vendredi 10 juin 2022

PÈRIGORD NOIR, SARLAT




 Nous partons passer quelques jours dans le Périgord, première étape, Sarlat mais nous sortons de l'autoroute à Brive pour déjeuner et pour nous promener ensuite dans la vieille ville. Nous déjeunons dans une table mythique de la ville, chez Francis, la cantine des écrivains qui viennent à la Foire du Livre. Je pense que le Francis en question, doit se surpasser quand le gratin de l'écriture débarque en gare de Brive, puis flemmarde le reste du temps. La réputation semble surfaite, la salle est sympa couverte de dessins et de dédicaces de la fine fleur de la littérature et le plaisir est plus grand de lire au plafond ou sur les murs qu'à déguster une entrée bien présentée mais où  le thon en boite ne devrait pas avoir sa place. Le rapport qualité-prix est assez salé, Pudlowski n'était pas dans la salle ce mardi à midi et nous n'avons pas compris la crème des bobos parisiens qui s'esbaudissent et se pâment sur les murs de la salle à manger. Le soleil est brûlant et la chaleur insupportable. Notre promenade en ville sera de courte durée, assez , cependant, pour découvrir une boutique de bijoux anciens remarquables tenue par une ancienne prof de français: la reconversion des prof de lettres mène parfois à l’Élysée, d'autres fois à la bijouterie. Bijoux et cailloux 25 rue de Corrèze.

Nous arrivons à Sarlat vers 15h et nous logeons à l’hôtel Bon Encontre. Il est situé en périphérie et surplombe le centre historique que l'on atteint, à pied, en à peine 10 minutes. L'accueil est attentionné, les chambres spacieuses, le bâtiment est posé au milieu d’une grande parcelle de noyers, le jardin est très agréable et on apprécie la piscine après la fournaise briviste. Vers 18h, on se décide à descendre en ville. Nous parcourons la rue Fénelon jusqu'à la place de la Liberté. Au coin , un bâtiment remarquable reconstruit au XVIIème siècle par l'architecte Henri Bouyssou. En 1775, la façade ouest est modifiée avec suppression des tourelles d'angle, ajout du clocher et du lanternon avec la transformation des arcades et des fenêtres par suppression des meneaux, ajout d'une travée et décor de bas-reliefs . Nous prenons un cocktail sur une des terrasses de la place. Personnel charmant qui n'en a pas déjà marre des touristes, c'est un des bons coté de la Covid.

Au coin de la place, l'ancienne église Sainte Marie transformée désormais en halle. Établie au  cœur du quartier des consuls, cette église paroissiale a été remaniée au XVe siècle. Construite en dehors de l’enclos monastique, elle correspond à la seconde phase de construction de Sarlat.

L’édifice du XVe siècle comprend une nef unique fermé par une façade percée par une grande rosace. Elle comprend au sud deux chapelles latérales et une tour-clocher.

A la Révolution, l’église perd toute vocation religieuse en 1794 et change à plusieurs reprises de destination. Elle sera même utilisée comme manufacture d’armes. En 1805, elle est morcelée en plusieurs parcelles qui sont vendues individuellement. Le propriétaire du chœur le détruit pour en vendre les pierres en 1834.

 Elle est classée monument historique et réhabilitée en Hôtel des Postes jusqu’en 1935.  Redevenue propriété de la commune, les vestiges de l’église ont été reconverti en marché couvert en 2001. Les travaux ont été confiés à Jean Nouvel. Elle abrite tous les jours d’été un marché couvert.



Nous montons vers la rue Magnanat avec la statue du Badeau et le Manoir de Gisson, avec sa tour de noblesse, ses toits en lauze et ses fenêtres à meneaux.Après la Guerre de Cent Ans et jusqu’aux guerres de religion, la ville de Sarlat connaît une période fastueuse.Dès lors, les grandes familles bourgeoises ne cessent d’accroître leurs richesses.Ainsi, elles font rebâtir de nombreux hôtels particuliers. Certains seront parés de « tours de noblesse », signe du nouveau rang social de leurs propriétaires
On débouche sur la petite place du marché aux oies où 3 oies en bronze rappellent que la ville doit sa richesse au gavage des palmipèdes. Les tours de noblesse sont fréquentes dans la ville, un peu comme à San Geminiano. Beaucoup de films ont été tournés à Sarlat depuis le capitaine Fracasse en 1929.  Ridley Scott y a tourné "le dernier duel". "L'impressionnante fresque médiévale narre l'histoire du dernier "duel judiciaire" à mort sur le sol français, en 1386, entre Jacques le Gris  et Jean de Carrouges pour la vertu outragée de son épouse Marguerite de Carrouges.

En février 2020, le tournage a marqué les esprits, attiré des foules de curieux et mis en émoi les riverains du château de Beynac, du château de Fénelon et de Monpazier qui ont servi de décor.
Sans compter le frisson des figurants qui ont eu la chance d'être retenus et qui espèrent forcément que leur apparition passera à la postérité dans le sillage de Ben Affleck, Matt Damon, Adam Driver et Jodie Comer"


On suit la rue des consuls avec une succession de beaux hôtels particuliers puis on franchit la rue de la République et on emprunte la rue Jean Jacques Rousseau, très tranquille, quelques belles chambres d’hôtes et des édifices religieux comme l'ancienne abbaye Sainte Claire qui servait d'hospices tenue par les Clarisses, celles à qui on porte des œufs pour éviter les mariages pluvieux ou les fêtes de famille arrosées.


Nous revenons vers la partie la plus médiévale de la ville autour de la cathédrale saint Sacerdos. Près de la cathédrale, se trouve la maison natale de La Boetie. Étienne de La Boétie est un écrivain humaniste, un poète et un juriste français né le 1ᵉʳ novembre 1530 à Sarlat Périgord, et mort le 18 août 1563 à Germignan, dans la commune du Taillan-Médoc, près de Bordeaux. La Boétie est célèbre pour son Discours de la servitude volontaire. Au sujet de l'amitié qui liait Montaigne et La Boétie, cet article de Gilles de Conninck:
Je me trouvais dans le bordelais quand je fis la connaissance d’un négociant en vin. L’homme était affable et avait belle allure. Après avoir goûté plusieurs grands crus, nous échangeâmes sur la philosophie, notre passion commune. La pensée de Montaigne, dont la propriété n’est qu’à quelques encâblures de la sienne, l’intéressait particulièrement. Nous reprîmes du vin et nos propos devinrent plus libres. J’évoquai l’amitié célèbre de Montaigne et de La Boétie, de trois ans son aîné, amitié immortalisée par cette exclamation : « parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Je connaissais ce chapitre consacré à l’amitié, mais j’avais toujours été surpris par la retenue qui le caractérise. Montaigne n’avait-il donc jamais rien écrit de plus franc sur cette passion qui le liait à La Boétie ?
"Un moment après, je me trouvai dans la chambre de mon hôte, un manuscrit du XVIe siècle à la main. Mon ami — car c’est ce que nous sommes devenus rapidement — tenait ce texte d’un marchand américain qui l’avait lui-même déniché par hasard dans une brocante de Périgueux. Le texte est à l’évidence une ébauche et paraît par endroit décousu. Il contient des passages qui se retrouvent dans l’édition définitive des Essais, d’autres que Montaigne a jugé préférable de supprimer. On y voit un esprit curieux et audacieux évoquer librement les amours interdites, mais aussi un homme prudent. À aucun moment, malgré certaines licences, le texte ne permet de savoir ce qui se passa au juste entre Montaigne et La Boétie. Je laisse au lecteur le soin de répondre"

Elle est située en face de la cathédrale, présente une façade mêlant harmonieusement style médiéval et Renaissance. Construite en 1525 par Antoine de la Boétie, elle a vu naître Etienne de la Boétie (1530-1563), ami de Michel de Montaigne auquel il légua la totalité de sa bibliothèque. Au rez-de-chaussée se trouvait autrefois une échoppe. Au dessus, les deux étages de style renaissance italienne sont percés de larges baies a meneaux, encadrées de pilastres à médaillons et losanges. Le toit en lauzes à très forte pente évoque les maisons Renaissance des Flandres ou des Pays Bas.



Le sanctuaire est dédié à saint Sacerdos né à Calviac, village voisin de Sarlat qui fut évêque de Limoges au VIIIème siècle

Le diocèse de Sarlat est créé en 1317 à la suite de la victoire des forces royales sur les armées cathares.  C’est à ce moment là que le pape Jean XXII ancien évêque de Cahors, nomma l’abbé de l’abbaye bénédictine Saint-Sacerdos comme nouvel évêque de la ville. L’ancienne abbatiale romane devint cathédrale du diocèse.

Une reconstruction moderne fut entreprise en 1504 par l’évêque Armand de Gontaud-Biron. Les travaux furent long et intermittents faute d’argent, et aussi en raison des guerres et des épidémies. Ils s’achevèrent seulement un siècle et demi plus tard vers 1685 avec la construction des voûtes, sous l’épiscopat de François III de Salignac de la Mothe-Fénelon.

Comme la plupart des monuments religieux anciens, le bâtiment fut beaucoup remanié, réutilisant certaines parties romanes de l’ancienne abbatiale, le style général de la cathédrale est gothique. Le clocher roman date du XIIe siècle est la partie la plus ancienne de l’édifice, il a succédé à une construction carolingienne et a subi des évolutions: le dernier étage date du XVIIe siècle et le beffroi bulbeux du XVIIIe siècle en remplacement de la flèche détruite par la foudre.

Au dessus du portail, l’orgue qui trône sur la tribune est l’œuvre de Jean-François l’Epine.

Lors du concordat de 1801, le diocèse de Sarlat fut supprimé et son territoire intégré au sein du diocèse de Périgueux. Un des évêques de Sarlat, de 1533 à 1545,  fut Niccolo Gaddi  descendant du peintre Tadeo Gaddi dont on a vu certaines fresques à Sienne. Il était accessoirement de la famille de Catherine de Médicis dont il semble avoir été l'amant. Le cardinal Niccolo Gaddi protecteur de La Boétie a contribué à propager tant à la cour qu’à Sarlat le goût de l'Art d’Italie. Très porté sur les femmes, il aurait vidé les caisses de l’évêché avant de continuer sa carrière à Florence.

Derrière le chevet de la cathédrale, on trouve le chemin et le jardin des Enfeus Un enfeu est une niche funéraire à fond plat dans laquelle on installait un ou plusieurs cercueils. A Sarlat on dénombre un peu moins d’une dizaine de ses dispositifs mis en place lors de la construction de la cathédrale, toute proche.

En 1504, en effet, on décide de raser l’ancienne église de l’abbaye pour en construire une nouvelle plus grande, plus majestueuse et plus adaptée aux besoins du nouveau statut de siège d’un évêché de la ville de Sarlat. On décide alors également de creuser dans la butte rocheuse à l’est de l’abbaye pour gagner de la place et on met en place un mur de soutènement dans lequel on creuse les fameux enfeus qui feront bientôt face aux chapelles du chevet de la cathédrale.

L’espace compris entre les deux est appelé le chemin des Enfeus qui débouche sur le jardin des Enfeus, le cimetière de l’abbaye, depuis la place du Peyrou. Si les enfeus, à l’exception d’un rajouté au XVIIe siècle, datent d’un peu après 1500, les pierres tombales du cimetière sont plus anciennes et datent du XIIe siècle au XVe. Les formes des sépultures sont alors très variées . Au dessus des Enfeus, se trouve la Lanterne des Morts.

"Jean Tarde, dans sa Chronique a rapporté la légende selon laquelle saint Bernard venu à Sarlat en 1147, aurait béni des pains dont la vertu miraculeuse guérissait les malades qui s'en nourrissaient. La lanterne aurait été construite pour commémorer son passage.Au 17e siècle, on a perdu le souvenir de l'usage de cet édifice et on s'interroge sur son utilité. Sa destination est devenue énigmatique. Pour certains historiens, la présence de longues et étroites ouvertures en plein cintre semblent destinées à laisser passer la lumière. Ce serait une lanterne des morts, c’est-à-dire un bâtiment dans lequel on hisse une lampe allumée pour guider l'âme des défunts. D'autres voient dans la pièce du premier niveau une chapelle servant de dépositoire des morts. On pouvait alors accéder au second niveau par une échelle pour y déposer une lanterne. Jean Tarde indique dans sa Chronique qu'en 1561, Jean del Peyrat a été enseveli « dans le fanal du cimetière qui est dans une chapelle faicte en dôme par le dedans et en pyramide par le dehors, size au milieu du cimetière ».

On ne peut retrouver la signification de cette tour-lanterne de deux étages qu'en considérant la liturgie pascale du 12e siècle qu'on suivait dans une abbaye dédiée au Sauveur depuis sa fondation jusqu'en 1317.La tour-lanterne serait une interprétation du dôme du Saint-Sépulcre de Jérusalem tel qu'il était représenté depuis le 4e siècle : une tour circulaire, avec une porte au premier niveau donnant accès au Tombeau du Christ, et un second niveau coiffé d'un baldaquin à 12 colonnes. Le jour de Pâques, les moines y venaient en procession pour accomplir la liturgie de la « visite au Tombeau ». Les moines pouvaient alors s'asseoir sur le banc en exèdre pour méditer sur la Résurrection.

Nous errons à travers les rues du vieux Sarlat, jusqu'au Présidial.
Le Présidial fondé par Henri II, est l'ancien siège de la justice royale à Sarlat. Sa première existence est éphémère1. Rétabli en 1641 ,  il est utilisé comme tribunal jusqu'en 1789;





Le bâtiment est aujourd'hui occupé par un restaurant gastronomique qui vient d’être repris mais dont notre hôtesse n'a aucun retour. Le cadre est superbe. La nuit va tomber et nous rentrons à notre hôtel en escaladant la cote. Nuit très douce et très beau petit déjeuner au bord de la piscine, yaourt maison, gâteau, fromage, jambon. Cet hôtel est très agréable. Nous descendons jusqu'au marché qui occupe la place de la Liberté. Le marché est superbe, le foie gras, les magrets fumés, les gésiers et les cœurs, une poissonnerie superbe, les fraises du Périgard, les noix de Dordogne ( les fraises ce matin était délicieuses, très colorées à l'intérieur et goûteuse, les fromagers, les primeurs. Les marchands ne sont pas en costume d'époque mais on peut penser qu'à la Renaissance le marché à Sarlat était  sensiblement le même.


Le marché est grouillant, les commerçants interpellent le chaland. Je discute longuement de la grippe aviaire qui inquiète les éleveurs de canards avec un agriculteur de Saint Crépin et Carlucet, la ferme des Roumévies où nous nous arrêterons au retour. Ce sont des éleveurs de canard de Barbarie installés depuis plusieurs générations et multi-primés au Concours National Agricole. Nous entrons dans l'ancienne église Sainte Marie, rénovée par Jean Nouvel. C'est la Mecque des produits de terroir de qualité, beaucoup de champignons, séchés en ce moment et des commerçants honnêtes qui conviennent que les morilles coniques ne sont pas régionales mais viennent des forets canadiennes.

Jean Nouvel a caché l'ascenseur panoramique dans la tour du clocher de Sainte Marie. Nous montons avec le liftier conférencier, très sympathique et athlétique qui nous explique l'histoire de Sarlat, les jésuites qui l'ont enseigné avec beaucoup d'autres comme Mitterand. Vision à 360° sur les toits de lauzes, les monuments, les rues pavées, le marché, les collines boisées, et les plantations de noyers.






Ce soir, nous dînons au domaine de la Meynardie 

https://www.lemounard.com/2022/05/dordogne-sarladais-adrien-soro-la.html

donc nous resterons frugaux à midi, du bon pain, un excellent foie gras à la brasserie Costa sur la place de la Liberté sur la terrasse de façon a profiter de l'agitation du marché. Accueil très sympathique par le patron, clientèle de touristes et d'habitués et service efficace et d'une grande courtoisie.

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