Nous quittons le Clos Lascazes et nous traversons la foret de la Béssède aux confins du Périgord Pourpre et du Périgord Noir. Le Massif forestier de la Béssède est une forêt domaniale, classée « Espace Naturel Sensible ». Elle s’étend entre la vallée de la Dordogne et celle de la Couze. Ce sont les cours d’eau qui la traversent qui en font un milieu humide et riche, intéressant pour sa faune et flore. Ce massif forestier fut mis en valeur au moyen-âge par les moines qui régnaient en souverains dans cet espace boisé. Ils l'ont entretenu avec rigueur et beaucoup de savoir-faire. La Révolution est venue et l'ère des moines fut remise en cause. Comme tout le patrimoine que cette redistribution entendit reconfigurer, cette forêt passa en d'autres mains. Les puissants propriétaires fonciers entendaient, cependant, que les manants n'aient qu'une part secondaire. Les paysans des communes externes aux lisières, tout au moins les plus argentés, ont acquis des parcelles de ce massif forestier. C'est, semble t-il, un bon endroit pour observer le brame du cerf. Le loup, très présent au temps de Jacquou, aurait fait sa réapparition. Nous arrivons au village de Cadouin construit autour de son abbaye médiévale. L'abbaye Notre-Dame de la Nativité de Cadouin est un monastère créé en 1115.
Fondée en 1115 par Géraud de Salles, il subsiste de cette époque l’église abbatiale, la sacristie, et la base romane des bâtiments conventuels. Géraud de Salles naît vers 1055-1060 d’une famille noble du Périgord , il reçoit une éducation au prieuré de St Avit-Senieur. Fut-il ermite, environ 600 ans après Avitus à St-Avit-Senieur ? Il ne fut pas ordonné prêtre. A l'exemple de son ami Robert d’Arbrissel, le fondateur de l'abbaye de Fontevrault, Géraud de Salles fonde au début du XIIème siècle dans le Sud-Ouest de la France plusieurs établissements monastiques, dont Cadouin en Dordogne.
"L'église de Cadouin (Dordogne), consacrée en 1154, comporte une nef à collatéraux, un transept peu saillant, un chœur terminé en hémicycle et flanqué de deux absidioles s'ouvrant sur les bras du transept. Au-dessus de la croisée du transept, s'élève une coupole sur pendentifs. Au-dessus des grandes arcades à double rouleau légèrement brisées de la nef, un simple cordon marque le départ de la voûte en berceau brisé sur doubleaux de section carrée. La façade massive est divisée en trois par de larges contreforts. Au milieu du rez-de-chaussée s'ouvre une porte en plein cintre sans tympan ; à sa gauche se trouve une double arcade aveugle. Le premier étage comporte trois hautes fenêtres et le second une arcature sur colonnettes cernée par un cordon à têtes de clous sous laquelle est percé, au milieu, un oculus."L'église est sobre et austère comme il convient aux églises cistercienne, de beaux chapiteaux avec des végétaux et des entrelacs, les vitraux sont du XIXéme siècle. Le chœur est couvert d'une fresque au bleu céleste et d'une résurrection du Christ. Les 2 chaînes qui pendent, soutenaient le "saint" suaire que j'évoque plus loin.
Devant l'abbatiale, la Halle avec une superbe charpente en bois en étoile toute chevillée reposant sur des piliers en pierre de belle taille.
Nous pénétrons dans le Cloître gothique flamboyant qui date de la fin du XVe. C'est un lieu de calme et de sérénité.
Portes ciselées, piliers, clés de voûte et chapiteaux sculptés, siège abbatial en pierre … Les galeries – trois de style gothique flamboyant et la quatrième de style Renaissance – s’ouvrent sur un jardin intérieur par des baies à claire-voie. Un atelier de sculpteurs itinérants semble avoir été particulièrement actif dans le Sud-Ouest de la France, notamment à Carennac, Candouin et Cahors , où les cloîtres romans des abbatiales et de la cathédrale ont été dotés d’un nouveau décor. Cet atelier était l'atelier Domenge-Constant.
Ce cloître, remarquablement préservé, possède des colonnes et des voûtes richement ornementées de clé de voûtes de style gothique flamboyant ainsi que très belles portes. À Cadouin, on a souvent interprété la reconstruction de la fin du XVe siècle comme une véritable restauration du cloître roman. Dans l'une des galeries, on trouve de nombreuses statues qui opposent péchés et vertus, le bien et le mal, Dieu et le diable.
On y voit des Moines avec des livres pour symboliser la Savoir, des marchands qui se disputent une oie (on est en Périgord) pour définir l'Envie, les musiciens qui représentent la joie.
Il y a aussi quelques représentations du Désir, du péché de Chair, avec la femme tentatrice, dont les moines pieux doivent se tenir éloignés. Sur des piliers, on remarque des représentations bibliques, Job sur son tas de fumier, Lazare et le mauvais riche...
On distingue, une coquille qui nous rappelle que Cadouin est sur un des chemins de Compostelle.
La renommée de Cadouin dut beaucoup à son « suaire ». Mentionné dès
1214, ce tissu précieux aurait été le suaire de la tête du Christ,
rapporté de terre Sainte. Grâce à lui, Cadouin devint pour huit siècles un haut lieu de pèlerinage.
De nombreux croyants s’y sont rendus pour voir la relique jusqu’en 1934
où une expertise menée par un jésuite historien, révéla que ce tissu était sans lien avec le Christ
mais simplement une précieuse étoffe égyptienne. Cette étoffe est en
cours de restauration mais un fac-similé est présenté au sein du
cloître. Quant la supercherie n'était point encore révélée et prouvée de façon irréfutable, Cadouin était un lieu de pèlerinage qui a vu dans l'église abbatiale, Richard Cœur de Lion, Aliénor d'Aquitaine, Saint louis et Blanche de Castille, Rabelais, Charles V.
Nous allons déjeuner à la table de Léo a Saint Avit Sénieur cf l'article qui s'y rapporte https://www.lemounard.com/2022/06/perigord-la-table-de-leo-saint-avit.html. La table est excellente, l'accueil délicieux mais l'abbatiale n'a pas le même intérêt que le cloître sublime de Cadouin.
C'est un bâtiment d'inspiration byzantine avec 3 dômes, on voit de belles clefs de voûte en médaillons. Les fresques murales sont fortement défraîchies, on distingue une Vierge en majesté, un saint Christophe.
Nous avons visité des merveilles d'architecture, mais le temps est lourd, la canicule insupportable et les sirènes de la piscine du Clos Lascazes nous font succomber à la tentation, faibles pécheurs que nous sommes. Eau fraîche et farniente, en attendant la pluie. Retour sur Clermont le lendemain avec une étape à la ferme des Roumévies: des foies gras et des produits dérivés remarquables de canard de Barbarie et un sublime foie d'oie à saint Crépin et Carlucet.
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