"Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C'est moi. Elle l'avait reconnu dès la voix. Il avait dit: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit: c'est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l'accent de la Chine. Il savait qu'elle avait commencé à écrire des livres, il l'avait su par la mère qu'il avait revue à Saïgon. Et aussi pour le petit frère, qu'il avait été triste pour elle. Et puis il n'avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort."
Marguerite Duras
La route entre Tra Vinh et Can tho est sans histoire , avant d'arriver on franchit un des neufs dragons du Mékong, très large qu’enjambe le pont de Cân Tho. C' est un pont à haubans construit sur un bras du Mékong, le Bassac (ou Hau Giang), près de la ville de Cần Thơ au Viêt Nam. Avec une portée principale de 550 m, il est le plus grand pont à haubans de l'Asie du Sud Est. Il est 14h et nous avons une petite faim. Wu nous propose de déjeuner dans un restaurant qui appartient à Benoît Perdu qui possède plusieurs établissements et les Bessac, bateaux de croisière sur le Mékong.
Can Tho est la plus grande ville du delta. Elle est crée sous le nom de Tran Giang en 1739, à la suite de l’installation d’un palais par Mac Cuu, arrivé du Guangdong, en Chine. Petit à petit, la colonisation chinoise de la région va se réaliser et au fil des années, Tran Giang va devenir une place forte importante, en particulier lors des batailles féroces pour le territoire dans les années 1770 et 1780. Cette époque a également vu la construction de l’architecture la plus intéressante de l’histoire locale. La salle d’assemblée de Guangzhou a par exemple été construite à la fin des années 1800 sur les rives de la rivière Can Tho, en hommage à la divinité chinoise Kuang Kung. La ville fut renommée plusieurs fois sous la direction de la dynastie des Nguyen. En 1839, la région relève du district de Phong Phu, un lieu réputé pour sa paix et sa prospérité. De là commence l’une des périodes les plus stables et prospères de l’histoire de Can Tho, car une population importante vint s’installer sur les rives du Mékong. Les bateaux étaient alors la principale moyen de déplacement et ce furent les colons qui mirent en place les premiers marchés flottants que l'on visitera demain. En 1867, les Français rompent le traité de paix de 1862, leur permettant d’occuper trois provinces de l’Est. Ils prendront ensuite le contrôle des provinces occidentales, dont Phong Phu faisait partie.Au départ des troupes françaises en 1954, la ville est rebaptisée Phong Dinh sous le gouvernement du Sud-Vietnam des années 1960 et 1970. Ce n’est que lors de la réunification en 1975 que la ville redevient Can Tho.
Le restaurant est situé sur le quai, ce doit être très agréable quand le soleil se couche. C'est le Café Sao Hom, la clientèle est plutôt expatriée donc pas trop couleur locale. De la cuisine, pas grand chose à dire, on n'en retiendra rien; c'est trop propre, trop européen, hygiène irréprochable, rien qui dépasse, ça manque d'exotisme et d'excentricité, d'épices, de caractère, dépaysement néant. J'apprécierai, par contre, ces qualités à l’hôtel où nous séjournerons ce soir et les 2 bateaux de croisière les Bessac ont l'air superbes.
Situé à 5 km du centre-ville de Cân Tho, la maison Binh Thuy, typique du delta du Mékong, est devenue une destination de prédilection pour les touristes car elle a servi de décor pour certaines scènes du film L'amant de Jean-Jacques Annaud, adaptation du roman de Marguerite Duras.. Ce bâtiment figure dans la liste des sites architecturaux intéressantS de l'architecture de l'époque coloniale. Il est situé dans la rue Bui Huu Nghia.
Cette ancienne maison Binh Thuy appartient à la famille Duong, originaire de Nha Man, Dong Thap, a déménagé vers Binh Thuy et Can Tho pour survivre. Cette famille est considérée comme la première famille ayant crée cette région Can Tho. L’ancienne maison Binh Thuy a été construite en 1870 (environ la 3ème génération de la famille Duong). La construction a pris environ 20 ans. Au début du XXe siècle, le temple de la famille Duong a été restaurée et existe encore jusqu’à ce jour. La maison appartient actuellement à M. Duong Minh Hien.
Ceinturée d’un beau jardin de près d'un hectare, la maison compte cinq travées et est recouverte de tuiles portant les inscriptions Phuc-Lôc-Tho (Bonheur-Prospérité-Longévité). Précédée d'un porche et d'une cour, elle comprend des colonnes en bois de lim (bois de fer). La maison de devant, de cinq travées et de style européen, est réservée à l’accueil des visiteurs. L'autel des ancêtres se trouve au milieu de la travée centrale, les chambres sont derrière.
Cette grande maison bourgeoise a été bâtie par le grand-père de l'actuel propriétaire. Ce dernier a fait appel aux meilleurs artisans de la région pour sculpter colonnes de bois, meubles et fauteuils qui portent encore des détails de dragons et phénix.
"Son architecture manifeste des influences à la fois orientale et occidentale, tout en conservant les caractéristiques du bâti méridional. Cette maison abrite également des objets précieux et rares, vieux de plusieurs siècles : lit de planches aux pieds en console, dressoir pour le service à thé, canapé, panneaux transversaux dorés, table et chaises de la dynastie chinoise des Qing (1644-début du XIXe siècle), tasses des dynasties Ming (1368-1644), Qing, etc. Les tapisseries ornant les plafonds ont été importées de France."
Outre l’architecture originale, cette maison est apparue dans des films connus sur le Vietnam. Ainsi, différents tournages se sont déroulés ici. On citera par exemple le film Français de Jean Jacques Annaud « l’Amant« , adaptation du romain de Marguerite Duras. Il relate l’histoire d’amour entre Huynh Thuy Lê, un riche héritier chinois et l’auteure, dans l’Indochine coloniale de l’entre deux guerres. Le père de Huynh Thuy Lê refusant cette relation, oblige son fils à épouser une femme de sa catégorie sociale.
La maison de l'Amant se trouve à Sadec mais Jean Jacques Annaud a du louer celle-ci pour le tournage des scènes d'amour du film. "Le film est sorti en 1992 et a connu immédiatement un immense succès
mondial. Après sa séparation d’avec Marguerite Duras, Huynh Thuy Lê
s’est marié, comme l’exigeait son père, avec Nguyên Thi My, une
Vietnamienne, originaire de Kiên Giang. Ils ont eu cinq enfants et leur
vie semble avoir été assez heureuse."
Wu nous ramène dans le centre ville de Can Tho. notre hôtel appartient aussi à Benoit Perdu et son épouse vietnamienne. C'est le Nam Bo Boutique Hotel. Quelques suites très sympathiques et un emplacement idéal avec vue sur le fleuve. Nous avons quelques sueurs froides au début car un Karaoké géant se tient sur les rives du fleuve avec une sono de fou. Heureusement la musique cesse vers 21h et la nuit sera tranquille. Éliane et Marie vont se faire masser au grand salon en face qui pratique des massages médicaux, ne pas confondre avec les massages amicaux qui se terminent, parait-il, dans l'extase. C'est le Mekong Heatlth and Beauty. Elles apprécient la qualité des soins avec des tarifs très compétitifs et ç'est juste en face de l’hôtel, plein centre ville. Apéritif avec une bouteille que l'un de nous a apporté dans ses bagages, peut-être même 2, des petits amuse-gueule achetés dans des échoppes sur la route, avant de sortir traîner dans le marché de nuit.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire