lundi 8 août 2022

LA BRIGUE, COTE D'AZUR, NOTRE DAME DES FONTAINES, LA CHAPELLE SIXTINE DES ALPES MARITIMES

 



 Avant d'aller gouter à la Chèvre d'Or, nous avons décidé d'aller visiter une étonnante chapelle, Notre Dame des Fontaines presque au bout de la vallée de la Roya. Depuis Menton, on suit la cote jusqu'à Vintimille puis on refranchit la frontière pour rentrer en France. Après Vintimille, la route commence à monter bordée par de la vigne et des champs d'oliviers,puis on aborde la foret. Cette vallée et celle de la Vésubie porte encore les cicatrices de la catastrophe. On doit souvent s’arrêter à des feux rouges, les travaux sont présents tout au long de la vallée, reconstruction de ponts, on fortifie les falaises, on remonte les routes qui ont fini au fond du torrent.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020, des pluies diluviennes s'abattent sur l'arrière-pays de Nice et Menton provoquant des crues de très forte ampleur dans les vallées de la Tinée, la Vésubie et la Roya. Des tonnes de terre, matériaux, arbres et débris dévalent les lits des rivières, emportant tout sur leur passage.

Maisons détruites ou menaçant de s'effondrer, réseaux de routes, d'eau, d'électricité et de télécommunications coupés : les 13.000 habitants des vallées se retrouvent totalement démunis, certains ont tout perdu, 800 d'entre eux n'ont plus de toit. Dès le lendemain et pendant plusieurs semaines, un pont aérien par hélicoptère est mis en place entre l’aéroport de Nice et les villages isolés pour réaliser des évacuations, approvisionner les populations et transporter du matériel de reconstruction. le bilan humain est très lourd : 10 morts, dont 2 pompiers, et huit personnes portées disparues. Le bilan matériel est lui aussi exceptionnel et les dégâts estimés à un milliard d'euros : dans les 70 communes du département classées en état de catastrophe naturelle, sur les 2.500 maisons expertisées, 420 ne pourront plus jamais être habitées, 85 kilomètres de routes et plus de 1000km de sentiers de randonnées ont été endommagés, 20 ponts détruits ou rendus inutilisables et la ligne ferroviaire du train des Merveilles coupée pendant plusieurs mois. 

Deux cimetières ont également été ravagés par les crues à Tende et Saint-Martin-Vésubie, des sépultures emportées et des dépouilles retrouvées jusque sur le littoral italien. Le parc animalier Alpha, qui abritait treize loups dans le parc national du Mercantour, a lui aussi été en grande partie détruit. Depuis, trois animaux errent toujours dans les vallées, selon l'Office français de la biodiversité. Appartenant à la province de Coni (Italie) à la suite de la convention du 4 mars 1861 qui précise les frontières du Haut Pays niçois (suite au Traité de Turin de 1860 par lequel Nice est rattaché à la France), les deux communes de Tende et La Brigue demeurent à l’Italie jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Le 16 septembre 1947, les communes de Tende et de la Brigue étaient officiellement rattachées à la France, un retour plébiscité par les habitants à 91 %. 

Nous traversons le village médiéval de La Brigue puis nous suivons un petite route qui suit un ruisseau jusqu'à la chapelle de Notre Dame des Fontaines. C'est une chapelle peinte en plein milieu de la nature, elle est couverte de fresques qui constituent une œuvre remarquable et qui lui valent le surnom de "chapelle Sixtine des Alpes Maritimes. La construction de la première chapelle a lieu au 12e siècle, à l'époque des tremblements de terre faisaient varier l'abondance des sources du site et on espérait ainsi implorer le rétablissement de l'écoulement de l'eau. Bien sûr, les sources se mettent à jaillir dès la construction de l'édifice religieux et un pèlerinage s'instaure. Vers la fin du 15e siècle la chapelle est reconstruite avec l'argent des aumônes et c'est alors qu'elle est décorée par les fresques;


 

 

 

 

 

 

 

Ces fresques du XVème siècle (1492) ont été peintes par 2 piémontais. Jean Baleison (le chœur) et Jean Canavesio, par ailleurs également prêtre (la nef et le mur occidental), ont réalisé un extraordinaire décor à l'intérieur de la chapelle qui décrit la Vie de Marie et l'Enfance de Jésus, ainsi que le Cycle de la Passion et le Jugement Dernier.  et recouvrent les 220 m2 de la nef. En pénétrant dans le sanctuaire, sur la droite les 6 premiers panneaux représentent la passion du Christ et sont l’œuvre de Canavesio: sur les scènes du bas, on voit Pilate qui se lave les mains, la montée au calvaire et la mise en croix: au dessus, le couronnement d'épines, Ecce Homo et les remords de Judas qui vont conduire à son suicide. 

 A cet égard la représentation du suicide par pendaison de Judas Iscariote, avec un diable de bande dessinée qui extirpe l’âme du pendu  de ses entrailles, est très étonnante.
Les deux auteurs des fresques sont très facilement différenciables. A la violente symbolique de celles de Canavesio s’oppose la douceur et la tendresse qui émanent de celles dues à Baleison.

Bien que Giovanni Canavesio ait principalement réalisé des fresques, aux images fortes, souvent violentes, les rares retables de lui que l’on connaisse, doux et paisibles, ne peuvent être plus opposés. Choc contre émotion.
Le piment et le miel. "Le style qu'il développe dans les fresques appartient au gothique international. Véronique Plesch a montré qu'il s'est inspiré de gravures imprimées dans des monastères allemands, gravures qu'il modifie de fresque en fresque. C'est un art moral qui a une portée didactique. Il a comme projet de mener l'homme à une vie plus morale et plus religieuse. Il utilise pour cela, surtout à Notre-Dame-des-Fontaines, la peur médiévale de l'Enfer encouragée par les papes qui vendaient des indulgences à la fin du XVe siècle. La force et la violence contenue dans certains tableaux le rapprochent des artisans d'art du nord de l'Europe : Jérôme Bosch puis Brugel-le-Vieux qui ont peint au cœur des guerres civiles de la Réforme."

  "La Crucifixion occupe deux registres de fresques sur la hauteur. Un inimaginable mouvement est installé autour du Crucifié. Des soudards se précipitent vers lui sur des chevaux, coupent les jambes du bon larron, se disputent sauvagement sa tunique.
Le centurion vêtu comme un prince et monté sur un cheval, le visage impassible, montre le Crucifié.
Les Saintes Femmes occupent une portion congrue de l'espace en bas à gauche, de façon presque anecdotique.
C'est un monde, le monde de Canavesio au XVe siècle, qui est ici représenté avec ses abus et ses violences."
 Les panneaux suivants sont occupés par la Descente de Croix et par la Résurrection du Christ puis la Mise au Tombeau et la Descente aux Enfers.


   



 




 

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Sur la partie droite de la nef, face à la crucifixion, 6 panneaux avec au dessus, l'Entrée triomphale à Jérusalem, la dernière cène, le lavement des pieds et à l'étage inférieur, Jésus devant Caiphe, la Flagellation et le Reniement de Pierre. Puis la trahison de Judas et en dessous Jésus devant Pilate. Cette partie se termine par 6 panneaux: en haut, le jardin des Oliviers, l'Arrestation de Jésus et Jésus devant le Grand Prêtre et dessous, Les Outrages à Jésus par les soldats de Pilate, puis Jésus devant Hérode et Jésus humilié par Hérode.

 J. Baleison réalise une synthèse parfaite des influences dont les Alpes deviennent le refuge après 1450. Son élégance raffinée, servie par une maîtrise artistique de haut niveau, fait oublier ce que sa peinture conserve d’archaïsmes à l’extrême fin du XVe siècle. C'est lui qui a peint les fresques du chœur qui semblent antérieures et dater de 1480; Sur les cotés, les fresques évoquent les premières années de Jésus avec les massacre des Innocents,les Rois Mages, la Nativité et sur l'autre face, la Circoncision, la fuite en Présentation et la Pésentation au Temple. Dans le fond,la vie de Marie, avec sa Naissance,sa Présentation au temple, son mariage et la Visitation. le plafond du chœur est consacré à L'assomption , on y voit aussi les 4 évangélistes, et différentes scènes de la vie et de la mort de Marie.



 



Au dessus du porche d'entrée, le Jugement dernier avec à gauche le Paradis, suave, un peu mièvre et à gauche l'Enfer, terrible, effrayant, démoniaque pour enseigner aux fidèles la crainte de l'Enfer et des démons.


"Devant ces murs saturés de couleurs, l’œil ne sait plus où se poser. Le Jugement dernier, réalisé sur le le revers de la façade, fourmille de détails et de scènes grouillantes. Destiné à inculquer aux fidèles la crainte de Dieu, il leur rappelle l’importance de se préparer aux fins dernières. Tandis que le Christ juge, au centre, place les justes à sa droite, les damnés, voués au feu de l’Enfer, se débattent au milieu de scènes terrifiantes : un squelette effrayant domine la scène tandis que des démons tirent par les cheveux les pécheurs condamnés. Des monstres avalent des humains, ne laissant dépasser que les jambes de leurs gueules, du sang coule des corps, les visages sont effrayés, tordus de douleur… Caractéristiques du style violent de Giovanni Canavesio, ces scènes n’ont rien à envier à celles, tout aussi terribles, de Jérôme Bosch.."


 Les menteurs sont embrochés, les avaricieux martyrisés par un serpent ailé à tête d'homme et des personnages s'adonnant à la luxure sont happés dans la mâchoire du Leviathan.

La scène licencieuse a disparu, gommée, tout comme le sexe de Jésus bébé, mais ce sont là les deux seuls endroits effacés.

Cette chapelle du bout du monde est une extraordinaire découverte qui évoque les fresques d'Assise, d'Arezzo, de Rome. J'ai adoré cette vision de l'Enfer qui rappelle la Danse Macabre de Kernascléden.

https://www.lemounard.com/2016/11/bretagne-kernascleden-la-danse-macabre.html



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