Nous passons une petite semaine dans le Somerset à Chilcompton avec Nicolas et ses deux jumeaux de deux ans et demi. Nous avons loué un charmant cottage dans le Somerset à une demi-heure de route de Bath. Cette région est une région de bocage avec des haies touffus, des bois, des villages pittoresques comme Frome, Wells et Cheddar. Le cottage est entouré par un magnique jardin anglais, fleuri avec des primevères plein la pelouse, du muguet sauvage, des fougères qui deplient leur crosses. Il date du 19ème siècle, 4 chambres, une salle à manger sous une véranda etune grande table sous une tonnelle pour les soirées d'été près d'une grande plancha. Les petits vont adorer le lieu et y faire de nombreuses découvertes comme marcher sur les sentiers au milieu des haies pleines de merles, de palombes, connaître la cuisine diversifiée de leur père, les légumes, les yaourts, la chasse aux œufs de Pâques.
Un chemin de randonnée démarre juste au coin de la maison en pierre. Seul point noir la traversée de la route mais, ensuite, on longe une superbe école de campagne avec des terrains de sport, de la prairie, des poules en liberté puis on traverse 3 grands champs où paissent des vaches paisibles lors de ma deuxième promenade. Jude n'a pas été habitué à l'effort et la première marche est un peu galère. Nous ne nous laissons pas attendrir et nous le forçons à faire un petit effort. Les jours suivants vont nous prouver que nous avions raison et qu'il apprécie les courses au grand air. En fin de balade, nous découvrons une immense église où je me promet de me rapprocher
demain pendant la sieste de nos biquets. Avant le dernier champ, nous traversons un petit bosquet tout couvert sur une surface immense d'ail des ours dont nous parfumerons les champignons de Paris et les cèpes séchés qui accompagnent un sublime risotto crémeux en diable.
L'église n'est pas très ancienne. Les plans d'une grande nouvelle église de l'abbaye ont commencé en 1840, lors de la présidence de Dom Bernard Murphy. Pourtant, c’est la vision et l’ambition des prieurs Dom Aidan Gasquet et Dom Edmund Ford qui ont créé l’église abbatiale que nous voyons aujourd’hui. La première pierre a été posée en 1873 et la première section de l'église, y compris la tour de l'abbaye, a été achevée en 1882. Les visages des 2 pères batisseurs sont sculptées dans la pierre au-dessus de l'entrée de la tour de l'abbaye. Je glisse un oeil à l'intérieur de l'église car je pense que la porte vitrée est fermée. J'en aperçoit la nef imposante et la hauteur.

Je retourne au cottage pour montrer ensuite ma découverte à Catherine. Comme à l'aller, la prairie centrale est occupée par un troupeau de vaches paisibles comme sur la couverture de l'album de Pink Floyd, Atom Heart Mother avec une vache Holstein qui regarde au dessus de son épaule au milieu du pré verdoyant. Je récupère Catherine et nous revenons à l'abbaye. Le jardinier nous explique comment rentrer dans l'église.
L'église telle que nous la voyons a été complétée par phases successives : le chœur en 1905, la sacristie en 1915, la nef en 1925 et la couronne Gasquet de la tour en 1938. L'église, dont le front ouest n'est pas complet complet, a été consacrée en 1935 et a été élevée au rang de basilique mineure la même année. C’est l’une des grandes églises néo-gothiques d’Angleterre avec le travail de plusieurs architectes Thomas Garner, Sir Ninian Comper et Sir Giles Gilbert Scott.

C'est dans cette église que sont conservés les restes de Oliver Plunket. Saint Olivier Plunket est né le 1er novembre en 1629, dans le comté de Meath, en Irlande. L’époque de sa naissance correspond au moment des terribles persécutions des catholiques irlandais par les troupes de Cromwell . Le gouvernement royal d’Angleterre dépossédait les Irlandais catholiques de leurs terres pour les donner aux Anglais protestants. Les catholiques révoltés ont été massacrés.
Il a été élevé par un de ses parents qui était abbé bénédictin à Dublin, qui deviendra évêque de Meath. Souhaitant protéger son neveu, l’abbé envoie Olivier à Rome, se former auprès des jésuites. Il y sera ordonné prêtre en 1654. Il deviendra même le conseiller du pape au sujet des affaires irlandaises. Il enseigne également la théologie. À la mort du primat d’Irlande, (l’archevêque d’Armagh) le pape Clément IX nomme Olivier Plunket à sa suite, le 9 juin 1669. Il rejoint son diocèse un an plus tard et entreprend de rétablir un certain cadre chez les religieux et de réduire l’influence janséniste des religieux français. Les protestants, voyant d’un très mauvais œil toutes ses actions, le traquent afin de stopper sa réorganisation de l’Église. Il est donc forcé de vivre caché pendant un temps. Malheureusement, accusé à tort de conspiration contre la couronne anglaise en ayant organisé le débarquement de 20000 soldats français en Irlande, il est arrêté à Dublin, transféré à Londres et emprisonné pendant trois ans avant d’être jugé. Il est condamné par le jury à être “pendu, vidé et démembré” pour cause de “fausse religion”. Saint Olivier, fidèle à lui-même, reste calme et cordial. Il a même remercié ses juges et pardonné ceux qui l’avaient dénoncé. Il meurt en martyr le 11 juillet 1681. Juste avant sa mort, il dit aux personnes présentes dans le tribunal : "Je suis heureux d'aller auprès du Christ dont je vous ai tant parlé." Après sa mort, ses avocats parviennent à prouver son innocence. Il est béatifié en 1920 puis canonisé par le pape Paul VI en 1975.
Le corps de l’archevêque (moins sa tête et une partie de son bras) est à Downside depuis 1883. Il était conservé à l'abbaye de Lamspringe, en Allemagne, depuis 1683. Le reliquaire de Plunkett reste un centre de pèlerinage reliant aujourd’hui la basilique à son passé historique et continental. Un prélat irlandais, exilé à l'Ulster, arrêté et incarcéré à Dublin et jugé à Londres en raison de sa foi. Ses restes mortels se trouvent dans la basilique, vénéré par les pèlerins irlandais.

Le long du côté nord de la nef, entourant le chœur et au-dessus de la nef sur la côté sud on découvre de nombreuses chapelles. L'une des plus belles est la chapelle Notre Dame à l'Est.



Je repasse dans le mausolée dédié à St Oliver Plunket dont je découvre ce portrait de l'école anglaise peint dans les années 1700 et quelques splendides bas-reliefs.




À l’excommunication du pape, Henri VIII répond en faisant voter par le parlement anglais en 1534 "l’Acte de suprématie" qui proclame le roi, seul chef suprême de l’Église d’Angleterre. Henri VIII fonde une Église indépendante de Rome, sans communautés monastiques, mais fidèle à la doctrine de Rome. Marie Tudor, la fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon est une catholique fervente. En montant sur le trône, elle restaure le catholicisme en Angleterre, sous l’autorité du pape et déclenche la persécution contre les protestants.
Élisabeth est la fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn. Elle est portée sur le trône par le parti protestant. On ignore toujours si elle était protestante de cœur. Mais l’appui des protestants lui était nécessaire pour régner. Élisabeth remet en vigueur l’Acte de Suprématie en réaffirmant qu’elle, la reine, est seul gouverneur de l’Église d’Angleterre. Elle nomme de nouveaux évêques, et leur fait réviser la doctrine de l’Église. Le résultat est un texte appelé les « 39 articles », reconnu comme texte officiel par les Anglicans. Ces « articles » s’inspirent du protestantisme de Luther, de Calvin et de Bucer. Pourtant Élisabeth ne rompt pas complètement avec la tradition catholique. Le culte et l’organisation de l’Église en gardent des marques. Élisabeth établit donc un compromis entre éléments protestants et éléments catholiques. Au début de son règne, elle prit soin de conserver de bonnes relations avec Philippe II d'Espagne et avec sa cousine Marie Stuart, la reine catholique d'Écosse, afin de contrebalancer la puissance française. Mais les intérêts des Espagnols catholiques n'étaient guère compatibles avec l'avènement du protestantisme anglais. D'autant plus que les catholiques anglais continuaient d'espérer un renversement de pouvoir au profit de Marie Stuart. Son excommunication par Pie V en 1570 aggrava encore le danger catholique, puisque Rome lui refusait son titre de reine. Elle lança alors de violentes persécutions contre les catholiques, en particulier en Irlande que les Espagnols voulaient utiliser comme point de départ d'une reconquête catholique. Finalement, en 1587, après avoir longtemps hésité, elle fit exécuter Marie Stuart qui s'était réfugiée en Angleterre 18 mois plus tôt. La menace catholique s'apaisa à l'intérieur des frontières, mais pas à l'étranger. De nombreux ecclésiastiques connurent le même sort qu'Oliver Plumket et furent exécutés. Deux moines de Downside ont été canonisés pour avoir été martyrs.




















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