Vol sans histoire entre Paris et Saïgon, difficile de dormir, atterrissage vers 6H30 et première confrontation avec la bureaucratie. Il faut un visa vietnamien qu'on obtient sur le net pour pouvoir passer plus de 2 semaines dans le pays. A près plusieurs tentatives infructueuses où on nous déclare que notre visa est mal rempli, on a fini par obtenir l'indispensable sésame. En fait, lors des formalités de passage à l’immigration, Catherine et moi, d'abord puis Eliane sommes retenus. Notre visa n'est pas conforme bien que l'administration vietnamienne nous l'aie délivré contre 25 euros. Le préposé au contrôle appelle un supérieur qui vient nous chercher et nous explique ce qui ne va pas. Il est gentil et souriant et nous ne doutons pas un instant que tout va s'arranger. Il appose sur nos passeports, une autorisation d'entrer sur le territoire pour 14 jours et nous conseille d'aller au bureau de l'immigration pour faire régulariser nos visas. Le guide Vu, nous attend à la sortie et nous conduit à l’hôtel où le reste du groupe se repose en attendant qu'on soit libéré de cette contrainte. Retour à l'aéroport où le service de l’immigration nous envoie dans un autre service à l'autre bout de la ville. Même procédé, ce n'est pas ici qu'on délivre le visa et re-taxi, quelques kilomètres plus loin, on se retrouve dans un grand hall, un queue pas possible et quand vient notre tour le préposé nous dit que ce n'est pas là que ça se passe, puis nous envoie ailleurs. On téléphone à Nicolas de l'agence Carnet d'Asie qui nous dit que c'est le Vietnam, les bureaucrates s'ingénient à montrer leur importance en créant des procédures que personne ne comprend. Peut être qu'un billet mais veut mieux pas tenter. Avec cette plaisanterie, on a traverser Saïgon d'est en ouest puis du sud au nord et on a perdu une demi-journée pour rien. Difficile, cependant, de n’être pas subjugué par les hordes de motocyclettes qui démarrent à chaque feu.
On rentre enfin à l’hôtel pour une douche et une petite sieste avant de sortir boire un cocktail au Propaganda. Sur les murs des fresques et des slogans qui n'ont qu'un lointain rapport avec les pensées de Mao ou de l'Oncle Ho. Les cocktails sont excellents. Hélène se rend compte qu'elle a laissé son argent à l’hôtel....son sac à dos est ouvert. Nous quittons le bar. Catherine, Éliane et moi marchons devant. Les autres nous suivent puis ne nous suivent plus. Nous retournons sur nos pas. Coïncidence étrange, chance inouïe, Hélène a trouvé dans la pénombre son petit édicule où elle met son argent et ses papiers. Naturellement plus un kopeck, pas même un dong, elle a été victime d'un pickpoquet sympa qui lui a laissé passeport et carte vital mais ni carte de crédit, ni argent. Elle fait opposition aussitôt mais la Banque Populaire semble ne proposer aucune solution valable pour le reste du voyage. Le groupe se chargera de couvrir les dépenses d'Hélène mais l'interlocutrice à la banque mérite un zéro pointé. Bonne cuisine vietnamienne dans un restaurant pour les vietnamien à 2 rues de l'Hotel Siverland Yen Hotel qui est bien placé et qui est très agréable avec sa micro piscine au sommet du bâtiment avec vue sur les jardin de l'ancien palais présidentiel. Le lendemain, notre journée commence par la visite de l’ancien quartier français. Nous commençons par l'Opéra où Marie souhaite acheter les places pour une représentation ce soir vers 17H30. Le spectacle A O est une
fusion unique de cirque de bambou, de numéros d’acrobatie, de danse
contemporaine, de musique traditionnelle vietnamienne et d’art visuel
théâtral. Le nom « A O » dérive de « Lang Pho » qui signifie village et
ville. Le spectacle met en évidence le contraste entre la beauté
charmante et la richesse culturelle de la vie vietnamienne à la campagne
et l’urbanisation galopante du pays.
L’Opéra de Saïgon ( Théâtre municipal de Ho Chi Minh Ville) est l’un
des exemples les plus remarquables de l’architecture coloniale française
au Vietnam. Construit en 1898 et bénéficiant d’une position privilégiée
dans le centre de Saigon, il abrite le ballet national, l’orchestre et l’opéra.
La construction de l’Opéra de Saïgon a commencé en 1898 sur une surface totale de près de 3 200 m2 et s’est achevée en 1900. Sa structure possède des caractéristiques spécifiques à l’œuvre du célèbre architecte Félix Olivier et deux architectes français – Ernest Guichard et Eugène Ferret ont suivi les travaux. L’architecture s’inspire du Palais Garnier et du Petit Palais, deux bâtiments populaires à Paris à l’époque.
De l’extérieur, la maison présente des ornements sculptés dans la pierre et des statues à l’entrée. Elle est surélevée de plus de 2 mètres par rapport au niveau de la rue et dispose d’un double jeu de portes pour éviter le bruit de la circulation à l’extérieur.
À l’intérieur, il y a un plancher principal au niveau de l’orchestre et deux niveaux de sièges supérieurs, qui pouvaient autrefois accueillir 1 800 personnes. Le système de fenêtres en arc avec garde-corps surélevé a été conçu dans le style audacieux de l’architecture française classique. Les matériaux utilisés pour l’intérieur du bâtiment, tels que les sols en granit brillant, les lustres en cristal, les statues en pierre, les rampes d’escalier, les cartouches et le plafond, ont été importés de France. Il est également équipé d’installations électriques, d’éclairages et de systèmes de sonorisation modernes et écologiques, de sorte que tous les sons seront préservés à l’intérieur du théâtre.
Aujourd’hui, la capacité de l’Opéra de Saïgon est de près de 500 sièges en velours dans un élégant auditorium ovale avec une bonne vue depuis chaque siège. En 1998, à l'occasion du 300e anniversaire de le ville, le gouvernement de la ville a fait reconstituer une partie du décor de la façade.
L'Opéra attire les jeunes mariés fortunés de Saïgon qui viennent y faire les photos de leur album de mariage avec des voitures anciennes qui date parfois de l'Indochine. Les tenues rappellent celles que l'on voyait à Shanghai ou dans les villes du Yunan qui ont fait du mariage une forme d'industrie.
Face à l'Opéra, l’hôtel Continental Saigon. En 1865, l'Amiral-Gouverneur de la Grandière décide de renommer les rues. La sixième rue devint la rue Catinat.En 1878, Pierre Cazeau, un fabricant d'appareils électroménagers et de matériaux de construction, commence à construire l'hôtel Continental dans le but de fournir aux voyageurs français un hébergement de luxe à la française après leur longue croisière vers ce nouveau territoire. La construction dure deux ans et l'hôtel Continental est inauguré en 1880. En 1930, l'hôtel est acquis par Mathieu Franchini, un membre réputé du milieu corse, et plus tard son fils Philippe Franchini dirigera l'hôtel jusqu'à la prise du pouvoir par les communistes en d'avril 1975. André Malraux et Graham Greene, le poète Rabindranath Tagore y ont séjourné . Pendant la guerre du Vietnam, l'hôtel Continental était souvent appelé Radio Catinat, car c'était le point de rendez-vous où les correspondants, les journalistes, les politiciens et les hommes d'affaires parlaient de politique, d'actualité économique et d'actualité. L'hôtel est rebaptisé Palais continental et devient populaire auprès des journalistes qui ont surnommé le bar du rez-de-chaussée le plateau continental. Les magazines américains Time et News Week avaient chacun leur bureau de Saïgon au deuxième étage de l'hôtel. Surmontant le quartier, la Bitexo Financial Tower est un des buildings les plus remarquables du monde.
Cette tour de 68 étages, la plus haute de Hô Chi Minh-Ville, pointe au 45, rue Ngô Duc Kê, dans le 1er arrondissement. L'édifice a été inauguré en octobre 2010. Son originalité réside dans son architecture inspirée d'un lotus, un des symboles du Vietnam.
Ce bâtiment, d'une hauteur de 262 m et d'une superficie de plancher de plus de 93.000 m², a nécessité un investissement total de 270 millions de dollars. Construit aux normes internationales, il offre 37.000 m² de bureaux et 8.000 m² de centres commerciaux. En particulier, il dispose d'un héliport au 52e étage et d'un poste d'observation panoramique au 49e. L’édifice attire depuis sa construction de nombreux curieux et fait partie des trésors incontournables à découvrir dans la mégapole du Sud. Construite au moment du boom économique vietnamien, la tour financière Bitexco est le symbole de la prospérité de cette ville fiévreuse et moderne. Depuis l'Opéra, nous marchons jusqu'à l'Hotel de Ville.
Un des caractéristiques du communisme est le culte de la personnalité et, ici, comme dans tout le Vietnam, la statue d'Ho Chi Minh est partout présente peut être pour faire oublier les turpitudes de ses successeurs chez qui la corruption règne en dictature incontesté. On verra que les grands principes du communisme sont ici foulés au pied. Aucune politique sociale, aucun partage des richesses, si tu ne bosses pas, tu crèves ou tu te prostitues. Pendant la période coloniale, les Français envisagent de trouver un lieu pour installer le siège du Comité d’administration française en Indochine. L’hôtel de ville de Saïgon est inauguré à l’occasion de la célébration de 50 ans de l’établissement du gouvernement français à Saigon (1859-1909), avec présence du gouverneur général d’Indochine. Le bâtiment est conçu par Femand Gardès, mais son architecture extérieure est confiée à Louis-Lucien Ruffier. Inspiré du style néo renaissance IIIème république, l’édifice se dénote par des murs au ton jaune pastel et blanc, une toiture élégante surmontée d’un beffroi typique du nord de France. On y remarque particulièrement de belles sculptures des femmes et petits qui dominent les bêtes méchantes. Si sa façade est richement ornée, son intérieur n’est pas en reste avec de beaux lustres de cristal lui donnant une ambiance raffinée. C’est à partir du 30/04/1975, jour qui marque la fin d'une démocratie libre que l’endroit héberge le Comité populaire de la municipalité de Ho Chi Minh – ville.
Monument dédié aux travailleurs communistes à l'extérieur de la Poste Centrale de Saïgon. La Poste Centrale est un autre bâtiment emblématique de la présence française e, Indochine. Ce bel édifice fait partie intégrante du patrimoine colonial de Ho Chi Minh - ville qui séduit par des valeurs esthétiques et historiques remarquables. Le 13 janvier 1863, le bureau de poste a été ouvert pour la première fois à la population locale, et la poste a émis son premier timbre. Gustave Eiffel en avait conçu la première version. De 1886 à 1891, le bâtiment a été reconstruit par l’architecte français Villedieu, et c’est le bureau de poste de Saigon que nous voyons aujourd’hui.
La structure du bâtiment
est une combinaison de styles de construction occidentaux et asiatiques.
En arrivant à l’entrée principale, une horloge géante est suspendue
au-dessus de la porte, avec les années de construction « 1886 – 1891 »
en dessous. La façade élégante
porte notamment par les bas-reliefs qui décorent l’au-dessus de
l’horloge et les fenêtres au premier étage. Les
scientifiques les plus importants sont honorés on remarque les noms nom de Benjamin Franklin, Alessandro Volta,
Michael Faraday, André-Marie Ampère…
Lorsque on entre dans
ce lieu, on peut admirer le toit en forme de dôme qui couvre toute la
longueur du bureau de poste. Les piliers soutiennent le dôme avant, et
les dômes des salles sont soutenus par des rangées de piliers sur les
deux côtés. De l'administration coloniale subsistent deux grandes
cartes: l’une présente Saïgon et ses
environs en 1892 et l'autre le réseau des lignes télégraphiques du
Vietnam et du Cambodge en 1936.
Nous visitons ensuite le musée de la guerre qui s'appelait avant le musée des crimes américains ou quelque chose dans ce gour là. Le Musée de Mémoires de la Guerre est situé dans le bâtiment qui abritait le Service de Renseignement Américain à Saïgon. Ce lieu montre les atrocités qu’ont commises les envahisseurs américains, français et chinois et oublie les exactions commises par l'armée du Nord et la guérilla communiste au sud. C'est un musée partial comme on les rencontre en Chine par exemple. On saute a pied joint sur les conditions d'emprisonnement des militaires français. À l’issue de la guerre française d’Indochine, plus de 20 000 combattants français, légionnaires et africains, sont portés "prisonniers et disparus", auxquels il faut ajouter des dizaines de milliers d’indochinois.
La plupart des prisonniers de guerre (PG) de la République démocratique du Vietnam (RDV), capturés en Indochine entre 1945 et 1954, l’ont été entre les batailles de la RC4 (octobre 1950) et de Dien Bien Phu (mars-mai 1954).
Les survivants sont majoritairement libérés à l’été 1954, malades et amaigris. Par ailleurs, près de 4 000 PG européens et africains ont été relâchés de manière anticipée au cours du conflit. Dans les camps improvisés par la RDV, débordée par le nombre, ils sont soumis à un régime alimentaire et sanitaire qui, s’il est proche de celui des populations vietnamiennes les entourant, fait des ravages dans leurs rangs européens ou africains, tout particulièrement dans les camps de sous-officiers et hommes de troupe.
Mais l’affreux rythme des morts n’est pas le seul choc qui les attend en captivité. "Celui-ci découle ] de l’humiliation, appartenant à une armée forte, de se voir vaincu par un peuple réputé faible, du passage physique dans un milieu humain et matériel totalement différent, comportant le retour à la vie primitive au sein de la forêt tonkinoise, de la surprise d’être traités dès l’abord en «amis» et non en ennemis, de la disparition des grades et des galons, supports de la confiance en soi". "Taxés de "criminels de guerre" pour leur participation à une guerre coloniale "injuste", ils se voient cependant "graciés" par la "politique de clémence" du président Ho Chi Minh : le "prolétariat" militaire qu’ils forment aurait été trompé et exploité par le gouvernement colonialiste français à la solde des impérialistes américains. Abandonnés par ces "fauteurs de Guerre", la RDV leur offrirait la possibilité d’ouvrir les yeux sur leur condition et celle du peuple vietnamien, et de racheter leurs fautes via la signature de déclarations politiques. Ainsi pourraient-ils devenir des "combattants de la paix" . avec l’espoir, d’abord, d’être libérés.Désorientés par des marches particulièrement meurtrières vers les camps, la fatigue, les privations et les séances répétées d’éducation politique, les prisonniers de guerre voient leurs repères sociaux et moraux mis à l’épreuve de la captivité. Dans chaque camp, des microsociétés de captifs se reconstituent sur un mode sensiblement différent d’avant la capture, occasionnant d’importants clivages - encore sensibles aujourd’hui - entre résistants, tire-au-flanc, délateurs... Un climat de méfiance généralisée s’installe rapidement entre eux, poussant au renforcement de groupes primaires, dont les membres s’entraident, luttent contre l’épuisement et la désorientation, et élaborent de véritables stratégies de contournement visant à assurer leur survie..., en éprouvant le moins possible leur loyauté militaire."
Conscient que les dés sont pipés et qu'à le habitude, les Communistes se présentent sous un jour idyllique pendant que les autres sont d'abominables capitalistes, criminels et assoiffés de sang, je traverse le musée à la vitesse V. Je ne visite pas l'étage où sont présentés de la façon la plus partiale les monstruosités des sudistes et des américains. Cette guerre a été atroce et personne n'en est sorti indemne.
Selon l'ANAPI, le lavage de cerveau "découle des principes fondamentaux du marxisme léninisme qui cherche à imposer aux"masses" une pensée unique". Le mise en place de cette "rééducation permanente" fut confiée au Dich-Van, une unité qui se livra à un travail de propagande aussi bien sur les prisonniers issus du Corps Expéditionnaire Français d'Extrême-Orient que sur les déserteurs du Viêt minh. "En charge de l’Action psychologique à l’encontre de l’ennemi, le Dich Van met en œuvre les actions de formation et de rééducation, ainsi que celles de la persuasion morale auprès des prisonniers de guerre (appelés thu-binh), en appliquant un principe simple : exclure tout esprit d’humanité". La description des actions concrètes est éloquente : coupure totale avec le milieu initial, usage constant de l'autocritique, endoctrinement, dépersonnalisation de l'individu, mirage de la libération...
Les autorités des camps Viêt minh avaient estimé la durée nécessaire de rééducation à 12 ou 18 mois pour un militaire du rang, à 18 ou 24 mois pour un sous-officier, à 2 ou 3 ans pour un officier. En raison de l’effroyable taux de mortalité constaté, le Dich Van revit à la baisse ces estimations car l'espérance de vie moyenne d'un prisonnier européen ne dépassait pas les six mois...
Le Colonel Eric Weinberger, qui fut déporté à Buchenwald et prisonnier du Viêt minh écrira : "J’ai eu l’occasion de comparer les méthodes des Nazis et des Viêts. Juifs, Tziganes, Résistants de tous bords, s’ils nous réduisaient en une sous-humanité, les nazis ne cherchaient pas à nous convertir. Par la faim, les privations, les Viêts nous amenaient au même état que les nazis, mais ils exigeaient en plus que nous adhérions à leur système, en reniant toutes nos valeurs, notre foi en la justice, en notre pays".
A noter que la guerre est finie depuis longtemps mais que le régime ne s'est pas libéralisé.
"Le régime à parti unique, qui veut faire taire toute dissidence, a multiplié les arrestations et condamnations ces dernières années, en particulier pour des publications sur les réseaux sociaux. En mars 2022, plus de 150 prisonniers politiques étaient en détention, d'après l'ONG Human Rights Watch. Un nombre largement sous-évalué selon une autre ONG, mais impossible à vérifier en l'absence de toute statistique officielle.
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dans le pays, classé à la 174e place sur 180 pays dans le classement
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Après les horreurs de la guerre, l'après midi est relax, Éliane et Hélène sont montées sur le toit. Il y a un minuscule bassin où on peut se tremper, en dominant la ville et en sirotant un cocktail. Surpris, le barman, leur fait comprendre qu'il peut outre les cocktails, améliorer le séjours des occidentales en manque de chair fraîche...No comment.
Ma première impression du Vietnam est très mitigée.
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