samedi 13 août 2022

SAINT JEAN CAP FERRAT, COTE D'AZUR, LA VILLA EPHRUSI DE ROTHSCHILD

 

 « Ravissante personne, pareille à un portrait de Nattier ou de Largillière » Marcel Proust (1901),

 " je me souviens d’une nuit d’été, où nous eûmes le privilège de voir, dans les jardins de son hôtel dessinés à la française, et baignés de clair de lune, la Pavlova danser sur des nocturnes de Chopin. »

Nous quittons Beaulieu et la villa Kirylos, pour Saint Jean Cap Ferrat et la villa Ephrusi de Rothschild. Le hameau de Saint-Jean est, jusqu’à la fin du 19e siècle, un village de pêcheurs et de fermiers appartenant à la commune de Villefranche-sur-Mer. La Compagnie générale des eaux y aménage, à cette époque, un lac artificiel de 20 000 m³ alimenté par la Vésubie : la végétation se diversifie et se densifie, rendant le secteur beaucoup moins aride et rocailleux. En 1860, le comté de Nice est rattaché à la France et Saint-Jean se sépare de Villefranche, en 1904, pour devenir une commune à part entière. Elle se nomme d’abord Saint-Jean-sur-Mer, puis Saint-Jean-Cap-Ferrat, en 1907.Dès lors, le village va accueillir, surtout l’hiver, de riches familles étrangères attirées par son climat doux (Anglais, Russes, Belges…) et qui vont y construire de grands domaines. Les artistes ont été nombreux à séjourner à Saint-Jean-Cap-Ferrat : Matisse, Chagal, Picasso. C’est surtout le nom de Jean Cocteau qui est associé à la ville. Il a décoré de ses fresques les murs de la villa Santo Sospir où il se rendait régulièrement, mais aussi la salle des mariages de la mairie. Béatrice de Rothschild est née en 1864. Elle est la fille du baron Alphonse de Rothschild, régent de la Banque de France et grand collectionneur d’art, et de Leonora, une Rothschild elle aussi, mais de la branche anglaise. Elle passe ses années de jeunesse entre l’hôtel de la rue Saint-Florentin, le chateau de Ferrières et la villa de Cannes où elle retrouve son cousin Arthur, dont elle partage les goûts pour la collection et l’excentricité. A l’âge de vingt ans, elle épouse Maurice Ephrussi (1849-1916), issu d’une famille de banquiers juifs d’Odessa. Elle s'en sépare en 1904. C'est à partir de cette date et de la mort de son père, en 1905, qu'elle dispose de sommes d’argent importantes qu'elle consacre à des acquisitions d’œuvres d'art qui se poursuivent jusqu’à sa mort. Entre 1905 et 1912, elle « souffle » un terrain rocheux et stérile à St Jean Cap-Ferrat, , au roi Léopold II DE bELGIQUE qui souhaitait agrandir le parc de sa villa, qu'elle fait araser à grand frais et y fait construire par l'architecte Aaron Messiah la Villa Ile de France inspirée de palais italiens.

 

 

 Au détour d’un virage de la route de la corniche, on la découvre majestueuse, posée sur son rocher, entre mer et ciel sur la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Les villas Palladiennes de la Terra Ferma nous reviennent en mémoire avec cette douce nostalgie de luxe, de calme et de volupté : c’est La Villa Ephrussi de Rothschild, dite « Île-de-France ». Les travaux de terrassement commencèrent en 1907 et la villa commença à s’élever en 1909. Les plans
généraux furent dessinés par Marcel Auburtin, mais ce fut Aaron Messiah, architecte de nombreuses
villas sur la Côte d’Azur à cette époque, qui réalisa la construction de la villa.



 Évocatrice des palais italiens, cette façade se compose de quatre parties : à l’extrême gauche, une tour d’escalier très ajourée affichant une facture fantaisiste ; à l’extrême droite, une aile basse au portique inspiré de la Renaissance italienne ; au centre, un porche d’entrée d’inspiration gothique flamboyant et un escalier intérieur en saillie traité dans le style de la Renaissance florentine.

On pénètre dans le patio.
Le grand patio était le lieu dans lequel Béatrice Ephrussi de Rothschild accueillait ses visiteurs et donnait ses réceptions. Son architecture est inspirée de celle des palais de la Renaissance italienne. Les décors de la voûte de la galerie qui fait le tour du patio sont la copie de ceux d’un palais vénitien.
  • Des colonnades en marbre rose de Vérone soutiennent des arcades de style Renaissance italienne.
  • Au-dessus, on peut apercevoir des galeries aux voûtes hispano-mauresques bordées de balcons où se tenaient les musiciens.
  • Le patio a gardé sa vocation de galerie et présente un ensemble d'œuvres d'art médiéval et Renaissance dont un tableau attribué au vénitien Carpaccio (v. 1460-1525) représentant un condottière. 
  • Un procédé particulier est utilisé pour le ciel du patio : charpente métallique et ciel-plafond suspendu en bois recouvert de plâtre, attaché aux poutres par des milliers de fils de fer.

Le mobilier et la décoration du grand salon sont somptueux : meubles Louis XVI, boiseries peintes, tapisseries des Gobelins, porcelaines de Meissen et de Sèvres, dessins et peintures de Tiepolo, Boucher et Fragonard. Les grands baies vitrées s'ouvrent sur le jardin et sur la mer.






Les appartements de Béatrice. On y accède par un boudoir décoré de boiseries néo-pompéiennes servant de toile de fond au bonheur du jour signé Jean-Henri Riesener, ébéniste nommé par la reine Marie-Antoinette ainsi qu’à une petite table octogonale attribuée à Adam Weisweiler.
La chambre forme une saillie ovale ouvrant sur la baie de Villefranche. Le plafond est orné d’une peinture vénitienne du milieu du XVIIIe siècle. Au sol, un tapis Aubusson de forme identique mais légèrement plus tard. Le long d’un mur, une commode Louis XV-Louis XVI, estampillée Nicolas Petit.

Retour dans le patio avant de monter à l'étage. On y remarque le somptueux retable de l'école de Valence (XVe siècle) qui représente Sainte Brigitte d'Irlande, accompagnée de Saint Antoine Ermite et de Saint Roch. Depuis l'étage, on a une belle vue sur le patio. Le Salon des Singes, possède un ensemble de boiseries représentant diverses singeries. Cet ensemble se compose de plusieurs panneaux, lambris et par-closes d'époques différentes. Trois des éléments les plus anciens de ces boiseries sont datés de 1730, il s'agit d'une paire de trumeaux et d'une toile peinte. Les trumeaux, actuellement placés en vis-à-vis comme dessus de glace, représentent chacun deux singes dansant sur un fond blanc dans un encadrement en rocaille peinte en or et vert. Les colorations douces et la qualité du dessin marquent leur appartenance à la polychromie du début du règne de Louis XV.




La façade sud s'ouvre sur le jardin à la française.

"Plus que les autres façades, elle a été conçue en fonction du recul et des points de vue. Elle est donc d’une échelle plus grande et exceptionnellement symétrique. C’est également la plus riche en références : les écoles florentine et vénitienne fournissent tous les modèles. Par exemple, les encadrements de baies et les pilastres forment un réseau géométrique rigoureux, reproduisant fidèlement ceux de certaines églises vénitiennes. De plus, les mêmes marbres sont utilisés : rouge de Vérone, blanc de Carrare, gris clair. Des moulages et photographies fournis par des artisans italiens ont permis ces reproductions très fidèles."


 La loggia qui donne sur le jardin est très profonde.
À partir de la façade Sud, s’étend un jardin classique que l’on dit aujourd’hui à la française, mais qui, par la recherche de perspective, de canal en cascade, est largement influencé par les jardins italiens du xvi e siècle. Concevant son jardin comme la proue d’un navire, Béatrice fit installer des miroirs de plusieurs centimètres d’épaisseur en haut de la colline, près du tempietto, afin de refléter la mer et de donner l’illusion que ce dernier flottait. Des jardins d’origine, il ne reste aujourd’hui que les terrassements, le jardin des lapidaires, quelques arbres que Béatrice avait acclimatés et le système des fontaines. Les jardins ont été redessinés trois fois depuis le legs. Les jardins espagnol, japonais et mexicain ont été restaurés. La roseraie abrite de nouvelles espèces. Mais l’enchantement des lieux perdure et l’écrin voulu par la baronne préserve une collection pour le moins extraordinaire".



Quand, soudain, la musique démarre, les jets d’eau  entrent en action. "Les façades roses  sont, soudain, magnifiées par ces envolées vif argent." 

Conçu en forme de pont de bateau, ce jardin est le plus grand des 9.

Des vases cardinaux de style renaissance viennent orner le parc.

 



Nous devons nous replier en hâte sous le patio quand l'orage débute. Quelques belles images encore de cette époque de luxe, de volupté, de panache.


La pluie nous prive de la visite des autres jardins, nous reviendrons sur les traces de la belle Béatrice. Après son divorce, aucune trace de sa vie amoureuse...

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire