Nous quittons Ben Tre, il faut compter 2 heures de routes pour atteindre Tra Vinh. Notre halte est prévue dans le village de Cau Ke dans une guesthouse tenue par une famille Kmer Krom,le Suonsia Homestay. Cet homestay est situé à l'écart du village, au milieu des rizières. Au centre, la maison où Kira , son mari et son petit enfant vivent avec ses parents et sa tante et font la cuisine . Autour il y a les chambres, c'est très propre, confort sommaire mais douche et wc dans chaque chambre. Ceux qui ont le dos sensible , ont pu trouver le matelas un peu dur. Les repas sont pris dans la cour, sous un auvent couvert de feuilles de bananiers avec des tables. Kira nous accueille, nous distribue les chambres. C'est une jeune femme très mince, une vrai pile électrique, très douce et aux petits soins, très bavarde mais qui fait tout pour nous etre agréable. Le programme commence par une courte promenade en vélo dans les environs. on franchit des petits ponts, Cau Ke est caractérisé par un réseau d'arroyos très dense. Les chemins sont parfois en terre battue, parfois en béton. la population est essentiellement Kmer Krom. Cette population correspond aux personnes d’origine Khmer (Cambodge) mais vivant exclusivement au Vietnam. En vietnamien, ils sont appelés Người Viet Goc Mien (vietnamiens d’origine Khmer). Ils vivent dans le Delta du Mékong et constituent dans cette partie du pays le second groupe ethnique derrière les Viets. Les Khmer Krom vivent le plus généralement sur les terres les moins fertiles du Delta du Mékong, surtout dans les Provinces de Sóc Trăng et Trà Vinh. Les réformes foncières des années 80 ont donné le droit d’utilisation des terres aux personnes y vivant depuis longtemps alors que les Khmer Krom ont connu beaucoup de « déplacements » durant l’histoire récente. Du fait de la pauvreté des sols à cultiver, de plus en plus de Khmer quittent leurs terres pour travailler dans des usines à Saïgon, qui leur apportera plus de revenus que dans le Delta. Le Delta du Mékong est la première région agricole mais les Khmer Krom n’en tirent que peu profit. Alors que les Viets suivent les préceptes du Bouddhisme mahāyāna (grand véhicule), les Khmers Krom suivent eux le Bouddhisme theravāda (petit véhicule). Ce type de bouddhisme est considéré comme proche du Bouddhisme originel. Il est pratiqué au Cambodge, Thaïlande, Laos et Birmanie. Les Viets sont donc une exception qui pratique le mème bouddhisme que les chinois. Les Khmer Krom et leur représentant, la Fédération des Khmer Kampuchea-Krom, se voient comme les premiers occupants du Delta du Mékong qu’ils appellent Cambodge du Sud. L’histoire récente n’a pourtant pas été dans leur sens puisque l’Etat Français en 1949 signa une loi stimulant que le territoire de Cochinchine devait être administrée sous le contrôle de l’Empereur Bao Dai. Sous la République du Vietnam (gouvernement du Sud), des campagnes d’assimilation furent mises en place pour intégrer de force la population Khmer Krom dans la culture vietnamienne (interdiction d’utilisation de la langue et de noms khmer par exemple). Cette politique eut comme conséquence de renouveler le discours nationaliste de la population Khmer Krom, qui continue jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement vietnamien est très vigilant à ce qu’aucun de ces discours ne prenne trop d'importance. Contrairement au lénifiant discours officiel, il semble que cette minorité, comme d'autres minorités montagnardes souffre de discrimination. Le Comité des Nations Unis a reçu des plaintes: " Un représentant de Khmers Kampuchea-Krom Federation a dénoncé la discrimination raciale dont souffre son peuple, dans le delta du Mékong. Classé comme « minorité ethnique » par le Gouvernement vietnamien, le peuple khmer krom ne sait plus parler sa langue car ses enfants ne peuvent pas l'apprendre. Les Khmers Kroms sont traités comme des citoyens de seconde classe ne jouissant d'aucun droit, a insisté l'orateur. Il a cité le cas d'un Khmer Krom qui a été sommairement exécuté pour avoir osé revendiquer en public son identité krom, après quoi sa famille a subi des intimidations pour ne pas engager de poursuites judiciaires. Par ailleurs, a poursuivi l'intervenant, les moines bouddhistes sont poursuivis et harcelés par les autorités vietnamiennes. Il faut que le Comité aide les Khmers Kroms à obtenir leurs libertés fondamentales et à pouvoir se défendre devant les tribunaux contre les exactions du Gouvernement vietnamien. Les Khmers Kroms et leurs moines bouddhistes doivent pouvoir prier et effectuer leurs rites librement et sans crainte."
Après le vélo et la douche, Kira nous propose de participer à 19h30 à l'élaboration du repas. Nous apprenons à faire des crêpes garni des légumes du jardin finement ciselés. Le repas est très généreux, c'est la grande abondance avec une multiplication des plats. On accompagne le tout d'une bouteille de rosé d'Ardèche que nous faisons goûter à Kira. Notre guide dîne avec la famille. En route, il a acheté une bouteille d'alcool de riz que le père de Kira honore sans modération. Les grenouilles et les cigales font le vacarme. Un incident dans la chambre des filles, un homme s'est introduit sans intention de mal faire. Il semble que c'est le père qui a forcé sur la bouteille et qu'Hélène fait battre en retraite. On pense que c'est lui car Wu nous dit qu'il a tendance à picoler et peut facilement oublier le chemin de sa couche. Le petit déjeuner est copieux, ce qui aiment les fruits apprécient les mangues. Nous discutons avec l'homme, un kmer krom, qui passe de maison en maison collecter les noix de cocos qu'il porte ensuite au grossiste. Il nous a croisé hier soir quand nous roulions en vélo à travers le village. ce matin, la promenade en vélo est dirigée par le frère de Kira qui vit le week-end à Saïgon et qui aide sa sœur la semaine dans la tenue de la guesthouse. Nous avançons entre les canaux et les rizières, l'eau est partout présente, il y a des mares couvertes de nénuphars, de lotus et de lentisques. Partout des fleurs et des fruits.
En chemin, on croise souvent des petites motos chargées comme des bourriques. La noix de coco est présente partout. Les gens sont adorables et sourient, les petits sont timides et nous saluent comme la reine Élisabeth avec beaucoup de retenue.
Petit passage difficile sur un sentier à peine marqué entre les grosses touffes d'herbes et les profondes ornières, les virtuoses de la pédale, Laurence, Marie et Philippe caracolent en tête, les autres suivent comme ils peuvent, Catherine met pied à terre et avance en poussant le vélo jusqu'à ce qu'on arrive sur un vrai chemin. On arrive au village de Cau Ke et on s’arrête devant une maison de style colonial, celle de Huynh Ky qui date du début de 1924 d’après les dessins d’architectes français.Elle comprend le bâtiment principal et un certain nombre de dépendances. La maison est orientée nord-sud, sol bordé de pierres bleues avec des carreaux aux motifs variés et toit en tuiles d’ardoise. On remarque de belles statues en relief sur le toit.
Cette maison appartenait à Huynh Ky qui était, au temps des français, une sorte de percepteur qui collectait les impôts pour la France. Il était certainement corrompu et sûrement détesté par la population. Au moment de la guerre d'Indochine, le Viet Minh a du attaquer la maison, en témoignent des impacts de balle dans le mur d'enceinte.
Nous posons les vélos pour visiter le petit marché de Cau Ke. C'est un marché comme on en voit beaucoup en Asie, un marché de village pas très important mais c'est un bonheur de voir les étals de bouchers, les rats de rizières dépecés et prêts à cuire, les anguilles, la bidoche qui sanguinole, les mouches qui boulottent, les grenouilles,les crabes et les crevettes les fruits exotiques, les légumes, le bétel et la noix d'arec qui causent des dégâts sanitaires au Vietnam et en Birmanie.
Au Vietnam, la feuille de bétel et la noix d’arec sont des éléments importants des cérémonies de mariage traditionnelles et de bien d’autres évènements officiels. Plusieurs études ont indiqué que la noix a des composés carcinogènes et les populations parmi lesquelles en mâcher est une activité répandue ont manifestement une plus grande prévalence des cancers de la bouche et de la gorge.
Nous remarquons qu'à coté de l'ancien, un deuxième incinérateur a été construit pour répondre à la demande devant l'afflux de décès pendant la pandémie de Covid.
D'après quelques témoignages, il semble que le gouvernement a adopté une attitude très stricte devant la pandémie avec confinement, isolement et fermeture des frontières. Ici, pas de "quoiqu'il en coûte". Plus de touristes, plus de travail pour les agences et les guides et plus d'argent... La politique sociale du gouvernement "populaire" et "démocratique" est limité au minimum le plus stricte.
Sur le retour, on croise une rizière prête pour la moisson. Sur la fin du chemin, on aperçoit une très belle construction, en pleine décrépitude qui aurait appartenu à la famille de Huynh Ky. Elle est cernée par les détritus, les gravats et les ordures et finira par s'écrouler.
Nous revenons à la guesthouse, chargeons le minibus et avons quelques difficultés à quitter Kira qui ne laisse de nous parler. C'était une belle expérience si on oublie l'intrusion nocturne donc prudence mesdames, et fermez vos portes à clefs. Route maintenant pour Can Tho. Nous avons changé le programme qui prévoyait de visiter un temple kmer à Soc Trang qui comportait beaucoup de statues d'argile. Pour y aller, il fallait traverser 2 fois par le bac et faire 2 heures de routes supplémentaires.
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