En quittant Turin, on traverse la plaine du Po, des champs de mais à perte de vue, des rizières, des villages sans charme, la platitude puis on arrive à Roero, les collines ondulent, des noisetiers bien alignés, le début de la vigne, de superbes villages au sommet des collines avec des clochers à bulbe. Nous sommes entrés dans Les Langhe . C'est la partie du Piémont située sur les provinces de Coni et d’Asti juste au nord de la Ligurie. Les plus beaux villages des Langhe se situent dans un petit périmètre de 15 km autour d’Alba.
Nous avons retenu une chambre à la Villa Andrea à 100 mètres du centre historique de La Morra. C'est un village perché à 6 km au nord de Barolo. A partir de l’hôtel, on suit la rue principale puis on traverse le carrefour et on grimpe jusqu'à la Piazza Castello qui offre le meilleur panorama sur les vignobles des Langhe et la langa del Barolo. Les Langhe sont des terres bénies des Dieux. La truffe, c’est un des produits phrare de la région classée à l’Unesco, et plus particulièrement de Alba, la patrie de la truffe blanche, Tuber magnatum Pico. La truffe blanche d’Alba, est une truffe d’exception à l’instar de tuber melanosporum de couleur noire. Plus rare que cette dernière et exclusivement sauvage, elle coûte deux à trois fois plus cher, entre 3 000 et 4000 € le kilo. Cette truffe est récoltée de septembre à décembre.Outre magnatum pico et melanosporum, on trouve aussi ici la Truffe Noire d'été (tuber aestivum vitt) qui a un goût agréable et délicat et une odeur de champignon frais. Il s'agit d'une truffe typiquement estivale: dans le Piémont, la période de récolte s'étend du 1er juin au 31 août.
.Autre richesse, la noisette. La production de noisettes IGP piémontaises s’étend sur les collines de Langhe, Roero et Monferrato, c’est-à-dire, une zone allant de Coni au sud-ouest jusqu’à Alexandrie, au nord-est, inscrite en 2014 au Patrimoine de l’Unesco sous l’appellation « paysage viticole du Piémont : Langhe-Roero et Monferrato ». La noisette doit le disputer avec la vigne, car c’est la région du Moscato d’Asti, du Barolo, du Niebbolo, du Barbaresco et du Barbera d’Alba. Avant hier soir nous avons passé la nuit et dîné au Molino del Matei, à 8km à l'Est de Suse et là, le patron m'a conseillé le Niebbolo de Fontanafredda. Fontanafredda est un immense domaine né en 1858 de l'histoire d'amour entre le roi d'Italie, Vittorio Emanuele II et Rosa Vercellana. Avec l'unification de l'Italie, il devient roi d'Italie du à sa mort en 1878. Comme roi de Sardaigne, il s'entoure de grands ministres comme d'Azeglio et Camillo Benso, comte de Cavour, qui modernisent le royaume. La réalisation de l'unification italienne lui procure le titre de Padre della Patria (« Père de la Patrie ») ; il est aussi surnommé Re galantuomo (« Roi gentilhomme »). Après la proclamation du royaume d'Italie, son nom de règne, « Victor-Emmanuel II », n'a pas été changé en faveur du titre « Victor-Emmanuel Ier d'Italie ». Le maintien du nom est remarqué par certains historiens , et certains d'entre eux observent que cette décision, à leur avis, soulignerait l'extension de la domination de la Maison de Savoie sur le reste de l'Italie.
Rosa Vercellana fut la maîtresse, puis l'épouse morganatique de Victor-Emmanuel II, qui lui accorda le titre de comtesse de Mirafiori et Fontanafredda. C'est le fils de la Comtesse, Emmanuel Guerreri, qui fit de Fontanafredda un domaine vinicole. Quand on franchit le grand portail du domaine, juste après une grande statue qui représente un grappe de raisins, on découvre les batiments historiques aux rayures sang et or qui sont restés dans un état impeccable et qui s'élèvent sur les coteaux où les rangées de pieds de vigne semblent s'étendre à l'infini. Le proriétaire actuel du domaine est Oscar Farinetti. "Il a un nom de chanteur d'opéra, mais lui se voit volontiers en orfèvre des mots. « Je suis un poète et je veux sauver le monde », déclarait ainsi Oscar Farinetti, 64 ans, au moment de la sortie de son premier recueil de poésie, intitulé « Quasi ». Mais, s'il laisse une trace, ce sera comme hommes d'affaires, avec son enseigne de magasins Eataly, ambassadrice de la « bonne bouffe » italienne. Le concept, entre supermarché, épicerie fine et restaurant, a conquis les grandes villes du monde."L'express.
"Les vignobles de Fontanafredda couvrent environ 100 hectares, avec des cépages qui comprennent principalement le Nebbiolo, le Barbera, le Dolcetto et le Moscato: les variétés typiques des Langhe. Ces cépages sont utilisés pour faire une variété de célèbres vins du Piemonte, incluant, Barolo, Barbaresco, Gavi et Asti. Fontanafredda est en réalité l’un des plus grands producteurs privés de vins Barolo au monde, produisant 780 000 bouteilles par an, soit 6% de la production totale. Le nebbiolo est le plus connu des cépages rouges du Piémont. Il est déjà cité dans des documents du XIVe siècle, ce qui en fait un des cépages les plus anciens d’Italie. Actuellement, on en utilise trois clones différents : le nebbiolo lampia, le nebbiolo michet et le nebbiolo bolla.
Les vins de Fontanafredda sont connus dans le monde entier pour leur qualité, qui est dérivée de la composition unique du sol et des conditions de croissance dans les Langhe. Lorsque le terroir local est combiné avec l’expertise des vignerons, il crée certains des meilleurs vins du Piémont."
La cave est superbe, un immense bâtiment au design sublime, une longue table de dégustation qui se termine par un amphithéâtre où sont donnés conférences ou concerts, débats politiques et dans le fond, un restaurant raffinés qui propose une belle carte des vins et les meilleures pâtes d'Eataly. Le monsieur qui"accueille" a l'air triste, bonjour du bout des lèvres, sans même lever un sourcil, il veut donner l'impression qu'il est très affairé pour ne pas daigner nous accorder un regard. On se promène dans les rayons, des barolo historiques, de beaux flacons mais il semble que les déguster sera difficile. Nico aborde le personnage qui a plus l'aspect d'un croque-mort que celui d'un joyeux drille, épicurien. Pour ne pas s'occuper de nous, il appelle une dame. Le sourire, le soleil, le barolo et le barbaresco entrent dans la pièce. Le bonheur d’être confié à Christina, mauricienne, un français parfait, l’anglais et l'italien itou. Elle parle des vins, de la cuisine, des chefs, des vidéos du chef du Central à Lima, des poissons que pêchent son mari. La dégustation démarre d'une façon classique, Nebbiolo, Barbera, Barolo. Puis charme et feeling opérant, Christina nous sort 2 très grands Barolo.
On commence^par le Nebbiolo E casa di Mirafiore 2020 que j'avais beaucoup aimé avant hier mais qui me paraîtra quelconque après les merveilleux barolo qui concluront la dégustation. Il se caractérise par une robe rouge grenat aux reflets rubis. Le nez s'ouvre sur un bouquet floral, enrichi par des notes de prune et d'agréables notes épicées de noix de muscade et de tabac. En bouche, il est agréablement enveloppant, avec des tanins doux et une finale longue et balsamique. Le Barbera d'Alba est infiniment plus intéressant que nous acheterons, Nico et moi.
Le sol est typique de la Serralunga d'Alba, riche en microéléments, et donc le vignoble exprime un vin de caractère, avec une acidité et une saveur marquées. La robe est rouge grenat aux reflets violets. Le parfum rappelle le cuir, la réglisse noire, le café et la mûre. Le goût est plein, soutenu par une acidité qui rafraîchit et traduit par une finale longue et savoureuse.
Avec le Barolo e di Mirafiore 2020, on monte en gamme. Il est produit en combinant des vins de différents vignobles. Le choix des vignobles peut varier selon les caractéristiques du millésime. L'assemblage a lieu dès la fin de la fermentation malolactique. La macération longue et le décantage réduit effectués lors de l'affinage permettent d'anticiper le développement des arômes tertiaires avant même la mise en bouteille. La robe est rouge grenat, de bonne intensité. Le parfum rappelle les épices telles que la muscade, le laurier, le poivre noir, les fruits rouges mûrs et la réglisse noire. En bouche c'est un vin important, aux tanins puissants et harmonieux et avec une acidité très fraîche qui favorise une très longue finale. Une fois encore , on succombe aux charmes associés du Barolo et de Christina, et on en commande aussitôt.
On a appris aussi la cuisine du poisson sur le grill juste avec du sel sur la plaque très chaude, c'est bon pour des poissons de petite taille, en particulier les denti. On les pose sur la plaque avec leurs écailles et leur peau: 5 minutes de chaque coté et la cuisson est parfaire. Quelques recettes plus tard, des échanges sur le cacao et le chocolat et Christina nous sort 2 bouteilles detrrière les fagots. Elle nous apporte 2 nouveaux verres et 2 bouteilles: la première est le "Mirafiore" Barolo Riserva DOCG, 2005 - c'est un vin étonnamment complexe, riche et corsé, avec des tanins veloutés et une longue finale enveloppante. Le vin n'est produit que dans les meilleures années, lorsque la récolte est estimée comme un vignoble exceptionnel. Maturité polyphénolique idéale au moment des vendanges grâce à l'accumulation de grandes quantités de tanins doux qui sont en train de vieillir le vin forment sa texture dense et soyeuse. De plus, à la suite d'une longue période de macération et de vieillissement en fûts de chêne, le vin devient un bouquet extrêmement complexe et multiforme typique des vins moelleux Riserva.
"Le vin est rouge grenat intense, le bouquet est intense, expressif et raffiné avec des notes florales de menthe et de sauge puis de cerise et de cassis avec une finale épicée de cacao, de cuir et de champignons secs. C'est un vin rond avec une saveur presque trop riche, saturée, chaleureuse (moi je dirais, confite), riche en tannins veloutés avec une finale longue et enveloppante."
Nous tombons en admiration devant le Fontanafredda Barolo DOCG 2011, 100% Nebbiolo qui n'a pas bénéficié de la distinction Riserva mais qui est absolument superbe. C'est aussi le favori de Christina qui le défend avec fougue et le vend très bien. "Belle robe rubis pâle, aux reflets tuilés. Bouquet de rose et de violette, de fruits rouges: fraise, framboise, groseille, des notes de terre et de goudron, un boisé bien contrôlé qui apporte du fumé et de la vanille, un peu de cuir également, de la réglisse, des épices douces et de la truffe blanche. En bouche c’est un vin puissant, ample, tannique mais élégant, corsé et remarquablement structuré, avec beaucoup de fraîcheur. Une fin de bouche longue et délicieusement gourmande."
Cette dégustation est fabuleuse et la rencontre avec Christina extraordinaire. Agréable de partager un moment de qualité avec une personne passionnée que nous aurons plaisir à revoir, à l'automne peut-être, quand la truffe blanche montre le bout de son nez. Fontanafredda est indiscutablement l'étape incontournable pour qui veut découvrir la déclinaison du Nebbiolo et Christina la parfaite guide.
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