mercredi 29 avril 2020

COLOMBIE, MEDELLIN, HISTOIRE ET TRANSFORMATION DE LA COMUNA 13

Ce 14 février, la journée se divise en 2, le matin, avec un guide francophone, visite de la Comuna 13 puis d'autres choses qu'on voudrait voir dans le centre mais avec Andrea , on a bien fait le centre puis vol jusqu'à Pereira et transfert à Salento dans le Quindío, la région du café.
Nous sommes prêts à 8h45, nous laissons nos bagages à la réception et nous attendons sagement le guide. Il y a bien un mec, chemise à fleurs, pantalon informe, mochila et casquette en grande discussion sur la bergère de la réception mais il ne fait pas attention à nous. A 9h10, toujours pas de guide alors que le rendez-vous est à 9h et là, le mec se décide à nous demander si nous sommes ses clients. Il est français, s'appelle Damien, breton de Vannes, cherche ses mots, vocabulaire plus limité que celui de ses homologues colombiens qui ont fait l'effort d'apprendre le français. Un van nous attend et nous prenons la route de la Comuna 13. La Comuna 13 était , avant l'élection d'Uribe, une zone de non-droit tenue par les narcos puis par la guérilla des Farc. La Comuna 13 est divisée en 23 barrios qui étaient contrôlés par les narcos et leurs sicarios et par des membres des Farc qui y habitaient et s'y cachaient.
Chemin faisant, on discute avec le guide dont les connaissances historiques sur la Colombie semblent se limiter à un passé récent. Par exemple, il ne connait pas Nariño, le vice-président de Bolivar qui a traduit en espagnol la Déclaration des Droits de l'Homme. Il présente par contre les Farc comme d'aimables Robin des Bois ou de gentil Mandrin, défenseur de la veuve, de l'orphelin...Il semble avoir fait ses universités chez Mélenchon ou chez Castro. Après une bonne demi-heure de route , on arrive au pied de la colline où s'étale la Comuna 13, une sorte de grande favela avec des maisons en briques sans crépis. Les premières œuvres muralistes apparaissent mais en montant dans la Comuna , on verra de bien plus beaux chefs d'œuvres.
  
Première erreur, il demande au chauffeur de s'engager dans un enchevêtrement de ruelle étroite, c'est bon pour les petits taxis jaunes ou les petites motos mais on perd un temps fou à essayer de se garer. On redescend au pied de la Comuna et on grimpe. Ce quartier, au temps d'Escobar était un coupe-gorge, les policiers ne s'y montraient pas et laissaient le contrôle aux narcos et aux Farc. C'est en 1999 que la Comuna 13 bascule dans l'ultra violence car elle devient le champ de bataille de groupuscules opposés politiquement. Le quartier est alors contrôlé par les guérilleros communistes de l'Enl et des Farc qui y ont installés trafic de cocaïne et d'armes. Le principal groupe paramilitaire, l'AUC essaye alors de les déloger. La Comuna 13 est stratégique, elle est située sur ce qu'on appelle le corridor de la drogue qui relie Medellin au Panama. Les armes rentrent en Colombie par là et la cocaïne en sort. 
L'arrivée D'uribe, qui nourrissait une haine des Farc motivée par l'assassinat de son père par les guérilleros dans son hacienda et la mort d'Escobar ont changé la donne.
En 2002, l'opération Orion est déclenchée, les forces gouvernementales encerclent la Comuna 13 et les paramilitaires téléguidés par le narco trafiquant Don Berna font le nettoyage maison par maison. L'opération dure 3 jours avec hélicoptères et blindés. Officiellement, on compte 11 morts et 200 blessés, mais aussi 500 disparus.

 La municipalité s'est occupée de ces zones en les dotant de bons équipements, le Metro câble et les escalators et le bidonville vivant du commerce de la drogue est devenu un quartier fréquentable par les touristes.
  
Nous découvrons les premières peintures murales.
  

  
Le guide, nourrit à la mamelle révolutionnaire, nous parle des ambitions élevées et hautement philanthropiques des Farc, dont le but était d'apporter l'éducation et la santé aux populations de la favela. Les guérilleros étaient surtout des instituteurs et des médecins comme le Che dont personne n'a jamais vu le diplôme, ni sait où il a terminé ses études médicales.
 

  

 











Nous admirons un long moment la prestation extraordinaire d'un groupe de jeunes rappeurs qui produisent un show de hip hop free style.


 
Le terrain de sport est un symbole de la pacification du quartier. Il est décoré aux couleurs des 2 clubs professionnels de la ville dont les derbies, à une époque , se soldaient par la morts de supporters au cours d'affrontements sanglants. Sous le règne de Pablo, le foot était au mains des narcos:

"L’Atlético Nacional est peut-être le plus célèbre des clubs de Colombie. Passé sous le contrôle de Pablo – à l’époque 7e fortune mondiale – dès la fin des années 70, il fut aussi l’un des plus controversés, à grands coups de pots-de-vin, de matchs truqués, de menaces et d’assassinats. Acquérir un club de foot était plutôt banal pour les grands narcotrafiquants à cette époque. En 1983, le ministre de la Justice colombien déclarait même publiquement les noms des clubs accusés d’être liés au trafic de drogue : l’Atlético Nacional, les Millonarios, l’Independiente Santa Fe, le Deportivo Independiente Medellín, l’America Cali et le Deportivo Pereira."
 

  
Voici, une des peintures murales du plus connu des muralistes de la Comuna 13, Chota 13. C'est un personnage très respectés de la Comuna 13, il y est né et ses graffitis sont facilement identifiables, il figure souvent la Pacha Mama.
  










  
Les escalators ont été construits autour des maisons pour permettre à la population de monter plus facilement dans leurs maisons ou vice versa. Ils ont remplacé 380 marches que les habitants de la communauté, y compris les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite, devaient monter et descendre quotidiennement. Il y a 6 volées d'escaliers, toutes couvertes et en excellent état, ce qui, en plus de faciliter la vie de ses utilisateurs, rend le quartier plus touristique. 



Voici une des plus célèbres fresques de Chota 13, l'opération Orion du 16 octobre 2002, les larmes de la fille, la favela dévastée, les colibris armés comme les hélicoptères d'assaut. 

  

  
La fresque des amoureux avec le banc public où ils se bécotent.
  

  

  

  
Encore un beau mural de Chota 13.
  

Puis la fresque des éléphants, toujours de Chota pour dire que les habitants ont la mémoire des pachydermes et qu'ils n'oublient pas d'où ils viennent et ce qu'ils ont connu avant que le quartier retrouve la paix.



   





























Le muraliste a planqué dans le graffiti du lion, une quantité d'autres animaux, pas facile de les trouver.
D'ici on a une superbe vue sur la favela qui n'en finit pas de dévorer la colline.
Au-dessus, dans une montagne de terre et de gravats, où la végétation a repris ses droits se trouverait le charnier des disparus d'Orion, la Escombrera, la décharge, la fosse commune des disparus de la Comuna 13. Mais avec les années de violence que le pays a connues, elle n'est pas la seule que les paramilitaires ou les guérillas ont laissées dans le pays.


  

  

  

  

Nous retrouvons notre véhicule et le guide veut absolument nous montrer le marché de gros. Il fait faire gaffe car les pick pockets foisonnent. Il veut jouer au mec qui s'y connait, nous montre les fruits locaux mais régulièrement , le vendeur lui dit qu'il se trompe, quel blaireau, quelle tache.




Cette visite à la Comuna 13 est incontournable pour qui visite Medellin. Elle montre que le pays depuis le début du siècle connait une évolution favorable. Le peuple vit mieux, la vie est plus sereine, la violence régresse bien que le trafic de drogue soit toujours très juteux. Les trafiquants ont troqué le flingue pour l'attaché case, ce sont des licenciés d'école de commerce qui préfère le marketing au sicarios. Pour visiter le quartier, je pense qu'il est plus judicieux de faire appel à un guide natif dans la Comuna plutôt qu'à un petit gaucho franchouillard sans culture et doté du qi de l’huître. Je cherche mais je n'ai pas saisi l'humanisme dans la doctrine et les agissements des Farc.

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