vendredi 1 mai 2020

COLOMBIE, MEDELLIN, BOTERO, LA CORRIDA ET ESCOBAR

Quand nous quittons le marché, la circulation est un casse-tête pour parvenir au musée où je veux absolument admirer les peintures de Botero sur la tauromachie. Nous avons vu que le sujet est absent du musée Botero à Bogota. Notre guide nous a entraîné dans ce marché sans grand intérêt et quand on parvient au musée, nous avons 20 minutes chrono pour voir les œuvres de Botero qui nous intéressent: nous ne jetterons pas même un coup d'œil sur les collections personnelles du maitre et sur les peintres colombiens qui ont compté. Quel abruti, ce guide !!!
Medellin a des arènes. Inaugurées en 1945, les arènes de La Macarena peuvent accueillir près de 13000 spectateurs. La feria taurine de la Macarena avait lieu du troisième samedi de janvier au troisième samedi de février. Elle comportait aussi un festival taurin avec la traditionnelle sortie de la statue de la Virgen de la Macarena de la petite chapelle qui se trouve à l'intérieur des arènes avant le paseo. La feria a bien eu lieu en février 2019 mais le maire s'est engagé à ce qu'il n'y ait plus de corrida à Medellin durant la durée de son mandat jusqu'en 2023.
En 1944, le jeune Fernando est inscrit par son oncle, afficionado, dans une école taurine  où il passe deux années. Il en conçoit une peur et une fascination du toro. Ses premiers dessins sont sur le thème de la corrida et du toro.En avril 1985, Botero présente pour la première fois à la Marlborough galerie de New York un ensemble monographique sur la corrida basé sur les différents tercio de la lidia. Cet ensemble impressionnant de 25 toiles raconte la lidia, le paseo, le tendido, l'estocade a recibir, la pique. Toutes ces toiles ont été peintes dans les années 80.











D'abord les dessins du maitre.  Depuis que nous sommes en Colombie, nous avons admiré Botero peintre, sculpteur et collectionneur, ici, Botero a rassemblé une belle série de dessins sur la corrida. Il maitrise toutes les techniques du dessin, le sépia, la sanguine, le fusain, la craie, la plume et le lavis.




"Le dessin reste pour Botero, non seulement l'esquisse qui permet de fixer une idée, mais la technique la plus rigoureuse sans laquelle la peinture serait dépourvue de toute armature. Un dessin n'a jamais fini de tout dire et de montrer qu'il est la base de la peinture."
 




















Il y a quelques années, une exposition avait réuni à Aix Picasso et Botero. Ce qui frappait c'est que Picasso a constamment opéré des brutales ruptures de style alors que Botero a toujours persisté dans son style, l'exploration d'un monde aux formes exagérées. 












 
Ce tableau, "la passe naturelle" illustre la couverture du livre de Jean Cau et de Fernando Botero "la corrida" sorti en 1990.




L'estocade a recibir est digne de César Rincon.

El matador avec la mort qui lui parle à l'oreille. On peut voir qu'il n'y a pas d'ombre au tableau comme dans aucun tableau de Botero d'ailleurs. Le corps est opulent, somptueux mais l'érotisme qui se dégage en réalité du corps d'un torero, un corps androgyne dont on perçoit la virilité, celle de celui-ci est lilliputienne. Son visage est sérieux, inexpressif, la peur, l'Alegria en sont absentes.


 





Dans la chute du picador, une incongruité, le toro subit la pique après avoir été banderillé.















Après la tauromachie, Pablo Escobar avec 3 toiles qui évoquent son histoire.

En 1988, en pleine guerre des gangs, une voiture piégée explose devant une propriété appartenant au truand. Escobar possédait une belle collection d'œuvre d'art et en particulier un tableau de Botero. Celui-ci fit savoir dans la presse qu'il était écœuré que le narco puisse aimer sa peinture. On conseilla au peintre de faire ses valises et de filer en Europe pour éviter la vindicte du bandit.
"La mort de Pablo Escobar" est une toile de 1999. Elle raconte la course poursuite sur les toits de Medellin. Escobar est gigantesque par rapport aux maisons ce qui montre l'influence d'Escobar sur la vie des gens, sur l'économie et sur la politique et la gestion de la ville. IL est pieds nus et vêtu avec les premiers vêtements qu'il avait sous la main. Une balle lui a traversé le crâne, et sous le feu intense, plusieurs autres l'ont atteint. Aucune trace d'émotion, de panique, il parait s'assoupir. 
En 2006, le peintre réalise une seconde toile sur le sujet,  “Pablo Escobar mort”. Ici, la disproportion du corps criblé de balles est toujours évidente. Deux autres personnages dans le tableau: Le policier est de taille moyenne et la femme est minuscule. Botero montre la place que chacun occupe dans la société colombienne de 1993. Le policier montre que l'idole du petit peuple a été abattu et la femme se lamente de cette immense perte. Escobar, monstrueux assassin, jouissait d'un prestige et d'une adoration auprès du peuple des favelas en finançant les hôpitaux et les écoles. La Colombie a une relation schizophrénique avec Escobar, pour la plupart c'est un monstre sanguinaire et pour les autres c'est un saint vénéré comme en témoigne la foule des pauvres gens qui sont venus à son enterrement.
En 1992, à Medellín 6 662 personnes ont été tuées dans des affrontements armés, auxquelles il faut ajouter 1 292 cadavres non identifiés et 967 habitants portés disparus, soit un total de 8 921 morts. On considère qu'Escobar a fait tuer 4000 personnes et 200 de sa propre main. Il a fait assassiner 3 candidats à la présidence, des juges trop zélés, des policiers intègres, des journalistes et a fait sauter un avion d'Avianca avec110 personnes à bord dont 2 américains ce qui a incités les US à mettre le paquet dans sa traque.

En sortant, à la course, je vois 2 toiles superbes.



La première est la "République" de Pedro Nel Gomez, je pense car l'imbécile, l'âne bâté qui nous sert de guide est bien incapable de le dire et de reconnaître Bolivar, Nariño et Santander. Les onze fresques peintes dans le Musée d'Antioquia ex Palais Municipal ont réveillé l'anxiété et l'intérêt de la société. L'aile conservatrice a critiqué ces thématiques. Le conseiller municipal de Medellín de l'époque, José María Bernal, était également contre ces fresques, qu'il a, dans un premier temps, rejetées et questionnées pour leur forme et leur contenu.

Nous n'en avons pas fini avec le guide, le chauffeur nous ramène à l'Hôtel Parc Royal. Le guide nous indique un restaurant pour déjeuner avant de prendre les taxis pour l'aéroport des lignes intérieures. C'est le Crêpes and Waffles, un chaine dont les serveuses sont des mères célibataires. Les gaufres sont délicieuses, salées ou sucrées, les portions généreuses, et notre guide va nous en faire une petite dernière. Les portions sont trop abondantes pour Hélène et le Bérurier de Vannes, lui prend fourchette et assiette et s'enfourne ce qui reste: une décharge municipale, on ne sait pas encore que le Covid est arrivé. Dernière peinture murale de Medellin qui fait la liaison pop musique et cartel, un fresque de Jimmy Hendrix.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire