jeudi 23 juillet 2026

MADÈRE, LE COUVENT DE SANTA CLARA, FUNCHAL




 Nous avions prévu de visiter le couvent Santa Clara en sortant du jardin tropical de Monte. Il était exceptionnellement fermé en raison de la Fête Nationale. Ce matin, après un passage au marché des Lavadores pour admirer la dextérité des poissonniers, nous sommes allés voir le travail des dentellières de Bordal. Le magasin se trouve Rua Doutor Fernão Ornelas 77 tout près du marché. Sur le palier, un dame brode, elle doit etre la plus jaune brodeuse encore en activité et elle doit avoir autour de 65 ans. La broderie de Madère existe depuis le début de la colonisation de Madère, la grande histoire va commencer dans les années 1860 lorsqu’Elizabeth Phelps, la plus jeune fille d'un riche négociant en vin, s'est intéressée aux effets que la maladie de la vigne Phyloxéra avait sur les revenus des ouvriers vignerons. Ainsi, elle va s'efforcer de transformer le passe-temps rural que représentait une broderie de base dans les vignes en industrie domestique. Utilisant ses relations à l'étranger et ses propres compétences, principalement dans l'organisation et la motivation, elle a commencé à vendre le travail des brodeurs madériens dans les salons de l'Angleterre victorienne.  Nous montons à l'étage où une dame qui parle un français correct nous présente la maison Bordal et les plus belles pièces qui représente un travail inouï. Le prix est très élevé mais ne correspond pas au travail titanesque et très lent de la dentellière dont la rémunération est très faible par rapport au temps passé. C'est pour cette raison que la profession disparaît inexorablement. Les jeunes générations préfèrent des métiers moins prestigieux mais mieux payés qui ne requièrent ni qualification, ni hautes compétences. En 2015, la maison Bordal a créé des cols en dentelle pour Chanel. 

Nous reprenons la voiture pour visiter le couvent et l'église de santa Clara. Nous montons dans un quartier plus calme Sao Pedro. On arrive au monastère par la calçada de santa Clara qui conduit au monastère et à la Quinta das Cruzes. Nous sommes accueillis par une jeune femme franco-portugaise qui vivait à Paris avant de venir retrouver ses racines madériennes à la mort de son père. Elle a un peu le mal du pays et adore parler aux français qui visite le couvent. Elle jolie, vive, mince, brune et frisée, vêtue de couleurs gaies un contraste avec le port rigoureux des franciscaines qui habitent désormais le monastère. Aujourd'hui la visite est gratuite pour célébrer la Fête Nationale. "La construction du couvent de Santa Clara au XVe siècle à Funchal, fondée par João Gonçalves da Câmara, a été commencée en 1492, et ce n'est que cinq ans plus tard que les premières religieuses sont arrivées de Setúbal pour s'installer. Le complexe a été construit autour d'une chapelle plus ancienne et plus petite, avec un portail gothique qui est encore utilisé comme une entrée aujourd'hui.

La visite commence par l’église du couvent. Les intérieurs sont époustouflants avec des murs recouverts de carreaux peints à la main du (azulejos) du XVème siècle  et des plafonds en bois peints. L’église est un véritable joyau caché. Alors que l’extérieur du couvent semble plutôt austère  l’intérieur du bâtiment est absolument magnifique et on est subjugué par
l’architecture gothique et manuéline du lieu. 
Les carreaux d'azulejos, qui s'étendent du sol au plafond et  arborent le motif Santa Clara, offrent un spectacle éblouissant. L'église ressemble à une grande boite à bijoux dont les cotés seraient constitués de carreaux de faïence et le couvercle d'un plafond en bois de cèdre peint.

La grosse grille dans le fond permet aux religieuses d'assister à l'office tout en profitant de la solitude et de la discrétion du couvent. Sur l'autel en marbre et or, le magnifique tabernacle en argent date de 1671. Zarco, le découvreur de l’île, son épouse et son fils seraient inhumés devant l'autel.



De magnifiques panneaux de carrelage recouvrent ses murs, formant le motif Marvila qui est le module de carreaux de tapis le plus complexe jamais fabriqué au Portugal. Nous croyons que ces panneaux sont uniques à deux églises au Portugal: Santa Clara à Funchal et Marvila au Portugal continental.
Un couloir voûté mène au cloître  charmant planté de citronniers et d'orangers. Les franciscaines ont créé une crèche, un jardin d'enfants et il est interdit de photographier les petits pensionnaires. Tout autour du cloître, il y a un grand nombre de chapelles. Seules quatre sont ouvertes à la visite.
Dans la première, nous découvrons cette Vierge noire à l'enfant du XVIIème siècle qui provient de Ténérife et fut offerte au couvent. Elle serait l’œuvre de Cristobal Hernandez de Quintana. La Vierge de la Candelaria.
Le plafond de cette chapelle est somptueux. La talha dourada est  de grande qualité

Ce clocher en forme de minaret reflète l'influence culturelle de la Séville maure, où les tuiles de décoration du dôme furent fabriquées.

Nous tombons sur ce tableau représentant la reine sainte Elisabeth du Portugal.Fille du roi d' Aragon et de Sicile, elle épouse, pour raisons politiques, le roi du Portugal, Denis, ami des joies charnelles et des jolies femmes, qui, très vite, s’ennuie à mourir près de son épouse.  Élisabeth remplit à la perfection les devoirs de sa charge, mais passe son temps à prier, à broder des ornements d’église, jeûner au pain sec et à l’eau.  Ayant assuré la descendance  en  donnant un fils, Alphonse, et une fille, future reine de Castille, Élisabeth  renonce à partager le lit conjugal, de sorte que Denis va chercher ailleurs ses satisfactions. 

Publiquement bafouée, la reine supporte sans une plainte les maîtresses royales et leur ribambelle de bâtards, les élève comme s’ils étaient siens. Elle se ruine à bâtir églises, hospices, asiles, hôpitaux et soutenir monastères et couvents pauvres. 

Le 6 janvier 1325, au terme d’une longue maladie durant laquelle elle l’a soigné et sans cesse incité à faire pénitence, Denis s’éteint. Libérée des liens du mariage, après un temps de deuil convenable passé en macérations et douzaines de messes pour le soulagement de l’âme de son époux, Élisabeth décide de se retirer chez les clarisses de Coïmbra, mais doit y renoncer car son retrait de la vie publique laisserait sans soutien ses pauvres et fondations. Il lui faudra se contenter de devenir tertiaire franciscaine. Avoir conservé sa fortune lui permet, lors d’une terrible famine qui frappe Coïmbra, de pourvoir aux besoins de la population. À son économe qui veut freiner ses largesses, elle déclare, impérieuse : "Croyez-vous donc que Dieu nous abandonnera quand nous employons tout notre bien à secourir notre prochain ? Jésus a défendu de se préoccuper du lendemain. Mettez votre confiance en Dieu et n’épargnez nullement mes trésors !"

S’il lui arrive de revenir aux affaires publiques, c’est afin de conseiller, apaiser les querelles, régler les différends entre puissants, s’affirmant l’une des meilleures pacificatrices de son temps. C’est d’ailleurs en se rendant, en plein été, à Estremoz, empêcher une guerre entre son fils et son petit-fils, Alphonse XI de Castille, qu’elle contracte la fièvre qui l’emporte le 4 juillet 1336, à l’âge que ses contemporains déclareront fort avancé de 64 ans…

Elle est canonisée par l'église catholique. Ci contre son portrait en nonne qui contraste avec son portrait en reine.
Nous sommes dans la chapelle Sao Gonçalo de Amarante 
dont on pense qu'elle a été construite au XVIe siècle devant ce retable, qui présente peinture et talha dourada. On remarque le beau pavage à l'italienne.
Parmi les peintures qui attirent, il y a cette école française représentant St Bernard de Clairvaux. L'oratoire de Saint Bernard de Clairvaux : Daté des environs de 1660, cet élément met en lumière l'influence de la spiritualité cistercienne et des grands docteurs de l'Église au sein de la communauté des clarisses.



  • Il s'agit de la peinture intitulée "Nascimento de São João Baptista" » (La Naissance de saint Jean-Baptiste), datant du XVIe siècle.
  • L'œuvre est attribuée à l'école portugaise et est actuellement conservée au Museu de Arte Sacra do Funchal à Madère, au Portugal.
  • La scène représente sainte Élisabeth se reposant après l'accouchement, tandis que des sages-femmes baignent le nouveau-né Jean-Baptiste.
  • À l'arrière-plan, son père Zacharie est représenté en train d'écrire, moment précédant le recouvrement de la parole. 

  • L' œuvre représente ci-dessous représente la Lamentation sur le Christ mort. 
  • Des scènes similaires sont attribuées à des peintres baroques comme Felipe Gómez de Valencia

     

    Dans une des salles d'exposition, on peut assister aux travaux de restauration et de réhabilitation d'un autel avec un sublime travail de talha dourada. Dès le début de ce projet, il y avait la conviction qu'il pouvait y avoir des autels démontés en raison du nombre de grandes colonnes stockées. Certaines recherches historiques menées lors de l’intervention nous ont permis de trouver d’anciennes photographies relatives à deux autels: celle de Bom Jésus et celle de São João Baptista.En observant les deux images, il était possible d’identifier et de rassembler les pièces correspondant à chaque autel, permettant de les regrouper. Il a également été constaté que deux peintures sur l'autel de Bom Jésus, le Christ et la Vierge, et la peinture centrale sur l'autel de São João Baptista, faisaient maintenant partie de la collection du Musée d'Art Sacré . Le musée a fourni temporairement ces 3 peintures, et elles sont actuellement placées sur les autels. L'autel de Bom Jesus est reconstitué dans la chapelle du Santíssimo Sacramento, et l'autel de São João Baptista a été installé dans la salle d'exposition, puisque sa chapelle d'origine a été démolie au 20ème siècle.Mais il y avait encore un grand groupe de pièces de style similaire, certaines même avec des raccords dans le bois, qui comprenaient 6 colonnes, 3 niches et 2 peintures avec la même hauteur et 4 colonnes plus petites et 2 panneaux de correspondants, tous avec le même type de décoration. 

    En raison de ses grandes dimensions, d’environ 6 m de haut, (le total serait d’environ 7,50 m, y compris la table de l’autel, aujourd’hui manquante), cela aurait pu être l’autel d’origine de la chapelle principale de l’église, avant celle de 1797 qui est située sur place. Si c'est le cas, cet autel a été démonté pendant plus de 200 ans. Comme il n'y avait actuellement aucune zone dans le couvent suffisamment haute pour l'accueillir, la décision a été prise de l'afficher sur une structure inclinée et de créer une petite plate-forme sur le mur opposé afin que l'on puisse mieux apprécier sa splendeur . C'était une découverte remarquable, dont il n'y avait aucune connaissance, puisqu'à ce jour aucun document photographique ou écrit de cet élément n'a été trouvé.

    Nous entrons dans le chœur supérieur du couvent d'où les novices pouvaient assister à la messe célébrée dans l'église derrière une lourde grille.


  • On est subjugué par le retable doré de l'Autel de Nossa Senhora da Ascensão datant d'environ 1600.
  • Les murs sont richement décorés d'azulejos  typiques du style mudéjar.
    • La structure architecturale complexe en bois doré est ornée de détails sculpturaux minutieux, incluant des têtes d'anges sur la bordure.
      Le chœur inférieur était consacré aux nonnes qui y assistaient à la messe à travers une grille. 

      En règle générale les chœurs bas des églises conventuelles pour femmes ont tendance à être beaucoup plus ornés que les églises elles-mêmes mais ce site constitue une exception claire. Juste à l'entrée sur un retable se trouve une sculpture en Roca représentant la Reine Pèlerine. C'est ici à cet endroit que se trouve le Tombeau de la Sainte Reine entièrement réalisé en pierre d'ançã par Maître Pêro entre les années 1326 et 1328 témoignant du style funéraire gothique de l'époque. Voici la Reine dans un contexte paradoxal couronnée et entourée de l'héraldique qui la rend unique les écus de l'Infante d'Aragon les cinq coins de la reine du Portugal et les aigles du Saint-Empire romain germanique hérités de sa mère d'autre part elle apparaît vêtue de l'habit de Clarisse en expression du deuil qu'elle avait accompli et en signe de respect et d'humilité envers la mémoire du roi Don Dinis La reine tient un bâton de pèlerin et un sac offerts par l'archevêque de Compostelle Dans le sac se trouve une coquille Saint-Jacques symbole par excellence du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle.Face au tombeau on peut voir un lion et un taureau représentant les évangélistes Marc et Luc et au centre sainte Claire d'Assise sainte Catherine d'Alexandrie et sainte Élisabeth de Hongrie grande-tante de la reine sainte Élisabeth Le tombeau est entièrement original à l'exception de sa peinture réalisée plus tard par une Clarisse qui vivait dans le monastère.Sur le côté gauche les Clarisses elles-mêmes apparaissent avec leurs habits et missels respectifs accompagnées de l'évêque saint Louis de Toulouse et du moine saint François d'Assise fondateur de l'Ordre des Frères Mineurs plus connus sous le nom de Franciscains.


      Sur le côté droit la reine a choisi l'intercession des Apôtres pour l'accompagner dans l'éternité. Toujours dans le chœur inférieur sur le côté droit sont enterrées les Clarisses dames très importantes de la société civile portugaise qui ont rejoint cet ordre religieux Certaines pierres tombales proviennent de Santa Clara-a-Velha

      Le tableau montre la Vierge Marie, saint Joseph et le jeune saint Jean-Baptiste veillant sur l'Enfant Jésus endormi et ci-dessous, la reine sainte Elisabeth du Portugal.
       





  • Il s'agit d'une chaise de trône historique datée de 1736, avec une inscription portugaise sur le dossier.
  • Le siège présente une ornementation en bois sculpté avec des motifs géométriques, caractéristique du mobilier de cette époque.


  • Un dernier regard sur l'église.

    Dans la cour, nous retrouvons notre jeune femme française qui s’apprête à fermer les portes. Elle nous parle de Madère, de ses racines, d'une certaine nostalgie de la vie à Paris, de la culture française et de l'ignorance de beaucoup de touristes qui n'ont aucune culture judéo-chrétienne alors que pour visiter ce type de monument, il faut un minimum de connaissance. Elle nous parle du non-respect des touristes de masse. Un vrai bonheur que cette rencontre. Repas très copieux  au Londres, un restaurant tout en longueur du quartier. Service très dynamique, francophone, portions généreuses, 5 cotes d'agneau et clientèle d'habitués. Rua da Carreira 64. A recommander chaleureusement. Retour à l'aéroport. Transavia ne recommence pas sa mauvaise blague, le vol est maintenu. On restitue notre véhicule avec un monsieur beaucoup plus jovial que celui qui nous l'avait donné. Vol sans problème. Le décollage de Funchal et moins problématique que le posé très sportif. Superbe voyage et l'agence mon Voyage à Madère a été parfaite.






     



     

     



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