mercredi 27 mai 2026

LES TRABOULES DU VIEUX LYON AVEC NICOLAS BRUNO JACQUET

 Nous avons rendez-vous à 14h30 sous les 24 colonnes du palais de Justice de Lyon avec Nicolas Bruno Jacquet, qui m'a paru celui qui pouvait le mieux nous ouvrir les portes et découvrir les traboules. Ayant passé enfance et jeunesse à Lyon, nous croyons connaître les passages secrets du Vieux Lyon mais la suite va nous montrer que des traboules nous ne connaissons que la partie évidente. Le palais de Justice se trouve sur les bords de Saône, à l'entrée du Vieux Lyon partie Saint Jean. C'est un édifice néo-classique  construit entre 1835 et 1847 par Louis-Pierre Baltard (père de Victor Baltard, architecte des halles de Paris). L’architecte s’est inspiré d’un temple grec, mais a préféré placer la colonnade non pas sur les côtés du temple comme c’était d’usage dans l’Antiquité, mais sur sa façade principale pour la rendre plus imposante encore. "La façade  est composée d’un imposant péristyle de 24 colonnes identiques de 12 mètres de haut et au style corinthien, inspirées des temples grecs.  Ces colonnes correspondent aux vingt-quatre heures de la journée : situées à l’est, elles reçoivent tour à tour  les rayons du soleil et emprisonnent le jour qui s’écoule (de façon symbolique), au rythme de la colonnade en suivant le cours de la Saône. Les fûts cannelés de ces colonnes sont réalisés en pierre de Villebois et  les chapiteaux en  pierre jaune de Cruas et de Rocheret, pour assurer une bichromie de l’ensemble."

Curiosité, notre guide, Nicolas est né en 1979 à Aurillac comme notre fils Nicolas. Il est grand, mince, barbe bien taillée, vif et marche d'un pas très rapide car en 2 heures, il y a beaucoup à dire sur le Vieux Lyon et ses traboules. Première station devant le jardin Archéologique de St Jean, au pied de la cathédrale. Nous sommes devant les vestiges d'un double mur parallèle à la rivière, érigé pour protéger l'église initiale des crues de la Saône.. Dégagé sur une longueur de plus de 30 m entre le chevet de la Cathédrale et le Palais de Justice, ce mur pourrait aussi correspondre au mur d'enceinte de la ville basse. Lugdunum est une colonie qui voit le jour en 43 av. J.-C. sur le plateau de Fourvière, prenant place sur un site gaulois, Lugdunum (ou la colline du dieu Lug), dont elle garde le nom. La cité prend ses aises, gagnant, les quartiers fluviaux, la Presqu'île et la rive droite de la Saône. À la fin du 1er siècle av. J.-C., Lugdunum devient même capitale de la Gaule lyonnaise (Auguste a en effet divisé la Gaule celtique en trois provinces, la Lyonnaise, la Belgique et l’Aquitaine). Siège d'un important atelier monétaire (on y frappe monnaie pour tout l'Empire) et point central des routes entre le nord de l'Empire et Rome. Nicolas insiste beaucoup sur les pierres qui ont servi à la construction des maisons et au pavage des rues et nous montre des fossiles d’huîtres, de Néréides et d’ammonites. Nous nous arrêtons devant un panneau qui montre l'état des maisons du quartier avant la loi Malraux. Institué en 1962, le dispositif Malraux vise à encourager la rénovation de bâtiments anciens situés dans des secteurs sauvegardés ou des zones à forte valeur patrimoniale. En contrepartie de l'engagement de réaliser des travaux de restauration lourde et respectueuse du patrimoine, l’investisseur bénéficie d’une réduction d’impôt significative sur les dépenses engagées pour les travaux. L’objectif est double : valoriser le centre historique des villes françaises et inciter les particuliers à participer à cette mission de rénovation. Un des premiers quartiers, le premier, peut être à bénéficier de cette loi est le Vieux Lyon. On est sous l’ère de Louis Pradel,"Zizi béton". Il fut un vrai maire-bâtisseur. "Le père Pradel, il fume pas, il boit pas, il cause pas, il construit", disait de lui-même le "premier promoteur de France". En l’espace de 12 ans, entre 1962 et 1974, il fera construire plus de 10 000 logements à la Croix-Rousse, la Part-Dieu et aux Brotteaux. Il fait aussi construire 5500 logements dans le quartier de la Duchère, notamment pour accueillir les pieds-noirs rapatriés d’Algérie. Il voulait  le Vieux-Lyon pour y faire passer une avenue, car il avait en horreur les bidonvilles. Sans , André Malraux et sa loi de 1962, il l’aurait probablement fait. Nous sommes devant la maison des Avocats où s'est installé un musée privé du cinéma et de la miniature. La Maison des Avocats est un bel exemple de maison Renaissance du quartier Saint-Jean ; elle est composée de plusieurs corps de logis et d'une galerie sur cour de type toscan.


Vers 1516, le second corps de logis est ajouté dans la cour. Il est composé de trois galeries superposées, composées chacune de quatre arcades toscanes reposant sur des colonnes à chapiteaux plats. Le puits  dans la cour date également de 1516. En 1968, les deux immeubles de la rue de la Bombarde donnant sur la cour de la Maison des Avocats sont démolis, dégageant un espace qui est l'actuel Jardin Public et qui offre une vue sur les galeries de la Maison des Avocats. 

L'Ordre des Avocats commence la restauration en 1979 et réhabilite tout le bâtiment. Il est finalement vendu en 2004 pour laisser place au Musée Miniature et Cinéma (inauguré le 10 février 2005). 

Nous retournons rue St Jean vers la maison du Chamarier qui fait l'angle avec la rue de la Bombarde.

 
La pierre jaune de Couzon la majeure partie des fenêtres. Au fond de la cour un puits et une fontaine sont constitués à la base de Choin de Villebois et en partie supérieure de pierre de Lucenay. Construite au milieu du XVème siècle par le chamarier de la cathédrale, chanoine chargé de la taxe et de la police, la maison du Chamarier se trouvait au niveau de la porte nord du cloître de la cathédrale. Elle illustre la transition entre le gothique et les prémices de la Renaissance. 

La façade principale de la maison est un  témoignage du gothique flamboyant. Composée d’un rez-de-chaussée destiné aux magasins, de deux étages (organisés de manière identique, avec respectivement cinq et six fenêtres) et d’un étage d'attique surmonté de six larmiers en corniche répartis de manière irrégulière, la façade est structurée et homogène. Le toit à double pente réalisé en tuiles, est hérissé de quatre cheminées.


Des blasons sculptés présentent les armes de la famille.

Un puits et une fontaine, attribués à l’architecte Philibert Delorme, ornent la cour intérieure de cet hôtel devenu une des plus belles demeures du quartier.
Le puits daté de la fin du XVIe siècle est remarquable par ses proportions et la richesse de ses décorations. La construction s’élève légèrement au-dessus du sol et se compose de trois parties:

  • le soubassement avec une double rangée de caissons décorés de rosaces
  • le puits lui-même couvert par une trompe décorée d'une coquille
  • la couverture, composée d’une coupole surmontée d’un lion sculpté. On va retrouver la coquille tout au long de notre balade, c'est le symbole des chemins de Compostelle, mais c'est aussi un signe de l'hospitalité d'une maison. Le pèlerin sait, par ce signe, qu'il trouvera de l'eau potable.
 La maison devint la résidence de la marquise de Sévigné lorsqu'elle séjournait à Lyon car le chamarier de l'époque est le beau-frère du comte de Grignan, gendre de l'écrivaine. La magnificence de la maison, façade et intérieurs, trahit l'importante position sociale du propriétaire. L'habitat médiéval morcelé est transformé en une vaste demeure qui adopte le schéma classique de la maison urbaine de la Renaissance : plusieurs corps de logis reliés par des galeries extérieures desservies par un escalier en vis. Cette nouvelle architecture est complétée par un programme décoratif d’enduit peint dont de nombreux fragments ont été mis au jour.

Le décor probablement le plus remarquable est la fresque peinte du cabinet d’humaniste italianisant de la galerie ouest.  La Renaissance lyonnaise est aussi l’œuvre de ses artisans. Maçons, sculpteurs, menuisiers, fondeurs. Le savoir-faire local se mêle aux influences venues d’Italie, notamment par le biais des artistes toscans installés à Lyon.

Nous retournons rue Saint Jean pour découvrir une première traboule. Traboule est un déverbal de trabouler qui signifie "passer d’une rue à une autre en empruntant des entrées et des cours d’immeubles". L’étymologie de ce mot est obscure. Les sites internet et beaucoup d’écrits font venir trabouler d’un verbe latin transambulare "se promener à travers". Notre première traboule relie la rue St Jean à la rue du Bœuf. Dans la cour on observe les belles fenêtres à meneaux et dans le restaurant qui est installé au rez de chaussée subsiste le puits de la Renaissance.
Belle façade au 44 rue St Jean. L’immeuble avait été protégé parmi les monuments historiques, inscrit en juillet 1937, comme de nombreux édifices du quartier Saint-Jean de Lyon. Cet édifice est en fait la réunion de deux anciens immeubles, chacun ayant conservé une tour d’escalier à vis sur une petite courette, accessible depuis l’allée commune. Dans sa partie Sud, l’immeuble offre une façade aux profils du XVe siècle, tandis que, dans sa partie Nord, il présente des profils du XVIIe, époque à laquelle les deux maisons avaient été réunies et surélevées.

Nous sommes dans une traboule qui relie la rue St Jean devenu piétonne sous Francisque Colomb (ni Christophe, ni Gérard) le maire qui succéda à Pradel. On remarque une avancée dans la cour, symbole d'opulence qui montre que les occupants à la Renaissance possédait un local dédié à la chaise percée. Les domestiques, au matin, allaient vider les seaux dans la Saône qui était un égout à ciel ouvert.
Au 16 rue du Bœuf, se trouve une demeure, appelée la Maison du Crible, ou la maison de la Tour Rose. La maison comprend quatre niveaux et trois travées. Sa façade donnant sur la rue est en apparence assez classique et ne laisse rien présager de ce que cette bâtisse renferme. On entre d'abord dans une allée voûtée d’ogives (qui repose sur des culs-de-lampe sculptés) menant à une petite cour intérieure très dégagée. A l’intérieur de la petite cour,  il suffit de se retourner pour voir une immense, monumentale et superbe tour circulaire, au crépi rose. Totalement invisible depuis l’extérieur,  elle abrite un gigantesque escalier-belvédère en vis et est percée de baies en plein cintre qui font office de fenêtres. Un puits est également visible au fond à droite de la cour, tout comme des terrasses ou jardins qui s’étalent sur plusieurs étages. Les fenêtres de la Tour Rose offre une vue sur ces jardins. Dans les années 80, c'était un haut lieu de la gastronomie lyonnaise, où exerçait le chef 2toilé Chavant. 
 
Pour distinguer les traboules qui finissent en cul-de-sac, en fond de cour, de celles assurant la communication entre deux rues, certains Lyonnais parlent parfois de " miraboule", contraction de "mi-traboule" . Nous nous trouvons dans la "Grande Traboule qui Traverse quatre édifices différents et autant de cours intérieures reliées par des galeries voûtées. La grande traboule est, comme son nom l'indique, la plus longue traboule de Lyon. Elle permet de relier la rue Saint-Jean et la rue du Bœuf en traversant des bâtiments remontant principalement au XVIIe siècle côté rue du Bœuf, et aux XVIIIe et XIXe siècles côté rue Saint-Jean.
Un autre cabinet d'aisance.
Une vieille enseigne de la Renaissance, L'Outarde D' Or 19 rue du Boeuf. Construit en 1487, cet édifice le long de la rue  a adopté le nom de l’enseigne, faite de pierres sculptées par le marchand de volailles en 1708, portant la devise : "Je vaux mieux que tous les gibiers". Cette enseigne représente une outarde, une espèce d'oie sauvage. La petite outarde, également appelée canepetière, est un oiseau échassier rare autrefois prisé pour sa chair délicieuse. L'architecture est remarquable avec ses fenêtres à meneaux, l’arc en plein cintre au-dessus de la porte englobant l’ouverture en fer forgé. Lorsque vous entrez dans la cour , on admire les galeries, l’escalier en colimaçon et les deux tourelles en encorbellement.
Sur une belle façade ocre, on observe 2 médaillons représentant un riche marchand et sa belle dame. 3 place Neuve de St Jean angle avec la rue du Boeuf, on remarque cette statue de taureau. Au XVIᵉ siècle, le médecin lyonnais Louis Thorel hérite d’un immeuble à l’angle de la place Neuve-Saint-Jean. Anobli en 1597 pour "service rendu durant la peste", il doit se choisir un blason. En jouant sur son nom "Thorel" partageant ses racines avec "taureau" . il opte pour l’animal et orne sa façade d’une sculpture. Le bovin s’impose rapidement dans le paysage et finit par désigner la rue, de manière officieuse. Le sculpteur Jean de Bologne (d'origine flamande mais résidant à Florence) serait venu à Lyon à la Renaissance. La sculpture du bœuf  lui a longtemps été attribuée à tort.
On revient à l'entrée de la traboule pour admirer le portail de la maison du Crible. Elle possède un portail remarquable, unique dans le quartier, avec ses  bossages et ses colonnes annelées (colonnes ornées d’anneaux en relief). Surmonté d’un fronton triangulaire orné d’un bas-relief représentant une adoration, il est construit sur les plans de l’architecte bolognais Sebastiano Serlio, qui fait plusieurs séjours à Lyon au 16e siècle entre 1548 et 1552. Une porte en bois à panneaux sculptés est également assez visible.
Nicolas nous fait remarquer des marques sur les pierres principales à la base des murs des immeubles. Ces signes lapidaires, appelés aussi marques de tâcheron, étaient utilisés par les tailleurs de pierre pour signer leur travail. Chaque artisan possédait sa propre marque, qui servait de véritable signature et permettait de calculer sa rémunération hebdomadaire ( les tailleurs étant alors payés à la tâche). Ces marques pouvaient aussi représenter l’appartenance à un groupe de tailleurs.

 Au 40 rue St Jean, nous pénétrons dans une traboule originale avec son cheminement coudé est peu courant. on rentre rue Saint-Jean pour directement déboucher à l'air libre place Neuve Saint-Jean. On contemple les  galeries et les tours d'escaliers. On remarque une jolie petite fontaine à tête de lion  devant la grille.   

"Nous voici maintenant au 27 rue Saint-Jean, face à l’entrée d’une traboule qui Nous mène au numéro 6 de la rue des Trois Maries. Cette traboule permet de découvrir une première cour ocre, récemment restaurée et resplendissante de couleurs. Les escaliers en colimaçon et les galeries, magnifiquement mis en valeur par une palette de teintes, s’intègrent harmonieusement au cadre Renaissance des bâtiments. La seconde cour, plus petite, présente trois galeries d’inspiration italienne. La rue, en forme de boomerang, révèle cette courbure typique du Vieux Lyon, vous transportant directement au XVIᵉ siècle."


"Avant de quitter les lieux, observez les boîtes aux lettres dans le couloir. Elles furent utilisées par la Résistance française pendant l’occupation pour transmettre des messages. Un téléfilm consacré à Jean Moulin, figure emblématique de la Résistance, y a même été tourné. Moulin, représentant du général de Gaulle en France, avait pour mission d’unifier les mouvements résistants avant d’être arrêté et torturé par Klaus Barbie." Cet endroit cache aussi un grand escalier particulier très peu remarquée par ses visiteurs. L’escalier est en partie troué. Dans la première cour côté Saint-Jean, les huit premières contremarches de la volée d’escaliers sont percées de trous réguliers. Selon le livre Lyon insolite et méconnu écrit par Nadège Druzkowski, ces trous servent en fait aux caves sous l’escalier. Les trous permettent d’éclairer et d’aérer les parties souterraines sous la traboule. Un escalier inférieur mène aux caves.


Au 18 rue St Jean, ce n'est pas une traboule car les propriétaires ont condamné l’autre issue depuis la cour. On pouvait autrefois ressortir place du Petit-Collège, mais cela n’est plus possible depuis qu’un restaurant occupe les lieux. On admire cette superbe cour  véritable puits de lumière,  située entre deux immeubles. Les galeries qui l’entourent sur plusieurs étages lui donnent un charme incroyable. On admire la décoration florale des galeries.
A partir du 2 place du Gouvernement, nous pénétrons dans une traboule. L'entrée se fait dans l'ancienne Auberge du Gouvernement datant du 15ème siècle. La façade sculptée mérite le détour, tout comme l'ancien portail en bois de l'hostellerie St Christophe du 17ème siècle. Un premier escalier à la rampe creusée à même la pierre permet d'arriver dans une petite cour surmontant les anciennes écuries. La porte au fond permet ensuite de trouver un deuxième escalier, éclairé par un puits de lumière, permettant de ressortir sur le quai Romain Rolland.

sa

Au 7 rue St Jean, on peut admirer cette façade gothique de la fin du XVe siècle, trois travées de fenêtres à meneaux sculptés, surmontées chacune d'un arc décoratif en accolade, regroupant de petits arcs fleuronnés. Tout au long de la visite, la mémoire de Nicolas nous étonne qui se souvient sans hésiter de tous les codes qui lui permettent d'ouvrir les portes qui donnent accés aux traboules.

Au 4 rue Saint-Jean, il nous fait découvrir ce décor peint conservé dans l’allée de l’immeuble (fin du XVIe ou XVIIe s.)



Au 2, place du Change, dans le Vieux Lyon, la Maison Thomassin est remarquable par sa façade gothique de la fin du XVe siècle. 

La façade a été entièrement refaite en 1493 dans le plus pur style gothique à l'initiative de Claude Thomassin puis restaurée aux XVIIIe et XXe siècles. Cette demeure est un excellent exemple de continuité dans l'utilisation de l'habitat : on plaque une façade « à la mode » sur une construction primitive.  La préservation de l'élévation intérieure a permis la découverte du plafond de bois en 1968 : peint aux armes des Fuers, de celles de Saint-Louis et de sa mère, la reine Blanche de Castille, c'est l'un des plus anciens plafonds peints de France. Plus d'informations sur le plafond. La famille de Fuers, qui fit construire la maison, puis la famille Thomassin, qui lui succéda à la fin du XIVe siècle, comptaient parmi les principales familles de Lyon. 
La famille Thomassin, enrichie grâce au commerce du drap, fait installer son hôtel particulier dans un édifice plus ancien, mais idéalement situé : sur la Place du Change. 
A l'époque, cette place est le lieu où se tiennent les quatre foires annuelles de la Ville de Lyon.

Au premier étage, les fenêtres à meneaux sont surmontées d'une frise de signes du zodiaque très abimée.  Au second, les baies sont jumelées et leurs meneaux agrémentés de deux arcs trilobés. Eux-mêmes sont surmontés d’un large arc ogival dans lequel sont sculptés les blasons du Dauphin (poisson), du roi de France Charles VIII (fleurs de lys) et de la reine Anne de Bretagne (l’hermine). Le dernier, à droite, a été rajouté au XIXe siècle sur une travée inexistante dans la maison d'origine. Toute cette partie a été gagnée sur un passage ouvert, public, "la ruette des Bestes" qui permettait d’accéder à la Saône depuis la place du Change. C'est probablement ce rajout "sauvage" qui a entraîné le déséquilibre de la porte et de l'imposte du numéro 3 de la place, situé dans l'angle.

"Dès le Moyen Âge, la place du Change ( alors place de la Draperie ) réunit les changeurs venus des grandes foires. Jusqu’au XVIIᵉ siècle, les transactions se tiennent en plein air. En 1631, les marchands obtiennent l’autorisation d’élever une loge « pour conférer et commercer ». L’architecte Simon Gourdet conçoit un bâtiment de quatre travées d’arcades doriques, ouvert sur la place, achevé en 1653. En 1748, l'architecte Jacques-Germain Soufflot dessine les plans pour sa réfection, exécutée par Jean-Baptiste Roche. Après la Révolution française, l'édifice est attribué au culte protestant en 1803. La façade du Temple du Change présente un mélange de styles néo-classique et baroque. Elle se distingue par ses cinq arcades au rez-de-chaussée, surmontées de cinq grandes fenêtres au premier étage. Une colonnade relie un blason au lion et deux horloges latérales. L'une des horloges, dite "idéale", marque les jours, les mois et les années, conformément aux plans originaux de Soufflot. 
Notre visite va se terminer au musée de Gadagne. "D'origine italienne, Simon Gadagne s'installe à Lyon durant le XVe siècle. Commerçant et banquier, il va fonder une véritable dynastie. Les Gadagne furent l'une des plus riches et puissantes familles de France, proches du roi auquel ils resteront fidèles notamment pendant les guerres de religion. Les Guadagni sont des commerçants et banquiers italiens prospères, originaires de Fiesole près de Florence. Mais au milieu du XVe siècle, la famille est condamnée à l'exil pour avoir comploté contre les Médicis qui régnaient sur Florence. Simon Guadagni, âgé alors de 23 ans, s'installe à Turin pendant quelques années. Et son activité le mène à Genève, Montpellier, en Savoie… Mais c'est à Lyon en 1459 qu'il choisit de s'établir avec ses proches. Après la guerre de Cent ans, Lyon est devenue très prospère. Beaucoup d'Italiens s'y installent pour faire fortune, attirés par cette ville proche de leur pays d'origine. Et ils vont largement contribuer au rayonnement lyonnais. En moins d'un siècle, la population de Lyon passe de 20 000 à près de 80 000 habitants. Les quatre grandes foires franches annuelles permettent ce développement rapide, elles attirent de nombreux marchands venus de toute l'Europe. C'est aussi à Lyon que se fixe le taux des changes entre les monnaies du continent et le taux des prêts à intérêts. Un tiers des importations de la France transitent par Lyon : les draps, toiles et métaux venus des Pays-Bas, d'Angleterre et d'Allemagne, les épices, la soie et les bijoux en provenance des pays méditerranéens…Les Italiens de Lyon, venus de Gênes, Milan, Turin et surtout de Florence jouent un rôle essentiel dans le domaine commercial et bancaire. Les Médicis y ont d'ailleurs fondé en 1466 la première succursale bancaire. Les affaires marchent très bien pour les Gadagne qui deviennent très riches. Ils ont eu l'excellente idée d'investir dans la soie en prêtant de l'argent aux premiers ateliers de tissage lyonnais. Le secteur est très prospère, et en 1550, déjà plus de 10 000 personnes vivent de cette activité à Lyon, avec les belles retombées que cela implique pour la famille Gadagne. Les Gadagne sont alors la famille la plus riche de France, et peut-être même d'Europe. A cette époque, les guerres d'Italie font rage. Charles VII, Louis XII, François Ier et Henri II font de l'Italie leur principal champ de bataille contre la Maison d'Autriche, alliée à l'Espagne de Charles Quint. Les Florentins sont de grands alliés de la France, d'où le mariage de Catherine de Médicis avec Henri II. Beaucoup d'artistes italiens comme Léonard de Vinci étaient ainsi accueillis à la cour de France, et tous passaient logiquement par Lyon. Comme le reste de la communauté italienne, les Gadagne vivent dans le quartier Saint-Jean. Leurs belles demeures du Vieux-Lyon et du quartier Mercière ont largement permis à Lyon d'être, des siècles plus tard, classée au patrimoine mondial de l'humanité." (article de Lyon Mag). 

On peut voir la solidité des grilles qui protègent les caves des Gadagne. C'est là qu'on conservait l'or de la banque. La maison de Gadagne renferme actuellement 2 musées. Ce monument historique présente une architecture typique de la Renaissance et du 17e siècle à Lyon : une magnifique cour, des escaliers à vis, des cheminées monumentales, un plafond peint et des décors des 16e et 17e siècles. 

Nicolas Bruno Jacquet nous fait un dernier exposé devant la carte de Lyon qui montre l'implantation de la ville à la Renaissance, les cours du Rhône et de la Saône avec une confluence qui ne se fait pas sur le même site qu'aujourd'hui, les bancs de sable, l'origine du nom les Brotteaux. Le mot « broteau » (avec un seul « t ») désigne, en parler lyonnais, une île de la plaine alluviale du Rhone qui est limitée par le fleuve lui-même ou l'un de ses bras secondaires, ou lône.
Un tableau nous montre l'importance du port à cette époque.

La visite se termine et nous prenons congé de notre guide. Visite passionnante, mené à un rythme très soutenu par Nicolas Bruno Jacquet. Beaucoup d'érudition, la visite est très dense et ne souffre aucun temps mort. Elle fait partie des visites que tous nous avons adoré, nul doute que nous referons appel à ses services lors d'une autre visite de la ville. Il nous conseille de visiter le "passage des Imprimeurs"sur le quai St Antoine, une autre belle traboule et nous indique le jardin suspendu du musée, havre de pays charmant et romantique, où nous concluons la journée en nous rafraîchissant à l'ombre de la colline.
 
Rappel, la visite de l'atelier de Georges Matelon à la Croix Rousse, les métiers Jacquard
https://www.lemounard.com/2026/05/lyon-croix-rousse-l-atelier-de-tissage.html 






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire