vendredi 12 mai 2023

VIETNAM, SAIGON, CHOLON, LE TEMPLE DE LA DAME CÈLESTE, ATELIER DE LAQUE

 Cholon évoque avant tout un des quartiers de la ville, correspondant grosso modo au cinquième arrondissement et jouxtant les arrondissements centraux. Cette apparente banalité masque cependant le destin hors du commun de ce qui fut longtemps une ville à part entière dont l’émergence à la fin du 18e siècle est liée à la révolte des Tây Sơn en lutte contre les Nguyễn. Ces derniers, seigneurs du Sud, se partageaient le territoire vietnamien avec les Trịnh, seigneurs du Nord, chacune des deux familles affirmant régner au nom de l’empereur Lê et dans le respect de la suzeraineté de la Chine sur le pays. C’est dans ce contexte troublé qu’un groupe de Chinois de Biên Hòa (localité située au nord de l’actuelle Ho Chi Minh-Ville) dû fuir, en 1779, les attaques des rebelles. Ils se réfugièrent en bordure d’un cours d’eau (le futur « arroyo chinois ») situé non loin d’une petite cité vietnamienne du nom de Saigon  et y fondèrent une bourgade qui deviendra Cholon (Chợ Lớn, signifiant en vietnamien « le grand marché »). "Évoquer Cholon, c’est réveiller un imaginaire endormi qui renvoie à la longue présence coloniale française en Indochine, plus précisément à Saigon, longtemps appelée la « perle de l’Extrême-Orient ». Dans ce contexte, Cholon était perçue comme « la ville chinoise », un lieu d’amusement et de plaisirs où l’on allait s’«encanailler ». La cité était aussi porteuse d’une promesse d’exotisme tournée vers la Chine, certes géographiquement proche mais difficilement accessible et mystérieuse pour nombre de colons et de Vietnamiens. Se rendre à Cholon, permettait donc de « rêver » la Chine à travers le quartier chinois. De ce passé révolu surgissent quelques noms qui furent longtemps familiers aux Français de la colonie tels le casino « Le Grand Monde » ou les cabarets l’« Arc-en-Ciel » et le « Palais de Jade ». En 1948, le Grand Monde était le plus vaste établissement de jeux dans le monde dirigé par Bay Vien, le maître de Cholon, et si merveilleusement dépeint par l’écrivain Lucien Bodard dans son œuvre magistrale sur la guerre d’Indochine. Le quartier de Cholon servit de décor au film l’Amant de Jean Jacques Annaud et lorsque l’on se balade dans ses rues, on tente de deviner derrière quelles portes le couple pouvait s’ébattre.

C'est certainement à Cholon que vivait Lulu la Nantaise. "

« Tu sais pas ce qu'il me rappelle ? C't'espèce de drôlerie qu'on buvait dans une petite taule de Bien Hoa, pas tellement loin de Saigon. Les volets rouges... et la taulière, une blonde comac... Comment qu'elle s'appelait, nom de Dieu ? »
 « Lulu la Nantaise ».
 « T'as connu ? ».
Celui qui fantasme Saigon à travers les livres de Bodard, de Hougron ou  de Larteguy sera fortement déçu de trouver un quartier industrieux, laborieux là où il pensait trouver le lucre et la fornication, des beautés évanescentes, voluptueuses et languides. 

"Les bars à opium de l’époque coloniale ont laissé la place à un immense marché et à de larges avenues où les trottoirs sont occupés par toutes les marchandises disponibles, des vêtements aux mobylettes en passant par les articles de quincailleries ou de tissus. La nuit venue, il paraît que des commerces moins légaux gardent le rythme trépidant de ce quartier."Justement nous arrivons au marché Binh Tay (Chợ Bình Tây). Construit en 1928 après l'incendie du bazar d'origine, Binh Tay est le plus grand marché de la ville regorgeant de vendeurs vendant une gamme époustouflante de marchandises, y compris de la poterie, des fleurs et des souvenirs bon marché, ainsi que des nouilles chaudes et des produits de gros. En fait, je suis un peu déçu de ce que je découvre, mis à part un ou deux qui se faufilent entre les jambes des vendeurs, je découvre un immense marché, assez bien rangé, assez propre. Pas le grouillement, les mélanges d'odeurs subtiles et attirantes qui croise parfois une puanteur nauséabonde, des couleurs, c'est en fait un marché de gros et j'attendrais de descendre au sud pour rencontrer ces marchés que j'aime avec des fruits, de la viande et des mouches, des rats qui ne courent plus mais qui dépecés attendent le clients. Le marché, les marchés sont souvent tenus par les chinois qui mangent tous les animaux à 4 pattes exceptées les chaises.
« Car seule l'antiquité païenne éveillait mon désir, parce que c'était le monde d'avant, parce que c'était un monde aboli. »C'est une citation de l'Historien français Paul Veyne symbole du défilé Gucci en 2019.




Nous dégustons un Pho dans le quartier. Le nom phở viendrait probablement du mot français pot-au-feu, en rapport avec l'époque de l'Indochine où la colonisation française a grandement influencé la langue du pays, qui comporte maintenant de nombreux mots d'origine française. Les principaux ingrédients du Pho sont des nouilles et des soupes avec des épices telles que le poivre, le citron, la sauce de poisson et le piment et des légumes accompagnants comme la coriandre et le basilic. Les nouilles traditionnelles sont fabriquées à partir de farine de riz, enrobées de fines feuilles et coupées en fibres. Le bouillon, qui constitue l’essence même du plat et qui en a donc fait sa notoriété. La soupe est généralement un bouillon à base d'os de bœuf, d'os de porc avec une variété d'épices, notamment la cannelle, l'anis, le gingembre grillé, la cardamome, le clou de girofle, la coriandre et l'oignon séché.  Au Vietnam, il existe différents noms pour distinguer les pho: Pho Bac (Northern Pho), Pho Hue (Central Pho) et Pho Saigon (Southern Pho). Normalement, le pho du Nord est caractérisé par un goût salé et le Sud est sucré et riche en légumes. Les nouilles dans le Sud sont plus petites que dans le Nord.
Nous allons ensuite visiter la pagode de la Dame Céleste Thien Hau. 

 

Le temple de la Dame céleste joue un rôle important dans la vie culturelle et religieuse des Hoa (Vietnamiens d’origine chinoise) de Saigon-Cho Lon. Ils adorent la Dame céleste, déesse chinoise censée protéger les marins et les pêcheurs. Le célèbre historien Vuong Hông Sên a salué la beauté de ce temple.
Depuis la fin du 17e siècle, de nombreux Chinois sont venus s’installer à Cho Lon (Grand marché). En 1760, un temple a été construit, dédié à Matsu, appelée Thiên Hâu Thanh Mâu (Dame céleste), d'architecture chinoise. Il a subi de nombreuses améliorations et réparations, mais a conservé son style d'origine. Il a contribué à enrichir les caractéristiques culturelles de l'ancien Saigon-Gia Dinh. Les matériaux de construction comme briques, tuiles ou céramiques ont été importés du Sud de la Chine, région d’origine des Hoa.


Les tuiles sont typiques de l'architecture chinoise et le toit est couverts de figurines humaines, de fleurs et de feuilles. Au sommet du toit, la décoration en céramique montre 2 dragons luttant pour un bijou.

3 religiàns cohabitent en Chine: le bouddhisme, le taôisme et le confucianisme. Au Vietnam, 8 à 10% de la population est chrétienne mais le culte de la Dame Céleste est hors religion. C'est une pratique quasiment animiste. Les spirales d'encens sont propres aux Hoa. Le plus spectaculaire ornement des temples et des pagodes au Vietnam sont d'énormes spirales d'encens suspendues au plafond. Elles sont allumées surtout à l'époque du Nouvel An lunaire et se consument très lentement pendant toute la durée de la fête. Allumer un bâton d'encens est le premier geste rituel de tous les cultes, le parfum est destiné à attirer l'attention du dieu ou de l'esprit dont on sollicite l'appui. Mais son utilisation ne se limite pas au temple. De même pour le culte des ancêtres, dans chaque maison, quelques bâtonnets, jamais moins de trois, se brûlent devant la photo d'un parent, ou dans la cuisine, en l'honneur du dieu du foyer.



La légende veut que Thiên Hâu Thanh Mâu soit née en 1044 à Fou Kiên, en Chine, sous la dynastie des Sông, avec comme nom de naissance Mi Châu. Un jour, son père et ses deux frères, qui mènent un bateau transportant du sel pour Jiangxi, rencontrent une grosse tempête. Mi Châu est à la maison avec sa mère sur le métier à tisser. Elle sort et essaye de sauver son père et ses deux frères, mais ne peut extirper des vagues déchaînées que les deux premiers. C’est ainsi qu’elle est devenue la déesse en robe rouge, errant sur les mers pour aider les navigateurs en perdition. Les équipages de bateaux de pêche hauturiers ont l'habitude de prier pour elle. En 1110, elle a reçu le titre de "Thiên Hâu Thanh Mâu" (Matsu, ou grand-mère) par la dynastie des Sông.

Nous quittons le temple pour visiter un atelier de laque. Nous avons quelque habitude de la laque dont nous avons découvert les secrets dans l'atelier de Phyo et de son père près de Bagan en Birmanie. La fabrication d'un tableau de grande qualité nécessite une vingtaine d'étapes mais ici, le résultat me parait beaucoup moins raffiné, d'une qualité artistique moins affirmé que chez Phyo. Beaucoup des pièces présentées ont des couleurs criardes.

La laque est une résine extraite d’un arbre appelé le Laquier et mélangée à des pigments minéraux, des huiles végétales et des herbes. Ensuite, elle est appliquée en plusieurs couches, parfois plusieurs dizaines, sur des fonds généralement apprêtés. Sa beauté vient de son aspect lisse et agréable au toucher. De plus, son effet de profondeur est dû à une légère translucidité. La récolte de la laque est obtenue à partir de la sève du  laquier. D’abord, on fait une incision dans l’écorce à la base de l’arbre, un récipient est placé en dessous, et il n’y a plus qu’à attendre qu’il se remplisse. D’où, un processus est long et peu productif. De même, la sève est très collante et brillante.

L’art de la laque est une composante essentielle de la culture asiatique. D’ailleurs, la réalisation d’un objet laqué nécessite beaucoup de temps et de patience. Car, elle suit des étapes très minutieuses et soigneuses. Chaque pièce est donc unique par sa fabrication manuelle, c’est pour cette raison que chaque modèle peut légèrement varier d’une pièce à l’autre (couleur, peinture, nacre, etc…) mais je remarque qu'ici le modèle, certes artisanal, est répété très souvent.


Le procédé:

  1. Première couche de base avec une laque très épaisse et condensée sur le support
  2. Recouvrir entièrement le support avec de l’étoffe (tissu fin blanc)
  3. Appliquer plusieurs couches de peinture laquée les uns après les autres en respectant plusieurs jours de séchage entre chaque couche
  4. Grattage et polissage à l’aide de papier de verre et de l’écaille de seiche
  5. Incrustation de la nacre ou des coquilles d’œuf sur les articles
  6. Dessin à la main des motifs tels que les personnages, paysages, fleurs, etc.
  7. Retouche jusqu’à la perfection
  8. Appliquer la dernière couche de vernis qui sera fine et transparente
  9. Polissage à la main avec de l’eau et du papier de verre jusqu’à l’aspect lisse, doux et agréable au toucher



Les artisans doivent appliquer plusieurs couches de laque pour créer la couleur et la finition souhaitées. Chaque couche est appliquée à la main et séchée à l’air avant d’être polie pour donner un fini brillant et durable.

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 Parmi les œuvres en cours de finition, cette version de Guernica, une prouesse technique, certes, mais. Je resterai un fan absolu des œuvres du père de Phyo à Bagan. https://www.lemounard.com/2012/11/bagan-les-laques-de-phyo.html

Dernière visite , l'église du quartier Tan Dinh. Nous n'avons pas pu visiter la cathédrale, visitons l'église rose bonbon qui date de la période coloniale. Il faut d'abord convaincre le gardien qui ne veut pas de visiteurs. On lui explique notre foi, les kilomètres que nous avons fait pour venir jusqu'ici et il finit par se laisser attendrir. Peut être que Wu, lui a laissé un petit billet...

Il s'agit de l'église du Sacré Coeur


Cette église de style néo-roman a été construite de 1870 à 1876 à l'époque de l'Indochine. Son clocher datant de 1929 mesure 52,60 mètres de hauteur1 et il est surmonté d'un toit octogonal couronné d'une croix de bronze de 3 mètres de hauteur. Le clocher comporte cinq cloches pesant environ 5,5 tonnes. Tan Dinh était à l'époque de la construction de l'église un faubourg de convertis chrétiens de Saïgon séparé de la ville par la rue Richaud.  Elle se trouve rue Hai Bai Trung.

Demain départ pour le delta du Mékong.

 

 

 


 



 

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