Nous quittons Getsemani, nous traversons la calle pour entrer dans le parc Centenario. C'est un lieu de passage entre les quartiers, un lieu de repos aussi, on se pose sur un banc, on discute, des personnes âgées, quelques demoiselles à la vertu visiblement minuscule. La prostitution est une des plaies de Cartagena.





Le parc est un quadrilatère qui constitue le centre de la ville de Cartagena permettant de passer de Getsemani au centre et au quartier de San Diego. Inauguré le 11 Novembre 1911,il commémore l'indépendance de L'État libre de Carthagène des Indes qui est une ancienne entité administrative et territoriale de Nouvelle-Grenade (la Colombie), indépendante puis intégrée aux Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade. Elle comprenait la partie nord de la province de Cartagena de 1810, la partie sud formant la province indépendante de Mompox avant d'être conquise par Carthagène. L'État libre de Carthagène des Indes a existé officiellement de 1811 à 1815 et fut le premier territoire de l'actuelle Colombie à déclarer son indépendance de l'Espagne. Le parc a 8 entrées cintrées, une à chaque coin et une autre au milieu de chacun des côtés. Cinq des portes mènent à l'obélisque.
Une des attraction du parc est la présence de quelques animaux sauvages qui y vivent en liberté, d'énormes iguanes, quelques paresseux et des singes que nous n'arrivons pas à voir.

Nous sortons par la porte qui s'ouvre sur la Plaza de la Paz et nous franchissons la Puerta del Relog. On débouche alors sur la Plaza de los Coches. Imera nous explique longuement la différence entre l'architecture coloniale et l'architecture republicano. L'architecture fait largement appel au bois, pour les balcon, les balustrades alors que l'architecture républicano utilise massivement le béton qui lui permet d'intégrer un grand nombre de styles, le néo-roman, le néogothique, le néo-classique, le néo-mudéjar. L'architecture coloniale produit des maisons comme on les voit en Andalousie, disposées autour d'un patio central, où souvent une fontaine.
. Après avoir obtenu son indépendance, la Colombie a rompu ses liens avec l' Espagne et a regardé ailleurs pour les nouveaux modèles, d' abord en Angleterre, puis en France, marquant le début de ce qui est devenu connu sous le nom d' architecture républicaine , une époque qui a duré une bonne partie du XXe siècle.
Sur la place, trône la statue de Pedro de Heredia, le conquistador qui fonda la ville en 1533. Ce n'était pas un homme d'une absolue honnêteté: il avait quitté l'Espagne pour fuir la justice à la suite d'une rixe où un homme avait été tué puis il se fit remarquer comme gouverneur, en spoliant la couronne espagnol dont il ne payait pas l'impôt, en spoliant ses soldats en leur faisant payer leur nourriture a un prix tel qu'en fait il gardait leur part du butin mais il a fondé une bien belle ville n'est-il pas?
Dès qu'on arrive sur la place, 2 choses s'imposent à nous, les calèches comme dans tous les endroits touristiques dans le monde, et ces femmes d'origine afro-colombiennes avec leurs longues robes multicolores et leurs étalages de fruits tropicaux. Cartagena a un passé esclavagiste. Les espagnols ne pratiquaient pas la traite des noirs mais s'adressaient aux français, aux portugais ou aux anglais pour acquérir la main d'œuvre qu'ils razziaient en Afrique.
Cette pratique s'appelait l'asiento. Un banquier français Antoine Crozat avait créé la compagnie de l'Asiento, il avait alors le monopole de l'approvisionnement des colonies espagnoles en esclaves. Son bras droit était l'amiral Ducasse, gouverneur de la Tortue et de Saint Domingue et riche planteur de canne à sucre. Après le traité d'Utrecht, l'Asiento devient monopole anglais.


Ces femmes sont des palanqueras. Elles gagnent leur vie en vendant des fruits et surtout en monnayant les photos que prennent les touristes en leur compagnie. Elles descendent des habitants de Palenque. A la fin du 17ème siècle, un petit groupe d'esclaves s'est enfui à travers la jungle en marquant leur chemin, comme le Petit Poucet, avec les dreadlocks de leurs femmes. Ils ont créé un village entouré de palissades (palenques) et se sont installés là. Une cumbia de Joe Arroyo célèbre l'épopée des palenqueros. Le village s'appelle Palenque de San Basilio à 70 km au sud de Cartagena. En 1713, un traité fut signé avec les espagnols pour leur accorder la liberté et la propriété de leur terre.
Les palenquero parlent une langue particulière le palenquero, d'origine bantou et ont des rites et des pratiques particulières.
Sous les arcades, les pâtisseries et confiseries se succèdent qui vendent des assortiments de gâteaux cartagénes. Ces arcades portent le joli nom de Portal de los Dulces.


Nous sommes maintenant sur la Plaza de la Aduana avec ses arcades et ces 2 maisons symbolisant architectures coloniale et républicaine. Un passage permet de déboucher sur le port où mouillent des goélettes depuis le temps de Colon.



Nous sommes sur la Plaza de l'église de Pedro Claver. Pedro Claver est un jésuite, ordonné prêtre à Cartagena .Sa devise était, "Pedro Claver, esclaves des africains pour toujours".

A cette époque, les navires négriers arrivaient au port déchargeant leur cargaisons de centaines d'esclaves. Le père Claver poursuit l'œuvre de Alonso de Sandoval, un autre jésuite en soignant, nourrissant, habillant , assistant et catéchisant les esclaves. Il meurt après 40 ans de sacerdoce épuisant moralement et physiquement. il a été canonisé.


Sur la place, quelques statues métalliques de Edgardo Carmona qu'on a vu aussi sur la petite place de Getsemani.
Edgardo Carmona Vergara est né à Carthagène, en Colombie, en 1950. Il suit des études d’ingénieur en mécanique et d’administration des entreprises et étudie ensuite les Arts plastiques, la peinture et la sculpture à l’Académie Alberdi et à l’Ecole des Beaux-Arts. Son travail comme concepteur de machines et constructeurs d’édifices en acier lui a donné une vaste connaissance du métal, qui associée à sa sensibilité artistique, lui a permis de créer des sculptures. Sa technique de sculpture est en effet basée sur l’assemblage en acier : elle consiste en l’élaboration et l’association de multiples éléments en acier structurel (barres, tubes, lames).
L'église de San Pedro Claver a été fondée par les jésuites en 1580. Elle a une façade très austère avec un dôme de style florentin. C’est un lieu de pèlerinage important pour les catholiques afro-colombiens car les reliques du père Claver y sont conservées.

Elle était dédiée à l'origine à San Ignacio de Loyola. La façade est faite, comme c'est la plupart des édifices de la vieille ville, en pierres coraliennes. Une statue du père Claver avec un esclave par Enrique Grau crée un contraste avec les œuvres de Edgardo Carmona. Nous prenons une petite pause historique où Ime nous parle des jésuites, des conquistadors, des inégalités sociales qui sont criantes en Colombie avec ce classement en 6 classes d'après le quartier et le type d'habitations que l'on habite et qui détermine l'impôt et les avantages auquel chacun a droit. Nous sommes sous les arcades de l'ancien monastère jésuite qui jouxte l'église de San Pedro Claver qui est aujourd'hui un musée consacré au saint. Nous descendons maintenant la calle de Don Sancho, la rue principale avec la place Bolivar, la cathédrale et les plus belles boutiques de la ville où il ne fera pas bon de lâcher nos dames.






La statue équestre de Simon Bolívar se dresse au centre de la
vieille ville sur la Plaza de Bolivar. Une plaque gravée rappelle cette
citation »Si Caracas m'a donné la vie, Carthagène m'a donné la
gloire."
Quand il est à Cartagena,
Bolivar est épuisé et aspire à se retirer pour vivre heureux en Europe ou dans
son pays. Il tombe malade et la tuberculose l'emporte à Santa Marta.
Nous visitons la cathédrale de Santa Catalina de Alessandria. Cette cathédrale est superbe avec ses façades d'un jaune qui brille et se détache sur un ciel bleu. La tour en forme de dôme est visible de partout dans le centre et nous sert de boussole pour nous diriger. Quel que soit le but de notre flânerie, on s'y retrouve invariablement. Elle est très lumineuse. On y remarque son extraordinaire retable dans les tons rosé, la chaire et les stations du chemin de croix.

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En sortant, on remarque une palanquera aérienne et vêtue de couleurs moins vives.






C'est ici que l'architecture coloniale est la plus pure, la plus colorée, les balcons sont fleuris, tout est gai, coloré, comme Ime qui , en plus de bien connaître, l'histoire et les beaux bâtiments, est un clown, toujours en train de nous faire rire avec ses intonations, et sa façon théâtrale de nous raconter Cartagena.
Cette rue est redoutable par ses commerces. Martine achète un chapeau, Catherine et Hélène lorgnent sur les sacs, les boucles d'oreilles et une bijouterie. Ime connaît bien les émeraudes puisqu'elle a travaillé dans un de ces commerces. Quand on m'annonce le prix des bijoux que je trouve les plus remarquables, je me rend compte qu'en la matière j'ai un gout très sûr mais je crois que je me contenterai d'offrir quelques belles pacotilles.
Sur la Plaza San Domingo, nous entrons dans le cloître du consulat d'Espagne qui occupe un ancien couvent de dominicains. Le consul est bien logé, l'endroit est à la fois somptueux et solennel.



Le jour commence à baisser, les lumières s'allument, nous marchons jusqu'aux remparts au bord de la mer des Caraïbes.



Au bout de la rue, sur une place le charmant théâtre Heredia, puis les remparts et l'océan qui s'y brise, le vent du large se lève et fait plier les palmiers. Bientôt la fin de la mission d'Ime qui nous conduit dans le quartier de San Diego.






De San Diego, des images de la nuit qui vient de tomber, des cartagénes et des touristes qui commencent la fete, les terrasses sont pleines, les églises aussi comme celle de Santo Toribio sur la plaza Fernandez de Madrid, un retable baroque, des boiseries mudejar.


La place San Diego est charmante, des hotels de luxe avec des patios pleins de végétation tropicale et de fraiches fontaines.

A noter ce restaurant étonnant, nostalgique de la faucille et du marteau, de l'URSS et de Lénine en plein cœur de San Diego.
le moment est venu de quitter Ime, elle a été une guide parfaite en tous points, pétillante, primesautière, marrante elle sera pour nous le symbole de Cartagena. Elle nous a donné quelques tuyaux pour finir la soirée dans une ambiance musicale. nul doute, si nous revenons ici, un jour, si le corona nous en laisse le loisir, nous la contacterons directement pour qu'elle nous concocte son programme à elle. Les lieux surprenants, les gens à voir, les musiques et les mets à goûter. Génial, Ime.
Je serais toujour ici à votre service!
RépondreSupprimerMerci beaucoup de choisir ma ville!