mardi 8 novembre 2022

LE REFUGE DU COL DE SAINT THOMAS, LA FIN D'UNE ÈPOQUE

 Depuis très longtemps, je voulais parler de l’exception culturelle que constituait l'auberge du Refuge au col de St Thomas sur la commune d'Arconsat. Je parle au passé parce que Jean Michel Dayné qui tenait cette auberge avec ses parents est décédé cette semaine. Nous l'avions découverte un jour par hasard. Nous avions passé le week-end dans la chambre d'hotes de madame Gaume, une délicieuse vieille dame qui proposait quelques chambres dans une maison bourgeoise de Lentigny près de Roanne. Nous ne sommes pas très fan des fréres, du fils et du petit fils Troisgros et nous allions diner au chateau de Champlong ou à l'Auberge Costelloise. Pour revenir à Clermont, nous avions prévu de suivre le chemin des écoliers et de faire la randonnée de Montlune sur la commune d'Arconsat. Ce parcours d’environ 13 kilomètres représente en moyenne 3h30 de marche. On part d' Arconsat, l’un des plus vieux villages du Forez on suit  des pistes forestières mène au sommet de Montlune et son tombeau funéraire qui offre un panorama sublime sur les monts du Forez, la Limagne, la Chaîne des Puys et le Sancy. Nous commençons la promenade. Après 2 heures d'effort, nous arrivons au col de St Thomas et je dis à Catherine que j'ai des visions de charcuteries et de fromages auvergnats. Au col , cette curieuse pancarte qui nous signale que nous venons de franchir la frontière franco-auvergnate. Les sécessionnistes arvernes envisagerait de faire défection et de demander à faire partir de l'Europe. En fait, ce panneau a une belle histoire dont je reproduit l'article de Marcel Barnérias, ancien maire de THIERS (de droite) avant qu'Adevah Poeuf fasse de la capitale de la coutellerie française, la capitale des casseroles. En retrait de la route, une bâtisse et une terrasse pleine de joyeux ripailleurs. Il reste une petite table à l'écart et la dame âgée qui nous accueille nous prie d'y prendre place. Nous avons découvert, l'auberge familiale et rustique du Refuge. A l'intérieur, quand le froid arrive, on peut lire cette étonnante affichette;" le personnel de cette auberge rustique a un age moyen de 70 ans , veuillez être indulgents et ne pas les brusquer. Depuis ce jour, nous sommes restés fidèles au refuge et, les derniers temps, l'affichette indiquait un age médian de 85 ans. Trois personnes s'occupent de l'auberge, aux fourneaux, Jean Michel Dayné, l'homme orchestre, des omelettes aux cèpes comme on en rêve, des crêpes exceptionnelles, " bouteilles de gnôles maison sur la table à la fin du repas. La dame qui nous accueille, c'est Madeleine Dayné, la mère, une dame adorable, l'accent d'ici, de temps en temps (ses clients sont ses amis) elle s'assoie à leur table. C'est la gentillesse personnifiée, quand sa santé chancelle, jamais elle ne se plaint. Ephraim, c'est le père, l'accent est plus du coté Savoie, car il est valdotain. C'est un très grand monsieur, barbu, il a un hobby, la vidéo et il a fait quelques superbes reportages sur la flore de haute Auvergne, sur les ouvriers couteliers du bassin thiernois. Il a écrit plusieurs livres avec Paul Chatelain "Si Cervières m'était conté". Cervières, c'est une petite commune sur le versant ligérien du col de St Thomas. Ils avaient aussi écrit :"Traces et Tracés - Une Géographie des Routes dans le Seuil de Cervières - Paul Chatelain, Xavier Browaeys, Ephraïm Dayné".

Ephraim, "Fredo" a du être une force de la nature, il est grand, se voûte avec l'age, il a une langue riche et a toujours de belles histoires à raconter sur les Bois Noirs, bien sur, mais aussi sur la région de Valsavarenche dans le Val D'aoste. Pendant la guerre, il contrebandait, un peu, beaucoup peut être entre le Val d'Aoste et Val d'Isère et s'était fait prendre par les allemands qui l'avait enfermé dans le clocher. Peut être assourdi par le son des cloches, il s'était fait la belle. Après la guerre, il était venu louer ses bras là où commence l'Auvergne et"avait marié" Madeleine. Une fois, je déjeunait seul à ma table, plongé dans la Pravda auvergnate. Fredo était attablé avec son copain,Paul Chatelain peut être, la même barbe que Fredo. Les 2 vieilles canailles se marraient. "Plutôt que de faire des films sur les sorciers, sur les bois noirs, la flore ou les couteaux, on devrait faire un porno, en costume d'époque, ça se passerait dans le chateau d'Urfé, la chatelaine, robe fendue jusqu'... " voilà, je n'en saurai pas plus et le scénario est resté dans les limbes. Jean Michel, c'était un taiseux, il ne l'ouvrait pas pour ne rien dire, mais quand il l'ouvrait c'était toujours intéressants: les champignons, les voyages en URSS ou aux States. Le menu campagnard était immuable, la charcuterie maison, un jambon épais, du pâté comme à la maison, le saucisson puis l'omelette aux cèpes, généreusement remplie, les fromages d'Auvergne et les crêpes, une tuerie, des crêpes comme ça, tous les bretons du monde peuvent aller se rhabiller. Elles étaient craquantes, croustillantes, presque caramélisées. Une tuerie. De temps en temps, il me disait d'aller faire un tour vers 5 sapins, là, il y avait toujours 1à cèpes. Cette année, par respect, jamais je ne suis allé vers les 5 sapins. Le décès de Jean Michel, c'est la fin d'une institution, un endroit tel que le Refuge, ça existait en Ardèche quand j'étais gamin et que j'allais avec mon père taquiner les vairons de Rieutord. Maintenant, on sert sur le plateau une cuisine standardisée, stérilisée, congelée. Jean Michel m'avait trouvé hotel et guide à Valsavarenche quand pour mes 52 ans nous avions escaladés le Grand Paradis. Le soir, c'était la finale du championnat d'Europe de foot quand au bout du temps réglementaire, les français avaient égalisé par Wiltord avant que Trézeguet ne crucifie les transalpins à le 103éme minute avec une passe décisive de Pires. Les italiens n'avaient pas supporté et avaient coupé la télé avant que la coupe soit décernée aux français.




Frontière Franco Auvergnate ou pas ?
Non, a écrit le compétent historien régional Jean Canard.
Eh bien, il avait raison. Le panneau est devenu célèbre grâce aux médias mais aussi aux touristes qui surenchérissaient à qui mieux mieux quant à l’origine du texte.

Son succès fut tel qu’il fit la joie des collectionneurs qui l’enlevèrent une bonne dizaine de fois. Il a été à chaque fois remis en place.

Son origine date de l’été 1942. C’était l’occupation et si les adultes étaient inquiets, les ados ne l’étaient pas… La preuve…

Une vingtaine d’étudiants de Thiers – parmi eux les 2 frères Maurice (Nanou) et René Barnerias, NdlR – en pique-nique au Col St Thomas trouvèrent un sapin tombé, obstruant en partie la chaussée en terre battue et défoncée par les orages. Le passage ainsi réduit faisait un bornage naturel, d’où l’idée, non préméditée, d’en faire une douane. Il n’y avait plus qu’à signaler celle-ci par une pancarte. Un vieux panneau publicitaire fit l’affaire et un morceau de craie servit à l’inscription – plus tard, ils réalisèrent un panneau plus élaboré.

A peine terminée, une camionnette à gazogène montant poussivement du côté Loire fut invitée par les « douaniers » à s’arrêter. Surpris le conducteur ne voulut pas participer au jeu. Visiblement paniqué, il accéléra pour dévaler côté Puy de Dôme. Les gamins médusés par son audace firent alors usage de leur revolvers à bouchons…

Peu de temps après, ils se retrouvèrent à la gendarmerie de Thiers pour de bonnes remontrances (un des gamins était fils d’un gendarme thiernois)…
Leur « victime » avait déclaré : « J’ai été attaqué au Col de St Thomas par des jeunes, sans doute d’un faux maquis. J’ai dû foncer dans la descente au risque d’avoir un accident et j’ai dû zigzaguer pour éviter les balles »

La pancarte est toujours en place. Elle intrigue les touristes qui se demandent pourquoi cette frontière : ils font les suppositions les plus étranges.

Natif de Thiers où son père était une figure de l'opposition, René Barnérias a exercé la profession d’agent d’assurance avant d’être élu maire en 1971. La défaite des socialistes conduits par Fernand Sauzzede en 1971 est une grande surprise dans un bastion traditionnellement de gauche. René Barnérias devient conseiller général en 1973 puis député en 1978

Les divisions au sein de la droite locale lui seront cependant fatales. Il ne parviendra à faire renouveler aucun de ses mandats et Adevah Poeuf lui succédera à la mairie et aux assemblées départementales et nationales. En 81 il ne peut défendre ses chances, la droite lui préfère Michel Debatisse qui sera battu par Adevah.

Il décède en 2011  dans l'incendie de sa maison à Chausseterre. La ville de Thiers lui rend hommage en donnant son nom à la piscine municipale dont il avait initié la construction.Non avions déjeuné au Refuge l'année où Thierry Déglon a battu Adevah. Avant de venir au restaurant, il avait rendu visite à mr Barnerias pour recueillir quelques conseils pour mettre fin à la carrière politique d'Adevah. Par un curieux hasard, il n'est pas fait mention des casseroles d'Adevah sur internet. Le ménage a été bien fait.

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