésus. On peut ainsi y admirer, entre autres, la représentation de la Trinité, la Vierge Marie sous l’invocation de l’Immaculée Conception, la Nativité, l’étoile de Bethléem, les rois mages, les bergers et l’arbre de vie. Les sculptures ont été réalisées par plusieurs artistes et s’intègrent parfaitement dans le schéma gothique de la façade.
L'intérieur de la Sagrada Familia compte 36 colonnes semblables à une forêt et 5 nefs. La nef principale s'élève au-dessus des autres, la reliant au transept. Le chœur se trouve derrière le transept, soutenu par les plus petites colonnes. Juste derrière le chœur se trouve l'autel, éclairé par la lumière des vitraux. L'abside, située au-dessus de la crypte, abrite l'autel et comporte sept chapelles ainsi que des escaliers de chaque côté. Le reste des murs de l'intérieur est décoré de grands vitraux, principale source de lumière de la basilique.La disposition de l'intérieur de la Sagrada Familia ressemble à une énorme croix latine qui mesure 90 m de long de l'entrée à l'abside. Les nefs sont limitées par le transept qui mesure 60 m de long et 45 m de large. "Chrétien fervent autant qu’architecte audacieux, ce dernier va mêler le style néo-gothique et le "modernisme catalan" (un mouvement de la fin du 19e siècle qui allie esthétique et techniques modernes) au service du projet de sa vie : exalter la foi chrétienne à travers les épisodes de la vie du Christ.
Problème : les plans en deux dimensions ne peuvent pas rendre les formes complexes qu’il dessine. Gaudí fait donc appel à une sorte de 3D artisanale : il reproduit le contour de l’église sur un panneau de bois qu’il suspend parallèlement au plafond de son atelier et fixe des cordelettes, chacune à deux endroits, auxquelles il accroche des petits sacs lestés pour simuler la contrainte de poids. Chaque cordelette prend alors naturellement la forme d’un arc et l’ensemble crée le volume d’une basilique… à l’envers. Il suffit de regarder son image dans un miroir placé au sol pour obtenir la forme définitive. Gaudí s’est largement inspiré de la nature pour bâtir son œuvre en général et la Sagrada en particulier, avec notamment des colonnes figurant des arbres. Géomètre hors pair, il leur a donné des formes tridimensionnelles sophistiquées, aussi esthétiques que capables de supporter efficacement des contraintes de forces : colonne hyperboloïde (vrillée sur son axe vertical), voûte en paraboloïde hyperbolique (en selle de cheval)…Aujourd’hui, de nouveaux architectes veillent à l’achèvement du plan de Gaudí. Car la basilique n’est toujours pas terminée, 137 ans après le début du chantier, et le temps presse. L’objectif est en effet d’achever la construction en 2026, année du centenaire de la mort de son créateur. Sciences et Avenir paru en juillet/août 2019.
J'ai longuement décrit la statuaire lors de notre précédente visite : https://www.lemounard.com/2019/12/barcelone-gaudi-la-sagrada-familia.html
L’édifice, malgré un aspect extérieur plutôt austère, est en fait magnifiquement conçu pour capter, laisser entrer et
jouer avec la lumière, l’intérieur de la Sagrada Familia est en fait incroyablement lumineux.
Au centre de l'abside et directement au-dessus de la crypte se trouve l'Autel, dont le plafond est plus haut que le reste de l'abside pour accentuer sa divinité. Conformément à la tradition, au-dessus de l'autel se trouve un baldaquin, également connu sous le nom de Baldachin. Il a une forme d'heptagone, avec sept bords, qui représentent les sept dons du Saint-Esprit. Cinquante lampes suspendues illuminent le bord du baldaquin, et des vignes et du blé, symboles de l'Eucharistie, qui jaillissent des bords. La Prière de Gloire est écrite sur un ruban attaché autour du baldaquin.
Josep Maria Subirachs et son assistant Bruno Gallart Pardo de Tarragone, réalisèrent la porte principale de 5m sur 5m à deux battants qui donne sur la nef principale. Cette porte monumentale en bronze est en surface un assemblage du Notre Père en 49 langues + le catalan qui est la version dans la plus grande typographie. Ce sont plus de 8 000 lettres fondues dans le bronze, dressées « comme deux immenses livres ouverts », comme le dit lui-même Subirachs. Les poignées de la porte rendent hommage à Gaudi avec ses initiales A.G.
Avant de quitter le site, nous en faisons le tour. A la fin des travaux, la basilique sera entourée d'un grand cloitre envahi, encore, par les engins de chantiers, les grues et les fournitures.
Espérons que notre visite suivante, verra un chantier terminé, mais c'est toujours fabuleux de passer un long moment sur l'un des bncs à l'intérieur de la nef.
J'oubliais un détail qui m' troublé dans la basilique, cette statue noire, dans notre dos quand on est assis sur un banc de la nef. Elle m' évoqué une femme emmurée dans sa burka ou la mort. Mais peut-être est ce la même chose. En fait, c'est une statue de Subirachs, dépouillée, acérée qui représente Sant Jordi, le saint Georges des catalans et le saint patron de Barcelone. Elle se. Elle contraste avec les dragons colorés qui mble anachronique, paradoxale, noire dans cette univers où la lumière emplit la nef , elle contraste avec les dragons colorés que l'on rencontre dans tous les bâtiments majeurs de l’œuvre de Gaudi
"Lors de leur installation sur la façade de la Passion, les sculptures de Subirachs déclenchent des polémiques en raison de leur fort
contraste stylistique avec les statues naturalistes-réalistes de la façade de la Nativité. Les uns affirment qu’il faut respecter le style de
la seule façade réalisée par Gaudí, les autres rétorquent que les deux façades ont des symboliques opposées : naissance et mort"
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