mardi 14 juin 2022

PÈRIGORD NOIR, LES JARDINS D' EYRIGNAC

  Nous voulons visiter les jardins d'Eyrignac depuis longtemps. Ils se trouvent sur la commune de Salignac-Eyvigues à une douzaine de kilomètres de Sarlat ( https://www.lemounard.com/2022/06/perigord-noir-sarlat.html)  et pas très loin du domaine de la Meynardie où nous ferons un somptueux diner ce soir. ( https://www.lemounard.com/2022/05/dordogne-sarladais-adrien-soro-la.html). Les Jardins du Manoir d’Eyrignac, Monuments Historiques depuis 1986, sont  les Plus Beaux Jardins du Périgord avec ceux de Marqueyssac que nous visiterons demain. Eyrignac est un héritage familial réhabilité par Gilles Sermadiras.


“Dans ma famille, les Jardins Français du Manoir d’Eyrignac ont été transmis en héritage par les fils et les filles depuis 500 ans : 22 générations se sont succédé depuis la construction du premier castel ou repaire noble. Lors de la Fronde des Princes au XVIIe siècle, en rébellion contre Mazarin, mon ancêtre demeura dans le camp loyaliste : les troupes du Grand Condé, en représailles, détruisirent alors le premier castel, datant du Haut Moyen-âge Le Manoir actuel fut reconstruit par Antoine de Costes de la Calprenède au XVIIe siècle sur les ruines de l’ancien repaire noble. Les premiers jardins ont été conçus au XVIIIe siècle, à l’initiative de Louis-Antoine Gabriel de la Calprenède (arrière petit fils d’Antoine) : jardins à la Française inspirés par ceux des villas d’Italie comme le goût de l’époque le voulait. Ils furent complètement remaniés au XIXe siècle pour suivre la nouvelle mode, et devinrent un parc à l’anglaise.
Mon père, Gilles Sermadiras, a souhaité lui redonner vie tel qu’il devait être au XVIIIe siècle. Il s’en remit à sa propre inspiration et rechercha sur le terrain toutes les traces de l’ancien jardin : murets, escaliers, ancien bassin, etc… Il dessina lui-même le jardin si souvent imaginé et qui correspondait à son caractère.
Je m’attache maintenant à préserver ce « jardin secret » et tente chaque jour de rendre hommage à la créativité de mon père en perpétuant son œuvre avec rigueur et passion.“

Patrick Sermadiras de Pouzols de Lile



Au bout de la longue allée de charmes, on découvre la Pagode Chinoise laquée de rouge, qui est l'endroit idéal pour se reposer de la chaleur étouffante sur un banc à l'ombre. 
Les vergers de pommiers taillés en boule, encadrent l’allée des charmes à la symétrie parfaite.
Eyrignac constitue la référence en matière d'Art Topiaire. L’Art topiaire est un art ancestral pratiqué depuis l’Antiquité qui est au végétal ce que la sculpture est à la pierre, c’est-à-dire l’art de changer la matière brute en une forme intelligible soit géométrique soit libre.   On emploie le mot grec topos, les paysages, pour former le mot topiarius , le jardinier ; ce vocable est formé d’un radical grec topos et d’un suffixe latin. Il désigne un

paysagiste créateur qui se différencie d’un simple jardinier, hortolus ; on limite le sens du L’Art topiaire est un art ancestral pratiqué depuis l’Antiquité qui est au végétal ce que la sculpture est à la pierre, c’est-à-dire l’art de changer la matière brute en une forme intelligible soit géométrique soit libre.
vieux terme latin hortus. Pourquoi ? Parce qu’il est question d’un art nouveau, l’ Ars Topiaria
ou l’art du paysage. Hortus désigne le jardin potager, rentable, utilitaire alors que l’art
topiaire est un style qui met en scène la beauté de la nature aménagée par l’homme pour son

 

 






"Cette forme d'art est très ancienne puisqu'à l'époque de laRome antique déjà, les jardiniers cherchant à imiter les sculpteurs, ont f"ait de l'art topiaire leur discipline de prédilection. L'art topiaire prit un essor fulgurant à la Renaissance, avec la volonté d'apprivoiser la nature, comme on le retrouve dans des jardins anglais ou à la Française, dans les villas italiennes... C'est d'ailleurs à Versailles que l'on trouve l'un des plus aboutis des jardins de topiaires.

Le jardin de verdure, niché au cœur du Périgord Noir, se décline dans toutes les teintes de vert : ifs, buis, charmes et cyprès sont les essences principales du jardin. Ce sont les volumes des topiaires qui font toute l’intelligence d’Eyrignac : sculptures végétales, chambres de verdure, broderies de buis, parterre à la Française."


Nous arrivons maintenant au Manoir d'Artaban.

Le Manoir, datant du XVIIème siècle, prend place au cœur même des jardins, dans une cour fermée au sol de sable jaune, qui rappelle la couleur ocre de sa façade. Deux pavillons, situés aux deux angles opposés, accompagnent la demeure principale.


Cette bâtisse, plus bourgeoise que noble, a été construite à l’emplacement du petit château médiéval incendié pendant l’épisode de la Fronde par les troupes du Grand Condé auquel s’opposait Antoine de Costes de la Calprenède, Conseiller du Roy au Présidial de Sarlat, Premier Consul et défenseur de cette ville, propriétaire du château et de ses terres. Avec la victoire de Louis XIV et Mazarin qui marque la fin de la guerre, un manoir, et non un château, est aussitôt reconstruit. L’architecture de la demeure témoigne d’une époque plus calme et civilisée. Les défenses visibles deviennent inutiles. La bâtisse est tout en longueur, avec de nombreuses fenêtres ouvertes au soleil. L’escalier n’est plus en colimaçon dans la tour (la tour était jusqu’alors symbole de la noblesse) mais en carré et au centre du bâtiment. Les tours sont remplacées par les girouettes, nouvel emblème de la noblesse. Ces girouettes au même titre que l’écusson de la famille (représentant une licorne), seront jetés à bas en contestation par les révolutionnaires en 1789. Le manoir est appelé Manoir d’Artaban en hommage à l’écrivain Gauthier de Costes de la Calprenède, écrivain et cousin d’Antoine, ancêtre des 22 générations qui se sont succédées à Eyrignac jusqu’à nos jours et auteur de la fameuse tirade “fier comme Artaban”.
A l’avant de la demeure, à chaque angle de la cour, deux pavillons. D’une part, le Pigeonnier, symbole par sa taille de la richesse du seigneur, et d’autre part, la Chapelle romane familiale, unique élément qui rappelle le château médiéval primitif, toujours consacrée, qui a vu baptisés tous les membres de la famille. Entre les deux bâtiments, l’une des 7 sources si précieuses du domaine. C’est au  rythme des sources qu’Eyrignac s’anime chaque jour. Sources, bassins et fontaines se succèdent et créent des ambiances sonores différentes que l’on se trouve près du miroir d’eau.



Le lierre grimpant est une plante polyvalente. Dans nos jardins, elle est présente sur les arbres, sur nos murs et nos murets, en couvre-sol, elle peut aussi être utilisée pour réaliser des topiaires ; le lierre est alors guidé sur une structure à laquelle on a donné la forme souhaitée, avec le temps, le lierre recouvre la structure et le topiaire se crée progressivement. Ici, les jardiniers ont utilisé des chaînes comme support. 
Tout au long du jardin, on croise une soixantaine d’œuvres du sculpteur tarnais Pierre Treilhes, des insectes, un groupe de rock ect... qui ne m'ont pas vraiment subjugué, elles sont dans l'air du temps mais ne procure pas la moindre émotion, elle n'apporte rien de plus à la beauté sublime des jardins.











 




Le domaine d’Eyrignac tient son nom de l’occitan “ey” qui signifie “eau” ;  Eyrignac est le lieu où l’eau coule. Le jardin des Sources célèbre une ressource précieuse dans une région baignée de soleil sans laquelle la vie ne peut jaillir.




Créé en 2013, le Jardin des Sources inspire tout à la fois la poésie naturelle des lieux et l’esprit structuré des Jardins à la Française conçu par Patrick Sermadiras qui poursuit ainsi l’œuvre de son père.
L’allée principale qui le traverse, ordonne subtilement les points d’intérêt en un cheminement qui ne laisse rien au hasard  : la transition des haies vives et champêtres, les percées multiples vers la nature, l’invitation au délice grâce au choix gourmand des variétés fruitières, la découverte des sources richesse d’Eyrignac. La mise en scène mène naturellement au Verger de la Rotonde planté de poiriers, pommiers, mirabelliers et cerisiers. Cet audacieux amphithéâtre d’arbres fruitiers exprime toute la fantaisie bucolique du lieu.

Depuis le Jardin des Sources le regard se projette sur le spectaculaire panorama des collines de la Dordogne. Notre visite se poursuit par  4 nouveaux carrés :" Les Prés Fleuris et son mélange de graines mellifères, le Carré des Vagabondes et ses plantes en mouvement, le Carré d’Ivresse et sa collection de cépages ainsi que le Carré des Filles du Vent, une ode à la légèreté avec sa sélection de graminées. Des scènes poétiques et ouvertes sur les paysages alentour évoluant au gré des saisons dans un environnement libre et bucolique". 

Il y a aussi un bestiaire, la basse cour avec des topiaires aux formes animales, chien, mouton, canard, poule ect...et un splendide portique japonais , un de ceux qu'on espère découvrir quand les nippons décideront enfin d'ouvrir leur frontière, un torii qu'on rencontre dans les temples shintoistes.

Superbe visite conforme à nos attentes.

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