lundi 6 avril 2020

COLOMBIE, SIERRA NEVADA DE SANTA MARTA, QUABRADA DEL SOL, LES KOGIS

Nous sommes arrivés à la Quebrada Del Sol, c'est un petit village mixte. Ici, vivent 12 familles de campesinos, de petits paysans et à une centaine de mètres, une communauté indigène Kogis. Le village était occupé par des paramilitaires qui profitaient de sa situation reculée au milieu de la forêt tropicale. Les chemins ont été élargis pour permettre à leur 4x4 et à leurs pick up de passer, au fond de la grande clairière où est installé le village, un long bâtiment subsiste transformé en dortoir pour routards de passage servait de baraquement et de lieu pour les fêtes plus ou moins orgiaques, on parle de strip teaseuses et de prostituées. A cette époque, le village vivait par et pour les paramilitaires, ils ont aménagés les routes, installés l'électricité et donné du travail pour ramasser la coca ou fabriquer la coke dans des laboratoires clandestins. A cette époque, il y a avait une certaine prospérité mais les paramilitaires n'étaient pas des tendres, ils avaient l'exécution sommaire facile. Les indiens avaient été chassé de leur terre et refoulés plus loin dans la sierra. Aujourd'hui, le village semble parti sur de nouvelles bases en exploitant la manne touristique qui revient dans cette Colombie en apparence pacifiée. Il y a___20 dans le village quelques chambres d'hôtes, qui s'improvisent tables d'hôtes, quelques petits commerces qui vendent les produits de premières nécessité.
Pour commencer, le guide nous présente Manuel, un des fils du Mamo. 

Le Mamo ou Mama, représente la figure centrale dans la culture Kogi et incarne la loi sacré.  Il est la clé entre les pouvoirs célestes et les hommes.

C'est un petit homme avachi sur une chaise, le visage boursoufflé par une trop grande consommation de rhum, 2 petites nanas sont installées sous le grand hangar couvert de paille qui sert de lieu de réunion, de salle à manger. Pendant le debriefing, Manuel reluque la plus jolie, un peu sexy et provocante, petit short et ventre nu. Le fils du chef est tout congestionné. Le guide se drape dans son importance, c'est un petit blanc qui a vécu à Montréal quand la vie en Colombie était rythmée par les attentats des Farc ou des narcos, les affrontements de l'armée avec la guérilla, et la guerre entre mouvements marxistes et paramilitaires fascisants pour la mainmise sur le commerce de la cocaïne et des drogues. Il ne cesse de dire à l'indien qu'ils sont de grands amis, mais nous dit que ce qui mène la vie de cet homme, c'est le mauvais rhum.

Les kogis sont tout de blanc vêtus et portent un sac en bandoulière, la mochilla.
   
"Tisser un vêtement c'est comme tisser la vie", disent les Kogis. La communauté voit dans cette activité un geste spirituel, auquel s'adonnent aussi bien les femmes que les hommes. Ces derniers tissent les vêtements, les femmes s'occupent des "mochillas", les sacs que portent en permanence les Kogis.

Un repas nous est servi par un homme jeune, un des campesinos et son épouse enceinte. C'est un bon poisson. A la fin du repas, le guide, Eduardo, je crois, nous propose d'acheter des mochillas pour aider le peuple kogis. Comme nous n'avons pas encore jugé le bonhomme, nous nous laissons attendrir et nous achetons 2 mochillas à un tarif supérieure à ceux pratiqués dans les belles boutiques de Bogota. L'argent ira dans la poche du guide qui rétribuera au minimum la kogi qui l'a tissé. Manuel, un peu abruti ou beaucoup complice ne fait pas attention à la transaction.
Dans un coin, sur un tableau, une traduction espagnol kogi. Le u par exemple correspond à un caractère différent.84% des Kogis parlent encore la langue native, ce qui montre un haut niveau de conservation de la culture














Les Mamos parlent les 3 langues de la Sierra Nevada ils peuvent réciter également en langue ancestrale, le Téijua (langue ancienne Tairona), qu’aucun Kogi du commun ne peut comprendre.
Le guide nous donne le programme de la journée: d'abord, on marche jusqu'au village indien, on visite une case et on discute avec les kogis, puis on visite la grande case où se réunissent les hommes et l'école que le gouvernement colombien a mis à la disposition des indigènes pour les alphabétiser. En chemin, on suit la même route que 3 enfants komis qui retournent au village.
Les jeunes hommes sont motorisés comme les enfants des paysans mais la vache est parfois sellée pour accomplir des petits trajets en montagne.


















Comme dans tous les pays du monde, le guide utilise la technique classique pour amadouer les enfants, les bonbons.          
Les kogis sont agriculteurs et possèdent quelques animaux, des poules, des porcs et des vaches. Ils construisent des maisons traditionnelles en bois. Elles sont de forme ronde ou carrée et couvertes par une toiture en feuilles de palmes. Chaque famille a sa petite maison isolée autour de laquelle elle cultive les yuccas, les fèves, les pommes de terre, les fruits, la coca dont ils mâchent les feuilles. Les Kogis ne font pas de réserve de nourriture mais utilisent le troc et l’échange avec des tribus voisines. Ils se déplacent donc constamment et marchent beaucoup pour réaliser leurs échanges. Ils pratiquent une agriculture vivrière.

La coca est "une importante plante rituelle cultivée par de nombreux peuples indiens des Andes et de l’Amazonie. Ses feuilles contiennent des alcaloïdes ( au nombre de 14) dont la cocaïne.
Pour extraire l’alcaloide actif de la feuille, les indiens de la Sierra réduisent des coquillages marins en fine poudre de chaux qu’ils mettent dans une gourde fermée par un bâtonnet. Chaque homme porte sa gourde ou « poporo » avec son sac de feuilles de coca et lorsqu’ils se rencontrent ils en échangent une poignée.
Ils mâchent une poignée de feuilles qui forme une chique, retirent de leur poporo le bâtonnet enduit de poudre de coquillage et le roulent précautionneusement dans la chique. Une partie de la poudre se mélange avec les feuilles mâchées et la réaction chimique peut commencer en libérant les alcaloïdes.
Avec le temps , l’orifice du poporo se couvre d’une fine couche de calcium durcie par le frottement répété du bâtonnet.
Les Arhuacos pensent que consommer la feuille de coca les rend plus vifs et lucides, plus résistants à la fatigue et à la faim.Il y a un symbolisme sexuel dans ce rituel utilisé principalement par les hommes : l’usage du bâton ( mâle) et du poporo ( femelle)."
    
Au bout du chemin, on voit arriver un petit homme trapus qui ploit sous une grosse charge de feuille de palme. C'est le Mamo du village, le père de Manuel. Il veut refaire le toit de sa case.

La société kogi est très hiérarchisée:
"Le Mamo, leader spirituel doté d’une conscience surnaturelle, est la figure représentative dans la vie sociale du village. Il est assisté par un secrétaire ( Takina, qui généralement est Mamo lui-même).Après le Mamo sont les commissaires majeurs et mineurs (Makotama) qui se chargent de faire respecter les lois et de gérer les dépenses du village. 
Ensuite viennent les cabos majeurs et mineurs (Seishua) également qui veillent à ce que le village reste attentifs aux demandes des supérieurs. Les autres habitants du village sont les « Guás »qui réalisent les travaux de vie quotidienne pour subvenir aux besoins du village." 
Le Mamo ou mamu n'est pas le chef du village mais plutôt une sorte de leader spirituel. L'apprentissage du mamo commence dès son plus jeune âge et se poursuit jusqu'à ses 18 ans. Il parle la langue des peuples indiens voisins, c'est aussi un chamane qui soigne de façon traditionnelle. Il remplit les fonction de prêtre, d'enseignant et de médecin.
Il y a plusieurs familles, lignages, les mamus sont issus toujours des mêmes familles et les enfants sont enfermés dans le noir et ont une certaine nourriture pour faciliter le développement des facultés de clairvoyance et audience jusqu’à l’âge de 18 ans généralement.

Notre Mamo s'est assis devant une case de forme ronde qui est la case sacrée des hommes.





"La casa Maria ou Nunkhue est le lieu où se réunit le Conseil pour discuter et réconcilier, les femmes ne sont pas autorisées à y entrer.


Ses murs sont faits de fibres de roseaux, tandis que les maisons sont faites en « vareque », mélange de terre de paille et d’eau, afin de mieux retenir la chaleur. 
 La casa « Mongis » est pour les femmes mais les hommes peuvent y entrer. La culture ancienne des kogis étaient matriarcale, la femme y avait le dernier mot. En cas de séparation la femme gardait tous les enfants et les biens, c’est que l’homme n’avait pas bien pris soin de sa femme. Les mariages se font sous la « loma », la casa Maria ne s’utilise pas pour les cérémonies. Chaque soir lors des réunions chacun apporte un fagot de bois pour tenir les 4 feux allumés, un à chacun des points cardinaux, la porte elle est du côté du soleil levant. Si une femme rentre dans la « Casa Maria » il est dit que tout le village deviendra malade. Il y a deux raisons de tenir le feu allumé : pour que les animaux sauvages ne s’approchent pas et pour que le diable ne rentre pas."

Les Kogis se réunissent souvent pour discuter et échanger dans leur « kankurua » (maison utilisée pour prendre des décisions collectives où les discussions peuvent durer des nuits entières). Chaque décision est prise après que chaque habitant du village, jeune ou vieux, ait donné son avis.
"La croyance Kogi est très proche de celle de la structure cosmique de l’univers. Ils pensent que tout est dualité. D’un point de vue cosmique le soleil sépare l’univers en 2 hémisphères, il y l’homme et la femme, le chaud et le froid, la lumière et l’obscurité...Chaque groupe possède sa paire opposée. Dans chaque paire, l’un ne peut survivre sans l’autre. Ces opposés naturels sont une manière de garder l’équilibre dans la société, ou en « harmonie » (Yuluka)"







La coca pousse de partout autour des cases. "Elle permet aux kogis de rester concentrés et connectés avec la Pacha Mama. Ils sont ainsi en permanence en état de conscience avancée. Il leur arrive de mâcher pendant plusieurs jours d’affilé sans dormir, c’est cet état de concentration élevé qu’il leur aiderait à prendre le recul suffisant sur le monde, savoir ce qui est réellement nécessaire dans la vie de toujours et ce qui est vital pour la planète. Mais la coca est également cultivée par les colons non autochtones comme matière première pour la cocaïne. 
La Colombie est depuis longtemps la capitale mondiale de cette drogue et sa production a eu des conséquences dévastatrices pour la population autochtone. Malgré le caractère pacifique des Indiens, ils ont souvent été pris entre deux feux croisés entre l’armée et des groupes armés illégaux. En conséquence, beaucoup sont morts assassinés, d’autres ont été forcés à la cultiver et le reste obligé de fuir à cause de ce type de guerre civile qui ravage leurs terres. Les colons cultivent la coca pour le trafic de drogue, principalement financée par le conflit armé entre groupes de guérilla et paramilitaires, occupant les bas sommets de la Sierra au cours de la longue guerre civile qui sévit dans le pays."












    
Nous continuerons la visite par la nouvelle école et par la visite de la maison d'une des filles du mamo avant d'aller finir la journée dans les eaux fraiches de la rivière qui descend des glaciers de la Sierra Nevada.


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