Ce matin, le réveil est un peu rude, l'alarme sonne a 5h30 et on retrouve Wu dans le hall de l’hôtel.
Nous embarquons sur le sampan qui nous conduit au marché flottant de Cai Rang. Sur la rive du fleuve, une foule d'hommes et de femmes font du tai chi sous la direction d'un professeur. Le soleil se lève juste au dessus de la rive opposée.
Il y a déjà pas mal d'activité sur le fleuve. Les eaux sont très sales qui charrient des détritus, des containers de polystyrène, des bouteilles en plastiques, des morceaux de bâches. A chaque embarcadère, dès qu'un obstacle émerge en travers du courant, les déchets s'accumulent. le marché flottant est un incontournable des tour opérators et nous ne sommes pas les seuls à quitter CanTho pour descendre le fleuve jusqu'à Cai Rang.
Sur la rive, on note que les constructions sont modernes au second plan mais que sur le bord du fleuve, les commerçants du marché habitent dans des baraques de bric et de broc dans des conditions d'hygiène et de confort indignes d'un état moderne. Le
marché de Cai Rang est un important marché de grossistes. Ils achètent
leur marchandise aux producteurs du delta du Mékong et vont à Can Tho
pour écouler les produits. Les
grands bateaux achalandés attendent que les petits bateaux viennent
accoster et acheter de la marchandise. Ils peuvent rester plusieurs
jours jusqu’à ce que la marchandise soit écoulée. C’est un peu le
principe des marchés de gros en France mais ça se passe sur l'eau et c'est moins clean, plus rustique.
Pour expliquer le déclin des marchés flottants, je reproduis l'article de Van Thai Nguyen propriétaire d'une agence de voyage et grand voyageur par ailleurs:
"La société vietnamienne s’oriente résolument vers le futur. Cela
implique la modernisation des infrastructures et le changement de
mentalité. Hélas! Le marché flottant Cai Rang est frappée de plein fouet
par cette évolution. Au début des années 1990, il fallait 8 heures pour
parcourir le chemin entre Ho Chi Minh Ville et Can Tho pour ensuite
prendre un bateau et s’approcher de Cai Rang. Depuis la mise en place
des autoroutes, ça prend seulement 4 heures. Une société moderne veut
dire une population qui veut plus de confort.Les gens veulent passer du bateau aux mobylettes puis aux voitures,
ils veulent des frigos, des Iphones. Les jeunes ne veulent pas reprendre
les affaires trop physiques de leurs parents et filent vers les villes
pour trouver le meilleur job. C’est tout à fait un besoin légitime. A
quoi bon se déplacer en bateau alors? Donc on le laisse tomber, c’est
tout! Ceux qui ont du moyen, ils vont tous dans les villes et deviennent
citadins. Seuls les pauvres restent coincés dans les arroyos du Mékong.
Voilà une triste réalité du marché flottant Cai Rang. Concrètement, il y
avait 551 bateaux en 2005. En 2016, on en a 244.Les autorités locales ont bien conscience du déclin inexorable du
marché flottant Cai Rang mais sont incapables de trouver une solution
efficace pour le préserver. Le marché reste toujours là mais le mode de
fonctionnement a beaucoup changé à cause des autoroutes. Les grossistes
de fruits et légumes s’échangent de moins en moins sur l’eau. Il suffit
d’accoster des ports puis décharger directement les marchandises sur les
gros camions puis elles seront acheminées par l’autoroute. Les
transactions commerciales sur l’eau ont ainsi diminué de façon
significative."
Cette visite du marché flottant pour laquelle j'avais beaucoup d'attente me laisse sur ma faim. J'ai l'impression d’être étranger au spectacle auquel j'assiste. En voyage, on a parfois des moments de grâce. Par exemple, le marché de Turmi en Ethiopie ou les fetes de Noel et de l’Épiphanie à Lalibella et Addis Abeba, le festival d'Ura au Bhoutan, la fete du lac au lac Inle en Birmanie. C'était des moments d'exception où on éprouvait le sentiment d’être des acteurs de ces événements extraordinaires. Ici, on est au cinéma ou devant sa télé, on ne pénètre pas le spectacle. C'est beau mais...
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