vendredi 29 mai 2026

LYON, AU HASARD DANS LE CENTRE

 Avant de découvrir les traboules avec Nicolas Bruno Jacquet

 https://www.lemounard.com/2026/05/les-traboules-du-vieux-lyon-avec.html

 et après la visite de l'atelier Mattelon

https://www.lemounard.com/2026/05/lyon-croix-rousse-l-atelier-de-tissage.html , nous avons descendu la montée de la Grande Cote jusqu'à la place des Terreaux et l'Opéra de Jean Nouvel.


Il  y  a  trois  siècles  et  demi  que  Lyon  abrite  un opéra. De l’ancien édifice du 19e siècle sont préservés les quatre murs de façades et le foyer du public. À  l’intérieur  de cette enveloppe originelle évidée,  un nouveau bâtiment de dix-huit niveaux est érigé par Jean Nouvel.L’Opéra de Lyon est une architecture hybride. Un élégant bâtiment de pierres du XIXe siècle, aux rythmes et proportions soignés, coiffé récemment d’une simple voûte d’acier et de verre à la texture riche et délicate : deux époques et deux écritures architecturales opposées.
Mais un ensemble unique pour contenir un volume étrange, noir et lustré comme un beau piano, qui enveloppe la salle de musique à l’intérieur vêtu de rouge. De la partie ancienne, on remarque les muses. 

Installée en 1863, les muses, pour des questions claires d’harmonies du bâtiment et de possibilités architecturales sont aux nombre de 8 alors que dans la mythologies, elles sont 9 :Calliope : muse de la poésie épique, Clio : muse de l’histoire, Érato : muse de la poésie lyrique et érotique, Euterpe : muse de la musique, Melpomène : muse de la tragédie et du chant, Polymnie : muse de la rhétorique et de l éloquence, Terpsichore : muse de la danse, Thalie : muse de la comédie, Uranie : muse de l’astronomie. 

La manquante est Uranie. Uranie n’est pas représentée car il n’y a la place pour 9, et elle était déjà représentée à Lyon, sur la place des Cordelier au moment où l'Opéra est construit. Le projet de réaménagement de l'opéra de Lyon est confié en 1986 à l'architecte Jean Nouvel. Voilà comment, l'architecte décrit son projet :   

"Situé en un lieu prestigieux l’Opéra, véritable repère contemporain désignera la centralité du quartier de l’Hôtel de Ville et sera perçu en contre-jour depuis le Rhône de la même façon que la verrière du Grand Palais. Il s’affirmera simple et monumental : monumentalité du demi-cylindre de verre doublant la hauteur de l’édifice existant et simplicité d’un traitement homogène en lames de verre storées formant une voûte en berceau.  

Cette écriture tend à renforcer l’identité de la ville dans la mise en place de signaux urbains. Le demi-cylindre pur peut être lu comme complémentaire de la pyramide de la tour du Crédit Lyonnais à la Part-Dieu."



L’Hôtel de Ville fut construit de 1646 à 1672 par l’architecte lyonnais Simon Maupin et Girard Desargues. Détruit par un incendie en 1674, il fut reconstruit de 1700 à 1703 par Jules Hardouin Mansart. L’Hôtel de Ville est rehaussé d’un étage décoré à l’italienne avec une balustrade et deux statues, Minerve et Hercule, représentant la Sagesse et la Force, qui se substitue à la haute toiture d’ardoises ; la toiture des pavillons est modifiée et arrondie en dôme, en harmonie avec l’architecture du couvent des Dames de Saint-Pierre, dit Palais Saint-Pierre, édifié trente ans plus tôt (l’actuel Musée des Beaux-Arts). Le beffroi est reconstruit sensiblement à l’identique, sans le campanile. L' installation de la statue équestre d’Henri IV (dont le mariage avec Marie de Médicis avait été solennisé à Lyon en décembre 1600) sculptée par Legendre-Héral date de 1829. L' Hotel de Ville abrite un décor peint et sculpté exceptionnel. Sur la façade de la mairie, flotte le drapeau de fiertés. L'Hôtel de Ville de Lyon accueillera le bal des fiertés ce samedi 3 juin à l'occasion du mois des fiertés. No comment, ça procède du clientèlisme électoral, et il est politiquement incorrect d'émettre un commentaire négatif. A Clermont, Bianchi a fait colorer les passages pour piétons de la place de Jaude au couleurs des fiertés. Le maire envisage de rénover l'édifice. "L'étude devra proposer des scénarios de rénovation réalistes et durables, "conciliant conservation patrimoniale, confort d’usage et transition écologique". Elle devra aussi hiérarchiser les quatre postes de chantier suivants : mise aux normes accessibilité, renouvellement des équipements techniques, réduction des consommations énergétiques et confort thermique l'été."

La création de la fontaine Bartholdi remonte à la fin du XIXe siècle, dans un contexte de forte demande pour des œuvres monumentales capables d’embellir les grandes villes de France. À l’origine, Bartholdi avait conçu la fontaine pour la ville de Bordeaux, en 1857, lors d’un concours municipal visant à décorer la place des Quinconces. Cependant, son projet ne fut pas retenu à l’époque pour des raisons budgétaires, et l’œuvre resta longtemps dans les cartons de l’artiste.

Il fallut attendre plusieurs années avant que le destin de la fontaine ne change. En 1886, alors maire de Lyon, Antoine Gailleton eut l’ambition de doter la ville d’un monument grandiose. Il se tourna vers Bartholdi, qui proposa son projet initial, finalement financé par la municipalité. La fontaine fut achevée et installée en 1892, marquant un tournant dans l’esthétique urbaine de Lyon. 

"La fontaine Bartholdi est une allégorie de la France, représentée par un char majestueux tiré par quatre chevaux impétueux. Chacun de ces chevaux incarne l’un des quatre grands fleuves français : la Garonne, la Seine, le Rhône et la Loire. Le char lui-même symbolise la nation française, souveraine et puissante, maîtrisant les éléments naturels. Les chevaux, musclés et énergiques, semblent en pleine course, donnant une sensation de mouvement dynamique. Leurs têtes se tournent dans des directions opposées, illustrant la diversité des cours d’eau qu’ils représentent, et leurs crinières flottent dans l’air, renforçant cette impression de mouvement. Au centre, une femme imposante, figure allégorique de la France, domine la scène. Vêtue d’une robe classique, elle tient fermement les rênes, symbolisant la maîtrise et la force de la nation face aux forces de la nature. Sous elle, l’eau jaillit des naseaux des chevaux et de la base du char, soulignant la relation étroite entre la fontaine et son thème aquatique."

Le lendemain, notre ballade commence à St Jean. Pour les visiteurs automobiles, le passage de Doucet à la mairie est à la fois un casse-tête (Comment se diriger dans une ville que l'on croit bien connaître, avec les sens uniques, les sens interdits, les voies de bus ou des 2 roues, les zones à circulation limitée) et un racket (jusqu'à 85 euros pour une journée de parking). Le parking du métro de Vaise, est , par-contre, une idée écologique et intelligente, Il faut noter que les initiatives de nos écolos remplissent rarement les 2 cases. Là, le ticket de métro assure la gratuité du parking, ce qui est génial. Nous prenons donc le métro de Vaise à St Jean.

La cathédrale, la primatiale St Jean se trouve au centre du Vieux Lyon. Le Vieux Lyon c'est en fait 3 églises, St Paul, St Jean et St Georges. La cathédrale St Jean est une primatiale. En effet, la cathédrale est le lieu du siège de l’évêque d’un diocèse. L’appellation de primatiale n’est donc donnée qu’aux cathédrales où siègent des évêques qui ont aussi le titre de Primat. Ce titre, tombé en désuétude, ne confère en principe plus aujourd’hui de pouvoir de gouvernement particulier aux évêques qui en bénéficient, mais uniquement des prérogatives honorifiques. Il désignait tout simplement la primauté d’un hiérarque sur les évêques d’une zone géographique particulière. Il en existe, néanmoins, toujours et cela témoigne généralement de l’ancienneté d’un siège ou de son importance historique. Ainsi par exemple, l’archevêque de Lyon conserve la dignité de Primat des Gaules — accordée en 1079 — en raison de l’établissement de l’Église en cet endroit qui remonte au ministère de saint Pothin, premier évêque de Lyon et de Gaule, mort en l’an 177. 

la Cathédrale Saint-Jean, est un édifice mélangeant les styles gothique et roman. Sa construction s'étend sur trois siècles, de 1175 à 1481. 

La façade est composée de trois portails ornés de statues détruites pendant les guerres de religions. Une série de médaillons retrace en image des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament, de la vie des Saints et représente notamment des scènes de vie monastique.

Cette cathédrale fut au cours des siècles le théâtre d'évènements politiques et historiques importants : Le Pape Jean XXII y est couronné en 1316 ; le 13 décembre 1600, la cathédrale abrite le mariage d'Henri IV et de Marie de Médicis ; Richelieu y reçut sa barrette de cardinal en 1622…. Beaucoup de monde aujourd'hui, beaucoup d'enfants en voyage scolaire et une foultitude personnes âgées car c'est un pèlerinage de retraités.

L'une des particularités de l'édifice est de posséder une horloge astronomique dont la construction remonte à l’année 1379.Elle indique la date, les positions de la lune, du soleil et de la Terre, ainsi que celle des étoiles au-dessus de Lyon. La date donnée était
exacte jusqu'en 2019. Compte tenu des connaissances de l'époque, c'est le soleil qui tourne autour de la Terre. L’horloge donne l’heure, mais aussi la date du jour grâce à un calendrier perpétuel et à ses disques divisés en 365 portions affichant jours et mois en latin. Mais elle va encore plus loin dans la complexité, en intégrant un calendrier répertoriant les fêtes chrétiennes, ainsi qu’un astrolabe donnant la position des étoiles, les nouvelles lunes, la date des éclipses, et jusqu’à la durée entre le lever et le coucher du soleil. L’horloge astronomique se compose principalement de deux parties : une base carrée de 1,80m de côté et une tourelle octogonale qui surplombe cette dernière. Mesurant plus de 9 mètres de hauteur, elle est intégrée harmonieusement dans l’architecture de la cathédrale. Les automates qui se déplacent à l’occasion des heures sont des témoins impressionnants du savoir-faire médiéval. De plus, des statuettes représentant saint Pothin, le premier évêque de Lyon, et saint Irénée, son successeur, sont présentes sur l’horloge. Chacune de ces sculptures apporte une touche d’authenticité, un lien tangible avec le passé religieux de la ville. Le carrousel, qui donne vie à un personnage par jour de la semaine, est une célébration artistique de la chronologie divine. Il n'est hélas pas l'heure où le carroussel se met en marche. Chaque jour, l’horloge sonne à différentes heures, notamment à 12h00, 14h00, 15h00, et 16h00. À ces moments, un spectacle enchanteur se déroule devant les yeux des visiteurs. Les automates s’animent alors dans un ballet harmonieux orchestré par l’ange de gauche, tandis que le coq chante, ajoutant une touche vivante à ce scénario mécanique.

La rosace du couchant, plus couramment appelée rosace de l’Agneau, mérite un arrêt sur image. Située au-dessus du grand portail, à plus de trente mètres de haut, elle occupe, avec ses douze mètres de diamètre, une place si importante qu’elle touche l’ogive dans sa partie supérieure. Exécutée en 1394 par Henri de Nivelle, le verrier attitré de Saint-Jean, elle présente au centre l’Agneau qui donne son nom à la rosace. Habilement découpée, elle relate en 6 médaillons quelques épisodes de la vie de St Etienne, puis, en 12 médaillons, celle de Jean Baptiste, à qui est consacré l’édifice. Pour un supporter de l'OL, relater la vie de St Etienne pour passer pour de la provocation.

Nous traversons le pont, puis la place Bellecour où trône une installation artistique et controversée qui masque en partie la statue équestre de Louis XIV. La place Bellecour accueille pour cinq ans l’œuvre Tissage Urbain. La Ville de Lyon a investi 1,6 million dans cette ombrière géante créée pour permettre aux badauds de se rafraîchir au cœur d’une place connue pour être un îlot de chaleur l’été. "La structure ne remplit pas sa promesse de confort climatique.
D’où qu’elles proviennent, les mesures de température ne sont guère convaincantes : il fait toujours près de 45°C sous les voiles en pleine après-midi, contre une version plus rafraîchissante sous les arbres qui se trouvent sur le côté. 
Présentée comme "douce" et "verte", l’ombrière repose également sur d’immenses poutres en bois et de gros blocs de béton fixés au sol. Quelle est l’empreinte carbone réelle de cette installation ? Combien de matériaux extraits, transformés, acheminés, montés… pour aboutir à une structure qui chauffe plus qu’elle ne protège ? Ce projet est finalement révélateur d’un aveuglement idéologique qui gagne du terrain à Lyon.
On commence par nier les contraintes existantes, on maquille ensuite l’échec d’un aménagement urbain en projet artistique, et on refuse d’écouter ceux qui vivent réellement la ville." Lyon Mag.

Nous parcourons la rue Auguste Comte où les antiquaires sont moins nombreux qu'au temps de nos études mais souvent de grande qualité puis nous remontons la rue des Marronniers en passant devant chez Monier et la Mère Jean où nous aimions manger le tablier. Puis nous parcourons le Nouvel Hotel Dieu. La réhabilitation du Grand Hôtel-Dieu est un immense défi. Le projet de reconversion a été porté par Eiffage Immobilier et conçu par les architectes Albert Constantin  et Didier Repellin , avec le soutien de la Ville de Lyon. Le vénérable Hotel Dieu avait été construit entre autres par l’architecte Jacques-Germain Soufflot. Le vieil hopital a vu naitre Catherine et Eliane qui ont assisté à sa rénovation avec passion et émotion. "Tout au long de son histoire, le Grand Hôtel-Dieu, a contribué au rayonnement de la cité et il a été le théâtre de nombreuses aventures qu’elles soient médicales, militaires ou même religieuses. Tout d’abord hospice, puis hôpital et maternité, l’ensemble s’est toujours tourné vers l’avenir."

Le Grand Hôtel-Dieu est composé de cours, de jardins ,de galeries accessibles et  de sept entrées. Nous découvront d'abord  la cour du Midi et sa verrière magnifique, la cour Saint-Martin, la cour du Cloître et son jardin magnifique, la cour Saint-Henri et sa colonnade et finalement la cour Sainte-Elisabeth qui se trouve entre les anciens et les bâtiments modernes. Catherine et Eliane veulent surtout voir la chapelle rénovée où il y a quelques années, elles furent baptisées. On y voit justement des photos d'un bapteme collectif où tous les nouveau nés d'un jour sont baptisés ensemble. La chapelle de l’Hôtel-Dieu est un édifice d’influence baroque construit sous Louis XIII, l’un des seuls édifices construits dans ce style à Lyon, avec la chapelle de la Sainte-Trinité du Lycée Ampère et Saint-Bruno des Chartreux. C’est une chapelle hospitalière accolée à l’ancien Hôpital.

 On y découvre cette Pietà , située dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié. C' est une œuvre datant de 1853, réalisée par Joseph-Hugues Fabish (1812-1886), sculpteur de la Vierge de Fourvière, mais également de la Vierge de Lourdes. Cette Pietà symbolise la chapelle hospitalière qui a pris, dès sa consécration en 1645, le nom de Notre-Dame de Pitié. Nous déjeunons dans un des restaurants qui se trouve dans une cour et doit faire partir du somptueux hotel Intercontinental.
Puis nous avançons jusqu'à la fontaine des Jacobins. La fontaine fut réalisée en décembre 1885 par Gaspard André (1840-1896) à qui on doit également le théâtre des Célestins. En marbre blanc, elle représente Philibert Delorme ou de l'Orme, Guillaume Coustou, Gérard Audran et Hippolyte Flandrin. Philibert Delorme, architecte (Lyon 1514, Paris 1570), a bâti les châteaux d'Anet et des Tuileries. Guillaume Coustou, sculpteur, (Lyon 1677, Paris 1746). Gérard Audran, artiste, (Lyon 1640, Paris 1703). Hippolyte Flandrin, peintre, (Lyon 1809, Rome 1864).
La place des Jacobins où se dresse la fontaine, d'une superficie de 6320 m², s'est appelée place Confort jusqu'en 1782, du nom d'une chapelle dédiée à Notre-Dame de Confort puis, place des Jacobins du nom du couvent des Dominicains ou Jacobins et non . Au sud de la place se trouvait leur église et leur couvent. Dans cette église, le Pape Jean XXII fut élu en 1316.
Elle s'est appelée place de la Fraternité de 1794 à 1871. La place des Jacobins n'a rien à voir avec le groupe des Jacobins, opposés aux Girondins pendant la Révolution française. Ce groupe portait ce nom car ses membres se réunissait dans un ancient couvent de jacobins. La scission de juin 1791, consécutive à la fuite du roi, transforme le club. Les modérés dirigés par Barnave se retirent au couvent des Feuillants, tandis que les Jacobins se radicalisent sous l'impulsion de Robespierre. À partir de l'automne 1792, le club se renomme « Société des amis de la Liberté et de l'Égalité » et change progressivement sa composition : la bourgeoisie commerçante cède la place à une bourgeoisie plus jeune et ascendante, côtoyant des militants et des sans-culottes séduits par les discours de Robespierre. Entre 1792 et 1794, le Club des Jacobins atteint l'apogée de son influence. Doté d'un réseau impressionnant — environ 6 000 sociétés affiliées en France — il exerce une direction politique quasi gouvernementale de la Révolution. Le club organise l'insurrection du 31 mai-2 juin 1793 qui aboutit à l'arrestation des Girondins et à l'instauration du gouvernement révolutionnaire. Pendant la Terreur, les Jacobins unissent bourgeoisie révolutionnaire, sans-culottes et paysans autour d'un programme centralisé, tout en intervenant sur les prix, les salaires et la distribution des biens nationaux. Cependant, les contradictions sociales entre la bourgeoisie jacobine et les sans-culottes s'approfondissent. Le 9 Thermidor (27 juillet 1794), Robespierre est renversé et guillotiné. Le Club, désormais orphelin, perd sa légitimité et ferme ses portes peu après. De foyer d'effervescence révolutionnaire, il devient le symbole du gouvernement terroriste.
Hier, Nicolas Bruno Jacquet nous a indiqué une traboule intéressante, "le passage des Imprimeurs" qui part du 27 quai St Antoine et rejoint la rue Merciére.
Lyon, au XVIe siècle, était un foyer culturel vibrant et un centre majeur de l’imprimerie avec en particulier l’imprimeur Étienne Dolet. Imprimeur passionné et humaniste, il a contribué à l’édition de textes classiques, de poésie et de travaux savants, faisant de son atelier un foyer intellectuel. Cependant, la vie d’Étienne Dolet a été marquée par des controverses. Ses écrits audacieux et critiques envers la religion ont suscité des tensions avec les autorités religieuses et politiques. Son engagement en faveur de la liberté d’expression l’a finalement conduit à des années d’emprisonnement et à son exécution tragique en 1546.

Petit patrimoine urbain méconnu, voire inconnu, le lambrequin est une spécialité lyonnaise : il protège le haut du "store ou abat-jour à la lyonnaise", constitué de lames de bois orientables et mobiles verticalement, reliées par des chaînettes métalliques, système courant d’occultation des fenêtres à Lyon.

Apparu vraisemblablement au XVIIe siècle, le lambrequin est d’abord en bois puis en fonte moulée. La fin du XIXe fut une période de profusion notamment sur les immeubles "bourgeois" avant l’apparition de la persienne brisée se repliant dans l’épaisseur de l’embrasure. Le lambrequin dont les derniers modèles sont en tôle de facture banale disparaît autour des années 1930 pour reparaître vers la fin du XXe dans sa fonction de décoration en modèles contemporains peu ornés.

Le Palais de la Bourse, aussi appelé Palais du Commerce, fut construit entre 1856 et 1860 dans le cadre des grands travaux urbains de la Presqu'île de Lyon sous le Second Empire. Commandé par le préfet Claude-Marius Vaïsse et conçu par l'architecte René Dardel, il devait centraliser des institutions clés : un musée, des magasins, la Bourse, et le tribunal de commerce. Son inauguration par Napoléon III et l'impératrice Eugénie le 25 août 1860 marqua son rôle pivot dans la vie économique lyonnaise.


À l'origine, le palais abritait des institutions variées comme la Compagnie des courtiers en soie, le conseil des prud'hommes, et le Crédit lyonnais jusqu'en 1934. Il devint un lieu symbolique après l'assassinat du président Sadi Carnot en 1894 devant ses portes. 
"Le groupe sculpté est l’œuvre de André (César) Vermare (Lyon, 1869 – Bréhat, 1949), grand prix de Rome de sculpture en 1899, ainsi qu’en atteste la signature "A. Vermare 1905".
Le Rhône, représenté sous les traits d’un homme musclé et nu, nage dans des flots tourmentés. La Saône, « faible femme » (enfin, plus petite et gracile que lui), semble se noyer et lui touche la poitrine de sa main droite. Le Rhône présente une grande force, traits du visage sévère, cheveux en pétard, bars gauche tendu vers l’avant et écartant les algues (remarquez au passage le grand soin accordé aux détails de la musculature, des ongles, etc.). Son bras droit est allongé vers l’arrière, comme un nageur qui nagerait un crawl puissant! A ses côtés, la Saône, également nue, semble à moitié noyée, abandonnée les yeux fermés, les doigts de la main gauche qui s’enfoncent dans l’eau et ses cheveux qui flottent, le dos cambré vers l’arrière."
Dans la veine écologique qui a investit Lyon, les abribus végétalisés, sur l'avenue de la Ré.
"En plus de l'aspect esthétique, les abribus et les bancs végétalisés contribuent à réduire les effets du réchauffement climatique. Les végétaux atténuent les fortes températures. Elles sont sources d’ombres et de fraîcheur et améliorent la biodiversité."

 
Nous entrons dans la basilique Saint Bonaventure, l'église sur la place des Cordeliers. C'est une église gothique avec des voûtes majestueuses.
On remarque les vitraux, qui ont souffert des caprices de l’histoire. Le dernier de ces caprices a été la destruction à l’explosif des ponts sur le Rhône, en 1944.  Elle est ornée de magnifiques vitraux qui illuminent l’intérieur d’une lumière colorée, créant une ambiance chaleureuse. Ces vitraux représentent des scènes bibliques et sont un témoignage de l’art méditerranéen au XVIIe siècle. Les vitraux sont conçus comme des bandes dessinées avec la légende au bas du vitrail comme ici, le Baptême de Clovis.
Nous nous reposons un moment dans le jardin du palais St Pierre sur un banc à l'ombre. Il correspond à l'ancien cloître de l'abbaye des dames de Saint-Pierre du 17e siècle. Au XIXème siècle, on place au-dessus des arcades des moulages des frises grecques du Parthénon d’Athènes et du monument des Néréïdes de Xanthos.
Abraham Hirsch (1828-1913), architecte chargé des travaux du musée, restructure le jardin entre 1879 et 1883. Les galeries voûtées reçoivent un décor peint dû à Louis Bardey (1851-1915). Au-dessus des arcades, on installe des médaillons en bronze illustrant les grands artistes lyonnais sur fond de mosaïques, réalisées sur des dessins de Charles Lameire (1832-1910). Dans les niches sont disposées des copies en plâtre de statues antiques célèbres (Vénus Médicis, Éphèbe, Satyre, Diane de Gabies, Aphrodite du Capitole, Discobole au repos, Vénus Génitrix, Antinoüs du Capitole).
Dernière église du parcours, St Nizier. Saint-Nizier, évêque de Lyon de 553 à 573, aurait selon son neveu Grégoire de Tours été enterré dans cette église qui fut ainsi dédiée après la naissance d’un véritable culte autour de son tombeau. 

L’élément le plus caractéristique de l’église Saint-Nizier est à la présence de ces deux tours, unique à Lyon, asymétriques. La première, à gauche est datée du XVe siècle. Elle est surmontée d’une toiture de tuile rouge et possède une horloge dont on peut voir les deux cloches. La seconde, à droite, est datée du XIXe siècle. Légèrement plus haute que la première, elle est dominée par une flèche sculptée dans le calcaire et décorée d’une rosace qui fait écho à l’horloge de la tour Nord.  

Ces deux tours encadrent l’imposant portail de style Renaissance, longtemps attribué à Philibert de l’Orme, mais sans doute l’œuvre de Jean Vallet. Au centre se trouve la grande porte avec au-dessus une inscription latine signifiant : "dans son temple tous proclament sa gloire". La nef principale de l’église actuelle est divisée en six travées et bordée sur ses bas cotés (ou nefs latérales) de neuf chapelles. On retrouve également une chapelle de chaque côté du transept et de part et d’autre du chœur.

Nous retournons à l'Hotel Dieu pour prendre un verre au bar de l'Intercontinental sous le Grand Dome. Une surface au sol, dallée de marbre noir et blanc (travail du marbrier suisse Henry Doret), de 500 mètres carrés, une hauteur de 32 mètres avec un oculus sommital hypnotique, deux tribunes et un étage avec fenêtres qui apportent de la lumière, des caissons à rosaces feuillagées en taille décroissante sur la clef de voûte, des angelots, des guirlandes de raisins, d'acanthes, de fruits et de bleuets à godrons entourant les arcades et des chapiteaux de pilastre, œuvres en calcaire taillé des sculpteurs Dessard et Clément Hayet (lire l'une des factures plus bas). Achevé en 1761, le grand dôme constitue l’élément architectural fort de la composition de Jacques-Germain Soufflot, un architecte d'origine bourguignonne qui a marqué la France de son empreinte : une architecture néo-classique qui amalgame les prescriptions de la légèreté gothique à la magnificence antique.

Nous finissons dignement la soirée dans la boucherie-restaurant l'Argot, rue Bugeaud que la mairie bien-pensante souhaite débaptiser. L'Argot c'est un concept que le Gault et Millau décrit ainsi : "C’est une boucherie-restaurant qu’on ne manque jamais en passant aux Brotteaux, tant le plaisir et l’esprit d’insouciance sont au cœur de ce projet épicurien. Ce sont des viandes et des charcuteries de compétition, qu’on vient déguster sur place ou à emporter, avec le savoir-faire du boucher et les bonnes cuissons. On y partage un foie gras ou un pâté en croûte, avant de poursuivre sur de superbes pièces de viande : bœuf limousin, ris de veau, entrecôte wagyu, volaille de Bresse… Service très aimable." Lambiance y est bruyante, bon-enfant, un peu troisième mi-temps, on y a déjà croisé Beauxis et son épouse qui commente le rugby sur Canal. Je partage une belle cote de Limousin avec Cathy, le Vacqueyras les Baies Gouts, Sous le bois..(Fruits rouges bien mûrs, légèrement griotté) est un bonheur, ceux qui prennent l'onglet le trouve un poil trop nerveux, le pain perdu pantagruélique est une merveille.


Le lendemain, jour du départ, nous allons visiter les Halles Paul Bocusse et déjeuner à la Maison Rousseau, poissons et coquillages. Nous nous arretons à Caluire devant la maison  du docteur Dugoujon à Caluire et Cuire où Jean Moulin est arrêté par Klaus Barbie et la Gestapo le 21 juin 1943. La réunion où il se rend est normalement ultra-secrète, rassemblant le gratin de la Résistance pour désigner le nouveau patron de l’Armée Secrète, remplaçant le Général Delestraint. Mais la Gestapo est au courant, aujourd’hui encore on ne sait avec certitude qui a été le dénonciateur. On soupçonne l’un des participants à cette réunion, René Hardy, sans aucune preuve aujourd’hui encore. Hardy a été arrêté par les Allemands le 7 juin dans le train Lyon-Paris, à Chalon/Saône. Le 10 juin, Klaus Barbie chef de l’antenne régionale de la police de sureté allemande — le SD — « traite » Hardy et de façon inexpliquée encore aujourd’hui le relâche. Mais le 21 juin, Pierre de Bénouville, du comité directeur des Mouvements Unis de la Résistance (MUR), commet une incompréhensible erreur de sécurité en donnant l’ordre à Henri Aubry d’inviter René Hardy à la fatale réunion de l’après-midi. Apparemment, il aurait compté sur les qualités de débatteur de Hardy pour contrecarrer le poids politique de Jean Moulin dans la nomination du nouveau chef de l’Armée Secrète en replacement du général Delestraint arrêté et donner un poids prépondérant au mouvement Combat. René Hardy n’était pas d’accord pour participer à cette réunion, Henri Aubry a dû insister. Après l’arrestation de Jean Moulin et de ses camarades et après la guerre, René Hardy sera mis en cause à la Libération puis acquitté deux fois dans cette histoire. Mais la controverse quant à son rôle a continué jusqu’à aujourd’hui. Elle est attisée tant par les circonstances (des rapports internes de la Gestapo retrouvés plus tard comme quoi il aurait contribué à de nombreuses arrestations et un document produit par la DST), par les témoignages et les soutiens (Frenay, de Bénouville, Albert Camus) ou les accusations (Raymond Aubrac, Edmée Delétraz résistante infiltrée dans la Gestapo) d’acteurs importants de la Résistance, que par des dimensions politiques et des luttes d’influence entre communistes, radicaux, gaullistes et démocrates-chrétiens du MRP.
Deux « Traction », le modèle mythique de Citroën, tellement associé au maquis et à la Résistance, stoppent sur la place. Mais elles ne sont pas occupées par des résistants. Ce sont 7 8 Allemands, armés. Le docteur qui est en consultation les aperçoit depuis sa fenêtre. Ils foncent sur lui. Aucune échappatoire n’est possible, ni pour Moulin, Aubrac et Schwartzfeld dans la salle d’attente, ni pour Lacaze, Lassagne, Hardy, Aubry et Larat à l’étage, dans la pièce où devait avoir lieu la réunion.

C’est là qu’un Allemand apostrophe Aubry, tout en lui donnant des coups, il lui dit qu’il l’a vu sur la veille sur le pont Morand. Aubry aussi était filé. Les Allemands cognent violemment aussi Lassagne. Puis ils chargent tout le monde dans les Traction, ainsi que 2 patientes qui étaient là. Mais, coup de théâtre : René Hardy se libère de ses entraves aux poignets et s’enfuit. Les Allemands lui tirent dessus, mais ils le ratent. À la surprise plus tard de la domestique du docteur, qui se souviendra combien les soldats étaient proches de Hardy quand ils lui tiraient dessus. Comment ont-ils pu le rater et le blesser seulement à un bras ?   Plus tard, Klaus Barbie dira que les menottes de Hardy étaient truquées… et que sa trahison a eu beaucoup d’importance pour le camp allemand. Cependant Hardy s’en défendra toujours. Jean Moulin est conduit à la prison Montluc avec ses camarades. Il sera torturé par Klaus Barbie à l’École de Santé militaire . Il n’avoue rien. Il essaie de se suicider plusieurs fois, Klaus Barbie attribuera ses blessures à ses tentatives, niant qu’il s’agisse des tortures qu’il a pratiquées sur le chef de la Résistance, ceci malgré les preuves. Arrêté brièvement en 1940, Jean Moulin avait déjà fait une tentative en se tranchant le cou. Il est ensuite emmené à la Gestapo à Paris. Il serait officiellement décédé le 8 juillet 1943, à Metz, dans un train vers Berlin. Le 9, le corps d’un Français qui serait Jean Moulin est ramené à Paris, incinéré, ses cendres déposées au Père-Lachaise. Puis, en 1964, avec l’un des plus grands discours de l’histoire de France par André Malraux, au Panthéon. Impossible de visiter la maison car il faut prendre rendez-vous à l'avance et que de jeunes étudiants sont en cours de visite.

Le mémorial Jean Moulin consiste dans cette sculpture. Il s’agit d’une œuvre de l’artiste Christiane Guillaubey, diplômée des Beaux Arts de Lyon en 1970. Elle est à la fois peintre et sculptrice. L'écharpe autour du cou de Jean Moulin est le signe de la détermination et du courage face à l'ennemi.  Elle était là pour dissimuler une cicatrice au cou, séquelle de sa tentative de suicide en juin 1940 pour ne pas collaborer avec les nazis. 




 









 

 

 

 


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