samedi 9 juillet 2022

PÈRIGORD NOIR, LES MILANDES, SUR LES TRACES DE JOSÈPHINE BAKER

 Aujourd'hui nous allons visiter le château des Milandes sur la commune de Castelnau et nous passerons cette nuit encore à La Belle Etoile à La Roque Gageac. Le château des Milandes évoque Joséphine Baker récemment panthéonisée mais ce château a une longue histoire avant Joséphine.

Le château des Milandes est bâti en 1489 et constitue alors la demeure principale des seigneurs de Caumont, qui possèdent aussi le château de Castelnau. François de Caumont est aussi seigneur de Tonneins et de nombreuses places. Le bâtiment est transformé par François de Caumont pour son épouse, qui souhaite habiter un lieu moins austère et plus lumineux. Des fenêtres à meneaux couvertes de vitraux  sont percées mais les tourelles, les escaliers à vis et les gargouilles éléments architecturaux médiévaux sont conservés.
François et ses 2 fils avec d'autres membres de la famille de Caumont, étaient venus à Paris pour assister au mariage d'Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. Ils habitaient rue de Seine à St Germain des Prés. Protestants, ils figuraient parmi ceux qui devaient être éliminés pendant le massacre de la Saint Barthélémy Il a raconté le massacre. Le temps mis par les soldats pour aller au faubourg avait été suffisant pour que les protestants soient prévenus et pour que la plupart puissent s'enfuir, comme Jean II de Ferrières , seigneur de Maligny et vidame de Chartres, Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, qui avait mortellement blessé Henri II, ainsi que son oncle, Geoffroy de Caumont. Son fils aîné étant malade, François de Caumont ne voulut pas partir. Ils ne furent pas immédiatement tués, mais le mardi suivant par une troupe commandée par le comte de Coconat, rue des Petits-Champs. Jacques fait semblant d'être mort entre les corps de son père et de son frère. Couvert de sang il est ensuite sauvé par un marqueur de jeu de paume qui le mène chez sa tante, Jeanne de Gontaut, sœur du maréchal de Biron et protestante. Ce dernier, catholique modéré.

Le Périgord est une zone tampon entre Catholiques et protestants à la Renaissance comme la guerre entre Français et Anglais pendant la Guerre de Cent Ans. les mariages successifs d'Aliénor d'Aquitaine avec Jean VII puis le futur roi d'Angleterre a agrandi les terres anglaises sur le continent. Les Milandes est ce qu'on appelle un château de dame. Une demeure d'agrément par opposition au château de Castelnau qui est un château de défense. Il rassemble plusieurs styles architecturaux, ses lignes délicates, régulières et élégantes et sa façade sud typiquement gothique avec un mélange de renaissance et de grandes fenêtres à meneaux. L’esprit du moyen-âge n’est pas en reste avec ses tours, ses gargouilles et ses mâchicoulis. 

La révolution sonne le glas de la splendeur des Caumont, le château est laissé à l’abandon ; vendu au cours du XIXème siècle, il est malheureusement peu entretenu voire abandonné par des propriétaires peu soucieux de la bâtisse. Deux familles se partagent la maison et modifient la disposition des pièces en 1850.

"Après un incendie dû au manque d'entretien, en 1900 Charles-Auguste Delbret-Claverie, industriel ayant fait fortune avec les corsets orthopédiques (qui employa 500 ouvriers), le rachète et commence à le restaurer.

Sous la direction de l'architecte en chef des Monuments historiques Henri Lafillée (1859-1947), de nouveaux éléments de style néo-gothique et néo-Renaissance sont ajoutés, comme des tours, des logis, des balcons, des balustrades agrémentées de sculptures allégoriques, et un jardin à la française est créé en 1908 par Jules Vacherot .

Le château devient la résidence de Joséphine Baker, qui le loue à partir de 1937 et l'achète, dix ans plus tard, avec son nouveau mari Jo Bouillon  . Elle avait découvert la bâtisse après avoir fait connaissance de son propriétaire, le médecin du paquebot Normandie lors d'une traversée entre transatlantique en 19352.

C'est à cette époque que sont installés l'eau courante, l'électricité et un système de chauffage central. Encore fortunée, Joséphine Baker embellit par ailleurs la demeure (sol en mosaïque, salle de bains noire et or inspirée du flacon du parfum Arpège, etc.) et collectionne les animaux exotiques dans son parc. Elle développera aussi un complexe touristique avant-gardiste (hôtel, bar-restaurant-salle de spectacle, musée de cire, boulodrome, minigolf, courts de tennis, piscine, etc.), baptisé « Village du Monde », où n'hésitent pas à se produire plusieurs artistes (Jacques Brel, Gilbert Bécaud, Hervé Villard, Luis Mariano, Dalida). Le couple Bouillon-Baker est en effet propriétaire de la quasi-totalité des maisons du bourg autour du château et de 300 ha de terres. Elle vivra dans cette propriété avec ses douze enfants adoptés de neuf nationalités différentes, qu'elle surnomme sa « tribu arc-en-ciel » Ils sont l'objet de reportages photo. Elle veut faire de cette demeure un refuge, un havre de paix, un lieu sûr où personne ne jugerait quiconque sur sa couleur de peau ou ses croyances. La famille y a vécu des jours heureux pendant toutes ces années. Mais voilà, Joséphine Baker a vu trop grand et n'a jamais regardé à la dépense.Elle donne beaucoup, et énormément de gens ont abusé d'elle. »(en particulier des artisans locaux qui lui font payer plusieurs fois des factures).

Las, en 1968, criblée de dettes, Joséphine Baker est obligée de vendre ses biens à la bougie à Bergerac. Et, le 15 mars 1969, elle est littéralement jetée dehors par le nouveau propriétaire, un marchand de biens, après s'être barricadée tout l'hiver dans sa ­cuisine avec un chat et quelques vivres. A noter qu'il semble impossible de trouver l'identité du personnage qui a acheté les Milandes à vil prix avant de le revendre à avec un bénéfice appréciable. Les Milandes passe de main en main pour finir, en 2001, dans l'escarcelle d'une famille sarladaise, les Labarre, les parents d'Angélique, qui, propriétaires à Saint-Émilion depuis 1832, ont un coup de cœur pour ce château. Angélique de Saint-Exupéry s’est préparée – par ses études – à reprendre une propriété viticole ; elle va se passionner  pour la vie et l’œuvre de Joséphine Baker.

Au fil des salles, on suit la vie de Joséphine, ses costumes de scènes, ses rencontres avec les grands de ce monde, la ceinture de bananes, les photos, sa vie avant les Milandes, la Revue Nègre, le Casino de Paris, Castro, Hassan II, Grace Kelly, La revue Nègre, Le Casino de Paris. On connaît sa lutte contre le racisme, le mouvement deMartin Luther King. elle fut la seule française à prononcer un discours lors de la marche de Washington du 28 août 1963 durant laquelle Martin Luther King prononça le célèbre "I had a dream".

Depuis l'entrée au Panthéon, on connaît mieux son passé de résistante: 

Elle prendra une part active dans la résistance. Citoyenne Française depuis son mariage avec Jean Lion en 1937, Joséphine est recrutée dès 1939 par le 2ème Bureau des Forces Françaises Libres.
Elle servira de couverture au capitaine Abtey (chef du contre espionnage militaire à Paris) grâce à sa renommée internationale lui permettant de circuler librement et ainsi d’aider des réfugiés à quitter le pays. Au cours de soirées officielles, elle devenait agent de renseignements et ses partitions de musique permettaient aussi la transmission de messages codés. Envoyée en mission au Maroc, elle chantera bénévolement devant les troupes françaises et alliées stationnées en Afrique du Nord malgré de graves problèmes de santé.
Dévouée à la France, Joséphine déclare : « C’est la France qui m’a faite. Je suis prête à lui donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez ».
A plusieurs reprises, Joséphine Baker lutta pour la France libre au péril de sa vie !
Ce n’est qu’en 1961 qu’elle reçut des mains du Général Valin la médaille de la Légion d’honneur au Château des Milandes.

 Depuis le balcon, on a une belle perspective sur le jardin à la française et sur la chapelle qui a une histoire :" Elle appartenait au château jusqu’à ce que Joséphine en fasse l’acquisition », assure Angélique de Saint-Exupéry, qui a racheté les Milandes en 2001. « Elle n’était pas sur l’acte de vente. » Grâce aux recherches de l’historienne Anne Bécheau sur les origines du lieu et des seigneurs de Caumont – la grande famille qui a habité les Milandes -, elle comprend que la star avait perdu un bien qui aurait dû lui revenir."


« Cette chapelle n’avait jamais appartenu à la commune. Il y a eu une erreur administrative lors du changement de matrice cadastrale, le numéro de la chapelle a disparu de la propriété. Joséphine n’a jamais pu la récupérer. »La chapelle seigneuriale au sud du château, fut construite en 1503. Véritable petit bijou de l’art Gothique, cette chapelle funéraire ou chapelle tombeau, mutilée à la Révolution, est en restauration depuis plus d’un an.

Lors des travaux de fouilles à l’intérieur de la bâtisse, des  peintures et des fresques murales du XVIe  ont été découvertes. Véritable trésor insoupçonné inestimable, un projet de restauration des peintures est lancé par Angélique, la propriétaire du château, pour sauvegarder ce patrimoine. La chapelle sera présentée aux visiteurs en 2023.

Dessins structurés et volutes sculptés, géométrie variable des percées arborées et reliefs à l’architecture néogothique : le parc du château des Milandes est un chef-d’œuvre de l’art paysager à la française.

Jules Vacherot 

Architecte paysagiste en chef de la ville de Paris, jardinier en chef de l'exposition universelle de 1900, il est le créateur de nombreux parcs et jardins.

  • Jardin de l'hôtel de Jules Potin (Neuilly-sur-Seine).
  • Parc du chateau des Milandes (Castelnaud-la-Chapelle).
  • Jardin du chateau de Laurière (Tissé-Sous-le-Lude).
  • Jardin de la villa les Cèdres, au roi Léopold de Belgique (Saint-Jean-Cap-Ferrat).
  • Domaine du Château Bijou, à M. Combe Saint-Macary (Labastide-Villefranche).
  • Jardins de la tour Eiffel, jardins des Champs-Élysées, jardins du Trocadéro (Paris).




 



Les photos sont interdites à l'intérieur du chateau pour des raisons de copyright.

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