Né à Barcelone en 1846 dans une famille aisée, Eusebi Güell était un grand voyageur. Il a étudié en Espagne, en Angleterre et en France avant de reprendre les affaires de son père. Entrepreneur compétent, il a su développer la fortune familiale grâce à ses idées avant-gardistes. Joan Güell (1800-1872), son père, était un important industriel qui fit fortune à Cuba grâce au trafic d’esclaves. Quand il revint en Catalogne, il investit son argent dans des entreprises d’envergure telles que « El Vapor Vell » dans Sants ou « La Maquinista » dans La Barceloneta. En 1854, son entreprise « Güell, Ramis y Cía » acquit la propriété de la rue des Còdols pour 165 333 pesetas et y établit une fabrique de tissus. Déjà en 1784, se trouvait dans cet édifice l’une des premières entreprises de filature de coton du pays à utiliser la machine spinning jenny, symbole de la révolution industrielle anglaise. Eusebi Güell épouse en 1871 Luisa Isabel López Bru (1851–1924), fille d’Antonio Lopez qui fut également marchand d’esclaves. Il devient ainsi l’un des hommes les plus riches d’Espagne.
Le design d’un petit présentoir est sans aucun doute la commande qui marque l’année 1878. Il est conçu pour le Pavillon espagnol de l’Exposition internationale de Paris la même année. Un des visiteurs, M. Eusebi Güell i Bacigalupi est tellement impressionné par l’originalité de la pièce qu’il désire rencontrer son créateur. Cet événement est à l’origine d’une relation professionnelle et d’amitié entre ces deux hommes qui durera 40 ans. À partir de ce moment-là, Güell devient le meilleur client de Gaudí. Pour lui, Gaudí conçoit et construit de magnifiques œuvres, soignées jusqu’au moindre détail, qui contribuent à l’expansion de son génie et de son originalité en tant qu’architecte.
Eusebi Guell confie à Gaudí le projet d’une urbanisation pour les familles cossues sur une grande propriété qu’il avait achetée dans la zone connue populairement sous le nom de la Muntanya Pelada (la montagne pelée). Son emplacement était sans égal, dans un environnement sain et avec de splendides vues sur la mer et sur la plaine de Barcelone. L’urbanisation prévoyait environ 60 parcelles de forme triangulaire, avec un réseau complexe de chemins, de viaducs et d’escaliers qui aidaient à franchir la topographie du terrain. Les conditions de construction étaient très restrictives, vu qu’il n’était possible de bâtir qu’un sixième de la parcelle, et la hauteur et l’emplacement des logements ne pouvaient pas entraver la vue sur la mer ni priver les habitants du soleil.Güell voulait recréer les parcs résidentiels britanniques, c’est pourquoi il lui a donné le nom de Park Güell, en anglais.
Gaudí a respecté la végétation existant dans l’ancienne propriété, comme les caroubiers et les oliviers. Quant à l’introduction de nouvelles espèces, il a choisi des plantes méditerranéennes de faible demande aquifère. De plus, il a conçu différents systèmes de captage et de stockage d’eau à partir des systèmes d’irrigation qu’il avait connus dans l’environnement rural de son enfance. Ainsi, aussi bien la végétation que la gestion des ressources hydriques contribuaient à éviter l’érosion du terrain suite aux fortes pluies méditerranéennes, tout en aidant à couvrir les besoins en eau des habitants de l’urbanisation. à l’origine l’idée principale était de construire un complexe résidentiel de luxe, au fil des années cette idée a été avortée et seul subsiste aujourd'hui un parc de 17 hectares digne d'un conte de fées. Le projet de logement a été abandonné car il n'y avait pas d'acheteurs en raison de l'utilisation d'une vieille emphytéose, de la nature exclusive du projet ainsi que du manque de transport adéquat. Le Park Güell a été ouvert au public en tant que jardin municipal en 1926. Pour accéder au parc qui se trouve dans le quartier de la Salut juste au dessus de Gracia, c'est long et compliqué en métro et en bus et qu'en on descend à la station Lesseps, il faut marcher un bon quart d'heure dans les rues en pente raide pour arriver à l'entrée. Nous sommes pris par le temps et nous commandons un taxi à l’hôtel qui nous pose devant l’entrée principale près de la zone monumentale. En fait, on doit, pour pénétrer dans le parc, passer par une entrée plus loin dans la même rue qui donne sur les jardins méditerranéens avec caroubiers, figuers, pins et oliviers.
Rapidement on croise un des viaducs sorte de monstre préhistorique hérissé d'écailles. IL s'agit du Pont de Baix, qui est le premier des viaducs du réseau de chemins qui aidaient à franchir les ondulations du terrain et relient les différentes parties du parc. Gaudí a projeté trois viaducs de cinq mètres de largeur qui, serpentant vers le haut de la montagne, conduisaient les voitures à cheval de l’entrée principale, dans la rue d'Olot, à la partie haute de l’urbanisation.
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Nous montons sous un soleil très intense, heureusement, il y a de l'ombre et de là, la vue sur la ville et sur la mer est magnifique. La Sagrada Familia nous fait juste face.
Nous arrivons à la Casa Marti Trias I Domenech.
La maison de l’avocat Martí Trias, qui jouit d’une impressionnante vue
sur la ville, fut la seule à être construite dans tout le Park Güell.
Juli Batllevell, l’architecte, est resté fidèle au style de son maître,
Domènech i Montaner, ainsi qu’à celui de Gaudí, pour qui il avait
travaillé.
Par pur hasard, c’est le fils de la famille, alors
étudiant en médecine, qui reconnut l’architecte lorsqu’il fut amené à
l’hôpital del Mar, inconnu parmi les autres, alors qu’il venait d’être
renversé par un tramway en se rendant à la Sagrada Família.
Nous atteignons le point le plus élevé du Park, le turo de les Tres Creus. Trois croix sont situées sur le haut de la colline et sont appelées "Calvari". Deux d'entre elles indiquent les Points Cardinaux (N-S-E-O), et la dernière est dirigée vers le ciel. Mais à l'origine il ne s'agissait pas du souhait de Gaudí. Celui-ci voulait construire une chapelle sur les hauteurs du Park Güell lorsque des vestiges préhistoriques y ont été découverts. Il s'est donc inspiré de ces vestiges pour y construire un monument présentant des similarités avec les grottes.
En redescendant, on observe une superbe maison qui en fait est construite hors du parc. de cet endroit, on domine la zone monumentale du Park Guell.
Nous débouchons sur la grande esplanade que Gaudi appelait Théâtre Grec et qui, plus récemment, a été rebaptisée Place de la Nature. Sa dénomination originale était due au fait qu'on avait prévu d'y représenter de grands spectacles à l’air libre, qui pouvaient être vus depuis les terrasses qui l’entourent. Cette grande place est artificielle. Une partie est creusée dans la roche, tandis que l’autre s’appuie sur la salle hypostyle. Elle est délimitée du côté de l’escalier d'accès par le banc ondulé recouvert de pique-assiette projeté par Josep M. Jujol, qui sert de main courante, et du côté de la montagne par un mur de soutènement s’achevant par de grands chapiteaux qui simulent des palmiers. L'esplanade est ceinte d'un long banc ondulé qui mesure 110m de long, on dit que c’est le plus long banc ondulé du monde. Sa forme ergonomique est conçue pour s’y asseoir agréablement et ses fameuses mosaïques.La Place de la Nature est de forme ovale. Elle mesure 2 694 m² ( 86 m de long sur 43 m de large). Gaudi a utilisé ici plus qu’ailleurs la technique des « trencadis » qui consistait à réutiliser des éclats de céramiques de récupération pour en faire de nouveaux motifs décoratifs, typiques de l'architecture moderniste catalane. Cette technique est aussi appelée « pique-assiette ». Ce banc en est le plus bel exemple.
On sait aujourd'hui que ces céramiques furent réalisées par Josep Maria Jujol i Gibert. Architecte moderniste, disciple de Gaudi dont le rôle fut inévitablement occulté par celui du Maître. Josep Maria Jujol i Gibert avait
un grand sens de la couleur, on comprend ici toute la virtuosité de sa
poésie dans l'assemblage d'éléments de récupération. On lui doit
également les trencadis du plafond de la salle Hypostyle du Park Guell mais aussi de la Casa Batlló ainsi qu'une participation active à l'édification de la Sagrada Familia. Nous arrivons devant la salle hypostyle.Dans les temps très anciens, une salle hypostyle dans un temple était
un espace fermé dont le plafond était soutenu par des colonnes. Parmi
les plus célèbres salles hypostyles on pense immédiatement à celle du
temple d'Amon à Karnak prés de Louxor en Égypte. Le terme hypostyle vient du grec ancien "hupostulos" et signifie "supporté par des colonnes".
L’escalier est organisé par paliers, sur lesquels parcourt l’eau d’une fontaine qui s'alimentait de la citerne située sous la salle hypostyle. Sur le premier palier se trouvent des formes capricieuses, de style grotesque, à mi escalier se trouve le blason de la Catalogne et plus en haut se trouve le dragon – ou salamandre – avec un recouvrement de trencadis, qui est devenu l’image la plus populaire du parc. Sur le dernier tronçon de l’escalier, protégé sous la salle hypostyle, se trouve un banc en forme d’odéon.
En quittant le parc, on découvre 2 petites maisons qui semblent sortir d'une histoire des Schtroumpfs. Celle de gauche est la conciergerie, avec une salle d’attente et une cabine téléphonique, et celui de droite la résidence du concierge, d'où son nom de Casa del Guarda (Maison du Gardien), qui constitue à présent une partie du Musée d'Histoire de Barcelone. Tous les deux présentent des toitures de grande beauté, construites avec la traditionnelle voûte catalane en briques planes, recouverte de pique-assiette céramique.
Le Park Guell est un autre incontournable de l’œuvre de Gaudi. L'orage a menacé mais n'a pas craqué. Ce soir, belle table du port, la Gavina mais j'en reparlerai.
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