mercredi 25 septembre 2024

LOMBARDIE, CLUSONE, LA DANSE MACABRE

Entre le lac d'Iseo et le lac de Côme, nous faisons étape à Clusone. Depuis Pisogne, la route monte raide jusqu'à Clusone. La petite ville est construite sur un plateau que ceinturent  les montagnes. entre lesquelles il est plongé. Les bois des Orobies  entourent le village le massif de la Presolana et ses nombreuses stations de ski le dominent. Il y avait à Clusone un ordre de frères flagellants, les Disciplinaires. Leur nom provient de la discipline, un fouet qui servait à faire pénitence. 

Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Age) étaient des groupes ambulants de fidèles qui se donnaient le fouet (a discipline) collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d'expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l'Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu'à la ceinture et armés d'un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchésDès la seconde moitié de 1349, le mouvement des flagellants avait pris une dimension anarchique. Les flagellants allemands en particulier devinrent les ennemis implacables de l’Église. Non seulement ils condamnaient le clergé, ils déniaient toute autorité surnaturelle de celui-ci, répudiant même le sacrement de l'eucharistie comme étant absurde. Ils avaient tendance à interrompre les services religieux et n’accordaient de valeur qu’à leurs propres rites. En , le pape Clément VI édicte une bulle contre les flagellants. La bulle énumère les errements doctrinaux et les offenses que les disciplinati ont commis contre le clergé et les juifs, et souligne davantage le fait que ces hommes négligeaient déjà les autorités séculières et qu’il était bien trop tard pour les contenir si l’on ne mettait pas un frein à leur débordement. La fresque de Clusone, datée de 1485, est située sur le mur extérieur de l'oratoire des Disciplinaires. Elle est attribuée à Giacomo Borlone. Elle se distingue des autres peintures murales du genre en ceci que la danse macabre est surmontée d'un triomphe de la Mort auquel on a intégré des éléments de la légende des trois vifs et des trois morts. La danse macabre proprement dite a été fortement endommagée à l'extrémité droite, probablement en 1673, lorsqu'on a ajouté une porte et un escalier à l'édifice.

Dans la partie droite de la fresque se tiennent sur un tombeau trois morts, représentés par des squelettes. Le squelette central figure la Mort triomphante avec sa couronne : ses bras sont tendus en signe de victoire et elle tient des phylactères (Petite boîte carrée renfermant les bandes de parchemin sur lesquelles sont inscrits des versets de la Bible que les juifs orthodoxes portent au bras gauche et sur la tête pendant la prière du matin.). À droite le second mort, muni d 'une escopette, tient en joue la foule à ses pieds. A gauche, le troisième mort tire à l'arc : ses flèches ont atteint au cou un homme vêtu de rouge, sans doute un cardinal, et plus loin sur la gauche un cavalier chasseur à la poitrine. Une 3e flèche file vers un faucon qui s'envole au-dessus de la futaie. Dans le tombeau se trouvent les corps morts d'un Pape, qu'on reconnaît à 1a trirègne et par les vêtements, et d'un autre personnage, l'empereur, situé dans l'angle opposé près d'un scorpion. Au bord du grand sépulcre, sont représentés des animaux : un scorpion, deux crapauds et quatre serpents, habituellement reconnus comme symboles infernaux de mort.Autour du tombeau, divers personnages tentent de séduire la Mort par des offrandes: le moine offre une bague, le roi sa couronne, l'évêque un plateau avec des pièces d'or, etc. Au sol gisent des vivants atteints mortellement par les projectiles des Morts. Dans la partie inférieure chaque personnage vivant rencontre son double mort, dans un défilé-procession macabre.

La partie gauche de la fresque représente les trois vivants du Dit des trois morts et des trois vifs, une légende qui se répand à partir du XIIIe siècle et a donné lieu à une La danse macabre représente  une procession, qui se dirige de la gauche vers la droite. La procession débutait avec 3 personnages qui ne sont pratiquement plus visibles.

Le quatrième personnage est partiellement conservé. Certaines sources avancent qu'il s'agit du magistrat. Suit un jeune homme avec un parchemin entre les mains - un lettré? Puis vient un personnage richement vêtu qui porte sa main dans une large sacoche: il s'agit probablement du marchand Viennent ensuite un héraut et un aubergiste. Le suivant est probablement un pèlerin; on remarque bien son bâton de marche et sa besace. À voir l'instrument de mortification que l'avant-dernier personnage porte sur son épaule, on devine qu'il doit s'agir d'un flagellant. A Clusone nous avons, plus qu'une danse véritable, une procession de couples dans laquelle se succèdent un personnage vivant et un squelette, et par rapport aux autres danses manque la sévère conception hiérarchique de la société médiévale avec la division entre laïcs et ecclésiastiques.
Nous avons lu ce registre comme une procession de Disciplinants de Clusone - ils sortent de la
porte sur la gauche - représentés sans la « cappa » (il y en a seulement un pour représenter la
confrérie) pour habiller les vêtements de tous les jours, ceux des arts et des métiers. Nous
retenons en effet, que dans la DM on a voulu souligner l'appartenance à la compagnie de
différents représentants de la société de Clusone du temps. C'est donc le registre de la confrérie. La procession a été toujours très importante pour ces confréries des XlVe et XVe siècles et elle a été le sujet le plus représenté dans les peintures qui les regardent. Les vivants ont le regard triste et morose, les squelettes ricanent.


Par cette sarabande qui mêle morts et vivants, la Danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moque le destin, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le lansquenet. C'est une fresque des insoumis ...Les érudits ont identifié un grand nombre de personnages. Le pape dans le tombeau, l'empereur qui ne serait pas un empereur en fait, le doge, les évêques...

On peut la comparer à la danse macabre de Kernascleden en Bretagne. 

 https://www.lemounard.com/2016/11/bretagne-kernascleden-la-danse-macabre.html

La visite continue par la chapelle et la basilique.

https://www.lemounard.com/2024/09/lombardie-clusone-loratorio-dei.html







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