jeudi 11 mai 2023

VIETNAM, SAIGON, LE PALAIS DE LA RÈUNIFICATION.

 Après la première journée à Saïgon, j'ai observé des détails qui m’interrogent: par exemple, lors de ce marathon kafkaïen d'administration en administration, de service en service, j'ai constaté que Wu, notre guide, avait une attitude déférente et soumise vis à vis des fonctionnaires de police comme si ces gens étaient investis de pouvoirs disproportionnés par rapport à leur statut. Par curiosité, je suis allé voir le mode de recrutement des policiers vietnamiens et la règle est très stricte qui nécessite un passé de bon communiste sur plusieurs générations exceptés pour les grades qui nécessitent un niveau supérieur. La traduction des critères de sélection est un peu chaotique mais force est de constater que l’appartenance au parti unique ou aux jeunesses communistes est un viatique quasiment indispensable: a) critères politiques-citoyenneté de la République socialiste du Vietnam, avoir une adresse permanente sur le territoire du Vietnam, enquête biographique sue le candidat et sur sa famille sur plusieurs générations, évidemment, appliquer strictement les politiques du Parti communiste du Vietnam, les lois de la République socialiste du Vietnam , les membres du Parti communiste vietnamien ou de l'Union de la jeunesse communiste.
Pour les officiers, les étudiants des minorités dans les zones montagneuses, les hautes régions éloignées, les frontières, les îles peuvent  se qualifier pour l'admission dans la Ligue de la jeunesse communiste.
Les citoyens qui ont le titre de professeur, professeur agrégé, doctorat, maîtrise, diplômé du système principal  peut être recruté même s'il n'est pas membre du Parti communiste du Vietnam ou qui n'est pas membre de l'Union de la jeunesse communiste.
-Veiller à la réglementation particulière du Ministre de la sécurité publique sur la norme politique des fonctionnaires et militaires de la police du peuple.
b) qualités morales : qualité, de bonne moralité. 

Donc le policier vietnamien est un privilégié, originaire, en général du Nord, et inféodé au parti depuis plusieurs générations. 


Première visite, le palais de la Réunification et le gouvernement a une police à sa botte. Première visite du jour, le palais de la Réunification. Il occupe l'emplacement de la résidence du gouverneur général de l'Indochine, une belle et grande bâtisse coloniale de 1868,  bombardée en février 1962 lors d'une tentative de coup d'état. 
Ce bâtiment fut nommé le Palais de Nodorom. Ce dernier était la résidence officielle et le bureau du Gouverneur de la Cochinchine. Puis du Gouverneur-général de l’Indochine Française. En 1954, après les accords de Genève et la fin de l’Indochine Française, la France transmet le palais au premier ministre Ngo Dinh Diem qui, l’année suivante, devient président de la République du Sud Viêt Nam. À partir de 1956, Ngo Dinh Diem utilise ce bâtiment comme palais présidentiel sous un autre nom « Palais de l’Indépendance ». Pendant la construction, Ngo Dinh Diem fut assassiné lors d’un coup d’État. L'arrestation et l'assassinat de Ngo Dình Diem, alors président de la République du Vietnam, marqua l'apogée du coup d'état organisé par la CIA et mené par le général Duong Van Minh en novembre 1963. "En pleine crise bouddhiste, Duong Van Minh se retrouve à la tête du groupe de généraux qui, avec la complicité des Américains, renverse les deux frères Diem et Nhu.
En avril 1975 le Président Nguyen Van Thieu est contraint à démissionner et à se réfugier à Taïwan, "Big" Minh, prend la relève, se résout au bout de trois jours à ordonner la reddition de l'armée du Sud pour éviter un bain de sang à Saïgon.
En 1983, les communistes le laissèrent rejoindre ses enfants installés dans la banlieue parisienne où il y vécut très modestement."

Le nouveau palais fut construit entre 1962 et 1965. Les plans de la façade sont dus à l'architecte vietnamien Ngo Viet Phu grand prix de Rome.

Le monde entier garde cette image en mémoire: le 30 avril 1975 à 1Oh 45, les 2 chars 843 et 390 de l'armée du Nord défoncent la grille de fer forgé du parc. Un petit soldat escalade la façade du palais présidentiel et remplace le drapeau du sud Vietnam par le drapeau rouge et bleu du GRP (groupement révolutionnaire provisoire).



 Les bambins, élevés au catéchisme rouge de l'oncle Ho, visitent les lieux historiques et y reçoivent la bonne parole.
"En souhaitant donner au palais une signification culturelle symbolisant la tradition, les rituels orientaux et la particularité du pays, l’architecte Ngo Viet Thu a combiné harmonieusement l’art architectural moderne avec l’architecture traditionnelle d’Orient. En effet, le palais est conçu sous forme des caractères chinois." L’ensemble du palais a une forme d'un  caractère  signifiant la chance.

La forme de caractère  du dernier étage, pavillon de Tu phuong vo su lau (la paix dans toutes directions), signifie l’appréciation de l’éducation et la liberté d’expression. (ce qui pourrait prêter à sourire sous le régime politique actuel). Un autre caractère chinois rappelle qu'il faut etre fidèle et constant pour obtenir la démocratie. Là aussi, il est long le chemin Tonton qui mènera, Inch'Allah, à la démocratie et à l'expression libre des oppositions.  

  Le caractère suivant dit que la démocratie exige trois éléments importants: les gens, la perspicacité et le pouvoir mis à part le pouvoir, pour le reste c'est pas gagné.
 Trois lignes horizontales reliant la ligne verticale constituent le mot « Roi »

 En combinant la tribune, il crée le mot « hôte » symbolisant l’indépendance du pays.

 La façade du palais contient les deuxième et troisième étages ainsi que les avant-toits du rez-de-chaussée et deux piliers de bois sous les avant-toits. Elle a la forme du mot 興 (prospère) avec l’espoir de la prospérité éternelle du pays. (Là aussi, on en est loin).

Le rez de chaussée comporte plusieurs salles:  La Salle des banquets à la teinte jaune, la salle du Conseil des Ministres avec sa table ovale, la salle de Cérémonie pouvant accueillir jusqu’à 500 convives et où plusieurs discours historiques se sont tenus, illustrent le rôle politique du palais notamment pendant la guerre du Vietnam.


Le palais est encore utilisé pour des rencontres diplomatiques comme la visite de François Fillon premier ministre de Nicolas Sarkosy.



 

 

 

 

A noter, ce superbe tableau qui célèbre le premier roi du Vietnam. D'après la légende, c'est en 2888 av. J.-C. que le premier roi Hùng Vương commence à régner sur un territoire couvrant l'actuel Viêt Nam et une partie du Sud de la Chine. Il est le fondateur de la dynastie Hong Bang, qui régna jusqu'en 258 av. J.-C. Dix-sept rois portant le nom de Hùng Vương lui auraient ensuite succédé ; ils sont l'objet de nombreuses histoires légendaires, à l'instar de celle du roi Hùng Vương X, qui aurait introduit la culture de la pastèque au Viêt Nam.

 Au deuxième étage, on trouve le bureau du président Thieu. Après le renversement de Diem et d'autres soubresauts, un comité militaire de dix généraux, baptisé " comité de direction de l’État ", et présidé par le général Nguyen Van Thieu, a été mis en place à Saïgon dans la journée de lundi. En fait, le général Thieu devient chef de l’État. La tâche lui revient maintenant de mettre sur pied, de concert avec le comité de direction, un gouvernement qui aura le caractère d'un cabinet de guerre. A cette étage aussi, des salons de réception avec une perspective superbe sur la très large avenue arborée qui lui fait face dans l'axe de la pièce d'eau. La beauté architecturale du palais se manifeste également par le rideau en forme de bambou qui entoure le deuxième étage. Ainsi, ce rideau en pierre contribue à la fois à la beauté du palais et à faire entrer lumière et aurait été inspiré à l'architecte par le palais impérial de Hué.




 

La plus belle pièce du palais est le salon des Ambassadeurs où les ambassadeurs venaient présenter leur lettre de créance au président de la République du Sud-Vietnam. Le mobilier est en laque et on admire  une superbe peinture sur laque vietnamienne du XVe siècle composée de 40 pièces qui représente la victoire sur les Ming.


Il y a aussi la salle à manger et les 2 chambres du président organisées autour d'un patio où sont exposés les cadeaux qui lui furent faits en particulier des pieds d'éléphants. Le bureau du vice-président est resté dans l'état du jour de la chute de Saïgon et tout dans le palais semble resté figé depuis le jour où les communistes ont pris le pouvoir pour ne plus le quitter en installant la république démocratique. Curieux ce besoin de dire qu'une république est démocratique quand 50 ans plus tard les élections ne sont pas libres, que le parti unique règne sans partages, que police, armée, administrations sont muselés...

 

Au 3éme étage, se trouve la salle de banquet de l'épouse du président Thieu, une salle de cinéma avec des portes capitonnées et la salle de jeu avec un bar en forme de tonneau et des fauteuils en skai. Tout est très kitch, rarement de bon goût. Il y a un contraste saisissant entre la futilité de cet étage et le bunker avec les transmissions les plus modernes, une sorte d'état de siège et les étages supérieurs dédiés aux loisirs, aux plaisirs, à la fête. Peut etre une des raisons du succès des communistes. Comme en rugby, c'est souvent l'équipe qui veut le plus la victoire qui finit par la conquérir. Mes condisciples sud-vietnamiens en première année de pharmacie portaient en fait, les germes de la défaite. Ils travaillaient peu, étaient insouciants loin de la guerre dont ils étaient dispensés et dont ils n'entendaient pas le fracas. Les autres connaissaient le plus  la sueur, le sang et les larmes. Ils étaient adorables mes copains du sud mais ils ne m'écoutaient pas quand je leur disait de bosser. "Que sont mes amis devenus ?

Au même étage, l'hélicoptère est prêt à partir pour exfiltrer le président et ses proches.
Au dernier étage, se trouve la salle de bal avec un piano à queue et un bar. On est loin des combats et des sous-terrains qui menacent Saïgon, de la piste Ho Chi Minh... Nous terminons la visite par le bunker: le sous-sol du palais. Une enfilades de petites pièces, avec des salles de carte, des salles pleines du matériel de transmission haut de gamme pour l'époque. Puis les cuisines et la Mercédés blanche du président butin de guerre des communistes. Dans le jardin poussent le mimosa pudique.
Mimosa pudica, également appelé mimosa pudique ou sensitive, est un organisme unique et fascinant. Le nom d’espèce pudica vient du mot latin qui signifie « timide » ou « rétrécissement ». Le mimosa réagit à des stimuli tels que le toucher et la chaleur en repliant rapidement ses pinnules et en s’affaissant en quelques secondes!Ceci est illustré sur la photo ci-dessous. Le mimosa présente également la même réaction en réponse à l’alternance jour/nuit:il se replie et s’affaisse la nuit et se rouvre en journée. Cette plante aurait permis de détecter le passage récent d'un ennemi et aurait eu un rôle  important dans la guerre...



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