Nous sommes arrivés à la Quebrada Del Sol, c'est un petit village mixte. Ici, vivent 12 familles de campesinos, de petits paysans et à une centaine de mètres, une communauté indigène Kogis. Le village était occupé par des paramilitaires qui profitaient de sa situation reculée au milieu de la forêt tropicale. Les chemins ont été élargis pour permettre à leur 4x4 et à leurs pick up de passer, au fond de la grande clairière où est installé le village, un long bâtiment subsiste transformé en dortoir pour routards de passage servait de baraquement et de lieu pour les fêtes plus ou moins orgiaques, on parle de strip teaseuses et de prostituées. A cette époque, le village vivait par et pour les paramilitaires, ils ont aménagés les routes, installés l'électricité et donné du travail pour ramasser la coca ou fabriquer la coke dans des laboratoires clandestins. A cette époque, il y a avait une certaine prospérité mais les paramilitaires n'étaient pas des tendres, ils avaient l'exécution sommaire facile. Les indiens avaient été chassé de leur terre et refoulés plus loin dans la sierra. Aujourd'hui, le village semble parti sur de nouvelles bases en exploitant la manne touristique qui revient dans cette Colombie en apparence pacifiée. Il y a___20 dans le village quelques chambres d'hôtes, qui s'improvisent tables d'hôtes, quelques petits commerces qui vendent les produits de premières nécessité.
Pour commencer, le guide nous présente Manuel, un des fils du Mamo.
Le Mamo ou Mama, représente la figure centrale dans la culture Kogi et incarne la loi sacré. Il est la clé entre les pouvoirs célestes et les hommes.
C'est un petit homme avachi sur une chaise, le visage boursoufflé par une trop grande consommation de rhum, 2 petites nanas sont installées sous le grand hangar couvert de paille qui sert de lieu de réunion, de salle à manger. Pendant le debriefing, Manuel reluque la plus jolie, un peu sexy et provocante, petit short et ventre nu. Le fils du chef est tout congestionné. Le guide se drape dans son importance, c'est un petit blanc qui a vécu à Montréal quand la vie en Colombie était rythmée par les attentats des Farc ou des narcos, les affrontements de l'armée avec la guérilla, et la guerre entre mouvements marxistes et paramilitaires fascisants pour la mainmise sur le commerce de la cocaïne et des drogues. Il ne cesse de dire à l'indien qu'ils sont de grands amis, mais nous dit que ce qui mène la vie de cet homme, c'est le mauvais rhum.
Les kogis sont tout de blanc vêtus et portent un sac en bandoulière, la mochilla.
"Tisser un vêtement c'est comme tisser la vie", disent les Kogis. La communauté voit dans cette activité un geste spirituel, auquel s'adonnent aussi bien les femmes que les hommes. Ces derniers tissent les vêtements, les femmes s'occupent des "mochillas", les sacs que portent en permanence les Kogis.
Un repas nous est servi par un homme jeune, un des campesinos et son épouse enceinte. C'est un bon poisson. A la fin du repas, le guide, Eduardo, je crois, nous propose d'acheter des mochillas pour aider le peuple kogis. Comme nous n'avons pas encore jugé le bonhomme, nous nous laissons attendrir et nous achetons 2 mochillas à un tarif supérieure à ceux pratiqués dans les belles boutiques de Bogota. L'argent ira dans la poche du guide qui rétribuera au minimum la kogi qui l'a tissé. Manuel, un peu abruti ou beaucoup complice ne fait pas attention à la transaction.
Les Mamos parlent les 3 langues de la Sierra Nevada ils peuvent réciter également en langue ancestrale, le Téijua (langue ancienne Tairona), qu’aucun Kogi du commun ne peut comprendre.
Le guide nous donne le programme de la journée: d'abord, on marche jusqu'au village indien, on visite une case et on discute avec les kogis, puis on visite la grande case où se réunissent les hommes et l'école que le gouvernement colombien a mis à la disposition des indigènes pour les alphabétiser. En chemin, on suit la même route que 3 enfants komis qui retournent au village.
Les jeunes hommes sont motorisés comme les enfants des paysans mais la vache est parfois sellée pour accomplir des petits trajets en montagne.
La coca est "une importante plante rituelle cultivée par de nombreux peuples indiens des Andes et de l’Amazonie. Ses feuilles contiennent des alcaloïdes ( au nombre de 14) dont la cocaïne.
Ils mâchent une poignée de feuilles qui forme une chique, retirent de leur poporo le bâtonnet enduit de poudre de coquillage et le roulent précautionneusement dans la chique. Une partie de la poudre se mélange avec les feuilles mâchées et la réaction chimique peut commencer en libérant les alcaloïdes.
Avec le temps , l’orifice du poporo se couvre d’une fine couche de calcium durcie par le frottement répété du bâtonnet.
Les Arhuacos pensent que consommer la feuille de coca les rend plus vifs et lucides, plus résistants à la fatigue et à la faim.Il y a un symbolisme sexuel dans ce rituel utilisé principalement par les hommes : l’usage du bâton ( mâle) et du poporo ( femelle)."
Au bout du chemin, on voit arriver un petit homme trapus qui ploit sous une grosse charge de feuille de palme. C'est le Mamo du village, le père de Manuel. Il veut refaire le toit de sa case.
La société kogi est très hiérarchisée:
Ensuite viennent les cabos majeurs et mineurs (Seishua) également qui veillent à ce que le village reste attentifs aux demandes des supérieurs. Les autres habitants du village sont les « Guás »qui réalisent les travaux de vie quotidienne pour subvenir aux besoins du village."
Notre Mamo s'est assis devant une case de forme ronde qui est la case sacrée des hommes.
"La casa Maria ou Nunkhue est le lieu où se réunit le Conseil pour discuter et réconcilier, les femmes ne sont pas autorisées à y entrer.
Ses murs sont faits de fibres de roseaux, tandis que les maisons sont faites en « vareque », mélange de terre de paille et d’eau, afin de mieux retenir la chaleur.
Les Kogis se réunissent souvent pour discuter et échanger dans leur « kankurua » (maison utilisée pour prendre des décisions collectives où les discussions peuvent durer des nuits entières). Chaque décision est prise après que chaque habitant du village, jeune ou vieux, ait donné son avis.
La coca pousse de partout autour des cases. "Elle permet aux kogis de rester concentrés et connectés avec la Pacha Mama. Ils sont ainsi en permanence en état de conscience avancée. Il leur arrive de mâcher pendant plusieurs jours d’affilé sans dormir, c’est cet état de concentration élevé qu’il leur aiderait à prendre le recul suffisant sur le monde, savoir ce qui est réellement nécessaire dans la vie de toujours et ce qui est vital pour la planète. Mais la coca est également cultivée par les colons non autochtones comme matière première pour la cocaïne.
La Colombie est depuis longtemps la capitale mondiale de cette drogue et sa production a eu des conséquences dévastatrices pour la population autochtone. Malgré le caractère pacifique des Indiens, ils ont souvent été pris entre deux feux croisés entre l’armée et des groupes armés illégaux. En conséquence, beaucoup sont morts assassinés, d’autres ont été forcés à la cultiver et le reste obligé de fuir à cause de ce type de guerre civile qui ravage leurs terres. Les colons cultivent la coca pour le trafic de drogue, principalement financée par le conflit armé entre groupes de guérilla et paramilitaires, occupant les bas sommets de la Sierra au cours de la longue guerre civile qui sévit dans le pays."
Nous continuerons la visite par la nouvelle école et par la visite de la maison d'une des filles du mamo avant d'aller finir la journée dans les eaux fraiches de la rivière qui descend des glaciers de la Sierra Nevada.
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